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Le quinzième jour du mois de Masori.
Ce même jour mourut sainte Marine. Cette sainte était la fille d'un chrétien de la classe riche et son nom était Marie; elle perdit sa mère dès son enfance et ce fut son père qui l'éleva et qui lui donna une instruction parfaite Jusqu'au jour où elle fut nubile; il chercha alors à la marier dans l'intention de se retirer ensuite dans un couvent pour y embrasser la vie monastique. Elle lui dit : « O mon père! comment peux-tu sauver ton àme et perdre la mienne? » Il lui répondit : «Que puis-je faire de toi qui es une femme? » Elle lui dit : « Certes, je dépouillerai mes habits de femme et je revêtirai les vêtements des hommes. » Elle mit immédiatement son projet à exécution, se rasa la tête et revêtit des habits masculins. Quand son père vit que son intention était irrévocable et qu'elle était bien décidée à mettre son projet à exécution, il partagea ce qu'il possédait entre les malheureux, n'en gardant pour lui qu'une faible partie, puis il changea le nom de sa fille en Marinà (1), et se rendit dans un monastère où il resta en cellule (2), lui et sa fille,
(1) En syriaque, Marinà signifie « notre maitre » et est une forme masculine que le latin a naturellement prise pour un féminin, par suite de l’analogie avec les noms de la déclinaison en @.
(2) 5 comme le syriaque JR est emprunté au grec χελλίον qui est le diminutif de χέλλα, χξλλη; en latin cella: les couvents étaient anciennement non de grands édifices, comme ceux qui furent bätis au moyen äge, mais une agglomération de petites cabanes autour d'une église. Au milieu du 1v° siècle, saint Pacôme, le fondateur des ordres monastiques, bâtit à Tabenne, dans la Haute-Thébaïde, un très grand nombre de ces maisonnettes assez rapprochées les unes des autres, et divisées en cellules contenant trois cénobites. Plus tard, vers
le xiv° siècle, le mot de &)5, au pluriel AS, a fini par désigner un édifice
108 VIE DÉ SAINTE MARINE, ἜὁὃὮξισοιὋ
pendant dix ans, se livrant ensemble à toutes les austérités et à toutes les pratiques de dévotion. Le père de Marinà vint à. mourir et la sainte resta seule, redoublant de ferveur dans ses … oraisons, dans ses jeûnes et dans ses veilles. Il arriva alors … que le supérieur du monastère envoya la sainte avec trois moines à la ville pour aller régler quelques affaires qui concernaient le monastère (1), parce qu'il ne savait pas qu'elle était une. femme, et il pensait que la douceur de son langage était due. à l’austérité avec laquelle elle s’acquittait de ses devoirs religieux. δ:
Quand elle fut partie avec les moines, il arriva qu'ils allèrent 5 loger dans une hôtellerie (2), parce qu'ils ne pouvaient faire autrement que d'y descendre cette même nuit. Un soldat du roi vint également chercher asile dans cette hôtellerie; il jeta les. ë veux sur la fille du maître de la maison, la séduisit, et lui αἰ: « Si ton père te dit quelque chose, réponds-lui : « C’est Anbà Ma- « rinà, le jeune moine, qui m'aséduite.» Quand elle montra des signes de grossesse et que son père s'en fut aperçu, elle lui dit : « C’est le jeune moine Anbà Marinà qui m'a séduite. » Son père se leva, se rendit au monastère, et commença à se répandre en invectives contre les religieux. Quand le supérieur du monastère fut venu le trouver et qu'il eut appris de lui ce qui s'était passé, il lui demanda de garder le secret entre eux et de ne pas dévoiler cette turpitude aux chefs du clergé (el-‘ouléma). Le supérieur du couvent manda Anbà Marinà, l’apostropha durement et l'insulta sans que ce dernier sût de quoi il était question. Quand il fut informé de ce qui s'était passé, il fondit en larmes devant le supérieur et l'implora en disant : « Certes, je suis un jeune homme, et je me suis rendu coupable à tes yeux, pardonne-moi! » Alors le supérieur, dans une grande colère contre Anbà Marinà, la chassa du couvent. La sainte demeura à la porte du monastère. Quand sa grossesse fut terminée, la fille du propriétaire de l'hôtellerie donna le
er.
qui ressemble à un cloitre, #5) El, dit Yakout el-Hamavi dans le Ho‘djem , 4 el-bouldan (éd. Wustenfeld, tome IV, p. 156). En Égypte, ce mot désigne un a évêché, et au Caire, spécialement, la maison du Patriarche. ‘à (1) Ou pour aller chercher quelques objets dont on avait besoin dans le monastère. | (2) Comme tous les autres moines, bien qu’elle fût d’un sexe différent.
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