GOUVERNEUR DE PICARDIE
( EXTRAIT DVX AIXCIEX MA^VSCRlT l. )
L'ordre qui a été tenu aux ohsèques et funérailles dk feu très -excellent
CHEVALIER SANS REPROCHE, LoUIS d'HaLLUIN, SEIGNEUR DE PlENNE , CONSEILLER CHAMBELLAN ORDINAIRE DU ROI , CHEVALIER DE SON ORDRE , LIEUTENANT-GÉNÉRAL ET GOUVERNEUR EN PiCARDIE ; LEQUEL RENDIT SON AME A DiEU LE 12 DECEMBRE L519 A 9 HEURES DU SOIR EN SON CHATEAU DE MaIGNELAY,
Et premier, en ladite nuit à une heure après minuit, fut faite la barbe du dit feu seigneur en son lit d'honneur paré richement d'un ciel et dossier de satin blanc tanné et semé de paillettes d'or en broderie, et les courtines de môme.
Sur ledit lit fut mis le bon feu seigneur richement et honorablement vêtu d'un pourpoint de satin cramoisi , les chausses de fin lin blanc et les souliers
1 Ce manuscrit appartient à M. le Curé de Maignelay en Sanlerre. La narration relative aux funérailles du due d'Halluin a été récemment adressée à la Société des antiquaires de Picardie par M. l'abbé Santerre , vicaire de la cathédrale de Beauvais.
de velours; un manteau de drap d'or frisé bordé de toile d'or en feuillage fait en broderie, une robe de velours cramoisi fourrée de fine martre zébeline , une toque noire , les gants aux mains , le grand ordre du roi au col , sous sa tète deux carreaux de drap noir frisé et sous ses pieds un carreau de velours cramoisi; à l'entour du lit quatre gros cierges brûlant, et au pied du lit la croix de la paroisse et le bénitier d'argent, et ainsi demeura le reste de la nuit, et tout le jour en suivant jusqu'à deux heures de la nuit où plusieurs gens de bien le vinrent voir en faisant à Dieu prières pour lui.
Le mardi fut célébré en l'église paroissiale de Maignelay vigiles, commandaccs , trois hautes messes et vingt basses , et fut ordonné par père en Dieu monseigneur d'Amiens, fils dudit défunt, de continuer lesdits services jusqu'au jour de son enterrement, c'est à savoir lesdites vigiles, commandaces et trois hautes messes par les chanoines , vicaires et chapelains dudit feu seigneur de Maignelay après le service qu'ils ont accoutumé de faire du vivant dudit feu seigneur, et les messes basses par les cinq mendiants qui ont été mandés , comme Minimes, Cordeliers, Jacobins et Augustins d'Amiens et Carmes de Montreuil; de chaque ordre quatre prêtres et un novice qui célébrèrent chacun jour lesdites vingt messes à l'intention dudit feu seigneur, et demeuroient jour et nuit quatre à quatre autour du corps faisant prières et oraisons pour ledit défunt , en continuant jusqu'au samedi deuxième janvier en suivant que l'enterrement et le service se feroient en l'église dudit Maignelay.
Le mercredi à minuit, les médecins dudit feu seigneur et les chirurgiens l'embaumèrent, et après le mirent sur une table en ladite chambre, couvert d'un drap et la croix sur lui, où tout le jour il demeura et de plusieurs eut prières et oraisons, et fut ordonné jours et nuits quatre hommes d'église disant leur service auprès du corps et les quatre cierges toujours brûlants.
Le jeudi suivant, fut porté le corps fort révéremment par les quatre gentilshommes de sa maison, en la chapelle haute de l'église dudit Maignelay. En ce jour fut mis dans un cercueil de plomb et là demeura jusqu'au samedi, dernier jour de décembre , qu'il fut porté par lesdits gentilshommes en la chapelle de son château de Maignelay où lesdits mendiants ont fait le service qui leur a été ordonné comme dessus.
Ladite chapelle étoit tendue de drap noir, et autour du corps quatre gros cierges brûlèrent durant tout le temps que le corps fut en la chapelle de l'église.
Les curé , chapelains et paroissiens de Montigny vinrent en procession chanter en ladite église de Maignelay vigiles, commandaces et trois hautes messes pour l'âme du feu bon seigneur; qui fut le jeudi 15 décembre.
Le vendredi en suivant , les curé , chapelains et paroissiens de Royaucourt vinrent en procession en ladite église de Maignelay et chantèrent les vigiles, commandaces et messes comme dessus. — Le samedi, vinrent les religieux de S'.-Martin-au-Bois en procession , et firent un service , vigiles , commandaces et trois hautes messes comme dessus. — Le mardi, les curé et chapelains de Ferrières vinrent et firent vigiles, commandaces et trois hautes messes comme dessus. — Le mercredi, les curé et chapelains de Crévecœur firent le service
comme dessus. — Le vendredi vinrent les curé et paroissiens de Dompicrre qui firent un service comme dessus. — Après les fêtes de Noël, vinrent les curé et chapelains de Coivrel qui firent un service comme dessus. — Le samedi vinrent les curé et habitants de Roolo qui firent un service de trois hautes messes , vigiles et commandaces comme dessus. — Et dudit jour samedi fut apporté le corps en la chapelle du château, comme dessus est dit; laquelle était tendue en noir; la grande salle d'auprès pareillement, les tables, le buffet et la chambre d'auprès aussi pareillement tendus de drap noir; la table, le buffet et le lit, parce que c'étoit la chambre du deuil; les fenêtres étoient fermées, et sur le buffet deux flambeaux de cire allumés, et Icsdites fenêtres n'ont point été ouvertes depuis le commencement des vigiles jusqu'au lendemain après les services.
L'église paroissiale de Maignelay avoit la ceinture par dedans et par dehors peinte de noir de la largeur assise au dessous des vitres; et au long de la lizière d'en bas desdites peintures, étoient les platelets où l'on mettoit les cierges de cire qui étoient de pied et demie en pied et demie, par dedans ladite église, jusqu'au nombre de quatre cent soixante quinze du poids de quartron et demie chacun, et au dessous Icsdits cierges joignant la peinture éloit toute ladite église tendue de drap noir; le tour des piliers et du pupitre ou jubé tendus de drap noir, et fournis de cierges à proportion de ladite église. Le grand autel richement paré d'un grand drap de velours noir et au milieu d'une croix de damas blanc, les parements par haut et par bas de drap d'or noir, la nappe de l'autel avec la serviette pour chanter l'Évangile et par terre devant ledit autel un drap noir.
Au chœur de ladite église étoient préparés plusieurs bancs tous couverts de drap noir où se mirent les gentils-hommes durant le service.
Au milieu du chœur étoit la représentation du corps de feue madame de Pienne, épouse dudit feu seigneur que Dieu absolve, couverte d'un grand drap de velours noir, une croix de satin blanc en travers , avec quatre gros cierges de cire brûlante autour.
En la nef de ladite église étoit un refend de bois et des bannières ; depuis le portail jusqu'au refend tout étoit teint en noir; dedans ledit refend étoit une chapelle de cinq pieds de large et de neuf pieds de long, sous laquelle le corps fut mis , en laquelle il y avoit neuf croix doubles , sur chacune croix neuf cierges à cinq étages de cierges sur ladite chapelle qui étoient au nombre de deux cent cinquante cierges du poids d'un quartron et demie pièce; à l'entour de ladite chapelle y avoit par haut et par bas une largeur de velours tout autour, sur lequel velours étoient attachés les écussons timbrés aux armes dudit feu seigneur, et aux quatre coins d'icelle chapelle y avoit quatre gros cierges pesant quatre livres chacun où étoient fichés les écussons des quatre côtés, dont un a précédé ledit feu seigneur; chacun desdits cierges portant l'un desdits écussons.
Dans ledit refend il y avoit un banc du côté droit tout tendu de drap noir par haut et par bas , où s'assoioit le deuil , chacun son carreau noir ; et du
côté gauche étoit un autre banc couvert de drap noir pour les seigneurs yui menoient le deuil avec chacun leur carreau de même.
Devant ledit deuil, il y avoit un banc de travers couvert de drap noir ou étoiont les maîtres d'hôtel dudit feu seigneur au nombre de quatre, et audit côté gauche étoient les bancs des seigneurs qui portoient les quatre coins du drap de velours qui étoit sur le corps et au milieu la chaire du prédicateur couverte de noir.
A travers de ladite chapelle étoit un banc couvert de drap noir où étoient assis ceux qui portoient les offices, et aux deux côtés de ladite chapelle étoient deux bancs couverts de drap noir pour les porteurs du corps et au long du refend un banc pour les quatre valets de chambre.
Du côté du deuil et du côté des seigneurs meneurs du deuil, un banc pour les officiers de la terre de Maignelay et les médecins.
En la nef d'icelle étoient vingt-deux autels, le tour d'en bas et les parements d'en haut étoient de bouracan noir et au milieu une croix blanche de futaine.
Sur chacun autel deux cierges de cire chacun pesant trois quarterons, et au milieu un blason des armes dudit feu seigneur.
Sur le grand autel quatre cierges de cire blanche , deux de chacun deux livres et deux autres de chacun une livre, où étoient attachés aux deux grands les armes timbrées dudit défunt, et aux petits les blasons sans timbres.
Au portail de ladite église un drap noir et les blasons timbrés.
Le dimanche, premier jour de janvier, le corps dudit feu seigneur qui étoit en la chapelle du château fut couvert d'un grand drap de velours noir et une croix de satin blanc au travers, et sur un carreau de velours cramoisi violet l'ordre de S'.-Michel que ledit défunt avoit porté comme chevalier de l'ordre du roi, et furent en ladite chapelle célébrées plusieurs messes par les mendians et les autres gens d'église.
Ce jour à quatre heures après midi, furent dites vigiles à basse voix par les mendians en la chapelle où étoit le corps et par monseigneur de Beauvais furent dites vigiles en la paroisse en son habit pontifical, les cierges d'autour le chœur seulement allumés et ceux du grand autel.
Le lundi deuxième jour de janvier au matin fut apporté le corps à la porte du château , laquelle étoit tendue de drap noir haut et bas , et de la paille semée devant ladite porte jusqu'à l'église et pareillement par toute l'église, et point en la chambre du deuil.
Ensuite l'ordre qui a été tenu du château à l'église à porter le corps pour plus grande révérence et dévotion considérée la distance du lieu :
Le deuxième jour de janvier 1520 premièrement furent allumées cent torches, chacune pesant deux Uvres garnies de blason, dont soixante-seize furent assises au partir du château jusqu'à l'église en deux côtés par compas et mesure , c'est à savoir la moitié du côté des fossés, et l'autre du côté de la basse cour, qui ne bougèrent de leur place jusqu'à ce que tout le deuil fut dans l'église, et après furent dans la nef et dans l'église, moitié d'un côté et moitié de l'autre, et fut donné à chacun porteur trois sols et ses dépens; et
les autres vingt-quatre torches furent portées par vingt-quatre hommes pauvres auxquels fut donné chacun une robe et chaperon de drap noir, lesquels marchoient douze d'un côté et douze de l'autre à l'entour du corps , leur chaperon en tête, revêtus de leur robe de deuil.
Après lesdites soixante-seize torches marchoient les mendians avec chacun leurs croix.
Les Minimes deux à deux de rang et la croix par le milieu d'eux. Après marchoient les Cordeliers et les Jacobins en l'ordre que dessus.
Après marchoient les gens d'église des paroisses d'autour de Maignelay avec leurs croix et chacun en leur ordre à savoir : Ferrières , Tricot , Ravencl , Godinvillers , Royaucourt et Montigny.
Après marchoient les serviteurs dudit seigneur deux à deux, vêtus de deuil, les chaperons à la gorge, l'un d'un côté et l'autre de l'autre.
Par le milieu marchoit monseigneur de Beauvais en son pontifical, la mître blanche en la tête et la crosse devant lui.
Après marchoient les quatre mattres d'hôtel, chacun le bâton noir à la main , deux à deux , le chaperon en la tête et suivoient le prélat jusques dans l'église.
Item par le milieu desdits mattres d'hôtel passoient les mendians deux à deux rangés à deux côtés, depuis le portail de l'église jusqu'au pont du château.
Après marchoient les officiers le chaperon en tête l'un après l'autre. Le guidon porté par Monseigneur de Reniscourt, l'enseigne portée par Monsieur d'Ais, les éperons par Monsieur de Trelon, les gantelets par Monsieur de Rabaudenge, le heaume par Monsieur de la Tour, l'écu double par le bâtard d'Halluin , l'épée par Monsieur Duplessis , la banneroUe par Monsieur de Guillain , la bannière par Monsieur de Vuelly, la cotte d'armes par Monsieur Courteville, l'ordre de S'. -Michel sur un carreau de velours cramoisi par le bâtard de Pienne , lequel le prit sur le corps , et le porta en l'ordre que dessus depuis le château jusqu'à l'église où il fut mis dans la fosse.
Après fut pris le corps par les gentilshommes ordonnés à le porter lesquels marchoient avec ledit corps et à l'entour les quatre valets de chambre et au milieu d'eux les deux médecins tous en robe de deuil et chaperon en tête.
Les seigneurs qui portoient les quatre coins du drap , Messieurs de Bernieux, de Hames, de Hemeviller et de Vassenac.
Après marchoient le grand deuil et les meneurs l'un après l'autre en l'ordre qui suit :
Premier Monseigneur d'Amiens, mené par le maître d'hôtel de Monsieur de Vendôme représentant ledit Monsieur; Monsieur Delbecq par Monseigneur de Noyon ; Monsieur de Buguenoy par Monseigneur de Beauvais ; Monsieur de Vuelly par Monseigneur de Soissons; Monsieur de Rambures par le comte de Nelle; Philippe de Iluqueville par Monsieur de Mouy.
Après ledit deuil marchoient les abbés de S'-Josse, de S'-Martin-au-Bois et de S'-Just.
Après marchoient les chevaliers, capitaines et gentilshommes de Picardie au nombre de deux à trois cents et de six cents chevaux.
Et quand ladite compagnie eut ainsi marche^ jusqu'à l'église nul ne prit sa place jusqu'à ce qu'il fut dit par le capitaine de Monldidier et le soigneur de Châtillon , maître des cérémonies.
Le service du jour et office fut fait :
La première messe par Monseigneur de Soissons , la seconde par Monseigneur de Noyon et la troisième par Monseigneur de Beauvais, où le deuil vint en ordre que dessus.
Les offices de diacre et de sous-diacre par messieurs les abbés de S'-Josse et de S'-Just.
A l'offrande après que le diacre et le sous-diacre eurent baisé les doigts du prélat , partirent les maîtres d'hôtel de leurs places , le premier fit une révérence bien basse au deuil, le bâton noir en la main, puis s'en alla devant le prélat qui fesoit l'office auquel il fit une pareille révérence sans baiser l'offrande , et le prélat lui donna sa bénédiction , puis s'en revint en sa place ; son bâton à la main.
Après partit le second maître d'hôtel qui fit le semblable ; après le troisième et le quatrième aussi.
Après marchoient les officiers par ordre comme ils étoient venus à l'église et firent pareilles révérences au deuil et au prélat , leurs offices en leurs mains , sans baiser l'offrande et s'en retournèrent à leurs places jusqu'à la fin du service et attendirent l'un après l'autre à partir que chacun d'eux en son ordre fut revenu en sa place.
Après lesdits officiers, un des maîtres des cérémonies fit une révérence bien basse au premier grand deuil, une chandelle de cire vierge d'une livre en la main brûlant à laquelle il avoit fiché par le milieu un écu - soleil , puis fit au premier meneur une pareille révérence, lequel meneur partit de sa place et vint prendre le premier deuil en sa place et le mena jusqu'au prélat officiant , les maîtres des cérémonies derrière eux avec lesdits cierges et après ([ue le premier grand deuil eut baisé l'offrande, lesdits maîtres des cérémonies baillèrent icelle chandelle audit deuil qui la bailla au chapelain du prélat à ce député et lui demeura; puis s'en retournèrent lesdits deuil et meneurs en leur siège icelui deuil ramené.
Après vint prendre le maître des cérémonies une autre chandelle pareille à l'autre, et un écu liché comme dessus, puis vint faire une révérence bien basse au second deuil , plus à son meneur, lequel meneur partit de sa place et vint quérir ledit second deuil , et le mena à l'offrande comme dessus , et lui de retour on les conduisit chacun en sa place; ensuite le maître des cérémonies vint quérir les autres du grand deuil chacun en leur ordre, qui firent chacun comme les sus-nommés.
Après que les six du grand deuil eurent offert, le provincial des Cordeliers vint feire son sermon fort dévot et pitoyable à émouvoir les cœurs du peuple (le prier Dieu pour l'âme dudit défunt seigneur de Pienne.
Item après le requiescat in pace de ladite messe, les quatre maîtres d'hôtel , deux à deux avec leurs bâtons , marchoient après lesdits maîtres des cérémonies autour de la fosse ; après, les offices chacun en leur ordre ; après, le
corps qui étoit porté par lesdits gentilshommes cl en pareil ordre qu'il avoit été porté à l'église.
Après , marchoit le deuil avec les meneurs et le prélat. Dès que le corps fut dans la fosse , le premier maître d'hôtel jeta son bâton dedans ladite fosse ; le deuxième, le troisième et le quatrième semblablement et prirent chacun de l'eau bénite et la jetèrent sur ladite fosse ; après, le porteur de guidon mit son guidon sur ladite fosse en travers , prit de l'eau bénite et la jeta dessus.
Après, le porteur d'enseigne fit le semblable et ainsi des autres; après, l'ordre de la croix fut mis en l'étui et ne fut plus porté.
Après , ledit grand deuil fit une grande révérence bien bas , prit de l'eau bénite et la jeta sur la fosse.
Après , en tel ordre que l'on étoit venu en l'église chacun s'en retourna au château suivant la croix de la paroisse et l'eau bénite , c'est à savoir :
Les Minimes les premiers ; après , les Cordeliers , les Jacobins , les Augustins , les Carmes, les sept paroisses, les prélats, les quatre maîtres d'hôtel sans bâtons , les porteurs d'offices sans rien rapporter et un à un comme ils étoient allés.
Après, les porteurs du corps, les valets de chambre et les deux médecins.
Après, le deuil un à un avec les meneurs.
Après, les chevaliers, capitaines et autres gentilshommes.
Puis chacun se retira aux salles préparées pour le dîner qui fut fait aux dépens dudit feu seigneur , lequel diner fut ordonné par les maîtres d'hôtel qui fut comme il en suit :
Premier, quatre salles, quatre cuisines. — La première salle tendue de deuil, pour les prélats , le deuil , les chevaliers et capitaines , servis à une table de dix plats , et tout de la première cuisine. — La deuxième salle pour les seigneurs gentilshommes , une table de seize plats , servie de la deuxième cuisine. — La troisième salle pour les dames et demoiselles; deux tables de sept plats chacune servies de la troisième cuisine. — La quatrième table pour les gens d'église, justiciers, oQiciers, en trois tables de dix plats chacune servies de la quatrième cuisine; et à chacune table trois maîtres d'hôtel et des aides, deux cuisiniers et des aides , deux sommeliers et des aides à servir les vaisselles de cuisine et de buffet , et sans empêchement les uns des autres.
Pour le coucher desdits seigneurs , les maîtres d'hôtel avoient chacun leur quartier dans le château pour les faire servir par leurs officiers, pourquoi il n'y eut nulle confusion en cela , ni en toutes les autres choses susdites.
Tous ceux qui vinrent aux service et enterrement dudit feu seigneur ont été défrayés de tout; la maison ouverte; tous ceux qui demandoient viande crue et cuite , pain , vin et autres vivres n'étoient pas refusés.
Et après le dîner qui fut fait à loisir et bien servi furent dites grâces par Monseigneur de Beauvais, — Après , plusieurs chevaliers et seigneurs s'en retournèrent chacun en leur logis. — Chaque homme d'église qui dit messe ce jour là pour ledit feu seigneur eut chacun cinq sols qui furent au nombre de six cent vingt deux messes en ce jour. — Fut faite une aumône générale de pain et d'argent qui monta à treize muids de bled, et neuf vingt livres d'argent.
et à chacun pauvre fut donné six deniers et un pain de deux deniers tournois , qui ont été au nombre de six mille pauvres. — Après a été ordonné un annuel service solennel , vigiles , commandaces et haute messe à diacre et sous-diacre chantées en l'église de Maignelay, et deux basses messes par chacune semaine fondées à toujours à l'intention dudit feu seigneur et de madame de Tienne sa compagne.
Ainsi sont finis les jours et funérailles du bou chevalier sans reproches le seigneur de Pienne et de Maignelay auquel Dieu fasse merci et pardon. Amen.
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CHRONIQUES ARTÉSIENNES.
naturel de
N fait historique qui ne sera jamais ëclairci , et qui longuement débattu a fourni une ample matière aux explications les plus diverses, est assurément la mort du comte de Vermandois , amiral de France , fils Louis XIV et de Madame de la Baume de la
Vallière, enterré à A.rras en 1683.
Quelques historiens et des mémoires secrets ont assuré que ce malheureux prince fut le prisonnier qui a tant et si long-temps occupé les esprits à cause du masque de fer qu'il dut supporter pendant sa captivité , et dont la mort annoncée comme ayant eu lieu à Courtrai , par suite de blessures qu'il aurait reçues au siège de cette ville en 1683, n'aurait été que feinte ; événement politique que quelques écrivains ont expliqué en supposant que ce prince aurait donné un soufflet à M.g"" le dauphin, ce qui fut considéré
alors comme un si grand attentat qu'il fut arrêté , enfermé à Pignerol , puis transféré aux îles Sainte-Marguerite , dont Louvois , qui l'avait été voir en 1 698 , le fit extraire pour le mettre à la Bastille oîiil mourut en 1703.
L'auteur des Mémoires de Perse ^ imprimés en 1749, et d'autres historiens ont adopté cette explication qui a fourni le sujet d'une multitude d'ouvrages fort répandus.
Sans examiner ici cette question , nous nous contenterons de faire observer qu'à l'époque de la mort de ce prince , l'idée d'une supercherie n'était venue à personne et que l'invention des explications adoptées a été bien postérieure à cet événement. On doit donc y ajouter peu de foi et d'ailleurs , outre l'extrême difficulté d'exécuter à Courtrai cette supercherie, peut-on raisonnablement admettre que Louis XIV qui , pendant toute la durée de son règne , témoigna un si grand respect pour tout ce qui tenait à la religion eût ordonné ou permis qu'on abusât des cérémonies sacrées pour tromper le public ? « Comment a-t-on » pu imprimer une pareille fable , disait un homme d'es- )) prit. Le dauphin avait alors 22 ans ; on ne donne des » soufflets à un dauphin à aucun âge , et c'est en don- » ner un terrible au bon sens que de publier de pareils » contes. )) Il est difficile aussi de se persuader qu'on eut osé faire l'éloge du comte de Vermandois dans son épitaphe et vanter en lui la maturité du jugement, s'il était vrai que sa mauvaise conduite et ses emportements l'eussent fait enfermer pour le reste de ses jours.
Quoiqu'il en soit de la mort vraie ou feinte de ce prince , ses funérailles ayant eu lieu à Arras , nous croyons intéresser nos lecteurs en leur retraçant le détail des cérémonies qui eurent lieu à cette occasion.
Le 19 ' novembre 1683, Louis xiv écrivit au chapitre d'Arras la lettre suivante ; nous la reproduisons telle qu'elle se trouve transcrite dans les registres capitulaires :
« Très-chers et bien aimés : ayant appris avec un très- » sensible déplaisir que nostre très-cher et très-amé fils , » le duc de Vermandois, amiral de France , est décédé » depuis peu en la ville de Courtray, en Flandre, et dé- )) sirant qu'il soit rais dans l'église cathédrale de notre ville » d'Arras, nous mandons au sieur évêque d'Arras de re- » cevoir le corps de nostre dit fils lorsqu'il sera porté dans )) la dite église , et de le faire inhumer dans le chœur de )> la dite église avec les cérémonies qui s'observent dans )) l'enterrement des personnes de sa naissance.
» Ce que nous avons bien voulu vous faire savoir par )) cette lettre et vous dire que notre intention est que » ayez à vous conformer à ce qui est en cela de notre vo- » lonté , et assister en corps à cette cérémonie ainsi qu'il •>■> est d'usage en pareille occasion ; et nous assurant que » vous y satisferez nous ne vous faisons la présente plus )) longue ni plus expresse ; n'y faites donc faute : car tel )) est notre plaisir. Donné à Versailles le xix novembre » 1683. Signé : Louis; et plus bas: Le Tellier. »
Suivant les registres de l'hôtel-de-ville et ceux du chapitre , les maïeur et échevins ayant à la main des flambeaux de cire blanche sortirent le 24 novembre par la porte de Méaulens , pour aller attendre le corps du comte de Vermandois à cinquante pas de la contrescarpe où se
* Nous pensons qu'il y a erreur dans cette date, et que l'on doit lire le 21. Sur les registres capitulaires cette date était exprimée en chiffres romains , et l'on suppose qu'un copiste maladroit aura interverti l'ordre des lettres et aura mis xix au lieu de xxi. La concordance des époques et les expressions même de la lettre du roi l'indiquent suffisamment.
trouvaient aussi les gouverneurs de la ville et de la citadelle , les autres officiers de rétat-major , le clergé des paroisses et les religieux des ordres mendiants. Le corps arriva de Lens vers midi et fut reçu au bruit du canon et au son des cloches. Les restes du prince étaient dans un carrosse drapé, escorté par toute la cavalerie de la garnison qui avait été assez loin à sa rencontre. L'infanterie était en haie depuis l'entrée de la ville jusqu'à la cathédrale, L'évêque en habits pontificaux et tout le chapitre s'étaient rendus processionnellement à la porte du cloître oii ils reçurent le corps qui fut porté à l'église par des chanoines , tandis que d'autres chanoines soutenaient les quatre coins du poêle ; ensuite marchaient les officiers du Conseil d'Artois, ceux de la Gouvernance ou du bailliage et tous les autres dignitaires.
Après qu'on eut fait dans le chœur les prières ordinaires, le cercueil fut déposé dans la chapelle de St.-Vaast oii il resta jusqu'au samedi 27, jour fixé pour le service et l'enterrement. Outre les messes qui , durant ce délai , se succédèrent sans interruption dans la chapelle depuis six heures jusqu'à midi , les chanoines y étaient tour à tour en oraison pendant le jour et les chapelains pendant la nuit. Le régiment du Roi gardait les portes de l'église. Le chapitre après avoir conféré avec l'évêque et le marquis de Montchevreuil , gouverneur du feu comte de Vermandois , et réglé tout ce qui avait rapport aux funérailles de ce prince , résolut de l'inhumer au milieu du chœur , près de l'ange , ad angelum , cette place ayant été regardée comme la plus distinguée qu'on put choisir. Elle parut convenir d'autant mieux qu'elle avait servi à la sépulture d'Elisabeth de Yermandois, femme de Philippe d'Alsace comte de Flandre , laquelle descendait en ligne di-
recte d'Henri i." roi de France. Son tombeau découvert fortuitement en Tan 1600, à l'occasion d'une fosse que l'on creusait pour l'évêque Mathieu Moulart, fut connu par cette inscription qu'on trouva sur une lame de cuivre, parmi les cendres de la princesse : « Anno domini » m.c.l.xxxn. vi° kalendas, aprilis , obiit Elisabetha, » Flandr. et Veromand. comitissa uxor Philippi Flandr. » comitis filia vero Radulphi comités Veromand. in pre- » senti sepulchro requiescit. »
L'on a dit sans fondement que Louis xiv avait lui-même désigné pour le tombeau de son fils celui de la comtesse de Flandre , Elisabeth ; la lettre même de ce monarque , que nous avons rapportée , prouve de reste que c'est une erreur puisqu'elle exprime seulement la volonté du roi relative au chœur. Louis xiv et ses ministres ignoraient probablement qu'Elisabeth y eût été enterrée. On voit d'ailleurs que ce fut le chapitre qui, de concert avec le gouverneur du jeune prince, fixa le choix de cet emplacement. Le chœur et la nef furent entièrement tendus de noir, avec des bandes de velours chargées d'écussons d'argent aux armes du prince. L'évêque officia au service qui fut chanté en musique avec la pompe la plus magnifique ; tous les corps y assistèrent en grand deuil. On lit dans un manuscrit du temps : « que le marquis de (c Montchevreuil , les quatre gentils-hommes du feu prince, » et tous les gens de suite paraissaient profondément af- ^) fligés et témoignaient vivement les regrets que leur » causait sa mort. »
En vertu des ordres du roi, M. de Chauvelin, intendant de la province, passa le 24 janvier 1684 avec quatre commissaires du chapitre un acte devant notaire pour la fondation perpétuelle d'un service anniversaire.
Cet acte portait : ic qu'informé des témoignages publics w de zèle qu'a donnés le chapitre , tant par la pompe » des obsèques du duc de Vermandois, décédé à Courh tray le 18 novembre précédent , que par le choix du » lieu de la sépulture, dont Sa Majesté a été très satis- « faite, )) désirant donner des preuves de son affection pour ce prince , et voulant que les chanoines et leurs successeurs puissent continuer à jamais leurs prières pour le repos de son âme , le roi a résolu de leur procurer les moyens d'y subvenir. En conséquence il était stipulé : « que les prélat, doyen et chanoines diraient tous les n jours, chacun à son tour et pendant Tannée de Tinhu- » mation , une messe basse de requiem dans la chapelle )) ardente préparée et tendue de deuil à cet effet ; que » le 18 novembre de chaque année ou autre jour pro- » chain , en cas d'empêchement , il serait célébré à per- )) pétuité dans leur église un service solennel précédé )) de vigiles à neuf psaumes et neuf leçons : que le cha- » pitre ferait distribuer annuellement à 50 pauvres qui » devront assister à ces offices cinq sols chacun et un » pain de huit livres ; qu'il serait aussi donné tous les « ans par le chapitre , le jour du service , une somme )) de dix livres aux pauvres Clairisses de la cité d'Arras , )) afin que leur communauté prie pour le salut du comte » de Vermandois. On ajoute que toutes les cloches seront » sonnées le jour et la veille comme il est d'usage aux )) obits des évêques : que Tautel sera décoré d'une ma- » nière funèbre et avec les ornemens des trépassés ou » ceux que S. M. donnera à l'église, si elle le juge à » propos, etc.. »
M. de Chauvelin promit ensuite au nom du roi de faire payer au chapitre, avant le 18 novembre 1684, la somme
de 10,000 livres pour être employée à l'aequisitioii d'un fonds de terre , de concert avec le procureur-général du Conseil d'Artois qui serait présent au contrat.
Cette somme , à laquelle a été joint un supplément de fonds fournirpar le chapitre , a servi à acquérir une ferme au village de la Contaie , près Béthune , appelée la ferme du Grand-Rault et depuis désignée sous le nom de Fevnie du Vermandois. Par lettres-patentes du mois de février 1687, enregistrées au Conseil d'Artois, le roi fit remise au chapitre de tous droits seigneuriaux ou autres qui pouvaient être dus pour l'acquisition de ce domaine qui était seigneurial et relevait directement du roi.
Louis XIV fit présent à cette occasion à la cathédrale d' Arras , au mois de mars 1 684 , d'un ornement noir complet fort riche avec un poêle et un dais , le tout chargé de 38 cartouches en broderie d'or et d'argent , aux armes du feu comte de Vermandois.
Avant la Révolution, l'obit s'acquittait chaque année conformément à l'acte de fondation , et les aumônes prescrites se distribuaient. Les pauvres filles de Ste. -Agnès (orphelines) percevaient celles de 5 sols et des pains de 8 livres.
Le service se faisait ordinairement le 25 novembre et les magistrats et officiers municipaux y assistaient , ainsi que le lieutenant du roi qui était spécialement chargé d'en constater l'exécution.
Tels sont les détails relatifs à la sépulture du comte de Vermandois ; nous les avons puisés dans des manuscrits renfermant des extraits des registres capitulaires.
Toutes ces circonstances peuvent d'ailleurs détruire les systèmes bizarres accrédités à l'occasion de la mort du prince dont nous venons de parler.
LE BARON DE HAUTECLOCQUE , ancien WAinE d'Arras.