‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 106 sur 205 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L'auteur a dit (page 131) que Napo^ lion était obligé de fuir; (page 166) a que c'était un spectacle bien nou- » veau que Napoléon contraint de cé- » der et de fuir ; » ici Napoléon est » honteux de paraître fuir. » ( Page 187.)

Certes, l'Empereur n'était pas insensible aux désastres de son armée.

Toutefois, la honte pouvaîtrelle couvrir son front, quand cette armée, tout affaiblie qu'elle était, mais forte de sa présence , venait de montrer aux ennemis

qu'eDe savait encore se faire respecter ? H. de Ségur confond le sentiment de la honte avec la douleur d'une grande ftme aux prises avec l'adversité.

« Il y trouva ( à Dorogobouje ) les » moulins à bras commandés pour l'ex- » pédition. » (Page 187.)

Pendant le séjour à Moscou, Naix)léon, toujours prévoyant , avait chargé l'artillerie de construire des moulins à bras. Les ouvriers de ce corps en avaient confectionné plusieurs, dont la garde se servit. Ceux dont parle H. de Ségur avaient été demandés par l'intendant -général de l'armée. Leur tardive arrivée est une preuve de l'àpropos des mesures de cette administration.

La nouvelle de l'échauffourée de Mallet , qu'une estafette apporte à l'Empereur , sert de prétexte aux réflexions sinistres de l'auteur, qui grossit et dénature tous les événements pour en tirer les plus fâcheuses conséquences.

L'aveugle confiance avec laquelle Mallet avait ourdi sa conspiration, la disproportion entre la faiblesse des moyens et l'audace de l'exécution, devaient frapper l'Empereur. Mais ce qui avait fait sur lui le plus d'impression, ce n'était pas seulement le peu de prévoyance et le défaut absolu de présence d'esprit et de résolution dans les chefs de la police; c'était la preuve trop évidente que les principes monarchiques, dans leur application à sa dyna<stie , avaient jeté des racines si peu profondes, que de grands fonctionnaires, à la nouvelle de la mort de l'Empereur, oublièrent que, le souverain mort , un autre était là pour lui succéder. C'était aussi la déplorable légèreté avec laquelle , sans attendre ses ordres, on avait fait exécuter plusieurs ofSciers, que de fausses appa-

4SSS

L'EMPIRE

rences avaient abusés, et qui, dans le fond de leur coeur, n'avaient pas cru commettre un crime. On entendit , dès les premiers moments, l'Empereur exprimer ces sentiments douloureux.

Un aide-de-camp du maréchal Ney vient annoncer à Napoléon que ce maréchal était forcé d'abandonner Dorogobouje, et « qu'il se voyait obhgé de » reculer précipitamment jusque der- » rière le Dnieper. » (Page J90.)

Le jour même où l'Empereur s'était arrêté à Mikalewska (le 6), le maréchal Ney avait fait prendre position à l'arrière -garde, au-delà do l'Osma, près de Gorki. Ce ne fut que le 7, que le général russe Miloradowilch attaqua l'arrière-garde près de cette rivière, et la suivit jusqu'à Dorogobouje. Là , le maréchal Ney tint ferme, et repoussa toutes les attaques de rennemi,.qui, voyant qu'il He pouvait réussir à le forcer , fit porter sur sa droite la division du prince Eugène de Wurtemberg ; mouvement qui décida le maréchal à al)dndonner Dorogobouje pour se porter sur l'Ougea. L'ennemi ne l'y suivit qu'avec des Cosaques. Miloradowitch , après la vive résistance qu'il avait éprouvée à Dorogobouje, se dirigea à gauche sur la grande armée do Kutusoif. Comment donc le maréchal Ney auraitril pu mander à l'Empereur, par son aide-de-camp, qu'il se retirait derrière le Dnieper ? Dorogobouje est situé sur la rive gauche de ce fleuve. Ainsi, i^uv reculer précipitamment der-^ rière le Dnieper , le maréchal Ney aur rait dû passer sur la rive droite , ce qu'il ne fit pas. Le corps seul du prince Eugène passa sur cette rive. Le Dnieper eoupa la route de Dorogobouje à Snaolensk , à Soloniewo : le quariiergéOiéral de l'Empereur fut établi le niéBie jour (1) près de cet endroit. Or, il Mi fM» que, ce j^Mir-là, le cor|vs du

maréchal Ney fût arrivé sur ce point.

Ainsi que nous l'avons dit, ce maréchal se retira sur l'Ougea. M. deSégur, au lieu do faire des peintures et de les appuyer de réflexions qui ne tendent qu'à égarer le jugement de ses lecteurs, aurait dû nous donner des détails sur cette afiaire et sur la belle résistance que Ney opposa, dans Dorogobouje, aux forces supérieures qui l'attaquaient.

L'aide-de-camp du maréchal Ney est envoyé, dit M. de Ségur, pour informer l'Empereur « du désordre dans lequel » étaient tombés les corps qui le pré- » cédaient, pour lui dire qu'après une » nuit horrible où la neige, le vent et » la famine avaient chassé des feux la » plupart de ses soldats , l'aurore lui » avait amené la tempête, Tennemî , » etc. , etc. » (Page 190.)

Si la mission do cet aide^len^amp n'avait pas d'autre but que d'instruire l'Empereur des désordres de l'armée, et de lui communiquer, à ce sujet, de stériles réflexions, elle était tout au moins inutile, et M. de Ségur pouvait se dispenser de donner ici deux nouvelles pages de discours , et de nous dire « que l'aigle ne protégeait plus , » qu'il tuait. » (Page 191.) Napoléon ne connaissait que trop nos désastres ; mais si l'ofiicier qui lui était envoyé, se trouvait chargé d'indiquer des moyens d'y remédier, l'auteur n'au rait pas dû les omettre.

Pourquoi ne fait -il pas connaître qu'à Dorogobouje, le général commandant l'artillerie proposa à TEmpercur de faire venir de Smolensk des chevaux du train frais à notre rencontre ? Napoléon s'empressa d'approuver cette mesure, dont l'exécution fut très utile. Des ordres avaient égakment été donnés pour faire venir audevant de nous des vivres.

CAMPAMIl DI 1812.

« Napoléon ««ntit quil n'y avait » plus qu'à sacrifier successivement 1^ l'armée partie par partie, eo eom* » m^Qçant par les extrémités, pour en » sauver la tète. » (Page 192. ) « Pour » Ney , il vit qu'il fallait une victime , » et qu'il était désigné ; il se défi voua, etc. » (Page 193.)

Jamais l'Empereur n'a eu l'idée de sacrifier aucune partie de l'armée ; il prouvait assez que sa sollicitude s'étendait à chacune d'elles. Le froid, d'ailleurs, tuait aussi bien à la têu qu'aux txtréniitès. Le prince d'Eckmuhl avait commandé l'arrière - garde jusqu'à Viazma. Il fut releva par le maréchal Ney, qui ne se considéra pas comme victime désignée , parce qu'il était chargé du soin de protéger la marche.

Cette réflexion pourrait être considérée comme une insulte faite à la mémoire de ce maréchal. Il fallait bien que quelqu'un commandât l'arrièregarde ; et, certes, personne ne convenait mieux à ce commandement que le maréchal Ney. Ces assertions tombent à faux, d'autant plus que depuis Dorogobouje , l'arrière - garde n'était suivie que par des Cosaques, et. non par de l'infanterie enneone.

tt Toutefois les Russes s'avançaient à » la faveur d'un bois et de nos voitures » abandonnées ; de là ils fusillaient les » soldats de Ney. La nK)itié de ceux-ci, » dont les armes glacées gèlent les » mains engourdie^ , se décourage ; ils » lâchent prise, s'autorisant de leur fai- >x blesse de la veille, fuyant parce qu'ils V avaient fui» etc. » (Page 193.)

Ces réflexions sont d'autant plus dé* placées qu'il n'y avait plus > ainsi que pous l'avons dit , d'infanterie russe sur cette route. Si l'auteur avait été une s^ule fois à l'arrière-garde, il aurait vu ' qUiÇ les Cosaques fuyaient devant quet ques homn^s armés et n'attaquaient

que les domestiques et les hommes sans armes. Le maréchal Ney même s amusait souvent à retarder h marche de cette cavalerie légère, en faisant placer en travers de la route un caisson auquel on mettait une longue mèche allumée. Les Cosaques, voyant de la fumée sortir du caisson , n'osaient s'en approcher qu'il n'eût fait explosion; ce qui tardait assez longtemps. Où l'auteur a-t-il vu les troupes chercher des prétextes pour fuirî Elles pouvaient être exténuées par les fatigues et le froid; mais pusillanimes, jamais.

Leur constance a autant illustré cette retraite, que leur valeur intrépide a immortalisé nos glorieuses campagnes.

La pensée, « le maréchal Ney expo* » sait sa vie en soldat , comme lorsqu'il » n'était ni époux, ni père, ni riche, ni )) puissant et considéré, enfin, comme » s'il avait encore tout à gagner, quand » il avait tout' à perdre (page 193), » n'a jamais approché du cœur de ce maréchal. Dans aucune occasion , aux champs de Fleurus, comme dans ceux de la Moskowa, de pareilles considérations n'ont fait hésiter Ney à se placer toujours au milieu du danger. Dtans ces âmes privilégiées, tout est à perdre, quand l'honneur est compromis ; tout est à gagner, quand il s'agit d'acquérir une nouvelle gloire.

M. de Ségur dit que a ses généraux » et ses colonels , parmi lesquels lui- » même remarqua Tesenzac , le secon- » dèrent vigoureusement (page 194), »

en l'aidant à se défendre dans une maison palissadée. Si M. de Ségur voulait citer le colouel Fezenzac , il pouvait trouver une n^eilleure occasion que celle d'une misérable attaque des Cosaques^ repoussée par quelques coiq^s de fusil.

Au reste « dans ce chapitre, l'esprit se repose uu moment , consolé des inr

MO

justices et de la désapprobation qui frappent Tannée firançaise et ses chefe, en voyant qu'un de ses plus illustres généraux a trouvé gr&ce devant M. rOfficier du palais , et qu'il loue sans restriction son héroïsme.

Page 1