DU PRESIDENT DE EOISSIEU
hérité de l'affabilité de son Père , et qu'il n'a pas moins eslé que Luy le pere du Peuple , il est certain qu'il n'a aucun ennemy, et qu'il seroit le plus heureux des hommes, s'il n'avoit point du mal; mais ce qui est admirable, c'est cpe malgré ses maux, il ne cesse point de rendre justice, et qu'il peut dire
Protinus ceger ago.
Idem. l. Eclog.
Si de rendre publics les bien-faits qu'on a receu des gens, en faisoit les reconnoissances plus grandes , je vous apprendrais bien des choses que Monsieur le Président de Pisançon a fait pour moy , et asseurement je n'en suis ingrat que par impuissance : il m'a rendu une exacte justice, quand je la luy ay demandée, il m'a aidé à vaincre mes ennemis , et il m'a secouru dans mes adversitez : c'est tout ce qu'on peut attendre d'un véritable amy : c'est estre véritablement généreux.
Auxilioque levare viros vimque addere victis.
Idem î. /tncid.
Pour Monsieur le Président de Lescot , il répend tous les jours en ma personne les effets de sa bonté et de sa générosité. Vous ne devez pas vous en estonner, puis qu'il a beaucoup de l'une et de l'autre. Monsieur l'Abbé son frère est un homme de grand mérite , plein d'érudition et de pieté.
Ambo animis ambo insignes.
Idem il. ,+'neld.
Monsieur le Président de Ponnat m'a souvent dit , qu'il avoit hérité de l'amitié que son pere me portoit. le puis dire que si cela est , j'en suis parfaitement aimé , car feu Monsieur de Ponnat avoit pour moy une affection si parfaite , qu'à peine parmy tous les amis qui me restent j'en pourrois demesler une semblable. Monsieur son fils connoit les bons livres , et il les sçait mettre à de bons usages. Disons donc que
Uno avulso non déficit aller Ramus aureus.
Idem 0. JEùàâ.
Monsieur le Président de Sayve s'acquiert tous les jours une
nouvelle gloire, par le penchant qu'il a naturellement à faire plaisir , il sçait agréablement mesler la douceur avec la fierté et les services avec la justice. le l'ay veu me tendre les bras avec empressement dans un temps que mes ennemis me persecutoient, aussi luy dis-je souvent,
Feret hoc aliquam tibi fama salutem.
Idem, i. iCnetd.
Monsieur de Feisins m'a souvent témoigné qu'il est de mes amis. M. de Rabot m'a voulu persuader qu'il est de ce nombre. Monsieur Mistral m'a fait connoistre qu'il en est effectivement ,
Et nostro doluerunt seepe dolori.
Idem. I. /£neid.
I'ay toujours crû qu'il suffit d'estre nay véritablement Noble comme eux, pour avoir de nobles sentiments , et que les nobles senti mens consistoient principalement à protéger les gens vertueux, et à soûtenir l'innocence opprimée.
Bien que je n'aye jamais fait plaisir à Monsieur du Bouchage, parce que je n'en ay pas trouvé l'occasion, je puis neantmoins marquer cent endroits où il m'en a fait de singuliers. Il seroit à souhaiter , que tous ceux qui se meslent de rendre justice , voulussent l'imiter , on ne verroit pas un si grand nombre de plaintifs, et cette justice qui ne doit considérer qu'elle mesme , seroit moins souvent exposée à la faiblesse , ou à la politique des luges, qu'elle ne l'est. l'en connois qui peuvent dire,
Manet alta mente repostum , ludicium Paridis atqiie spretœ injuria formas.
Idem i. i€iwid.
Et qui n'auroient pas sujet de s'en ressouvenir, si des luges comme Monsieur du Bouchage occupoient seuls les Tribunaux.
Monsieur du Pilhon a témoigné de la joye , quand je luy ay demandé les effets de sa justice pour mes amis , ou pour moy. Monsieur de Basemont m'a offert son amitié, et je l'ay acceptée avec la soûmission et le respect que je dois à ceux qui me considèrent , sans y estre obligez , et que je puis légitimement refuser aux autres qui croient les prétendre par leur orgueil et leurs manières fieres et superbes.