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EN CANADA

Par E. GAGNON, Membre du Comité de Québec.

Deux choses caractérisent la langue que nous parlons : les archa'isnu's, que nous devons conserver comme de vieux joyaux de famille, et les anglicismes, dont nous devons nous débarrasser avec le plus d'application possible. Il est certain que nous ne parlons pas le français alisolument moderne et que l'ensemble de notre langage ressemble plutôt au français du dix-septième siècle. Malheureusement, nous n'en soignons pas assez la forme ; or, comme a dit DeBonald : " un style généralement faux peut détériorer une langue, comme l'usage habituellement maladroit d'un instrument juste peut, à la longue, le fausser."

Les étrangers qui ne font qu'un court séjour au milieu de nous, ne trouvent pas les singularités de notre langage

(l) J'écris : " i-n Canada," selon l'usage canadien, et comme on écrivait autrefois dans l'Ancienne et la Nouvelle-France. J'ai sous les yeux le texte d'une lettre adressée par Louis XIV au comte de Frontenac, le 22 avril 1675 ; le Roi Soleil y dit : " en Canada," comme tous les écrivains du grand siècle, et non : "au Canada " comme on écrit ordinairement en France aujourd'hui.

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aussi choquantes qu'on pourrait le croire. Ils voient du pittoresque là où nous ne vo^'ons que des incorrections ; pour eux un anglicisme à peine compréhensible devient une curiosité philologique tout à fait intéressante.

Dans iiits belles campagnes exclusivement francocanadiennes, là où Ton dit encore : " Espérez un instant, je vais m'en aller quand et vous,..," le peuple se sert rarement do mots anglais ; et les personnes instruites de nos villes tiennent à honneur de n'employer que des mots français lorsqu'elles parlent le français.

Certains patriotes sont là-dessus d'une eliauvinisme admirable ; ce qui ne les empêche pas de s'exprimer le mieux possible en langue anglaise lorsqu'ils ont à parler l'anglais.

Employer fréquemment des mots anglais en parlant et surtout en écrivant le français, est considéré non seulement comme l'indice d'une mauvaise éducation, mais encore comme une sorte d'apostasie nationale par la bonne société canadienne, qui comprend que notre langue est une des choses les plua précieuses que nous aient léguées nos ancêtres.

La classe ouvrière des villes n'y regarde pas de si près. L'industrie et le commerce anglais ou américain lui apportent, avec leurs produits, des termes propres (pi'elle accepte sans hésiter, tels qu'ils sont, ou traduits à sa manière.

Les Français de France qui viennent ici après avoir passé par les Etats-Unis, n'ont pas d'idée de l'impression pénible que nous ressentons à les entendre presque tous

La langue française en Canada 229

omailler leur conversation du plus grand nombre do mots anglais possible.

L'un d'eux me parlait, ces jours derniers, de l'arcliitecture du C'itn Hall de Montréal : — rourquoi ditesvous CitiJ Hall au lieu d'iiôtel-de-ville, lui dis-je ? Pourquoi dites-vous dollar au lieu de piastre, boat au lieu de bateau, Pacific Railway au lieu de cliemin de fer du Pacifique ?

— Mais c'est pour être compris, me dit-il.

Pour être compris 1 . . . . J'eus envie de le battre ! Mais comme c'était là une opération fatigante, et qui, du reste, pouvait tourner autrement qu'à la confusion du coupable, je me contentai d'une admonition éloquente et de quelques phrases bien senties sur la mission de la race française en Amérique.

— Vous avez raison, reprit mon interlocuteur après quelques instants de réflexion, et je comprends que la conservation de la langue française parmi vous nécessite des eflforts de chaque jour et une surveillance incessante. J'ai le tort de suivre ici une petite mode très parisienne.

Là-dessus il me cita ce dialogue entendu, prétend-on, sur le boulevard des Italiens, mais qui n'est probal)lement qu'une charge de Max O'Rell :

— Voulez- vous vQwiY five o' docker avec moi cette aprèsmidi ?

— Très volontiers. A quelle heure ?

îs^otre langage, trop souvent défectueux au point de vue de la forme grammaticale, l'est également, dans

-30 Ernest Gagnon

Tiue certaine mesure, sous le ra])[tort delu proiioiiciatioa et (le l'articulation, bien que, à proprement parler, nous n'avons pas iX accent et (\\\v le langage du peuple canadien-français ait Loaucoup de ressemblance avec celui des classes populaires des bords de la Loire. Mais le défaut le plus dangereux, le plus subtil, le plus difficile à taire disparaître du langage des habitants de nos villes, c'est l'anglicisme, l'affreux anglicisme, sous ses formes nmltiples, " (pii nous entre par les oreilles et nous sort par la plume," comme l'a dit le plus spirituel de nos écrivains, et que même les personnes qui évitent soigneusement l'emploi de mots anglais en parlant le français, commettent tous les jours, sans s'en apercevoir.

Un homme très bien noté dans le monde financier, disait, en ma présence, il y a quelque temps : " Vc^us savez que B. . . . vient de l'avant pour le comté de R.... Il est bien qualifié pour faire un membre, malheureusement, il n'est pas de la place. lia adressé une assemblée

où se trouvait X qui l'a accusé de s'entendre avec

les deux partis, afin de n'être pas opposé. B. . . . a nié emphatiquement et X. . . . a fait apologie. X. . . ., dont le fils a envoyé une application à l'Orateur pour avoir une place de clerc sessionnel, a publié, ce matin, un article éditorial contre B....,mais vous verrez qu'il finira par le supporter. Le Courrier ne se donnera pas le trouble de lui répondre. L'émanation des brefs est fixée à lundi ; l'officier-rapporteur a été notifié ; V Evénement et V Electeur seront corrects."

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Celui qui tenait ce langage ciwait sincèrement s'exprimer en langue française.

On a remarqué que nos classes populaires font un fréquent usage d'expressions maritimes. !M. Alexis Delaire, de Paris, étant de passage à Québec, l'an dernier, et voulant se rendre au département de riustruction publique, demanda à un ouvrier, qui se tenait auprès de la fontaine du Palais législatif, par où il devait passer :

— •'• Entrez par la porte du coin, lui répond Jean. Baptiste ; dé virez à droite et rendez-vous jusqu'au fond du corridor ; là vous embarquerez dans l'élévateur ; rendu à la deuxième étage, dévirez encore à droite : vous serez quasiment arrivé."

Xotez que cet ouvrier, que je connais bien, ne boit pas de cidre, et que cinq ou six générations le séparent de Ses ancêtres de Normandie.

Il est possible que plusieurs expressions devenues aujourd'hui exclusivement maritimes, aient eu autrefois un sens plus général. Dans une lettre adressée par Montcalm à la supérieure de l'IIôtel-Dieu de Québec, le 11 octobre 1756, le vainqueur de Chouaguen, qui était \\\\ lettré, un membre ou tout au moins un correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, priait madame la Su[>érieure de faire placer six bouteilles de baume Je Canada et dix livres de sac d'érable dans " une caisse bien amarrée," et d'expédier le tout à madame de la Bourdonnaye, à Paris. Montcalm s'était-il canadianisé pour faire plaisir à Vaudreuil ? Cela

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est peu probable. Le sens du iiK)t (unorrcr est-il devenu plus restreint aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois ? Cela est possible. Ce qui est eertain, c'est que, malgré les préférences de la Sorbonne, la langue française ne peut être tenue à iixité d'une manière absolue.

On a reconstitué, au moins dans les grandes lignes, riiistoire de certains peuples de l'ancien monde jjar l'étude de leurs langues. Ainsi, l'idiome particulier d'un peuple, dont on retrouvait l'usage dans une contrée éloignée, indiquait, d'une manière certaine, une migration ou une conquête à une date plus ou moins reculée. Selon le degré d'altération de l'idiome, on jugeait du degré d'ancienneté de la migration ou de la conquête.

Pour un étranger, le plus ou moins de pureté avec lequel nous parlons et écrivons la langue française, le nombre et l'espèce de mots anglais qui se glissent dans notre langage, indiquent l'espace de temps qui nous sépare du régime français, la facilité, la multiplicité, la nature de nos rapports avec les populations anglologues qui nous entourent, le degré de consentement ou de résistance que nous avons apporté à l'influence anglaise dans le domaine des choses intellectuelles, etc., etc. Je crois qu'il y a là le sujet d'une étude intéressante pour un esprit observateur.

Celui qui bornerait à la seule forme de notre langage ses observations sur notre société, serait sans doute un homme bien supertieiel. Les idées, les principes, la moralité, le caractère, les tendances d'un }>euple, le degré de culture de son intelligence, sa situation agricole.

Ernest Gagnon 233

commerciale, industrielle, les lois qui le régissent, la forme de ses institutions politiques, voilà le vrai et vaste champ d'investigation du moraliste, de l'économiste, du philosophe. Cependant, comme l'a dit Joseph de Maistre, " jamais un philosophe digne de ce nom ne doit perdre de vue la langue, véritable baromètre dont les variations annoncent infailliblement le bon et le mauvais temps."

Québec, 12 juillet 1892.

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Dans les Prairies du Nord-Ouest

ParA.-B. ROUTHIER, Vice-Président du Comité de Québec.

Il y a deux jours et deux nuits que nous courons à toute vitesse dans nn train rapide, et quand nous regardons aux fenêtres de notre char-palais, nous pourrions croire que nous sommes toujours au même endroit, car l'horizon est toujours le même. C'est toujours la Prairie étendant à l'infini, dans toutes les directions, ses vastes solitudes, inondées de lumière.

Incommensurable tapis, tantôt vert, tantôt jaunâtre et brûlé par le soleil, tantôt plaqué d'immenses taches noires où le feu à passé.

Ici apparaissent de petits lacs desséchés, dont le lit, couvert d'une couche de sel toute crevassée, est blanc comme neige. Là sourient, comme des champs de fleurs rouges, des bas-fonds, dont les eaux saturées d'alcali ont rongé les herbes. Phis loin 1)rillent, comme de larges plaques d'argent, de vrais lacs dormants, où s'abattent des milliers de canards et d'oies sauvages.

Et la Prairie s'allonge toujours solitaire, monotone, silencieuse.

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Le sol n'est pas tourmenté, mais légèrement inégal, bossné, onduleux, multipliant ses plis comme l'Océan ses vagues, et déroulant à l'horizon ses innombrables collines jaunes, vertes, émaillées de fleurs sauvages, ou noircies par quolcpie incendie.

Aussi loin que la vue peut s'étendre, pas un bouquet d'arbres ne vient reposer le regard. C'est le désert sans bornes, sans lial)itants, sans autre végétation que des fleurs sauvages émaillant le foin follet des sables, ou le foin jilat des grèves.

Que cet aspect des Prairies me rappelle bien le Grand Désert africain !

C'est le même horizon infini, le même inconnu sans limites, brûlé par le même soleil, imprégné de la même majesté, et dormant dans le même silence.

Comme le Désert, la Prairie a ses oasis, plus ou moins nombreuses, suivant que le sol y est ])lus ou moins sillonné de cours d'eau. Du moment qu'une rivière y vient épancher ses ondes, des arbres croissent sur ses rivages et donnent au voyageur fatigué l'ombre et la verdure ; mais il faut que ce soit une eau courante, car nulle végétation n'apparaît au l)ord des lacs et des étangs.

Comme le Désert, la Prairie a ses postulations nomades qui changent de campements sans changer jd'horizon, qui marchent des jours et des nuits, et qui se retrouvent toujours au milieu du même cercle monotone, sans autres variations que celles du coloris, :1e la température et des réfractions lumineuses.

Dans les Prairies du Nord-Ouest 2?7

Errants dans ces solitudes (qu'ils ont choisies pour patrie, comme les nuages dans le ciel immense, les Indiens ne se résignent pas à la vie stationnaire. Toujours ils poursuivent et recommencent leurs migrations, l'été vers le Xord, et l'hiver au Sud, comme des oiseaux de passage, sans autres biens que leurs chevaux, leurs tentes et leurs armes, mais riches de liberté et de cette indolence rêveuse qui les préserve de tout souci.

Comme au Désert, l'homme se sent dans la Prairie comme écrasé par la majesté de l'Intini. Il n'y a plus là ni foules humaines, ni murailles de villes qui lui cachent Dieu. Sa souveraineté redoutable l'enveloppe et il mesure avec terreur toute l'étendue de la divine puissance.

Si, par malheur, il ne connaît pas le vrai Dieu, il se tourne instinctivement vers le ciel, et surtout vers cet astre d'où lui viennent la chaleur et la lumière dont il a besoin, et il lui offre ses hommages comme k une divinité. Aussi les sauvages qui habitent les Prairies ont-ils le culte du soleil.

Croient-ils vraiment que cet astre est Dieu lui-même ? Le regardent-ils seulement comme une image, ou un symbole de la divinité, ou bien encore comme la tente lumineuse que Dieu habite ?

C'est un problème qu'il n'est guère facile d'élucider; car leurs croyances sont très vagues et obscurcies par de nombreuses superstitions. ]\Iais il est sûr qu'ils croient à un être surnaturel, qu'ils appellent Grand. Esprit ou

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GrainJ Maître de lu Vie, et qui aurait sou habitation dans les liautenrs «les cicux.

Qui ^^ait s'ils n'auraient pis raison de croire que le Créateur des mondes, qui est essentiellement lumière, vie et fécondité, a placé sa résidence dans le soleil ? Le Prophète Eoi n"a-t.il pas dit en parlant de Jéhovah : " in sole j)Osuit taheDmcidum siuim ? ' '

Ils croient en outre qu'il y a un Esprit Bon et un Esprit Mauvais, et c'est le mourais qu'ils honorent davantage afin de l'apaiser. Tous les hommes sont ainsi faits : ils obéissent plutôt à la crainte qu'à l'amour.

Rien d'étonnant du reste à ce qu'ils se tournent encore vers le soleil, qiumd ils veulent invoquer Y Esprit Mauvais. Car c'est le même astre qui, dans les Prairies, brûle et détruit les innombrables germinations que ses rayons ont fait naître.

La même chaleur qui a fécondé les germes et répandu la vie partout, sème aussi dans la prairie la destruction et la mort. C'est le même soleil qui tarit les rivières et les lacs, dessèche les gazons et les fleurs, et boit le sang et les larmes de cette terre qui ne demanderait qu'à produire toujours des floraisons nouvelles.

Cependant, il ne faut rien exagérer. Cette sécheresse ne nuit à la culturt- (pie dans quelques parties élevées des Prairies qui avoisinent le chemin de fer entre Swift Current et Calgary ; et dans ces régions mêmes l'élevage des bestiaux réussit très bien. De grands ranches y sont en pleine exploitation, et la plaine est sillonnée par de nombreux troupeaux de moutons, de

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"bêtes ù cornes et de chevaux, qui y trouvent d'exeelleuts pâturages, et des lacs que le soleil ne peut dessécher.

Ailleurs, le sol de cette immense zone des Prairies qui s'étend de la Eivière Rouge aux Montagnes Rocheuses, est presque partout excellent. On calcule qu'elle contient plus de cent millions d'hectares de "bonne terre arable, et, quand la marée humaine qui l'envahit, \ aura jeté un nombre suffisant de cultivateurs, elle pourra fournir des céréales au monde entier.

Il y a des siècles et des siècles que les végétaux en décomposition et les cendres des foins brûlés s'accumulent ici sur un fonds d'argile, et y forment une couche épaisse de terreau noir dont la fécondité est inépuisable.

L'éloge de la province de Manitoba comme pays agricole n'est plus à faire. Elle a fait ses preuves, et les chiflres toujours croissants de ses étonnantes productions en grains sont aujourd'hui connus du monde entier. Personne n'ignore qu'elle a produit en l'année 1891 environ vingt-cinq millions de minots de blé. ^^'

Mais les territoires du Xord-Ouest qui l'avoisinent sont moins connus. Beaucoup de gens croient, qu'une fois la frontière du Manitoba franchie, on ne rencontre plus que stérilité jusqu'aux Montagnes Rocheuses.

C'est une grave erreur. Il y a dans les territoires de

(1) Aussi est-elle entrée dans une voie de prospérité sans exemple. Déjà les chemins de fer la sillonnent en tous sens pour transporter ses céréales, et des villes florissantes surgissent partout, groupées autour de vastes élévateurs.

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vastes étendues très propres h la culture, et les autres parties moins favorisées comme terre agricole, sont très avantageuses pour l'élevage.

Il semble même que toute la vallée de la Saskatclicwan, sur une longueur do plus de cinq cents milles, offre aux colons des avantages que la province de Manitoba ne peut plus leur assurer. Car ils y trouvent un sol aussi riche, des bois en abondance, une quantité de terres encore libres et qu'ils obtiennent gratuitement, une rivière navigable sur une longueur de mille milles, etuu climat très salubrc.

A l'extrémité Ouest de cette vallée, Edmonton, jolie petite ville bâtie sur un promontoire élevé, dans un site enchanteur, grandit à vue d'œil. Elle est à la fois la tête do la navigation de la Saskatchewan, et le terminus d'un chemin de fer (pii la relie à. Calgary, avec la voie prhieipalo du Pacilique Canadien.

Au centre, Prince- Albert qui, depuis deux ans, a pris une extension extraordinaire, grâce au chemin de fer qui l'a mise en communication avec Regina, et qui sera bientôt l'une des plus jolies villes des territoires du Xord- Ouest.

Entre ces deux villes, échelonnées au bord de la Saskatchewan, Battleford, Fort Pitt, Fort Saskatchewan sont en voie de progrès, et l'on parle déjà d'un chemin de for qui les traverserait on allant de Prince- Albert à Edmonton ot qui s'étendrait juscpi'à la rivière Athabaska.

Le fait ost qu'il ost presque impossible aujourd'hui de

Daas les Prairies du Nord-Ouest 241

prévoir le grand avenir réservé à ces contrées et d'en exagérer les perspectives pleines de promesses.

L'immense vallée snr laquelle je n'ai pu jeter qu'un coup d'oeil rapide dans les lignes qui précèdent, est arrosée par la Saskatchewan du Xord ; mais des terres également avantageuses attendent les défricheurs aux bords de la Saskatchewan du Sud, de la rivière Bataille, et de la rivière à la Biche.

Pour compléter cet aperçu absolument insuffisant des richesses inexploitées des Prairies, il faudrait décrire la région des ranches qui couvre une étendue d'environ deux cents milles au pied des Montagnes Rocheuses, en courant du Sud-Est au Xord-Ouest, et qui nourrit déjà d'immenses troupeaux.

Il faudrait étudier les richesses minières des Prairies, et surtout ses sources de pétrole, ses puits de gaz d'éclairage, et ses inépuisables houillères.

Il faudrait faire connaître les villes qui bordent la voie du chemin de fer, ou qui surgissent aux bords des rivières, et surtout Regina, Medecine-Hat, Calgary, la jolie capitale d'Alberta, Lethbridge et Maeleod.

Mais cette étude m'entraînerait trop loin, et l'espace qui m'est accordé m'oblige de clore ici ce travail, que je compléterai ailleurs.

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Les Langues Sauvages et le Pater

Par N. E. DIONNE Secrétaire du Comité de Québec

La siiblime oraison que le Sauveur de riiuuianité apprit lui-même à ses disciples, le Pater, servit de première leçon religieuse aux sauvages de la Nouvelle France. Ceux qui en enseignèrent la lettre aux Hurons, aux Algonquins et aux Iroquois, se recrutaient parmi les missionnaires, et surtout les Jésuites. Ils commençaient par faire apprendre aux aborigènes Foi aison dominicale, afin que le grand Manitou rendît leur apostolat plus efficace, et sans doute aussi, dans le but de tirer de tête-à-tete répétés, quelque profit pour leurs travaux de linguistique. Comme il leur fallait avant tout frapper l'imagination de ces grands enfants des bois, les bons religieux leur enseignaient les versets du Pdtcr, tout en leur en expliquant le sens et la portée. Certains passages sonnaient plus agréablement que d'autres aux oreilles des élèves. Le Père Le Jeune demandait un jour à un Montagnais quelle était l'oraison qu'il aimait le mieux. — Tu nous dis plusieurs cboses, répliqua l'Indien, mais la

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suivante me paraît la meilleure : Mirinan oukachigakhi nimitchiminan ; c'est-à-dire : '' donne-iions notre nourriture. " Le fait est que pour arriver au cœur des naturels de l'Amérique, il fallait tout d'abord s'assurer si la partie animale était en l>on état. Et, comme dit la Sagesse : celui (pii n'a jamais été (ju'à l'école de la chair, ne saurait parler le langage de l'esprit.

Les langues sauvages étaient trës difficiles à apprendre. Certains missionnaires ne purent jamais y parvenir. D'autres réussirent à demi et (pielques-uns cependant, — ceux-ci étaient doués d'une facilité liors ligne — ,s"en rendirent presque les maîtres, mais seulement à force de travail et de persévérance. C'est ainsi que le Përe Le Jeune écrivait de Québec en 1634 : " Je jargonne néanmoins, et à force de crier je me fais entendre." "■ Huit ans, écrivait le Père Mengarini, jésuite, auteur d'une petite grammaire de la langue des Têtes Plates, ne sauraient sutfire à un Européen, même dix-huit, pour parvenir à connaître tout le mécanisme d'une seule langue indienne."

Les difficultés inhérentes à ces sortes d'études se conçoivent aisément, les interprètes, au début de la colonie surtout, faisant presque toujours défaut, soit par mauvais vouloir de la part des truchements indiens, soit encore par timidité de la part des interprètes français qui, dans le principe, ne devaient pas être fort versés dans les divers dialectes parlés par les sauvages du Canada. C'était si bien le cas, que le Père Le Jeune en fait une mention s})éciale dans sa lettre de 1633 :

Les langues sauvages et le Fater 245

•■' J'ai remarqué, dit-il, dans rétude de leur langue qu'il y a un certain baragouin entre les Français et les Sauvages, qui n'est ni français ni sauvage ; et cependant quand les Français s'en servent, ils pensent parler sauvage, et les sauvages en l'usurpant croient ])arler bon français."

Le même système avait cours dans l'ancienne Acadie; les Basques français jouèrent un grand rôle dans la primitive bistoire de ce pays alors soumis à la Couronne de France. Les Basques avaient inculqué aux Micmacs une foule de mots de leur pays, et ceux-ci s'en servaient tout en les dénaturant, et en émaillaient ensuite leur langage avec une facilité prodigieuse. Les missionnaires et les Français se beurtèrent tout d'abord à ces difficultés qu'ils trouvaient insolubles. C'était du jargon ou mélange confus de deux idiomes peu faits pour s'allier ensemble.

Les langues sauvages ne manquent pas de ricbesse ; mais elles sont pauvres, en ce sens qu'elles n'apportent pas toujours le mot propre pour exprimer les choses les plus ordinaires de la vie. Ainsi, pour ne parler que de l'idiome algonquin, nous ne rencontrons point dans son dictionnaire de mots qui traduisent littéralement les verbes pariJonner et sanctifier qui figurent dans le Pater. Les mots j)ère, ciel, royaume, terre, pain, tentation, pour un chrétien ont aussi un autre sens que le sens littéral. Yoilà pourquoi il devient impossible de traduire le Pater en algonquin, sans déranger un peu la signification du texte, tant les mots qui le composent représentent des

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iik'es (.'traiigî'ix's à rontcndemoiit oomiiic au langage de ces indiens. Que Ton ne soit donc pas surpris de la diversité des versions que nous en ont léguées depuis deux cent cinquante ans les missionnaires de l'Amérique, à commencer par le l*ère Massé qui le premier a traduit le Pater en montagnais, jusqu'au Père La Brosse qui en 1767 ]iul)lia, aussi en montagnais, le Livre de iirlères des hommes nationaux, Tadoussac, Port neuf, etc. ^"^^ Que Ton compare les deux textes de l'oraison dominicale, et l'on sera cependant étonné de leur ressemblance, bien que nous ayons franclii un espace de deux cent cinquante ans.

Le Père Massé commençait ainsi le Pater : Noutaouynan ca tayen ouascoupetz ; Xotre Père qui es ès-cieux.

Le Père La Brosse, de son côté, écrit: Nattauinan, tshir uaskutsh ha taien ; Xotre Père toi dans le ciel qui es.

Le Père La Brosse emploie Vu au lieu de ou. Cette variante n'affecte guère le texte. ^lais une autre, plus sensible, se remarque surtout dans le changement du k en tsh.

Continuant le Pater, le Père Massé écrit : Kit-iclienlcassouin sagitaganiouisit ; Ton nom soit en estime.

Le Père La Brosse traduit ainsi ce verset : Tshitshituaueritaguamtoin tshitishinikasuin ; Il est fait grand ton nom.

Comme on le voit, la différence se trouve surtout dans la manière dont on a voulu faire comprendre aux sau-

(1) Ce livre, le premier né de l'imprimerie canadienne, est intitulé : yehiro Irinui Aiamihe Massinahiçjan, etc.

Les langues sauvages et le Pater 247

vages la portée dos deux premiers versets du ^A^o^re Père. Elle iudi(|ue peut-être un progrès dans la langue plutôt cpi'une inconsistance dans la manière de la parler. D'autres exemples analogues surgissent en foule dans chaciine des versions que nous fournissent les dialectes congénères à ralgonquin, comme le cliippewa, le malécite, le cris, avec leurs transformations multiples.

L'on remarque toutefois que les traductions les plus anciennes, bien qu'elles soient moins correctes que les modernes, servent à établir que l'indien tient plus à sa langue qu'on ne le croit généralement. Sans doute les difterents idiomes n'ont pas été à l'abri des mouvements de croissance ou de déclin qui sont appréciables ailleurs que dans la solitude des forêts américaines. Rien d'étonnant que dans le cours des siècles, des mots vieillis soient disparus ou d'anciennes locutions aient été emportées avec les générations. Comment ces peuples auraient-ils pu résister au contact des induences étrangères et ennemies, à l'isolement, aux migrations fréquentes, au morcellement des tribus, à l'absorption même de nombreuses familles parlant un langage à part? Autant de dangers qu'ils ont merveilleusement évités ! Que l'on prenne pour exemple la grande famille algonquine qui étendait jadis des rameaux vigoureux dans les coins les plus reculés de l'Amérique Septentrionale, et que l'on confronte les dialectes particuliers à chacune des nombreuses tribus qui la composaient. Comparons le micmac de l'ancienne Acadie avec le chippewa de Missisauga, le malécite du bas du fleuve

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Saint-Laurent avec le cris de la Riviore-Rouge, et nous retrouvons chez tous un air de famille qui doit étonner l'indianalogue. Les variantes seraient peut-être moins nombreuses, si le même homme pouvait reproduire dans des livres, les dialectes qu'il a entendus luimême dans un court espace de temps. Mais comment peut-on raisonner sur ces langues, dont la connaissance ne nous est parvenue qu'à des intervalles souvent très éloignés, par l'intermédiaire de manuscrits ou de volumes dont l'imi^iession a été négligée. Si le montagnais du Père Massé nous est connu depuis 1632, ^^^ si le micmac a trouvé r.n imprimeur dès 1719 par l'entremise de La Croze, '--' il ne faut pas oublier que le cris ne nous a été révélé qu'en 1857 par M. le grand-vicaire Thibault. ^-^^ Combien d'autres dialectes congénères à ralgonquin sont ignorés du monde des linguistes ?

Les américanistes de l'Europe ont un vaste champ ouvert à leur ambition de savants. L'étude dos langues orientales a sans doute un grand attrait pour plusieurs de nos collègues de l'Alliance scientifique. Mais s'ils dirigeaient leurs études philologiques vers l'ancienne colonie de la France, (pii renferme eneore un groupe de plus de cent mille sauvages, ne rendraient-ils pas de grands services à l'Eglise et au Canada en facilitant la tâche des missionnaires et des colons français cpii vont

(1) Voyages de Champlain, édition de I(i-'Î2.

(2) Thesdtirus EpUloJ. Lucroziamis, Vol. 1.. p. 44.

(.>) Prières, Cantiqucn, ctc, en Largue Crhc, Âgamie Neiyaoue Mutiaaikmn.

Montréal, 1857.

Les langues sauvages et le Pater

tenter la fortune dans les contrées lointaines du ^ord- Ouest, où l'Indien reste plonge dans les ténèbres du paganisme, à défaut })eut-Otre d'une Robe ISToire par-

lant sa langue.

Une Question d'Anthropologie

rnr N. E. DIONNE Secrétaire du Comité de Québec

L'Europe et l'Amérique ont en face deux problëmes anthropologiques d'un intérêt que l'accumulation des âges ne fait qu'accroître. En Europe, on se demande qu'étaient les Ar^^ens et d'où ils tiraient leur origine. En Amérique on se pose les mêmes questions au sujet des Indiens Mound Baihlers ou constructeurs de tumulus, qui ont laissé derrière eux des monuments remarquables par leur étendue et leur originalité. L'étude des langues et des institutions nous a mis en position de connaître les premiers, sans pouvoir toutefois en déterrer l'origine. Tant qu'aux seconds, nous ne connaissons rien de leur langage ni de leurs croyances ; leur industrie et les lieux qu'ils habitaient nous sont moins étrangers. Le problème à leur sujet peut se poser en une seule question : " Etaient-ils les ancêtres des Lidiens actuels ou un peuple à part, distinct des autres nations sauvages ?

L'on sait qu'autrefois, dans cette région arrosée par la rivière Ohio et les grands lacs, entre le Mississipi et les

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monts Apalaclics, existaient des traces d'un peuple énergique, prouvées par des constructions en terre de formes et grandeurs variées, des fortifications, et des nombreux travaux en pierre et en argile, dans le tjY*^ primitif. Ou eu a conclu l'existence d'un peu})le essentiellement distinct des Indiens actuels, appartenant à une race micivilisée, qui dut disparaître à l'arrivée des Indiens nomades, plusieurs siècles avant la découverte de l'Amérique. Tout récemment l'opinion sembla se diriger dans une autre direction. Une connaissance plus exacte de l'industrie et de l'économie de ces peuples mystérieux, comparée à celles des tribus existantes, a démontré j^lusieurs points similaires, propres à convaincre les antbropologistes, qu'entre les deux il n'y avait pas do difterence essentielle, et que les tribus modernes sont les descendants en droite ligne des Mound Bmlders.

Cette dernière théorie a acquis d'autant plus de force que la région occupée par les Mound JBuilders est reconnue aujourd'hui comme ayant été beaucoup plus étendue qu'on l'avait cru d'abord. Des travaux d'un caractère identique ont été trouvés dans diverses localités à l'ouest du Mississipi et dans les plaines de Manitoba. D'autres, à proportions plus exiguës, ont été découverts à l'est des Apalaches ; mais ces derniers semblent être des imitations plutôt que des originaux. Les vastes monticules pyramidaux, comme ceux de Cahokia, dans l'IUinois ; les constructions à formes carrées et circulaires de Kewark, dans rOhio ; les etHgies d'animaux, du "Wiscousin ; l'immeusc monticule en serpentin de l'Ohio, et d'autres

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travaux du même genre, ne rencontrent point leurs pareils dans les régions du nord, de l'est et de l'ouest de la vallée de l'Ohio, et semblent dépasser le génie des Indiens modernes.

Si nous considérons la grandeur prodigieuse de ces travaux, comme la pyramide de Cahokia, qui mesure 700 pieds sur 500 de base et 90 pieds de hauteur ; le Fort Ancien, près de la petite rivière Miamis, dans TOhio dont les murailles d'argile de 10 pieds de hauteur s'étendent sur un parcours de près de cinq milles, nous nous trouvons en face d'un problème industriel dont il est presque impossible d'attribuer la solution aux ancêtres des Féaux Rouges contemporains. Nos tribus actuelles sont hostiles à toute industrie, leurs habitudes sont nomades, la chasse chez elles l'emporte sur le goût de l'agriculture. Rien n'indique (pi'elles pourraient se livrer à des travaux d'une exécution aussi difficile.

Les sauvages actuels sont incapables de produire de tels monuments. De fait, pour arriver à une combinaison parfaite du travail, il faut un certain degré de civilisation. L'histoire le prouve.

Les grands travaux d'Egypte, de Babylone et de Chine sont dus à des monarques extrêmement puissants auxquels obéissaient des populations nombreuses. Dans les Indes, les chefs-d'œuvre architecturaux sont d'origine sacerdotale. Il semble peu douteux que des influences de nature analogue aient forcé les Mound Bidlders à construire ces monuments qui étonnent l'imagination. Leur grandeur dénote un peuple beaucoup plus compact

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que les liordes modernes, et conséquemment plus enclin à pratiquer l'art agricole, par le besoin qui devait se faire sentir chez lui de demander à la terre une nourriture que la chasse et la pèche auraient été insuffisantes à lui procurer. En somme les Moand Bidlders doivent être distinii-ués des tnl)us semi-nomades et sauva2;es des Etats- Unis du Nord, avec leurs groupes épars, leurs habitudes indolentes, et le manque d'institutions politiques et religieuses.

Les Mound Ballders sont-ils disparus de la surface de la terre, sans descendance, n'ayant laissé d'autres traces de leur existence que des constructions en pierre et en terre ? Ont-ils été détruits par des tribus envahissantes ? Pareil sort serait sans précédent dans l'histoire des peuples, et tout indique qu'un tel cataclysme préhistorique n'exista jamais. Car la grande probabilité est que les Indiens des Etats-Unis du Sud descendaient en ligne plus ou moins directe des 3Toiind Bidlders.

Les preuves de cette conclusion sont aussi fortes que nombreuses. D'abord les monuments de ces peuples anciens abondent dans le sud, et plusieurs d'entre eux présentent dos dimensions extraordinaires. Il existe à Seltzertown, dans le Mississipi, un mound de 600 pieds sur 400 de base, de 40 de haut, avec trois autres plus petits greffés sur sa surface. On peut voir plusieurs travaux analogues, mais moins considérables, en Géorgie, dans l'Alabama, un sur la rivière Etowa, en Géorgie, de G5 pieds d'altitude, et mesurant 150 pieds carrés au sommet. Ajoutons à ces faits que plusieurs de ces

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constructions étaient encore en usage quand les aventuriers espagnols les aperçurent pour la première fois. Peut-être même y en avait-il qui n'étaient pas encore terminées. Mais, dans ce cas, il paraît certain, qu'à Tarrivée des blancs, tout travail fut interrompu et pour toujours.

C'est donc à l'organisation industrielle, politique et religieuse de ces Indiens, plutôt qu'au peu de connaissanceS cjui nous restent sur les travaux inachevés des Mound Builders, que nous devons nous adresser pour pouvoir établir des relations de consanguinité entre eux et la race mystérieuse du passé. Décidément ils difteraient des tribus septentrionales, et comme leur organisation est peu connue, essayons d'apporter un nouveau jour sur cette question d'anthropologie très complexe.

Les Indiens méridionaux avaient plus de tendances vers l'agriculture que ceux du nord. Comme conséquence, les premiers avaient une population plus dense, et moins encline à la vie nomade. Ils vivaient dans des villages bien bâtis et fortifiés, où les mounds, remontant souvent à une haute antiquité, servaient de fondations pour y ériger les résidences des chefs.

Leur organisation difiérait beaucoup de celle des septentrionaux. Le 3Iico des sauvages du Sud, par exemple, possédait beaucouji plus d'autorité que le Sachem des Indiens du Nord. Son })ouvoir était despotique jusqu'à un certain degré ; il avait le plein et entier contrôle des entrepôts publics où tout agriculteur ou chasseur devait déposer une partie du produit de ses

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labeurs. L'organisation religieuse des gens du Sud était fortement consolidée. Les vagues superstitions des liomnios du nord faisaient place cliez eux au culte du Soleil, divinité ^upreme. L'homme de la médecine du nord avait son pendant dans le Grand Prêtre, présidant au culte du Soleil, dans les temples où brûlait le feu sacré.

Les plus célèbres et les plus puissantes tribus du Sud étaient les Katchez. Aucune autre n'offre autant de rapport avec les Mound JBuilders que cette dernière, et par ses coutumes, et par ses croyances et par ses institutions, car les Xatchez seuls, de tous les Indiens de l'Amérique septentrionale, ^possédaient une organisation adaptée à l'érection de grands monuments politiques et religieux.

Le chef des Xatclicz était un despote dans toute l'acception du mot. On l'appelait le Soleil, et il était regardé comme le descendant direct et sacré du dieu soleil ; son autorité religieuse équivalait à son despotisme civil. Sous lui marchait une sorte de noblesse, dont les membres les plus élevés étaient recrutés dans sa famille et portaient le nom de soleil. Le peuple était soumis. Les résidences des chefs étaient au-dessus des moinids, qui servaient, comme on l'a vu, de bases au temple Ainsi, il y avait une certaine afHnité entre ces peuplades et les races préhistoriques, en autant que l'on peut s'en rapporter à certaines similitudes tirées de leur vie industrielle et agricole. Snr la plupart des autres conditions économiques des Mound Builders, nous en

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sommes aux seules conjectures. Ainsi se demande-t-on quel fut leur berceau. Les uns opinent pour la contrée fertile du Mississipi inférieur, d'où la nation a pu s'étendre jusqu'au point d'union de l'Ohio avec le grand fleuve, pour ensuite s'irradier dans les vallées de ces deux fleuves et du Missouri. S'établissant d'abord au confluent des rivières, le besoin d'expansion les poussait ensuite vers leurs sources. J'ai vu dans les environs de Saint-Louis, les ruines d'un mound colossal en argile, et comme l'on sait, la grande ville n'est pas éloignée du confluent du ]SIissouri avec le vieux Meschacébé.

Mais l'embouchure de l'Ohio semble avoir été l'endroit privilégié de leur domaine, bien qu'on n'y trouve plus aucune trace de fortifications et d'ouvrages d'art remontant à une haute antiquité. Si un tel mouvement d'expansion réellement eût lieu, il est assez probable aussi qu'il fut remplacé par un mouvement de contraction, lors de l'invasion des peuples étrangers, qui, à un moment donné, se ruèrent sur \Q9,Mound Builder s, comme en Europe les Germains envahirent l'empire romain, et les Asiatiques nomades inondèrent la Perse, l'Inde et la Chine. Chassés du pays par leurs conquérants, ils prirent la direction du sud et vinrent habiter la région du golfe du Mexique. Lors de la découverte de l'Amérique, les Espagnols purent communiquer avec les rejetons épars de ces antiques tribus indiennes, dont il ne reste plus que le souvenir.

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embres du Comité local de Québec

M. J. M. LeMOINE.

L'Album (In Tounste. — -La n^énioire de Montcalm wiigée. — Les oise^iux du Canada. — Maple leaves, 3 .s.'rios. — Québec past and présent. — Picturesque Québec. — The ('hronicles ot' the St-Lnwreneo.

M. le Juge A. B. ROUTHIER.

Causeries du dimanche. — A travers T Espagne. 2 vohimes. — Les grands drames. — A travers l'Europe, 2 volumeiî. — Discours et conférences.

tt M. E. GAGNON.

C/hansons populaires du Canada. — Lettres de voyage, 'omte de Paris à Québec.

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