‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 57 sur 126 · RUSE D'AMOUR · texte numérisé non relu

RUSE D'AMOUR

NacuëRes vivait à Parme un noble et valeureux jeune homme appelé Olderico, que quelques intérêts y avaient fait venir de Modène, sa patrie. Pour fuir l’oisiveté, mère de tous les vices, il fit la cour à une très belle femme, dont le mari se nommait Alberto degli Albertuzzi, et ne tarda pas à être heureux. Mais la jalouse surveillance du mari laissait aux deux amans bien peu d'occasions de se voiravec liberté. Un jourentre autres, Lucia (c'était : le nom de la dame) ayant donné rendez-vous pour le soir à Olderico, messire Alberto, qui devait aller souper dans un petit jardin avec quelques amis, changea tout-à-coup de résolution, soit par jalousie, soit par tout autre motif. Voilà Le rendezvous dérangé. Mais Olderico, qui s’en était promis beaucoup de délices, conçut le dessein de renouer

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par la ruse la partie si malheureusement dérangée. Il alla donc trouver un de ses bons amis et compatriotes, appelé Troiano , lequel était dans le secret de ses amours, et convint avec lui de ce que tous deux avaient à faire; puis, en attendant l'heure désignée , jl se promena de long en large devant la maison de sa belle. Il est nécessaire de dire que la maison avait une porte d'entrée dont on pouvait tirer le loquet par une petite ficelle presque imperceptible au dehors, mais parfaitement connue du galant.

À l'heure dite, Troiano, comme il avait été réglé, s’en vint, avec un de ses compagnons, fondre impétueusement sur Olderico, qui, n’aÿant ni épée ni aucune autre arme pour se défendre, tira le loquet de la petite porte, et se réfugia comme un homme poursuivi, dans la maison de sa maîtresse. Le jaloux qui, de sa fenêtre, avait tout vu et qui ne se doutait pas du tour qu'on lui jouait, .accueillit l'é étranger avec bienveillance, tandis que Lucia, qui n'était point au fait du stratagème, attendait, pâle et tremblante ,. le dénoûment de l'aventure. Mais elle ne laissa rien échapper qui pût allumer les soupçons de son mari. Cependant celui-ci demanda au jeune homme s’il connaissait ceux qui avaient voulu le frapper, et quelle était la cause de leur inimitié contre lui. Olderico lui répondit brièvement sur ce sujet, et le pria, pour l'amour de Dieu, d'aller voir dans la rue si les spadassins y étaient encore, et s'il pouvait se retirer

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en sûreté. Alberto, qui avait à cœur que l'inconnt sottit promptéinent de chez lui, et qui pourtant aurait été embarrussé pour le congédier, s'acquitta volontiets de là comniission. Mais à peine avait-il mis le pied dehors, que Trofano et son camarade, qui étaient restés à l'attendte, se direnti assez haut l'un à l’autre : «Voilà ce coquin qui 4 donné asile à notré énnerni; véngeotis-nous sut lui, puisqu'il nous a ftustrés de notre attetité.» À ces mots, ils le chatgèrent avec furie, après s'être placés de manière à lui ôter les moyens de rentrer dans maison. Le pauvre malheureux, säisi d'épouvante, s'enfuit à toutes jambes jusque éhez un de ses pa rens, qui l'accompagna en force à ‘son logis. Mai toutes ces choses entraînèrent un long temps que les deux amans mirent parfaitement à profit; et toutes les fois qu'ils trouvèrent ensuite les moyens de se réunir, ce ne fut pas sahs rire beaucoup du souvenir de cette plaïsante aventure.

À pcine Suzio, parce récit, avait-il réjoui les ‘assistahs, qu'ils virent arriver une barque de Chioggia, voguant à pleines voiles. Il en sortit quatre gentilshornmes vénitiens, de leurs amis, qui, ayant appris qu'ils-se trouvaient là, s'étaient em pressés de se joindre à eux. L'accueil fut tres cordial, et un souper Joyeux et succulent couronna la soirée. Il restait encore, avant l'heure du sommeil, quelques instans qui ne furent point employés à raconter de nouvelles histoires, mais.

DE #ARABONO. | 195 à agiter plusieurs des questions que les histoires débitées étaient de nature à provoquer ; savoir :

° Qui, de l'homme ou de la femme, est le plus copable d'amer?

2° Quel est l’état le plus heureux, ou de jouir de ce qu’on aime, ou d’avoir une pleine espérance d'en jouir? |

3° Quel est le plus cruel tourment on de perdre cè qu'on possédait, ou ‘e ne pouvoir atteindre à ce qu’on désire ? |

4° Si l’amour est en nous sr ouvrage du choix ou de la destinée?

Chacun fit, .sur ces différens sujets, les plus beaux raisonnemens du monde, à la suite desquels on allà se coucher,

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