AVANT-PROPOS
La BIBLIOTHÈQUE MExICO-GUATÉMALIENNE, dont le catalogue vient plus loin, contient la plupart des documents de quelque importance, qui m'ont servi, dans le cours de mes recherches historiques et philologiques, depuis vingt-cinq ans. Elle est insignifiante, quant au nombre des volumes; elle est d’une grande valeur, si l’on considère leur rareté, en particulier, pour ce qui concerne la linguistique du Mexique du sud et de l'Amérique centrale. Sous ce rapport, je puis dire qu’elle est unique. Plus de quatre-vingts volumes ou traités, manuscrits, dans des langues, dont les noms sont à peine connus des bibliographes; plus de soixante grammaires, vocabulaires, traités profanes et religieux, imprimés, dont quelques-uns n’ont jamais été catalogués et dont je possède les uniques exemplaires; d’autres qui ne sont encore connus que par de vagues
indications, voilà, en quelques mots, pour ce qui concerne la philologie américaine, ce que présente ma Bibliothèque. Quant à l’histoire, antérieure à la conquête ou postérieure à la soumission des races indigènes, elle s’y trouve représentée par plus de quatre-vingts autres documents manuscrits, introuvables ailleurs, pour la plupart, et d’une importance non moins grande que les précédents. Les titres, que, plus d’une fois, j'ai dû composer, d’après lexamen que j'en avais fait, suffisent à eux seuls pour en faire comprendre l'intérêt. L'histoire, l’'ethnographie, la géographie du Mexique et de l'Amérique centrale, en particulier, des anciennes régions du Guatémala, du Peten-Itza et du Lacandon, s’y trouvent appuyées sur une foule de lettres originales et de rapports, adressés aux évêques ou aux Capitaines-généraux, et qu'on chercherait vainement même aux archives de Séville ou de Simancas.
Quelques autres parties de l'Amérique y sont également représentées avec avantage. Il suffit de nommer pour la Nouvelle Grenade les ouvrages d’Aguado, de Simon, de Montenegro, de Piedrahita, de Zamora, etc., comme de Montesinos, de Guzman, de Garcilaso, de Velasco, etc., pour le Pérou et les pays voisins. La Nouvelle Grenade touche à l’Amérique centrale, à laquelle les antiques états de PAmérique du sud doivent probablement leur civilisation, et les rapports des langues de ces contrées avec celles du groupe mexico-guatémalien sont beaucoup plus frappants qu'ils ne paraissent au premier abord. J'ai donc pensé qu’il y avait quelque
intérêt à joindre ces ouvrages à ce catalogue.
A côté de ceux-ci, il y en a un petit nombre qui, bien que modernes, sont de ceux qu’on trouve difficilement et qui, presque jamais, ne se rencontrent en librairie. Les renseignements qu'ils contiennent complètent ceux des anciens. Quelques autres, dus à des plumes tout-à-fait européennes et plus modernes encore, y prennent place, soit à cause de leur caractère éminemment américain, soit qu'étant peu connus des amateurs, ils méritent d'être mentionnés, leurs auteurs ayant résidé un long temps ou voyagé avec fruit dans les régions dont s’est occupée leur plume.
Telles sont donc les catégories différentes de cette petite bibliothèque, unique sous bien des rapports, d’une extrème rareté sous bien d’autres et qui s’est fait dans la bibliographie américaine un nom qui n'est pas immérité. Dans le nombre des titres formant ce catalogue, c'est à peine si un quart a été reproduit ailleurs, le reste est demeuré un mystère pour les bibliographes. C’est la portion choisie de mes livres et manuscrits, moins d’un tiers de ma BIBLIOTHÈQUE AMÉRICAINE, qui, dans sonensemble, renferme encore bien des choses intéressantes et généralement peu connues. C’est cette bibliothèque, pour l'acquisition de laquelle $. M. l’empereur Maximilien m'offrit naguère une somme relativement considérable et que je ne retrouverais probablement plus aujourd’hui. Mais ce prince, qui avait si généreusement lié son sort à celui du Mexique, cherchait à faire rentrer dans sa patrie
d'adoption les trésors littéraires que les révolutions en avaient fait sortir. Je n’oublierai jamais avec quelle noblesse il me répétait un jour à Chapultepec, dans le cabinet de l’Impératrice : “ Vos livres et vos documents reviennent de droit au Mexique ; ils lui appartiennent à tous les titres. C’est au Mexique, c’est dans les pays voisins, qui subissent son influence, que vous les avez recueillis ou qu’ils doivent leur origine. Si Dieu me prête le temps, je m'efforcerai d'y faire rentrer tous les trésors que nous avons perdu par cinquante ans de révolutions. ,
C’est sans doute dans cette pensée, si éminemment patriotique, qu’en voyant ma répugnance à me défaire alors d’une collection où chaque jour je puisais de nouvelles connaissances, le jeune et aimable souverain chercha à m'attacher moi-même à ce pays, dont j'étais l'historien. Avec une insistance, dont je garderai toujours une profonde gratitude, il m'offrit à plusieurs reprises la place de surintendant général des Musées et Bibliothèques, en y joignant le ministère de l’Instruction publique. A cette époque rien ne faisait prévoir encore la fin funeste de cette monarchie, assise sur de trop faibles bases, ni de la guerre des États-Unis du Sud et du Nord, dont la séparation définitive pouvait seule assurer le nouvel empire. J’alléguai respectueusement à l'Empereur le désir que j'avais de garder mon indépendance, pour continuer mes travaux scientifiques. La crainte de n'être pas toujours assez sûr de moi-même, pour résister au titre séduisant de Ministre, me fit alors hâter mon dé-
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part et je priai Sa Majesté de me permettre d’aller continuer dans l'Amérique centrale la mission de confiance dont j'avais été chargé par le gouvernement français.
Pour terminer ce qui concerne ma bibliothèque, J'ajoute ici qu’un catalogue spécial des ouvrages de linguistique suivra le catalogue général par noms d'auteurs : 1l sera formé alphabétiquement par ordre de langues. Un simple coup d'œil suffira donc pour juger de l'importance de la collection, en faisant voir qu'aucun catalogue, paru jusqu’à présent en Europe, n’a offert un ensemble aussi complet d'ouvrages de linguistique, relativement au Mexique du sud et à l'Amérique centrale. En finissant cette rapide nomenclature, qu'on me permette une réflexion, que tout lecteur impartial saura faire ici non moins bien que moi. C’est qu’à peu d’exceptions près ces vocabulaires, ces grammaires, ces traités de linguistique, ces mémoires de géographie, d’ethnographie et de statistique, profane et sacrée, dont la science saura tirer un jour son profit; tous ces écrits, dis-je, sont dus à la plume de quelques humbles religieux, dont les ordres, vilipendés et honnis, ont été dispersés, depuis, par le souffle des révolutions, dont les maisons et les églises en ruines témoignent d’un passé qui eut sa grandeur et que la révolution ne remplacera pas. Leurs noms, je les proclame ici, avec respect, comme une des gloires les plus pures de l'Église.