FAIT PAR LOUIS XI A LA VIERGE
>n'^ A puissance de la maison de Bourgogne com- |mençait à décliner. Déjà une partie considérable de l'Artois lui avait été enlevée par l'ha- I bile et astucieux Louis xi , lorsque ce moliiarque résolut de réunir encore à la couronne de France le vaste comté de Boulogne. Pour y parvenir, il fit d'abord restituer ce comté à Bertrand de La Tour , comte d'Auvergne, qui le lui céda ensuite en échange de la terre de Lauraguais.
Ce n'était pas assez pour Louis xi ; comme le comté de Boulogne était depuis quelque temps sous la suzeraineté des ducs de Bourgogne , le monarque chercha encore à s'affranchir des devoirs que cette suzeraineté pouvait lui imposer, devoirs peu compatibles avec la dignité royale.
Pour atteindre ce but , Louis déclara que le comté de Boulogne ne relèverait plus désormais que de la Vierge, et se décida à en faire hommage à son image miraculeuse révérée dans l'église de Notre-Dame de Boulogne.
En conséquence , en l'année 1 478 , le roi de France , accompagné de toute sa cour se rendit dans cette belle et antique église. Arrivé derrière le chœur des chanoines, Louis se mit à genoux dans la chapelle de la Vierge devant sa sainte image , placée au haut de Tau tel ; là , sans ceinture , sans éperons , la tète nue , il fit hommage à la reine du ciel , entre les mains de l'abbé , d'un cœur d'or du poids de 13 marcs, tandis qu'un de ses secrétaires, lisait à haute voix un acte conçu en ces termes :
« Louis par la grâce de Dieu , roy de France , nous es- » tant venus présentement en nostre ville de Boulogne , » pour la grande et singulière dévotion que nous avons à » la glorieuse vierge Marie et à son église fondée en ladite » ville, en laquelle par l'intercession de la mesme dame, » se font chacun jour de beaux et grands miracles; consi- » dérans aussi les très grandes et ^singulières grâces que » nostre Seigneur nous a fait le temps passé , par l'inter- » cession de sa glorieuse mère ; désirant de tout nostre » cœur , en reconnaissance de cela , révérer , élever et aug- » menter en honneurs, prérogatives et dignités ladite église » de Nostre-Dame de Boulogne , nous avons de nostre « propre mouvement , pleine puissance et autorité royale , » donné , cédé , transporté et délaissé , cédons , transpor- » tons et délaissons à ladite dame , révérée en l'église de » Boulogne , le droit , titre et fief qui nous compeloit et )) appartenoit , pour raison , et à cause de nostre comté » d'Artois. Lequel fief et hommage de la comté de Boulo- )) gne, nous et nos successeurs roys de France et comtes d'i- » celle comté , serons tenus dorcsenavant perpétuellement )) quand le cas y escherra , de rendre ledit hommage devant » l'image de ladite dame en son église , es mains de l'abbé » comme procureur, abbé et administrateur d'icelle, et
» de payer les reliefs, tiers de chambellage et autres droits )) seigneuriaux, pour ce deus à muance de vassal. El en » outre pour l'honneur et révérence de Nostre-Dame, » nous et nos dits successeurs serons tenus en faisant ledit n hommage , d'offrir et présenter nostre cœur , en espèce » et figure de métail d'or fin , de la pesanteur de treize » marcs d'or. Donné à Hesdin au mois d'avril , l'an mil » quatre cens soixante et dix huit, etc. »
Le cœur offert par Louis xi à la Vierge , resta long-temps attaché à sa statue ; « elle étoit faite, dit un ancien écrivain, )) de bois en relief, d'une excellente sculpture, d'environ » trois pieds et demi de haut et tenant Jésus enfant sur » son bras gauche. »
L'hommage du dévot monarque fut renouvelé par plusieurs de nos rois : Charles vni , Louis xii et François i."^ s'en acquittèrent successivement.
Les Anglais s'étant emparés de Boulogne en 1544, dévastèrent la chapelle de la Vierge, « lieu si saint, si au- » guste , ajoute Arnoul Leferon , oii sept lampes dont qua- » tre d'argent et trois d'or brùloient incessamment devant » l'image de Marie et dont les piliers ou colonnes environ- » nant l'autel étoient revêtus de lames d'argent )> ; ils transportèrent cette précieuse image en Angleterre d'oii Henri n la fit revenir en 1550. Malheureusement la nouvelle chapelle élevée par les soins du même monarque fut pillée et saccagée en 1557; dans leur stupide fureur, les Huguenots , ces nouveaux iconoclastes, précipitèrent la statue dans le puits du château d'Honnevault où elle resta jusqii'en 1607.
Quarante-six ans après, en 1653, la chapelle de la Vierge de Boulogne commença à recouvrer son premier lustre , tout son éclat , grâce aux libéralités des rois Louis xni et
Louis XIV qui se firent représenter derrière l'autel offrant eux-mêmes leurs cœurs à la reine des anges. Les savants auteurs du Voyage Littéraire en France , nous ont conservé l'inscription qui accompagnait cette curieuse représentation des deux monarques ; elle était ainsi conçue :
(( Cet autel et clôture furent commencez Van 1653 et n achevez en l'an 1656 de la som^me de douze mille livres » adjugée par nôtre Roy Louis xiv à présent régnant , aux » doyen , chanoines et chapitre de cette église , à l'instance » de monsieur le maréchal d'Aumont, gouverneur de Bou- » logne et du pais de Boulenois , par arrêts du conseil » des 9 mars 1644 et 12 juillet 1 6 A5 , vérifiez et enren gistrez en Parlement le S , et en la chambre des comptes w le \^ juillet 1647. Pour l'estimation de deux hommages » d'un cœur d'or chacun d'eux en ladite église , à cause » du comté de Boulogne , l'un par le feu Roy de très glo- » rieuse mémoire Louis xiii et l'autre par Sa Majesté ; en- » suite de V inféodation que le roy Louis xi fit de ce comté » à Nostre-Dame de Boulogne , par ses lettres-patentes du )) mois d'avril 1478^ enregistrées audit Parlement le IS » août de la même année. )>
La statue de la Vierge, témoin de tous ces pieux hommages et devant laquelle vinrent se prosterner tant de monarques , tant de grands seigneurs , tant de condamnés par la justice civile et ecclésiastique au pèlerinage si célèbre de N.-D. de Boulogne, n'existe plus depuis le siècle dernier. Un représentant du peuple la fit jeter au feu en 1793 pour plaire à une faction sacrilège , ennemie de Dieu , des monuments et des souvenirs.
H. DUSEVEL.