‹ Bibliothèque historique, monumentale, ecclésiastique, et littéraire, de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 62 sur 170 · LA. V CENS. ET DIX IIVIT. CHE · texte numérisé non relu

LA. V CENS. ET DIX IIVIT. CHE

COBLE cm. FVT ACOPLI. PAR J.

PARMETIER.

VII. Eglise de Noyelles-sur-Mer. — On remarquait autrefois dans cette église onze chapelles presque toutes magnifiquement décorées. Il n'en reste maintenant qu'une seule servant de sacristie. Cette chapelle a une voûte en ogive divisée par quatre cordons réunis à une clef pendante sur laquelle sont représentées les armes des comtes de Ponthieu. La construction de l'église de Noyelles remonte , dit-on , au commencement du xni.' siècle ; après la destruction de ce village par l'ennemi vers la fin du xv.", elle resta long-temps abandonnée. Elle est placée sous l'invocation de la Sainte-Vierge ; c'était avant]] là Révolution une collégiale assez importante ; Guillaume III , comte de Ponthieu , l'avait fondée en 1217 » .

1 Renseignements communiqués par M. l'abbé Nicolle , curé-doyen de Crécy. i U. pnr M. Flet , desservant de Miannay-Lambercourt.

pur M. Dufourny, desserrant de Noyelles-sur-Mer.

Id.

VIII. Eglise de Quend. — L'église de Quend passe pour avoir été bâtie au XI." siècle. Il n'existe à l'intérieur que deux piliers. Le premier qui est carré supporte deux arcades ; le second , de forme octogone, en soutient un pareil nombre. Le chapiteau de ce dernier pilier est orné de sculptures curieuses , représentant des feuilles de vignes et de chêne sur lesquelles paraissent des oiseaux. La tour, placée à l'extrémité de la nef, est carrée et renferme un escalier. On rapporte qu'un détachement des troupes du duc de Bourgogne , Charles - le - Téméraire , qui ravageait le Marquenterre , s'étant rendu à Quend, pour mettre le pays à contribution , fut assailli par les habitants de ce village. Forcés bientôt à la retraite , ces habitants se réfugièrent dans le clocher de leur église d'où ils flrent feu sur les soldats bourguignons ; l'ollicier qui commandait ces derniers en fut si courroucé qu'il ordonna de brûler tout le village. On se rend en pèlerinage dans l'église de Quend le 15 juillet, jour de la fête de St-Vast, son patron. On y amène alors un grand nombre d'enfants pour être placés sous la protection du saint et obtenir , par son intercession , qu'ils soient préservés des maladies les plus ordinaires à leur âge. Dans ce double but, on fait toucher à la statue du saint des petits gâteaux , destinés aux enfants et on promène plusieurs fois ces derniers autour de l'édifice , en récitant une courte prière pour eux,

IX. Eglise de Quesnoy-le-Montant. — La flèche en pierre de cette église fait l'admiration des connaisseurs. C'est un des plus beaux clochers du xvi." siècle. Dans le cimetière voisin se trouve une chapelle dédiée à St-Sulpice. On y vient en pèlerinage pendant les deux dimanches qui suivent le 27 août. Lors de ce pèlerinage , on tient près du cimetière et de la chapelle une espèce de foire où l'on vend différents objets à l'usage des villageois.

Une autre chapelle , connue sous le nom de chapelle d' Hymmeville , existe dans le voisinage. Elle est construite, de place en place , en petites pierres carrées et en cailloux taillés , avec assises de grandes briques plates. On regarde ce monument comme l'un des plus anciens édifices religieux de la contrée. Ses fenêtres ont conservé une partie de leurs vitraux coloriés. On y distingue le Père Eternel, le Christ en croix , St-Martin à cheval faisant V aumône au pauvre d'Amiens, etc. 'Ces débris de verrières sont très-curieux, et nous engageons M. le desservant de Quesnoy à les conserver avec soin.

X. Eglise de Regnière-Ecluse. — On croit que cette' église date du xvi.^ siècle. Sur la voûte du chœur, qui se termine au dehors à pans coupés , on remarque en effet , le millésime de 1506. Cet édifice est construit en pierres. Le soubassement offre plusieurs compartiments de cailloux , arrangés en damiers. A l'extérieur, la porte est décorée d'un groupe représentant la Vierge tenant le Christ sur ses genoux. On remarque, à l'intérieur, quelques bas-reliefs en bois qui ont pour sujet diverses scènes de l'écriture - sainte. Les deux fenêtres

i ReiKeignements communiqués par M. Cage , desservant de Quend.

" IJ. par M. l'ubbé Fayez, desservant de Queinoy-le-Montant.

du sanctuaire sont ornées de vitres de couleur. Les personnages se détachent sur des fonds d'architecture et de paysages. Les arêtes de la voûte du chœur se terminent à leur point de jonction par des rosaces et des écussons. Le dossier de la chaire à prêcher présente quelques figures grotesques et d'autres sculptures *.

XL Eglise à'Agenville (arrondissement de Doullens. ) — Cette église est peu remarquable sous le rapport architectonique ; mais elle jouit d'une certaine célébrité dans les environs , à cause d'un pèlerinage qui y a lieu en l'honneur de Saint-Sauveur. Lors de ce pèlerinage , il est d'usage de présenter à la statue du saint quelques morceaux de pain que les cultivateurs emportent et conservent soigneusement dans leurs maisons , pour en donner à leurs bestiaux quand ils sont malades ".

XIL Eglise de Barly. — L'église de Barly n'est pas tournée vers l'orient comme la plupart des monuments consacrés au culte catholique , mais tout à fait au nord. La partie la plus curieuse de cette église c'est la belle arcade qui sépare la nef du chœur. Le retable d'autel a aussi quelque mérite. Dans une espèce de fronton cintré se trouve un ange de grandeur naturelle tenant une épée et une croix renversée. On croit voir dans celte représentation les emblèmes du martyre de St-Pierre et de St-Paul, qui sont les patrons de l'église de Barly. Plus bas , sous la corniche , est un tableau représentant la pêche miraculeuse. Des insignes religieux tels que la tiare, les clefs de St,- Pierre, la mitre épiscopale , le ciboire et V encensoir décorent également ce joli retable. Trois superbes statues en bois, hautes de deux mètres au moins , fixent aussi les regards dans cette église. L'une représente St-Pierre ; l'autre St-Paul; la troisième St-Antoine ; elles sont l'œuvre de J. B. Carpentier , très-habile sculpteur qui les exécuta en 1760. Le 17 janvier, on vient dans l'église de Barly prier St - Antoine pour la conservation des bestiaux. On a coutume de tourner, dans cette circonstance, trois fois autour de l'édifice et de faire toucher à la statue du saint des petits pains qu'on garde , avec le plus grand soin comme àAgenville, pour la guèrison des vaches ou chevaux malades'.

XIIL Eglise de Berneuil. — Elle possède une espèce de tribune qu'on a prise pour le reste d'un ambon. L'ornementation de cette tribune est fort curieuse. Les pièces de bois qui soutenaient le plancher attirent surtout les regards. On y voit représentés des anges et d'autres figures ; on les regarde , dans la commune , comme des morceaux précieux sous le rapport de l'art * .

XIV. Eglise de Bus. — Rien d'intéressant dans cette église, quant à l'architecture ; mais la chapelle érigée en l'honneur de Saint-Jean-Baptiste est

1 Renseignements communiqués par M. Botte, desservant de Regnière-Ecluse.

2 Id. par M. l'abbé Chausson, desservant d'Agenville. S Id. par M. Cariioy, desservant de Barly.

4 Id. pat M. l'ttl)l)é Letierce , desservant de Berneuil.

fréquentée par de nombreux pèlerins. Le jour de la nativité du saint-précurseur, on les voit arriver par troupes, dès le lever de l'aurore , pour prier devant la relique du saint conservée dans cette chapelle. Le même jour, les jeunes gens allument un grand feu sur la place de Bus '.

XV. Eglise de Canaples. — La grandeur et la beauté de l'ancienne église de Canaples étaient proverbiales autrefois. On disait dans tous les environs Canaples belle église , pour désigner ce curieux monument. L'édifice actuel n'a point , sans doute , la même magnificence , mais il mérite toutefois d'être vu. La tour carrée qui surmonte le portail et qui se termine en plate-forme fixe surtout les regards ".

XVL Eglise de Fieffés. — Peu de monuments offrent autant d'intérêt que cette église. On n'a rien de certain sur son origine ; on sait seulement que sa construction est antérieure à l'année 1574. Le chœur se termine carrément. Il est entouré de deux chapelles ; la plus remarquable , celle dite des Commandeurs, à une voûte en pierre très-curieuse. Sur l'une de ses nervures on lit d'un côté ces sortes de sentences :

CA ESTÉ Clî QVE DIEV A VOVIA.

CE SERA CE QVE DlEV VOVDRA.

JAÎiVARIVS ANNO 1574.

De l'autre côté se trouve cette inscription :

BIAJISTER MAJISTRCM TOTIUS ORDINIS S. LAZARI IIIEROSOMMI CITRA ET VLTRA MARE.

Les fenêtres offrent quelques restes de verres coloriés. On y distingue encore une Trinité , le Père Eternel tenant le globe du monde sur un doigt , un Agneau Pascal portant un étendard rouge surmonté d'une croix blanche , et une autre croix de forme grecque environnée de flammes. Dans plusieurs endroits on remarque les armes des chevaliers de Malte, un lion et une croix. La corniche du côté du midi mérite d'être vue. Elle est soutenue par de petites pierres carrées représentant chacune un sujet différent , tels que coquillages , vases , fleurs , etc. * .

XVIL Eglise de Grouches. — L'église de Grouches est construite en belles pierres. On voit au-dessus de l'autel un fort bon tableau représentant une descente de croix ; c'est une copie de celui de Rubcns. La chasse contenant les reli ques de St-Martin , patron de cette église , est très - élégante.

La chapelle de Luchuel qui se trouve aux environs, remonte à l'an 1331. On s'y rend avec les enfants qui ne parlent pas facilement afin d'obtenir, par l'intercession de St-Brice , la cessation de cette infirmité ■•.

1 Renieignement* communiqués par M. l'ahbé Dubos, desseivant de Bus.

2 Id. par M. l'abbé Félix, desservant de Canaples, 5 Id. par M. Petin , desservant de FieSes.

4 Id. par M. Viatt, desservant de Grouches.

XVIII. Eglise d'Havernas. — Elle a conservé pendant longtemps une de ces arcades qui , dans les anciennes églises , séparaient ordinairement la nef du chœur. La lanterne du clocher reposant sur deux piliers carrés, à l'extrémité de la nef, est assez remarquable; elle couronne le toit de l'église d'une manière pittoresque. St-Georges est le patron de l'église d'Havernas '. On voit les armoiries du seigneur de St-Dehs-Heucourt et de ses alliances, au bas de quelques niches existant dans le chœur; mais ce qui attire surtout les regards, c'est un curieux bas -relief en bois représentant le prince des prêtres frappé de mort, pour avoir osé porter la main sur le drap funèbre qui couvre le cercueil de la Vierge *. On remarque aussi dans le chœur une belle piscine et l'écusson de la famille Du Biez.

XIX. Eglise d'Hunibercourt. — La tour et la flèche de cette égUse sont les seuls objets qui méritent de fixer l'attention. La tour a dix-sept mètres de hauteur; elle se trouve au fond de l'église; une flèche en pierre la surmonte. Cette flèche , haute de douze mètres environ , est de forme octogone dans le bas et percée à jour par des ouvertures ovales. La galerie qui l'entoure a 1 mètre 36 centimètres ; elle est ornée de losanges et d'entrelacs aussi à jour. Par malheur, un architecte vandale, comme on en voit encore, a cru devoir boucher toutes les ouvertures qui donnaient un aspect aérien à cette belle flèche, lorsqu'il la répara en 1833. L'église d'Humbercourt a été, dit-on, construite à la fin du xii.*" siècle ; mais on n'a conservé qu'un fragment de muraille du premier édifice. On remarquait autrefois dans l'intérieur les douze apôtres superposés les uns aux autres. Ces statues sont maintenant déposées au presbytère '. On devrait les replacer dans l'église où la religion et l'art ont marqué leur place.

XX. Eglise de Pernois, — Cette église dont le chœur se termine en hémicycle a pour toute décoration au - dessus du portail une tète d'évêque avec une crosse. M. de la Motte , prélat si connu par ses réparties fines et spirituelles, fit ajouter à l'église les deux chapelles latérales qu'on y remarque *. Le possesseur du fief de la Mule l'Évêque avait autrefois la place d'honneur, dans cette église, en l'absence du prélat. On sait que c'était ce vassal qui, à l'entrée des évéques d'Amiens, les aidait à descendre de leur mule, au bas du parvis de la cathédrale; il avait droit de s'emparer de la monture, après avoir accompli ce service féodal.

XXI. Eglise de Secourt- Becordel. (Arrondissement de Péronne. ) — C'est un bien pauvre monument surmonté d'une tour carrée bâtie dans le dernier siècle ; mais le tableau du maitre-autel attire les regards de tous les connaisseurs. Ce

i Renseignemen» communiqués par M. l'abbé Vilbert , desservant d'Havernas.

2 Note de M. H. Dusevel.

3 Renseignements communiqués pai M. Fretnoy, desservant d'Humbercourt. \ Id. par M. Rinuy, curé de Pernois.

tableau représente St-Vaast guérissant un aveugle, un soilrd et un boiteux dans un voyage à Reims où il accompagnait Khlovigh qui allait recevoir le baptême des mains de St-Remy. On apporte ordinairement les petits enfants des environs dans cette église , et l'on invoque St-Vaast afln qu'il les aide à marcher. Les bonnes mères, dans leur pieuse croyance , font toucher le linge de ces enfants à la statue du saint , persuadées qu'il en résultera un grand bien pour ces faibles et innocentes créatures '.

XXII. Église de Buire-Courcelles. — Dans l'église de Buire est une copie du tableau de Rubens, représentant la Compassion de la Vierge, exécutée avec un rare talent. C'est à peu près là tout ce que cet édifice construit en briques et pierres, offre de plus curieux '.

XXIII. Eglise de Chaulnes. — L'église de Chaulnes ne date que de 1745, mais elle passe pour l'un des plus beaux monuments religieux du diocèse. On la doit à la munificence de l'ancienne et illustre maison de Chaulnes, si connue en Picardie et en Artois. Elle est construite en pierres et en briques. Ces briques offrent à l'intérieur une symétrie très -remarquable ; elles commencent à se faire voir au-dessus des chapiteaux des piliers qui sont carrés , et se développant à droite et à gauche au haut des archivoltes , des arcades et des fenêtres , elles forment une large frise au-dessous de la corniche. Le portail est en pierre de taille et présente trois entrées. On voit aux deux côtés de la principale porte quatre colonnes doubles, répétées au-dessus de la corniche jusqu'au fronton où se trouve un cadran , et à l'entrée de l'église une belle tribune soutenue également par des colonnes assez élégantes ; cette tribune attend quq'un homme riche et généreux y fasse placer un buffet d'orgues en harmonie avec la richesse de l'édifice *.

XXIV. Eglise d'Ennemain. — C'est un édifice fort simple et qui n'offre rien de remarquable sous le rapport de l'architecture. Le chœur et les chapelles latérales peuvent remonter à la fin du xv.' siècle, mais la nef ainsi que la tour qui surmonte le portail sont de construction moderne. Il est facile de le reconnaître, quoiqu'on ait incrusté dans les murs extérieurs des fragments d'architecture romane, provenant de la première église d'Ennemain. De riches boiseries décorent le chœur, le sanctuaire et les chapelles de l'édifice actuel. Les étrangers les examinent avec plaisir, lorsqu'ils visitent ce monument •*.

XXV. Eglise d'Irles. — L'église d'Irles, placée sous l'invocation de St-Martin, offre un coup-d'œil agréable. Sa flèche domine majestueusement la colline sur laquelle est bâti le village; mais l'édifice ne répond point, à l'intérieur, à la

1 RenteignemeiKs commnniquéi par M. l'abSé Cbatlot, destervant Ae Béeourt-Béeordel.

* id. par M. l'abbé Vignon, deuervunt d* Buirc-Courcelles. 5 id. par M. l'abbé Devillers , curé-doyen de Chaulaes,

* W» pat M. I abbé de Cagny, deueivant d'Ennemain.

bonne idée que la vue de l'extérieur en pourrait faire concevoir. Le toit du chœur parait plus élevé que celui de la nef, cependant le chœur est moins haut que celte partie du monument. La voûte en bois est peinte. On y a représentés entr'autres sujets : la naissance de Notre Seigneur, son baptême et et l'expulsion des marchands du Temple. Ces peintures ont été exécutées en 1773 *.

XXVI. Eglise de Manancourt. — Quoique cette église n'ait été bâtie que vers 1720, elle contient de grandes dalles de pierre provenant sans doute de l'ancienne église et qui offrent un certain intérêt. On y voit des figures d'hommes , de femmes et de chevaliers •; les inscriptions de ces dalles étant lisibles, nous regrettons que M. le desservant de Manancourt ne nous en ait point adressé une copie exacte.

XXVII. Eglise de Miraumont. — Comme l'église de Chaulnes , celle de Miraumont est tout à fait moderne, puisqu'elle ne remonte qu'à l'année 1765. Son architecture signale l'ordre ionique, si en vogue alors. Les deux rangs de colonnes qui soutiennent les voûtes offrent une grande délicatesse; leurs chapiteaux sont ornés de sculptures en spirale ou volutes. Plusieurs tableaux appendus autour du chœur fixent l'attention des amateurs. La sonnerie de l'église de Miraumont était , avant la révolution de 1789 , la plus remarquable des églises voisines. Cette église avait aussi une horloge avec carillon. La famille de Penthièvre, qui possédait le château dont on voit encore quelques ruines tout près de l'église, l'avait enrichie de ses dons. Chaque année , le 25 mars , il s'y fait un pèlerinage pour honorer la Sainte -Vierge sous le nom de Notre - Dame Marsette ou Marchette. Les mères y amènent les enfants qui ne peuvent marcher ; ordinairement il y a foule , lors de cette pieuse solennité * .

XXVIII. Église de Montauban. — La tour seule de cette église est ancienne ; le reste n'offre que des constructions modernes. La porte extérieure de la tour qui lui sert de porche est en arc surbaissé, surmonté d'une niche. Les fenêtres de cette tour ne sont à proprement parler que des meurtrières. Les habitants s'y retiraient , en temps de guerre , pour repousser les partisans ennemis qui portaient la dévastation dans nos campagnes. Cette tour renferme un escalier en spirale remontant au 15." ou au 16." siècle. La paroisse de Montauban , aujourd'hui du canton de Combles , était la seule de ce canton qui fut, avant le concordat, du diocèse d'Amiens. Toutes les autres églises dépendaient de l'évêché de Noyon * .

XXIX. Eglise de Suzanne. — Les piliers de l'église de Suzanne sont d'une

1 Renseignement» communiqués par M. l'abbé de Sacby, curé-desservant à Irles.

3 id. par M. l'abbé Joron , desservant de Manancourt.

S id. par M. l'abbé Lenglet , curé-desservant de Miraumont.

4 Id. par M. l'abbé Lecreux, desservant de Montauban.

délicatesse remarquable. La chapelle seigneuriale , qui existe dans un côté du chœur, renferme des pierres tumulaires de la famille d'Estourmel remontant au 16.° siècle. Le prince de Condé visita cette église en 1788. De temps en temps , des personnes pieuses y viennent en pèlerinage a St - Druon , pour obtenir la guérison de certaines inûrmités qui affligent les enfants * .

XXX. Eglise de Tincourt et chapelle de Notre-Dame de Moyen-Pont. — L'église de Tincourt n'offrant rien de remarquable sous le rapport de l'architecture , ni sous celui de son antiquité , nous ne parlerons dans cette notice que de la chapelle de Moyen-Pont. Cet oratoire , si célèbre dans le pays , a pris son nom de sa situation entre deux bras de la petite rivière de Cologne qui formaient , au 13." siècle une sorte d'tle à laquelle on arrivait par un pont composé d'une simple planche. On attribue sa fondation à plusieurs seigneurs voisins qui déposèrent dans cette chapelle une image de la Vierge, miraculeusement découverte au temps des croisades. Les guérisons merveilleuses opérées en ce lieu attirèrent bientôt un grand nombre de pèlerins à Moyen- Pont. Aujourd'hui encore ce pèlerinage est fort en vogue et l'on y vient non seulement des pays voisins , mais même de Cambrai , Valenciennes et autres villes du département du Nord. Près de la chapelle se trouve une fontaine dans laquelle se baignent les malades, et comme la piscine de Siloé, elle rendait , dit-on , la santé à ceux qui se montraient dignes de la recouvrer, par une foi sincère et vive. Un Hermite est chargé de la garde de la chapelle de N. D. de Moyen-Pont. On remarque, dans l'intérieur, une poutre transversale sur laquelle est peint de main de maître un Christ avec tous les insignes de la Passion. On y voit la colonne à laquelle il fut attaché, les verges avec lesquelles on le flagella , les trente deniers comptés au traître Judas, etc. — L'image de la Sainte-Vierge , en bois fort pesant , est couverte d'un voile de soie avec franges dorées ; la Vierge porte l'enfant Jésus sur le bras droit et se trouve au-dessus d'un autel très-bien sculpté * .

XXXI. Eglise de Bouchoir. ( Arrondissement de Montdidier. ) — Comme plusieurs autres églises , celle de Bouchoir offre un mélange confus de divers styles d'architecture. Il est facile de reconnaître , en l'examinant avec un peu d'attention , que le sanctuaire , le chœur et la croisée sont d'une époque , et la nef d'un autre temps. Le chœur remonte au commencement du 16." siècle et se termine, au dehors, en hémicycle. Ses fenêtres étaient autrefois ornées de verres de couleur. Il en reste seulement deux panneaux sur lesquels sont représentés un évêque et St-Hubert. Le fond du dernier panneau laisse apercevoir une forêt et un petit château gothique ' .

XXXII. Eglise de Cayeux-en-Santcrre. — La construction de l'église de Cayeux est très-remarquable ; le pied des murs est en grès et le reste se

i Benieignements communiqués pat M. l'abbé Molien , desservant de Suzanne. S Id. par M. l'abbé Brochard , desservant de Tincourt.

5 Id. par M. l'abbé Colléatre , desservant de Bouchoir.

compose de belles pierres qui présentent de distance en distance une saillie ornée de moulures. On voit près du clocher une petite tour de forme octogone, renfermant l'escalier. Cette tour n'a point de fenêtres ; elle est éclairée par quelques rares créneaux. A l'entrée du chœur, se trouvent quatre gros piliers ronds. Deux de ces piliers forment, de chaque côté, les ouvertures des chapelles latérales. Six petites colonnes dont les nervures s'entrecoupent et semblent se jouer au milieu de la voûte, régnent aussi autour du chœur. Les connaisseurs admirent la beauté de cette voûte. Celle de la chapelle du nord est également remarquable. Les nervures anguleuses qui la sillonnent sont ornées d'armoiries à leur point de jonction. La chapelle du sud mérite aussi une mention particulière : on voit au milieu de la voûte une superbe rosace à laquelle viennent aboutir les cordons en pierres qui la soutiennent. La chaire, aux panneaux décorés de branches de laurier, la dalle existant sous le lutrin et les magniGques corbeilles de fleurs , en bois sculpté , qu'on aperçoit dans le chœur , excitent vivement l'attention des visiteurs ' .

XXXin. Eglise de Faverolles. — On voit dans cette église plusieurs pierres sépulcrales sur lesquelles sont représentés divers personnages en costume de chevaliers. Sous la chaire se trouve une tombe recouverte de carreaux vernissés et ornés d'inscriptions. L'église de Faverolles possédait naguère un superbe retable d'autel en bois de chêne , de la fin du 15.* siècle ; la fabrique s'est imaginé de le céder, en 1839, à l'un des membres de la Société Royale des Antiquaires de France. Après avoir descendu le retable du maître-autel , on l'avait placé dédaigneusement dans la chapelle des fonts baptismaux, quoiqu'il offrit des restes intéressants, a II représentait la Passion de Jésus-Christ et portait le triple cachet du temps de Charles VIII dans son ornementation, dans le fusil que tenait un des soldats gardiens du sépulcre, dans le long et étroit panneau qui dépendait de sa base , et dont les décorations n'étaient autre chose que des fleurons en enroulements appartenant aux premiers temps de la Renaissance ' ». L'église de Faverolles avait pour patron le Val-de-Grâce de Paris , à cause de l'abbaye de Saint-Corneille de Compiègne. Les uns prétendent qu'elle date du 12.« siècle, d'autres ne la font remonter qu'au 15." Elle forme la croix latine ; son portail est assez bien décoré. Les statues de St-Pierre et de St-Paul surmontent les deux piliers-butants qui flanquent ce portail. La corniche intérieure est sculptée avec soin. Parmi les diverses sculptures qui ornent cette corniche, on distingue des feuillages, des grappes de raisin, des rubans tors, des animaux fantastiques et deux énormes têtes grimaçantes. On vient implorer dans l'église de Faverolles, pour les maux d'yeux et le mal caduc , Ste-Claire et St-Deffendant dont cette église possède des reliques • .

1 Renseignements couimunicjués par M. l'abbé Viltart, desservant deCayeux.

S Note sur un retable qui se trouve dans l'église de Faverolles , par M. Charles de l'Escalopier. Mémoires de la Société Royale des A.ntiquaires de France , tome V , page 375.

5 Renseignements communiqués par M. l'abbé Bourgeois , desservant de Faverolles.

XXXIV. Eglise de Fransart. — Elle a été presque entièrement rebâtie à neuf et l'on n'a conservé que peu de restes de ses anciennes constructions. Les piliers qui supportent la voûte de l'édifice actuel sont gros, massifs et irréguliers. A l'intérieur , on aperçoit <.à et là quelques statues en bois , peu remarquables, à l'exception de celle de la Vierge qu'on considère comme un excellent morceau. Deux médaillons en bois, représentant l'un la prise du Sauveur au Jardin des Oliviers et l'autre la Résurrection sont également regardés comme d'assez belles sculptures. Dans le côté gauche du chœur se trouve la chapelle seigneuriale ; elle offre quelque intérêt. L'église de Fransart est dédiée à la Sainte-Vierge ; et contient de vastes souterrains ou cryptes qui furent probablement creusés à l'époque où les guerres cruelles qui désolaient nos campagnes forcèrent les habitants à chercher un refuge sous terre ou au milieu des bois. On voit à l'extrémité de Fransart une chapelle sous l'invocation de Sainte-Philomène. Sur les voûtes sont représentés : le Saint-Siège apostolique , le Tombeau des Saints Apôtres , et celui des Saints Martyrs. Une autre partie de cette chapelle rappelle le pèlerinage fait à Rome en 1841 par le curé actuel de la paroisse, M. l'abbé de Lucheux * .

XXXV. Eglise de Fresnoy-lez-Roye. — Le portail de cette église a été déflguré par des réparations modernes qui contrastent d'une manière choquante avec le style de l'édiflce. Le chœur se termine en hémicycle à cinq pans. Deux rangs de piliers existent dans la nef, mais le chœur n'en a point. Les fenêtres de cette partie du monument sont très-hautes , en forme de lancettes et munies de meneaux en pierres. Les impostes des anciennes voûtes, qui étaient également en pierre, offrent de beaux dessins tels que des guirlandes de fleurs de lis géminées. Les stalles du chœur ont conservé quelques médaillons sculptés , malgré le vandalisme auquel elles semblent avoir été en butte. La chaire, du style de la Renaissance, présente une masse imposante et a quelque analogie avec celle qui décore l'église du Saint-Sépulcre à Montdidier. Le cimetière, voisin de l'égHse de Fresnoy, renferme une croix gothique en pierre extrêmement curieuse; on peut en voir le dessin dans un ouvrage récemment pubhé par MM. H. Dusevel et À. de La Fons ' .

XXXVL Eglise de Laucourt. — Les amis de nos antiquités chrétiennes visitent toujours avec un plaisir nouveau celte église et l'antique chapelle qui existe dans la même commune. L'extérieur de l'église de Laucourt n'a pourtant rien de bien remarquable , mais l'intérieur offre une foule d'objets curieux qu'on ne se lasse point d'examiner. Ici c'est un groupe représentant la Cène qui vient frapper les regards ; là se trouvent les quatre évangéUstes avec leurs symboles ou attributs ; plus loin on voit les pierres sépulcrales de quelques honnêtes cultivateurs qui passèrent leur vie à faire du bien ; et, en-

1 Renicigaementt communiqués par M. Tiibbé de Luoheux , dcjjetvani de Fransart.

2 1(1. par M. l'abbé Clavier , desservant de Fresnoy-lcs-Roye.

fin , à l'entrée du temple , de magnifiques fonts portant la date de 1565. Les fenêtres du chœur et celles des chapelles dédiées à la Sainte -Vierge et à St- Nicolas, se font surtout remarquer par la beauté de leurs vitraux peints. On distingue sur ceux du chœur la fuite en Egypte , les vertus de la Vierge , Marie se consacrant au Seigneur, l'Annonciation etc. Sur les vitres de la chapelle de la Sainte -Vierge sont représentés : Jl dam et Eve devant l'arbre, le Christ en croix, la Vierge et St-Jean; enfin, on voit sur celles de la chapelle de St-Nicolas : J. C. expirant sur la croix , le soleil , la lune et divers personnages. L'église de Laucourt est sous l'invocation de St -Martin qu'on a représenté sur les fonts. La voûte principale de cette église était autrefois décorée d'un ciel étoile ; on a eu la maladresse de blanchir cette ancienne peinture ; il ne reste plus au haut du sanctuaire qu'une image de la Ste-Trinité. Elle est d'une bonne exécution * .

XXXVIL Eglise de Liancourt. — On croit que l'église de Liancourt a été construite , à la fin du 15." siècle , par les soins de la famille d'Amerval ; elle semble, en effet, enclose dans les jardins de l'ancien château qui appartenait à cette noble famille. L'extérieur n'a de remarquable qu'une tour carrée en grés qui se trouve à l'entrée de la nef et sert de clocher. A l'intérieur, les deux piliers qui soutiennent l'arcade, séparant le chœur de la nef, fixent l'attention. Du côté du chœur les chapiteaux des piliers sont surmontés d'un ornement en ogive resté incomplet ; on dirait qu'on s'est arrêté tout à coup , effrayé par la dépense que l'agrandissement de l'édifice devait occasionner. Les fenêtres sont très-élevées et peu larges. Elles rappellent , en quelques endroits, le style flamboyant du commencement du 16.' siècle. On voit dans cette église deux pierres sépulcrales assez curieuses. La première , placée en face de l'autel de la Sainte-Vierge , représente un chevalier avec cette inscription :

Ci dessoub gist le corps de fev Anthoine d'Amerval,

en son vivant, escuyer, baron de L

seigneur dudit Amerval en Hainaut ,

de ceste ville de Liancourt sur...

et decedda le S." jour de juillet 1506.

Cet Antoine d'Amerval était , dit-on , l'aïeul de Nicolas d'Amerval , mari de la belle Gabrielle qu'Henri IV vint plusieurs fois visiter à Liancourt. Une rue voisine du château où l'on prétend que logea ce prince, porte encore le nom de quartier du Roi. Sur la seconde pierre placée sous le lutrin, on voit un prêtre revêtu de ses ornements sacerdotaux ; l'fnscrlptic^ qui la décore est conçue en ces termes : *

I Renieignements communiqués par M. l'abbé Gontier,deMervant de Laucourt.

Cy dessoubz gist le corps de feu M.' NicoLiE Carette, en son vivant

curé de Liencourt

Priez Dieu pour son âme et les tous amis trespassez * .

XXXVIII. Eglise de Méharicourt. — L'église de Méharicourt , autrefois simple chapelle , n'est aujourd'hui assez vaste pour contenir les fidèles , qu'au moyen de l'addition de deux bas -côtés plus larges que la nef, ce qui rend cette église irrégulière. Le quatrième dimanche après Pâques, on s'y rend en pèlerinage pour vénérer les reliques de St - Candide et de St - Flamidon , martyrs de la légion thébaine. En 1688, le comte de Marcellus rapporta de Rome ces reliques et en gratifia M. de Blicourt, comte de Tincourt, qui en fit présent à cette église • .

XXXIX. Eglise de Sourdon. — La corniche est portée sur des bouts de solives terminées par des figures d'hommes de forme monstrueuse. Ou aperçoit en entrant dans l'église un écusson renfermant un arbre chargé de fruits. Cet écusson est d'un travail remarquable •.

XL. Eglise de Villers-lez-Roye. — Il en est de l'église de Villers , comme de beaucoup d'autres temples chrétiens qu'on croit avoir conservé des idoles du paganisme, parmi les figures qui ornent les voussures de leurs porches. « Sous le portail de cette église — dit, en effet, M. le desservant de Villers dans ses réponses à notre questionnaire — se trouvent de petites statues dont l'origine pourrait remonter au temps des Romains et qu'on croit être de leurs divinités. «Nous ne pouvons partager une pareille opinion; car, l'église de Villers est trop moderne pour que les statues qui la décorent datent de l'ère gallo-romaine. Elle est construite en briques et sa forme offre celle d'une croix latine. Elle était jadis desservie par un doyen ; le patron est St-Lemis. Une chapelle bâtie dans l'étendue de la paroisse, près d'une vaste ferme, à l'endroit connu sous le nom de Biencourt , attire tous les ans un grand concours de personnes pieuses. Le premier dimanche de septembre , on y voit arriver des pèlerins par milliers; tous viennent y prier St-Leu, pour éviter le mal que cause la peur *.

XH. Eglise d'ilndainmWe ( arrondissement d'Amiens. ) — Une inscription placée sur la muraille de ce temple excite l'intérêt de ceux qui le visitent ; elle rappelle la mémoire d'un prêtre généreux et bienfaisant qui consacra tout son avoir au soulagement et à l'éducation du pauvre. Cette inscription est ainsi conçue :

I Renseignementa communiqués par M. Bourbier desservant de Liancourt.

•i Ir). par M. Mansart , desservant de Mébaiicourt.

5 Id. par M. Melin , desservant de Sourdon.

4 Id. par M. Sévin , desservant de Villers-Iez-Roye.

Ici gist M/ Jacques Roger, prêtre et curé d'Andainville et de Fresnoy , lequel après avoir * gouverné ladite paroisse l'espace de soixante

ans , est décédé le 31 juillet 1711 , ayant fondé l'Ecole des pauvres de ladite paroisse et donné tout son bien à iceux.

Priez Dieu pour son âme.

Bequiescat in pace.

On prétend que l'église d'Andainville remonte à l'an 1179 ; une date inscrite sur une poutre qui longe la tour le fait au moins supposer ; mais l'édifice a été reconstruit presque en entier de 1742 à 1829 * .

XLII. Eglise de Cachy. — Le portail de cette église s'ouvre en ogive trèslarge. La dentelle qui l'ornait a été impitoyablement brisée. Sous sa voussure profonde se trouve la porte en anse de panier, décorée de moulures prismatiques. La première travée de la nef paraît plus ancienne que le reste de l'édifice. Le plafond de forme presque ogivale a des poutres saillantes en pendentif. La corniche est parcourue par un cep de vigne dans toute sa longueur. On remarque plusieurs statues en pierre et en bois dans cette église. Celle qui offre le plus d'intérêt représente un personnage revêtu du costume du xv.<^ siècle et portant un faucon sur le poing. Le tableau qui a pour sujet l'adoration des bergers passe pour un assez bon morceau. On voit aussi avec plaisir les restes d'une belle grille en fer, exécutée, dit-on, par l'habile ouvrier à qui l'on dût la clôture du sanctuaire de la cathédrale d'Amiens. Le buffet d'orgues , provenant d'une ancienne église de Roye , mérite d'être vu ; il est couronné par un écusson d'or à trois fleurs de lis d'azur, surmonté d'un globe en cœur et d'une croix. L'église de Cachy dépendait du célèbre monastère de Corbie ; elle est sous l'invocation de la Nativité de la Sainte-Vierge'.

XLIIL Eglise de Croy. — Le dehors du chœur de celte église qui est tétragone peut être étudié avec fruit. Deux statues en pierre et de grande dimension, représentant la Vierge tenant l'enfant Jésus et Saint-Jean-Baptiste, décorent l'entrée du chœur. Ces statues , ainsi que deux anges adorateurs en bois , appartenaient autrefois à l'abbaye du Gard ; on les regarde comme de très-belles sculptures • .

XLIV. Eglise de Fourdrinoy. — La voûte du chœur qui est en pierres avec nervures angulaires , décorées aux arêtes de quelques rosaces ; les chapiteaux de ses deux rangs de colonnes , ornés de feuilles de vigne et de palmettes ; enfin , le clocher carré en pierre qui s'élève au-dessus du toit , sont les seules parties remarquables de ce monument *.

1 Renieignemenu communiqués par M. Caucby, deiservant d'Ândaiuville.

2 Id. par M. Retourné , desietvant de Cachy.

3 Id. par M. Hamonet , desservant & Croy,

4 Id. par M. l'abbé Uoilon , deiservant de Fourdrinoy.

XLV. Eglise d'Hangest. — Le clocher consistant en une tour de forme carrée, a conservé quelques traces du style roman. Les ouïes se composent de pleins cintres en retraite , soutenus par des colonnettes * . Le portail est moins ancien ; il semble de la Renaissance. Le contour de sa voussure est décoré de feuillages , entremêlés de petits génies , d'une belle exécution. Malheureusement plusieurs niches sont maintenant vides, et le temps a beaucoup altéré ces charmantes sculptures. Dans l'intérieur, on remarque , à l'entrée de la nef, une crèche en fil de fer, ornée d'arabesques et de rosaces enroulées ; cette crèche se trouvait avant la Révolution dans l'église du faubourg Sl.-Pierre d'Amiens. On lit , au-dessous , cette inscription formée de lettres percées à jour dans la tôle :

Ladite crèche donnée par Charles Lejeune et Marie Briaut, sa femme, fotM deux de la dite paroisse, pour lesquels on chante les dimanches et fêtes le te deum, jusqu'à la Purification, tous les ans, et tant que la dite crèche durera. 1734.

La cuve baptismale mérite d'être vue ; elle est enrichie de dentelures et de masques et soutenue par huit dauphins. Le confessionnal , au fond du bas-cdté droit , est très-beau ; le médaillon qui décore le devant d'autel , et sur lequel paraissent deux anges en adoration, fixe aussi les regards. Ste- Marguerite est la patronne de l'église d'Hangest " .

XLVL Eglise de Querrieux. — L'extérieur de l'église de Querrieux est peu remarquable ; il n'offre qu'un amas de constructions de différentes époques. Autour du chœur , sont les restes d'une litre ou ceinture funèbre , avec les armes du seigneur à la mort duquel on la fit peindre. Au haut d'un pilier, à gauche de la nef, on voit un bel écusson aux armes de la maison Hrimeud'Humbercourt qui posséda pendant long-temps la terre de Querrieux. Sur un pilier , vis-à-vis la chaire , se trouve l'épitaphe d'un ancien curé de cette église, décorée d'une grande croix en bosse. Dans la muraille du bas-côté droit, on lit une inscription contenant des détails sur la fondation de quelques obits faite par un habitant du village , avant sa mort ; au bas est sa représentation sous les traits d'un cadavre.

XLVIL Eglise de Saint-Gratien, — Cette église n'a rien de remarquable sous le rapport de l'architecture , mais elle a été élevée sur le tombeau du saint qui a légué son nom à cette commune. Elle était autrefois le but d'un pèlerinage fort en vogue dans tous les environs. Ce pèlerinage avait lieu le 23 octobre, jour où St-Gratien, qui souffrit le martyre sous Rictiovare , préfet des Gaules , reçut la sépulture dans celte église , par les soins de quelques chrétiens '' .

1 Renseignements communiqués par M. Ségard, desservant d'Hangest .

S Notes de M. H. Dusevel.

3 Renseignements communiqués par M. Dheilly, desservant à St.-Gratien.

XLVm. Eglise de Saint-Maulvis. — A côté de cette église s'élève un énorme clocher en pierre de taille bâti , dit-on , par les Templiers quelque temps avant la destruction de leur ordre en France. L'église passe pour avoir été également construite par leurs soins, vers l'an 1211. On ajoute qu'en 1300, la foudre étant tombée sur ce temple le brûla presque entièrement et que dès lors disparurent pour toujours les beautés architecturales qu'on y admirait. On remarque à l'intérieur huit piliers d'une grosseur démesurée. Les chapiteaux de ces piliers étaient ornés de curieuses sculptures, représentant divers personnages ; mais les Vandales qui furent chargés de réparer cette église en 1776 , les ont fait tomber sous leur stupide marteau. La boiserie du chœur est vraiment magnifique ; le pavé offre encore de grandes dalles sous lesquelles sont inhumés les corps de plusieurs ecclésiastiques et commandeurs de l'ordre de St-Jean de Jérusalem qui succédèrent aux Templiers *■ .

XLIX. Eglise de Villers-Bocage. — Sur une des colonnes en grès qui soutiennent les retombées des voûtes en ogive de cette église, on remarque la date de 1539 ; une poutre du chœur laisse apercevoir celle de 1504. De grandes restaurations auront probablement été faites alors à l'édifice , qui remonte à plusieurs époques. On y voit une belle statue de St-Georges à cheval, terrassant un énorme dragon, à la prière d'une femme que le monstre semble vouloir dévorer, et une pierre sépulcrale sur laquelle est représenté un prêtre tenant un calice , surmonté d'une hostie. La coupole cylindrique à cul-delampe, couverte en plomb, qui existe à l'extrémité du sanctuaire, mérite de fixer l'attention des antiquaires , par la singularité de ses ornements ; des ouvriers qui les ont vus de près prétendent que ces ornements ne consistent point en fleurs, comme on l'a dit, mais qu'ils représentent des serpents enlacés montant et descendant alternativement" .

L. Eglise de Villers-Campsart. — L'église de Villers-Campsart fut , dit-on , fondée par un seigneur de la maison de Rivière. Elle est en forme de croix latine. A droite se trouve une chapelle dédiée à la Sainte - Vierge , et à gauche, une autre chapelle servant aujourd'hui de sacristie. Cette dernière servait, autrefois de chapelle seigneuriale. On y voit une cheminée fort ancienne et un autel tout en pierre consacré à Ste-Marie-Madeleine. Sur cet autel existe un tombeau en bois de cette sainte, décoré de bas-reliefs admirablement sculptés. Ils représentent , entr'autres sujets , la forêt et le châteaufort d'Arguel. On y lit ces consolantes paroles des saintes écritures : vous qui péchez , ne vous désespérez pas. Les portes de cette sacristie , en forme de grille , font l'admiration des étrangers. Elles sont en bois de chêne bronzées et couvertes d'élégantes sculptures ; elles décoraient jadis l'abbaye de la Sainte-Larme ou de Selincourt. Les fenêtres en ogive ont conservé la plupart de leurs vitraux peints. On y distingue: St- Joseph , la Ste-Yierge et l'En-

1 Renseignements communiqués pat M. Bellaid , desservant de St.-Maulvis.

2 Id. par M. Bacquet , curé-doyen de Villers-Boccage.

fant Jésus ; St-Firmin ; un beau Christ accompagné de la Vierge et de la Madeleine ; des anges sonnant la trompette et appelant les morts au jugement dernier, etc. On voit aussi dans la même église une grande dalle de marbre sur laquelle est représenté François De Larivière. Les dignités et les exploits (le ce chevalier sont rappelés dans une longue épitaphe dont nous donnons le texte ici :

Cy git icy François De Larivière

Par mort cruelle estaint et assopy

Cy git icy des armes la lumière,

Jadis nomé cappitaine Ghépy.

Cy git icy la barre et ferme appvy,

Ov le Piedmont avoit son espérance ,

Cy git icy la fleur, le bourgon et epy

Dhome des armes et des soldatz de France^

Cy git icy qvi par mort et envie

A cy redvict son cvevr soubz ceste lame

Cy git icy qvi longtemps de sa lame

A exercé de la mort la pvissance :

Cy git icy qvi en sa vie sans blasme

Est mort cent fois povr l'honnevr de la France.

Cy git icy qvi de sa grande jevnesse

A ensvivy le natvrel de Mars.

Cy git icy qvi n'a doubté la presse

Ny la rigueur des machines et dards.

Dessoubz sa charge sont mortz pivsieurs soldatz

Povr soustenir de France la qverelle.

Cy git icy qui par bresches et rampartz

S'est conquestè covrone immortelle.

Cy git icy dvqvel l'expérience

Lui a donné à la fin tel crédit

Qve rois chrestiens ont ev la cognaissance

De sa vigveur et martial edit.

Renom publicq ne lui ainterdict

Son grand mérite mais par les moins produicl

A faict acroistre son honnevr et arroy.

Qvil a été sans avcun contredict

Faict gentilhome de la chambre du Roy.

Puis en après evt cent chevaulx legiers Maistre de camp fut faict en Italie En cest estât a passé mains dangiers Povr donner loy et honnevr en sa vie Fortune adverse et notre ennemie Qui sy longtemps d'honnevr l'avoit muny

Le fit aler de fallace fournie

Finir ses jours en l'assavt de Cavgny.

Ce fut en l'an cinq cens cinqvante sept Précédant mil vingt cinq de i vin,

Que et brvit et son crédit parfaict

Finit par mort par un vouloir divin Novs prirons Diev clément dovlx et begnin Quy tout régit par sa sevUe puissance Qve pardonne dv péché le venin Ayant dv ciel la gloire et joissance * .

Ici se borne la tâche que nous nous étions imposée dans ce premier article ; en signalant les richesses monumentales d'un certain nombre d'églises du diocèse d'Amiens, peu connues encore, nous avons voulu contribuer à assurer leur conservation. Peut-être parviendrons-nous à ce but ; car , on l'a dit avec raison , le plus sûr moyen d'appeler la sollicitude du gouvernement sur les anciens édifices religieux qui existent en France, c'est de les étudier et de les décrire. P. ROGER. H. DUSEVEL.

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