POUR LES ANTIQUITÉS GAULOISES ET ROMAINES
1." Les restes d'anciennes bâtisses, soit enceinte de ville, soit temple, soit maison ; la nature des matériaux employés ; la forme extérieure et intérieure des bâtimens.
2." Les ruines d'amphithéâtres, d'arènes, de bains particuliers ou publics, d'aqueducs.
3." Les voies romaines appelées plus communément dans la Picardie Chaussées de Brunehaud; leur ancienne direction en traversant cette province, les changemens qui y ont été faits; si elles sont formées de divers lits de pierre, de cailloux et de sable, ou seulement de pierrettes que Vitruve appelle Gla-
reola et Bergier Arène; leur largeur et leur épaisseur; leur proximité de quelques camps romains assez fréquens en Picardie.
4.» Les vestiges de ces camps , leurs positions , leur forme et leur étendue.
5." Les tombeaux. On en voit de plusieurs sortes dans cette province ; les uns sont élevés hors de terre et ont la forme d'un pain de sucre; on les appelle Tombelle en certains cantons de la province et Motte en d'autres. Les autres sont de pierre dure et enterrés; les autres enfin sont pratiqués dans la terre ou taillés dans le roc. Il faut examiner avec bien de l'attention ces derniers tombeaux; on y trouve des armes, des lampes, des bouteilles de verre, des floles nommées improprement Lacrymales, des assiettes, des armures, des brasselets, des médailles, quelquefois même des figures de divinités que l'on appelle Amulettes. Ces tombeaux deviennent plus précieux encore quand on en peut découvrir l'inscription.
6." Les médailles gauloises et romaines qui sont très-communes dans la province; le lieu où la découverte a été faite.
7." Les endroits où l'on peut apercevoir des vestiges de poterie et de briqueterie romaines. Ces débris de pots, d'assiettes, d'urnes, de briques, de tuiles surtout, que l'on distingue par leur largeur, leur épaisseur et leur rebord , telles que l'on en trouve dans les environs de Soissons , de Breteuil , etc. annoncent aussi que ces lieux ont été habités par les Romains.
8." Les Druides faisoient leur séjour ordinaire dans les forêts. La tradition n'auroit-elle pas transmis jusqu'à nous la connaissance de quelques endroits de la Picardie habités par ces dépositaires du sacerdoce et des lois?
9." Une de leurs principales cérémonies consistoit à aller, le premier jour de l'an, cueillir le gui de chêne. Il paroit que ce cri usité dans notre province Au-gui-V an-neuf ou par corruption Aguilanneuf. Aguilleneu, Aguilloneu , Guilenleu , Haguirenleu , etc. , pour annoncer la nouvelle année , est un reste de cette ancienne solennité. Quels sont les lieux où ce cri est défiguré? N'y a-t-il point d'autre manière de le rendre?
10." La fête des Brandons est encore une de ces pratiques superstitieuses dont les traces ne se sont point effacées absolument dans la province malgré le zèle des pasteurs; on les aperçoit non seulement dans les anciennes dénominations de Brandons, de Bures, de Behoudic, données au premier dimanche de carême, mais aussi dans l'usage où sont en ce jour les jeunes gens de la campagne de danser en rond autour des arbres, de courir dans les rues , dans les champs , avec des torches de pailles allumées , et dans d'autres divertissemens de cette espèce, vrais restes des bacchanales.
Nous prions ceux qui voudront bien avoir la bonté de nous instruire de ces usages conservés dans leurs cantons de ne rien omettre des circonstances; et par rapport aux découvertes d'antiquités de donner un détail de chacune , d'y joindre les conjectures qu'ils auroicnt pu former et de nous indiquer les personnes qui en auroient en leur possession. Nous les supplions aussi de vouloir bien adresser leurs paquets par la poste, au défaut de commodités moins onéreuses , à dom Grenier, bénédictin de l'abbaye de Saint - Germain - des - Prés , à Paris.
Nous nous ferons un devoir de rendre à chacun le tribut de reconnaissance que son travail pourra mériter.
Vu et approuvé par nous , supérieur-général de la congrégation de S. Maur et président-né du Bureau de Littérature, en l'abbaye de Saint-Germain-
des-Prés, ce 27 mars 1767.
Fr. Pierre-François Boddier, supérieur-général.