‹ Bibliotheque militaire (volume 2)Chapitre 153 sur 205 · L'Empereur, la nnil même de aen · texte numérisé non relu

L'Empereur, la nnil même de aen

CAMPAGHB DE 1815.

arrivée à Paris , ordonna aa général Eicelmans de suivre, à la tète de trois mille chevaux, la maison militaire du Roi, la prendre, la dissoudre, ou la jeter promplement hors de la. frontière.

Mais cette maison militaire, composée d'éléments si hétérogènes, s'était dis~ soute d'elle-même. Ses débris furent en partie cernés et désarmés à Béthune. L'autre partie parvint jusqu'à Neuve- Eglise, où le comte d'Artois lui signifia l'ordre de licenciement. Le général Excehnans s'empara de tous les chevaux, des magasins, et des bagages de ce corps; les officiers et gardes , traqués par les paysans, jetaient leurs habits et se dégi;dsaient sous toutes les tonnes pour se soustraire à l'indignation populaire. Quelques jours après , le comte Reille se rendit en Flandre avec douze mille hommes, pour renforcer les troupes du comte d'Erlon , qui tenait garnison sur cette frontière. L'Empereur délibéra alors si, avec ces trente-cinq à trente-six mille hommes, il commencerait le 1^ avril les hostilités , en marchant sur Bruxelles, et ralliant l'armée belge sous ses drapeaux. Les armées anglaise et prussienne étaient faibles , disséminées , sans ordres, sans che& et sans plan ; partie des officiers étaient en seme^re ; le duc de Wellington était à Vienne, le maréchal Blûcher était à Berlin.

L'armée française pouvait être le 2 avril à Bruxelles; mais 1<» l'on nourrissait des espérances de paix, la France la voulait, et aurait hautement blâmé un mouvement offensif prématuré ; 2*" pour réunir trente-cinq à trente-six mille hommes , il eût fallu livrer à elles-mêmes les vingt-trois places fortes de Calais à Philippeville, formant la triple ligne du Nord. Si l'esprit public de cette frontière eût été aussi bon que sur celles d'Alsace, des Vosges, des

Ardennes ou des Alpes, cela eût été sans inconvénient; mais les esprits étaient divisés en Flandre : il était impossible d'abandonner les places fortes aux gardes nationales locales; il fallait un mois pour lever et y faire arriver, des départements voisins, des bataillons d'élite de gardes nationales pour remplacer les troupes de ligne ; 3<* enfin, le duc d'Angoulême marchait sur Lyon, les Marseillais sur Grenoble. La première nouvelle du commencement des hostilités eût encouragé les mécontents ; il était essentiel, avant tout, que les Bourbons eussent abandonné le tetritoire, et que tous lès Français fussent ralUés ; ce qui n'eut lieu que le 90 avril.

n. Dans le courant de mai, lorsque la France fut pacifiée, et qu'il ne resta plus d'espoir de conserver la paix extérieure, les armées des diverses puissances étant en marche sur les frontières de la France, l'Empereur médita sur le plan de campagne qu'il avait à suivre. Il s'en présentait trois : le premier, de rester sur la défensive, laissant les alliés prendre sur eux tout l'odieux de l'agression et s'engager dans nos places fortes, pénétrer sous Paris et Lyon, et là commencer sur ces deux bases une guerre vive et décisive. Ce projet avait bien des avantages: i^ les aUiés ne pouvant être prêts à entrer en campagne que le 15 juillet, ils n'arriveraient devant Paris et Lyon que le 15 août. Les premier, deuxième, troisième, quatrième, cinquième, sixième corps, les quatre corps de grosse car Valérie et la garde se concentraient sous Paris; ces corps avaient, au 16 juin, cent quarante mille hommes sous les armes ; le 15 août, ils en auraient eu deux cent quarante mille. Le premier corps d'observation ou du Jura, et le septième corps se concentraient

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soQS iyoo; ih «nient, au 15 juin , vingt-einq mille hominea sous les ar* mes, ils en auraient, au 15 août, soixante nulle, i^ Les fortifications de Paris et de Lyon seraient terminées et perfectionnées au 15 août. 3<* A cette époque , on aurait eu le temps de compléter Torganisation et larmement des forces destinées à la défense de Paris et de Lyon, de réduire la garde nationale de P^ris à huit mille hommes, et de quadrupler les tirailleurs de cette capitale en les portant à soixante mille hommes. Ces batailkms de tirailleurs, ayant des officiers de la ligne, seraient d'un bon service; ce qui, joint à six mille canonniers de la ligne, de la ma* rine, de la garde nationale, et à qua* rente mille hommes des dépôts de soixante-dix régiments d'infanterie et de la garde non habillés, appartenant aux corps de l'armée sous Paris, porterait à cent seiie mille hommes la force destinée h la garde du camp retranché sous Paris. A Lyon , la garnison se composerait de quatre mille gar^ dea nationaux, douie mille tirailleurs, deux mille canonniers , et sept mille hommes des dépôts des onze régiments d'infonterie de l'armée sous Lyon : total, vingt-cinq mille hommes. 4<» Les armées ennemies, qui pénétreraient sur Paris par le nord et par l'est, seraient obligées de laisser cent cinquante mille hommes devant les quarante^eux places fortes de ces deux {rontières. En évaluant à six cent mille hommes la force de ces armées ennemies, elles seraient réduites à quatre cent cinquante mille hommes à leur arrivée devant Paris. Les armées alliées, qui pénétreraient sur Lyon, seraient obligées d'observer les dix places de la frontière du Jura et des Alpes ; en les supposant de cent cinquante mille hommes, il en aiTiverait à peine cent mille

devant Lyon. B« Cependant la crise nationale, arrivée à son comble, porterait une grande énergie en Normandie, en Bretagne, en Auvergne, en Berri, etc.

De nombreux bataillons arriveraient tous les jours sous Paris. Tout irait en augmentant du côté de la France, en diminuant du côté des alliés. 6*" Deux cent quarante mille hommes dans les mains de l'Empereur, manœuvrant sur les deux rives de la Seine et de la Marne , sous la protection du vaste camp retranché de Paris, gardé par cent seize mille hommes de troupes non mobiles, sortiraient vainqueurs de quatre cent cinquante mille ennemis. Soixante mille hommes, commandés par le maréchal Suchet, manoeuvrant sur les deux rives du Rhône et de la Saône , sous la protection de Lyon, gardé par vingt-cinq mille hommes non mobiles, viendraient à bout de l'armée ennemie ; la cause sainte de hi patrie triomphe* rait!

in. Le second plan était de prévenir les alliés, et de commencer les hostilités avant qu'ils pussent être prêts. Or, les alliés ne pouvaient commencer les hoetililés que le 15 juillet ; il fiilhit donc entrer en campagne le 15 juin, battra l'armée anglo-hollandaise et rarroée prus:o~saxonne qui étaient en Belgique, avant que les armées russe, autrichienne , bavaroise , wûrtembergeoise, etc., fussent arrivées sur le Rhin. Au 15 juin, on pouvait réunir une armée de cent quarante mille hommes en Flandre, eh laissant un rideau sur toutes les frontières et de bonnes garnisons dans toutes les places fortes, lo Si Ton battait l'armée anglo-bollandaiss et l'armée prussosaxonne , la Belgique se soulnerait, et son armée recruterait lurraée française.

^ La défaite de Tarmée anglaise entraînerait la chute du ministère anglais,

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tpA aérait remplacé pttr des amis de la paix, de la liberté et de Tlndépen-* dance des nations; cette seule circonstance terminerait la guerre. 9^ S*il en était autrement, l'armée victorieuse en Belgique, renforcée du cinquième corps qui restait %n Alsace , et des renforts que fourniraient les dépôts pendant juin et juillet , se porterait sur les Vosges contre Tarmée russe et autriebienne. k<> Les avantages de ce projet étaient nombreux, il était conforme au génie de la nation, à Tesprit e| aux l^incipes de cette guerre ; il remédiait an terrible inconvénient attacbé au pre- Hiier projet, d'abandonner la Flandre, h Picardie, TArtois, T Alsace, laLor- Faîne, la Champagne, la Bourgogne, la Franche-Comté, le Dauphiné, sans tirer un coup de fusil. Mais pouvait-on, avec une armée de cent quarante mille hommes , battre les deux armées qui •ouvraient la Belgique; savoir : Tarmée angle- hollandaise composée de cent quatre mille hommes sous les armes (1); la seconde, l'armée prusso-saxonne de œnt vingt mille hommes, c'est-à-dire, deux cent vingt-quatre mille hommes?

L'on ne devait pas évaluer la force de ces armées par le rapport des nombres de deux cent vingt-quatre mille à cent quarante mille, parce que l'armée des alliés était composée de troupes plus ou moins bonnes : qu'un Anglais pouvait être compte pour un Français; deux Hollandais, Prussiens ou hommes de la Confédération, pour un Français.

Les armées ennemies étaient cantonnées sous le commandement de deux généraux différents, et formées de na-

(1) Non compris les quatorze régiments anglais débarqués à Oslende, venant d'Amérique, oit tenant garnison dans les places Tories de la Belgkiae.

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