SOIXANTE-ONZIÈME BULLETIN
FfNdkenifefii, iê 19 a«H/ 1807.
La victoire d*Eylau, ayant fait échouer tons les projets que l'ennemi avait formés contre la Basse-Vistule, nous a mis en mesure d'investir Dantziff etdc commencer le siège de cette place. Mais il a fallu tirer les équipages de siège des forteresses de la Silésie et de l'Oder, en traversant une étendue de plus de cent lieues, dans un pays où il n'y a pas de chemins. Ces obstacles ont été surmontés et les équipages de siège commencent à arriver. Cent pièces de canon de gros calibre , venues de Stettin, de Custrin, de Glogau et de Breslau, auront sous peu de jours leur approvisionnement complet.
Le général prussien Kalkreuth commande la ville de Dantzig. Sa garnison est composée de quatorze mille Prussiens et six mille Russes. Des inondations et des marais, plusieurs rangs de fortifications et le fort de Wechselmund. ont rendu difficile l'investissement de la place.
Le journal ci-joint du siège de Dantzig, fera connaître ses progrès à la date du 17 de ce mois. Nos ouvrages sont parvenus à quatre-vingts toises de la place ; nous avons même plusieurs fois insulté et dépalissadé les chemins couverts.
Le maréchal Lefebvre montre l'activité d'un jeune homme. Il était parfaitement secondé par le général Savary ; mais ce général est tombe malade d'une fièvre bilieuse à l'abbaye d'Oïl va, qui est à peu de distance de la nlace. Sa maladie a été assez grave pour aonner, pendant quelque temps, des craintes sur ses jours. Le général de brigade, Schramm, le général d'artillerie, Lariboissière, et le général du génie, Kirgener,.ont aussi très bien secondé le maréchal Lefebvre. Le général de division du génie, Chasseloup, vient de se rendre devant Dantzig.
Les Saxons, les Polonais, ainsi que les Badois, depuis que le prince héréditaire de Bade est à leur tète, rivalisent entre eux d'ardeur et de courage.
L'ennemi n'a tente d'autre moyen de secourir Dantzig que d'y faire passer par mer quelques bataillons et quelques provisions.
En Silésie, le prince Jérôme fait suivre très vivement le siège de Neiss.
Depuis que le prince de Plelz a abandonné la partie, l'aide-de-camp du roi de Pmsse, baron de Kleist, est arrivé à Glatz
nu
par Vienne, avec le titre de gouverneurgénéral de la Silésie. Un commissaire anglais l'a accompagné, pour surveiller l'emnloi des 80,000 liv. sterL données au roi de Prusse par l'Angleterre.
L« 15 de ce mois, cet officier est sorti de Glatz avec un corps de quatre mille hom-mes, et est venu attaquer, dans la position de Frankenstein, le général de brigade Lefèvre, commandant le corps d'observation qui protège le siège de Nelss. Cette entreprise n'a eu aucun succès : M. de Kleist a été vivement repoussé.
Le prince Jérôme a porté, le 14, son quartier-général à Munsterberg.
Le général Loison a pris le commandement du siège de Colberg. Les moyens nécessaires pour ses opérations commencent à se réunir. Ils ont éprouvé quelques retards, parce qu'ils ne devaient pas contrarier la formation des équipages de siège de Dantziff.
Le maréchal Mortier, sous la direction duquel se trouve le siège de Colberg, s'est porté sur celte place, en laissant en Poméranie le général Grandjean, avec un corps d'observation, et l'ordre de prendre position sur la Peene.
La garnison de Stralsund ayant, sur ces entreraites, reçu par mer un renfort de quelques régiments, et ayant été informée du mouvement fait par le maréchal Mortier avec une partie de son corps d'armée, a débouché en forces. Le général Grandjean, conformément à ses instructions, a passé la Peenc et a pris position à Anclam. La nombreuse flottille des Suédois leur a donné la facilité de faire des débarquements sur différents points, et de surprendre un poste hollandais de trente hommes et un poste italien de trente-sept hoihmes. Le maréchal Mortier, instruit de ces mouvements, s'est porté le 15 sur Stettin, et ayant réuni ses forces, a manœuvré pour attirer les Suédois , dont le nombre ne s'élève pas à douze mille hommes.
La grande armée est depuis deux mois stationnairc dans ses positions. Ce temps a été employé à renouveler et remonter la cavalerie, à réparer l'armement, à former de grands magasins de biscuit et d'caude-vic, à approvisionner le soldat de souliers. Chaque homme, indépendamment de la paire qu'il porte, en a deux dans le sac. La Silésie et l'tle du Nogat ont fourni aux cuirassiers, aux dragons, à la cavt^ leric légère, de bonnes et nombreuses remontes.
Dans les premiers jours de mai , un corps d'observation de cinquante mille hommes, français et espagnols, sera réuni sur l'Elbe. Tandis que la Russie a presque toutes^ses troupes concentrées en Pologne, l'Empire français n'y a qu'une partie de ses forces : mais telle est la différence de puissances
LTiiniii.
réelles des deux États. Les cinq cent mille Basses que les gazetiers font marcher tantôt à droite, tantôt à gauche, n'existent que dans leurs feuilles et dans imagination de quelques lecteurs, qu'on abuse d'autant plus facilement, qu'on leur montre Timmensilé du territoire russe, sans parler de l'étendue de ses pays incultes et de ses vastes déserts.
La garde de Tempereur de Russie est, à ce qu'on dit , arrivée à Tarniée ; elle reconnaîtra, lors des premiers événements , s'il est vrai, comme Tout assuré plusieurs généraux ennemis, que la garde impériale ait été détruite. Cette garde est aujourd'hui plus nombreuse qu'elle ne Ta jamais été , et presque double de ce qu'elle était à Austerlitz.
Indépendamment du pont qui a été rétabli sur la Narew, on en construit un sur pilotis entre Varsovie et Praga ; il est déjà Tort avancé; l'Empereur se propose d'en faire faire trois autres sur différents points. Ces ponts sur pilotis sont plus solides et d'un meilleur service que les ponts de bateaux. Quelques grands travaux qu'exigent ces entreprises sur une rivière de quatre cents toises de large, l'intelligence et l'activité des officiers qui les dirigent, et rabondance des bois, en facilitent le succès.
M. le prince de Bénévcnt est toujours à Varsovie, occupé à traiter avec les ambassadeurs de la Porte et de l'empereur de Perse. Indépendamment des services qu'il rend à Sa Majesté dans son ministère, il est fréquemment charge de commissions importantes relativement aux différents besoins de l'armée.
Finckonstein, où Sa Majesté s'est établie pour rapprocher son quartier-général de ses positions, est un 1res beau château qui a été construit par M. de Finckeustein, gouverneur de Frédéric 11, et qui appartient maintenant à M. de Dohna, grand-maréchal de la cour de Prusse.
Le froid a repris depuis deux jours. Le printemps n'est encore annoncé que par le dégel. Les arbustes les plus précoces ne donnent aucun signe de végétation.