LETTRE A L* AUTEUR
mettre une dans sa principale Place, qui a eu l'honneur de le faire sçavoir au Roy, et qui vient de recevoir, par ordre de Sa Majesté , la nouvelle qu'Elle l'a agréé , et qu'Elle est extrêmement satisfaite du zele que cette Ville en a témoigné là dessus. J'ay crû, Monsieur, que vous seriez bien aise d'en être instruit, et que de si justes desseins ne contribueroient pas peu à exciter les autres Villes du Royaume d'en faire autant. Nous pouvons dire que Monsieur le Bret nôtre Intendant a été le mobile d'une entreprise si légitime. Il étoit avec les Consuls de cette Ville , et parlant de la Statue que Monsieur le Duc de la Feûillade, Gouverneur de nôtre Province, a fait préparer, pour être mise en une des places de Paris; louant avec justice l'attachement que ce Maréchal a toujours eu pour tout ce qui concerne particulièrement le Roy , auquel il est uniquement attaché; il ajouta qu'il seroit à souhaiter qu'on en fit autant par toutes les Villes du Royaume, et que s'il en étoit crû , on en verroit bien-tôt une à la principale Place de cclle-cy : qu'il étoit même persuadé que Sa Majesté en seroit contente ; que ce ne seroit pas un médiocre avantage qu'elle fût la première de toutes celles du Royaume à concevoir un si glorieux projet, et la première à l'exécuter. Un conseil si utile , sorti de la bouche d'un homme sage et intelligent , a produit tout l'effet qu'il en pouvoit attendre, nos Consuls ont demandé au Roy son agrément par un Placet, dont je vous envoyé une copie , Monsieur le Maréchal de la Feùllade l'a présenté ; et cet Illustre Gouverneur non seulement en a receu un plaisir extrême, mais il s'est encore offert à contribuer à la dépense de la Statué, si l'impuissance ou les affaires de la Ville , ne luy permettent pas d'aller aussi loin qu'elle le peut souhaiter. Jamais possible aucun Placet n'a été reçû , lû et approuvé comme celuy-cy l'a été. Sa Majesté y a donné son agrément avec une bonté digne d'Elle. Monsieur le Bret, qui n'est pas moins attaché à la gloire qu'aux interests de cet invincible Monarque, va travailler à soûtenir les justes intentions des Consuls : ceux-cy fiers et superbes d'avoir paru les premiers dans une entreprise de tant d'honneur, vont chercher incessamment les moyens de l'achever ; ils feront creuser la terre la plus difficile et caver les rochers les plus durs , pour y chercher un marbre digne de représenter le plus grand Roy du Monde; tous les Grenoblois vont s'efforcer à contribuer tout ce qui dépendra d'eux pour donner