‹ Bibliothèque étrangère d'histoire et de littérature, ancienne et moderne; ou, Choix d'ouvrages remarquables et curieux, traduits ou extraits de diverses langues, avec des notices et des remarques;Chapitre 94 sur 126 · IX. Lo · texte numérisé non relu

IX. Lo

Oh! pourrais-tu renoncer à cette abondance de délices dont la nature enivre ses adorateurs, aux forêts résonnantes ; aux rivages retentissans, à la ‘pompe des bosquets , à la richesse des plaines; à ‘cès -côteaux dorés par Jlés rayons du matin; à ces vallons dont les échos répètent les chansons du soir; à ces montagnes couvertes d'épais ombrages, et à toute la magnificence des cieux?

Ces charmes entretiendront l'éternelle santé de

ton âme, et te pénètreront d'amour, de bienveil- Japçe et d'allégresse. Et pourtant il faudra les

OU LE PROGRÈS DU GÉNIE. 409 abandonner, si le démon de lavarice s'empare de ton cœur corrompu; car ses poisons, hélas! percent comme le dard du scorpion. Ils soufflent les honteux désirs, les arrangemens personnels, les fatales résolutions qui résistent à la pitié, les jours d'angoisse, et les nuits agitées par des rêves ‘sinistres. Mais tu t'égares, 6 ma muse; reviens à ton sujet. | |

Dans les temps gothiques vivait, si l'on en croit les légendes, un berger de la plus obscure condition, dont les aïeux habitèrent peut-être au pays des fées ,'ou dans les bosquets de Sicile, ou dans les vallons d'Arcadie; mais lui, je pense, était d'une contrée septentrionale (2), d'un pays renommé pour la beauté de ses chansons et de ses femmes. Il était ardent, quoique modeste; innocent, .quoique Jibre; patient dans les travaux, tranquille dans les alarmes, d’une fidélité éprouvée , et d'une vaillance invincible.

XIT.

Ce berger conduisait son petit troupeau sur les montagnes d'Écosse; jamais j] n’avait manié la faucille, la faulx, ni la charrue; un cœur honnête était presque toute sa richesse; l’eau jaillissant du rocher formait sa boisson ; le laitage, sa nourriture; les toisons, son abri contre les souffles glacés de l'hiver; et, quoique souvent souillé de poussière et de:sueur, il guidait et protégeait les pas de ses

Aro LE MÉNESTREL, troupeaux, en quelque lieu qu'il leur plüût de se porter. | Vo

XIIL, ,

La santé est fille du travail, et le contentement fils de la santé; c’est lui qui, dans notre âme, ouvre toutes les sources de l'allégresse. Notre berger, loin de porter envie aux rois , ne pensait pas même à eux. I n'éprouvait aucun de ces désirs nuisibles que peut tromper la fortune ou émousser la s:tiété ; il n’était pas au’ pouvüir du destin de trahir ses humbles et paisibles espérances; il n'avait à déplorer ni là perfidie d’un ami, ni la rigueur d’une maîtresse; l’innocente Phébé souriait à ses vœux ; il n’aimait qu’elle, et l’aimait dès l'enfance.

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