ÉGLISE SAINT -PIERRE
^ E pape Luce III , dans une bulle datée du
1 15 avril 1184, prit sous sa protection l'é-
Ë glise de Saint-Pierre avec toutes ses dé-
âpendances. Voici ses propres expressions :
^^^^^^P^« Dilecti in domino filii , vestris junctis
)) clementer postulationibus annuentes et prœfatam re-
» gensem ecclesiam in quâ divino mancipati estis officio
» sub beati Pétri et nostrâ protectione suscipimus et
» prœsentes scripti comittimus »
Le grand portail en plein -cintre brisé est la seule partie encore debout de cet antique édifice qui dut être érigé au commencement du xn/ siècle.
Le portail du milieu présente trois archivoltes en retraite, ogivo-romanes , supportées par des colonnes qui rappellent l'enfance de l'art. La première archivolte se compose de deux rangs de chevrons brisés, l'un en creux, l'autre en relief; la deuxième de monstres fantastiques d'une conception riche et variée ; ils sont séparés par des circonférences en creux, dans le centre desquelles s'enfoncent deux têtes de clous accolées. Une
* ( Voir, pour la partie historique , la notice de MM. Dusevel et de la Fons. )
guirlande de cintres intersectés se glisse entre ces deux voussures; sur la troisième se profile un cordon de crosses végétales. Les chapiteaux, qui mériteraient d'être dessinés sur une plus grande échelle que ne l'a fait M. le baron Taylor *, sont extrêmement remarquables sous le point de vue archéologique : ce sont des oiseaux qui , bec contre bec , boivent dans le même bassin , des bandelettes croisées, des enroulements, des entrelacs, etc. *. Ils ont quelque analogie avec ceux des églises de Namps-au-Val (Somme) et de Trie -Château ( Oise ) ^
L'archivolte se compose d'une plate-bande de crochets affrontés et d'un cordon d'oves et de feuillages qui jadis se terminait par deux crapauds dont on ne voit plus que les pattes. L'ancien tympan a été détruit. Au-dessus d'une fenêtre percée en 1667 dans le pignon ancien et restaurée en 1843 par M. Ramée, on voit une petite rosace zodiacale dont les meneaux, partant d'un trèfle central , aboutissent directement à la circonférence. Tout en haut du pignon , exhaussé dans le cours du xvi." siècle, on aperçoit à demibrisée une statuette de St-Florent dans sa barque. Des gargouilles descendent de chaque côté du pignon qui ,
' ( Voyage pittoresque et romantique dans l'ancienne France. Picardie. )
' « Les savants de nos jours se sont rais l'esprit à la torture pour trouver l'explication de ce langage hiéroglyphique dont l'intelligence était familière aux chrétiens fervents du moyen-âge. Leurs doctes élucubrations n'ont rien produit de satisfaisant et une profonde obscurité continue à dérober à nos regards le mystérieux symbolisme de ces figures. » ( M. Goze, Archives Picardes , 1841. )
' Voyez aussi sur Namps-au-Val un article de M. Goze , inséré dans les Archives Picardes , et un article de M. Garnier dans le tome V.*" des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.
à ses angles inférieurs , est décoré des statues de St- Pierre et de St-Paul.
La porte latérale de droite se compose d'un cintre surbaissé et d'une ogive flamboyante à feuilles de choux frisés. Le sommet de l'ogive est coupé par une anse de panier qui sert d'encadrement à quelques panneaux simulés. L'autre portail latéral , d'une époque un peu moins reculée , étale avec complaisance son arcade à talon et ses gracieux rinceaux. La galerie est formée de losanges au sud et d'enroulements au nord. Des contreforts terminés par une retraite en larmiers flanquent les murs des deux côtés. Les pignons exposés au nord ainsi que l'extérieur de la tour sont tapissés de rosettes , de médaillons et d'écussons. Une de ces armes , maintenant effacée , était parti de France et parti de Bretagne *. Bien que ces armoiries puissent également appartenir au règne de Charles Yin ou à celui de Louis XII, je pense qu'il faut les reporter au temps de ce dernier roi qui, en 14=99, épousa Anne de Bretagne. Le caractère quasi-renaissance des ornements adjacents me porte à croire que ce côté ne peut dater que du règne de Louis XII, tandis que le côté méridional pourrait être antérieur à Charles VIII.
Le clocher qui surmonte le point de jonction de la nef de la croisée et du chœur est flanqué de quatre tourillons liés entre eux par une balustrade dont les dessins simulent une espèce de fleur de lis. Par une bizarrerie inexplicable, on a bouché la partie supé-
( Manuscrits de M. de Corselles. )
rieure en sorte que le reste forme, découpé à jour, un je ne sais quoi qui n'a point de nom dans la langue archéologique.