‹ Bibliothèque historique et littéraire du Dauphiné (volume 2)Chapitre 13 sur 162 · DU PRESIDENT DE BOISSIEU · texte numérisé non relu

DU PRESIDENT DE BOISSIEU

mesure que j'ay avancé dans l'âge , il a semblé qu'il ait bien voulu augmenter son amitié. Qu'un malheureux persécuté auroit de grands secours s'il tomboit entre ses mains! Il pourrait bien alors luy dire,

Non ego Daphnim , judice te, meluam.

Idem 3. Eclog.

Monsieur Copin m'a dit qu'il est de mes amis , on se laisse facilement entraîner à ce qu'on souhaite , et l'amitié d'un homme qui sçait de la manière qu'il faut rendre la justice est toujours d'un grand prix.

Monsieur Pelisson , Mr de la Baume Chasteaudouble , Mr de S. Richard, etMr des Hoches , sont encore quatre Conseillers au Parlement que je crois de mes amis. le tâcheray par mes soins, par mes services, et par mes respects à maintenir les bons sentiments qu'ils peuvent avoir en ma faveur.

Messieurs Bertrand Advocat General , Vidaud Procureur General , et Perrot autre Advocat General au mesme Parlement , seront asseurement connus à la plus éloignée postérité, si mes ouvrages peuvent aller jusques-là. I'ay cela particulièrement à dire d'Eux en ma faveur, que je leur ay toujours esté parfaitement connu, et que ma vertu leur a donné des sentiments de compassion dans le temps qu'on leur en vouloit donner de cruauté et d'injustice. S'ils avoient toujours esté fidellement escoûtez et consultez, on neverroit pas si souvent des Illustres malheureux traîner languissamment leur vie; et le mérite qui chez Eux est sans cesse un bon solliciteur , ne seroit pas méprisé , s'ils estoient crûs aussi souvent que la vérité et l'innocence parlent dans leur bouche.

Possible que vous vous estonnez de ce que je n'ay point parlé de Messieurs de Pupetieres , Barrai , de Saint Marcel , et de la Martelliere , que vous sçavez estre parfaitement de mes amis , et qui méritent qu'on parle toujours d'eux avec éloge , soit qu'on considère leur intégrité en leurs mœurs , leur exactitude à rendre justice , et leurs inclinations pour les honnestes gens : Mais je veux bien les distinguer des amis que ma vertu , ou quelque peu de réputation , que j'ay dans le monde peuvent m'avoir donnez , d'avec ceux qui m'aiment possible , parce que j'ay l'honneur de leur appartenir. Us ne sont pas du nombre des

parens , qui ne sont propres à rien , et qui se sentent fatiguez et importunez, quand on leur demande quelque service ; ceux-cy n'en font pas de mesme, ils ont toujours esté à l'avance, à m'offrir leur crédit et leurs salutaires advis, et ils m'ont esté de toute l'utilité que j'ay souhaitée. Leur élévation n'a pas esté un obstacle à leur bonté , ils m'ont veu abbattu , et ils ne m'en ont pas moins estimé, ils ont sceu débrouiller toute ma vertu, des nuages espais que la malice de mes ennemis y avoient opposez, ils m'ont tendu la main , quand ils ont appréhendé ma cheute , et ils m'ont généreusement offert des secours qui m'ont consolé dans mes disgrâces.

Hic ego namque tuas sortes arcanaque fat a Dicta tneœ genti portant lectosque sacrato Aima viros.

Idem 6. /Eneid.

le passe à la Chambre des Comptes , et ma bonne fortune veut que je n'y trouve aucun ennemy. le vous avoué que cette remarque me plait, et que je m'en fais une gloire, puis que ce Corps n'est composé que d'Officiers illustres, par leur sagesse, et par leur sçavoir.

le ne veux pourtant pas que Messieurs de Sautereau premier Président , de Ferrieres et de Quinsonas , autres Presidens , me reprochent de n'avoir pas rendu un témoignage public , qu'ils m'honnorènt particulièrement de leur amitié : c'est un avantage si peu commun , que je dois le mettre au nombre de ceux que ma mauvaise fortune m'a laissez. On peut dire d'eux , que leur amitié est sans interest, qu'ils font du bien , parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Vniversa propter semet ipsos operantur. Salomon Prov. c. 16. Monsieur du Vivier a quitté cette Chambre, où il estoit aussi Président, et dans une retraite heureuse , il s'attache bien moins aux affaires de sa maison , qu'à la lecture de ses livres.

l'ose me flater, que dans le Bureau des Finances , tous ne m'y veulent pas du mal , quelque sujet qu'ils ayent de se plaindre de moy , pour avoir disputé en faveur d'une Charge que ma mauvaise fortune m'avoit procurée, des droits dont-ils ne veulent pas convenir. Comme je n'aypius d'interest en cette dispute, je ne vois pas qu'ils en ayent à continuer leur froideur en mon endroit. Il me semble que je vois Messieurs de Morard;, Vincent ,

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