SOIXANTE-QUATORZIÈME BULLETIN
FinekentMn, U 16 mat 1807.
Le prince Jérôme ayant reconnu que trois ouvrages avances de Neiss, qui étaient le long de la Biélau, gênaient les opérations du siégne, a ordonné au général Yandanune de les enlever. Ce général, à la tète des troupes wurtembergeoises, a emporté ces ouvrages dans la nuit du 50 au i"" mai, a passé au fil de Fépée les troupes ennemies qui les défendaient, a fait cent vingt prisonniers et pris neuf pièces de canon. Les capitaines du génie, Depoulhon et Prost, le premier omcier d'ordonnance de TEmpereur, ont marché à la lète des colonnes et ont fait preuve de grande bravoure. Les lieutenants HohendorlF, Bawer et Mulher se sont particulièrement distingués.
Le 2 mai, le lieutenant-général Gamcer a pris le commandement do la division wiirtembergeoise.
Depuis 1 arrivée de l'empereur Alexandre à l'armée, il parait qu un grand conseil de guerre a été tenu à Bartenslein , auquel ont assisté le roi de Prusse et le grand-duc Constantin; que les dangers que courait Dantzig ont été l'objet des délibérations de ce conseil; que Ton a reconnu que Dantziff ne pouvait être sauvé que de deux manières : la première en attaquant l'armée française, en passant la Passargc, en courant la chance d'une bataille générale, dont Tissue, si Ton avait du succès, serait d'obliger l'armée française à découvrir Dantzig ; l'antre, en secourant la place par mer. La première opération parait n'avoir pas été jugée praticable, sans s'exposer à une mine et à une défaite totale ; et on s'est arrêté au plan de secourir Dantzig par mer.
En conséquence, le lieutenant-général Kaminski, fils du feld-maréchal, avec deux divisions russes, formant douze régiments, et plusieurs réj|[iments prussiens, ont été embarqués à PiUau. Le 12, soixante-six bâtiments de transport, escortés par trois frégates, ont débarqué les troupes à l'embouchure de la Yistule, au port de Dantzig. sous la protection du fort de Weis* cbelmuude.
L'Empereur donna sur-le-champ l'ordre au maréchal Lannes, commandant le corps de réserve de la grande armée, de se porter de Marienbour^ où était son quartiergénéral, avec la division du générai Ouinot, pour renforcer l'armée du maréchal Lefebvre. 11 arriva en une marche dans le même temps que l'armée ennemie débarquait. Le 15 et le 14^ l'ennemi fit des préparatifs d'attaque; il était séparé de la
ville par un espace de moins d'une liene, mais occupé par les troupes françaises. Le 15, il déboucha du fort sur trois colonnes ; il projetait de pénétrer par la droite de la Yistule. Le général de brigade Schramm, qui était aux avant-postes avec le 2* régiment d'inlknterie lé^^ et un bataillon de Saxons et de Polonais, reçut les premiers feux de l'ennemi, et le contint à portée de canon de Weischelmunde.
Le maréchal Lefebvre s'était porté au pont situé au bas de la Yistule. et avait fait passer le 12' d'infanterie légère et des Saxons pour soutenir le général Scbramm. Le général Gardanne, chargé de la défense de la droite de la Yistule, y avait également appuyé le reste de ses forces. L'ennemi se trouvait supérieur, et le combat se soutenait avec une égale <N>iniâtreté. Le maréchal Lannes, avec la reserve d'Oudinot, était placé sur la gauche de la Yistule, par où il paraissait la veille que l'ennemi devait déboucher ; mais voyant les mouvements de l'ennemi démasqués, le maréchal Lannes passa la Yistule avec quatre bataillons de la réserve d'Oudinot. Toute la ligne et la réserve de l'ennemi furent mises en déroute et poursuivies jusqu'aux palissades : et à neuf heures du matin, l'ennemi était bloqué dans le fort de Weischelmunde. Le champ de bataille était couvert de morts. Notre perte se monte à viufiftcinq hommes tués et deux cents blesses. Celle de l'ennemi est de neuf cents hommes tués , quinze cents blessés et deux cents prisonniers. Le soir, on distinguait un grand ncMnbre de blessés qu'on embarquait sur les bâtiments, qui, successivement, ont pris le large pour retourner à Kœnigsberg. Pendant cette action, la place n'a uit aucune sortie, et s'est contentée de soutenir les Russes par une vive canonnade. Du haut de ses remparts délabrés et à demidémolis, l'ennemi a été témoin de toute l'affaire. Il a été consterné de voir s'évanouir l'espérance qu'il avait d'être secouru. Le général Oudinot a tué de sa prm>re main trois Russes. Plusieurs de ses officiers d'état-major ont été blessés. Le 14' et le 4* régiments d'infanterie légère se sont distingués. Les détails de ce combat n'étaient pas encore arrivés à l'état-major.
Le journal du siège de Dantzig; fera connaître que les travaux se poursuivait avec une égale activité, que le chemin couvert est couronné, et que l'on s'occupe des préparatifs du passage du fossé.
Dès que 1 ennemi sut que son expédition maritime était arrivée devant Dantzig, ses troupes légères observèrent et inquiétèrent toute la ligne, depuis la position qu'occupe le maréchal Souit le long de la Passarge* devant la division du géoéral Morand sar TAUe. Elles furent reçues à bout portant par les voltigeurs, perdirent on bon nom-
bre d'iiommes, et se retirèrent plus vite qu'elles n'étaient venues.
Les Russes se présentèrent aussi à Mal- [a, devant le général Zayonchek. comman- Jant le corps d'observation polonais, et enlevèrent un poste de Polonais. Le gêné* rai de brigade Fischer marctia à eux , les culbuta, leur tua une soixantaine d'hommes, un colonel et deux capitaines, lis se présentèrent^également devant le cinquième corps, insultèrent les avant-postes du général Gazan, à Willenberg. Ce général les poursuivit pendant plusieurs lieues. Ils attaquèrent plus sérieusement la tète du pont de rOmulew de Drenzewo. Le général de brisade Girard marcha à eux avec le 88«. et les culbuta dans la Narew. Le général de division Suchet arriva, poussa les Russes répée dans les reins, les culbuta dans Ostrolenka, leur tua une soixantaine d'hommes, et leur prit cinquante chevaux. Le capitaine du o4', Laurin, qui commandait une grand'garde , cerné de tous côtés par les Cosaques, fit la meilleure contenance, et mérita d'être distingué. Le maréchal M asséna , qui était monté à cheval avec une brigadfe de troupes bavaroises, eut lieu d'être satisfait du zèle et de la bonne contenance de ces troupes.
Le même jour^ 13. rennemi attaqua le ffénéral Lemarrois à l'embouchure du Bug. Ce général avait passé celte rivière, le 10, avec une bri(;ade bavaroise et un régiment polonais, avait fait construire en trois jours des ouvrages de tète de pont, et s'était porté sur Wiskowo , dans l'intention de brûler les radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler depuis six semaines. Son expédition a parfaitement réussi ; tout a été brûlé, et dans un moment ce ridicule ouvrage de six semaines fut anéanti.
Le 13» à neuf heures du matin, six mille Russes, arrivés de Nur, attaquèrent le général Lemarrois dans son camp retrancDé.
Ils lurent reçus par la fusillade et la mitraille; trois cents Russes restèrent sur le champ de bataille; et quand le général Lemarrois vit l'ennemi qui était arrivé sur les bords du fossé repoussé, il fit une sortie, et le poursuivit l'épée dans les reins. Le colonel du 4' de ligne bavarois, brave militaire, a été tué : irest généralement regretté. Les Bavarois ont perdu vingt hommes, et ont eu une soixantaine de blessés.
Toute l'armée est campée par divisions en bataillons carrés, dans des positions saines.
Ces événements d'avant- postes n'ont occasionné aucun mouvement dans l'armée. Tout est tranquille au quartier-général. Cette attaque générale de nos avantpostes dans la journée du 13, parait avoir eu pour but d occuper rarm& française»
pour l'empêcher de renforcer l'armée qui assiège Dantzig. Cette espérance de secourir Dantzig par une expédition maritime, paraîtra fort extraordinaire à tout militaire sensé, et qui connaîtra le terrain et la position qu'occupe l'armée française.
Les feuilles commencent à pousser. La saison est comme au mois d'avril en France.
SOIXANTE-QUINZIÈME BULLETIN
FineknMn, U 18 mai 4807.
Voici de nouveaux détails sur la journée du 13. Le maréchal Lefcbvre fait une mention particulière du général Schramm, auquel il attribue en grande partie le succès du combat de Weiscbelmunde.
Le 1S, depuis deux heures du matin, le général Schramm était en bataille, couvert par deux redoutes construites vis-àvis le fort de Weiscbelmunde. Il avait les Polonais à sa gauche, les Saxons au centre, le 2« régiment d'infanterie légère à sa droite, et le régiment de Paris ep réserve. Le lieutenant-général russe Kamenski déboucha du fort à la pointe du jour ; et, après deux heures de combat, l'arrivée du 12' d'infanterie légère, que le maréchal Lefebvre expédia ae la rive gauche, et un bataillon saxon, décidèrent l'affaire. De la brigade Oudinot, un seul bataillon put donner. Notre perte a été peu considérable. Un colonel polonais, M. Paris , a été tué. La perte de Fennemi est plus forte qu'on ne pensait. On a enterre plus de neuf cents cadavres russes. On ne peut pas évaluer la perte de l'ennemi à moins de deux mille cinq cents hommes. Aussi ne bouge-t-il plus, et paraît-il très circonspect derrière 1 enceinte de ses fortifications. Le nombre de bateaux chargés de blessés qui|ont mis à la voile est de quatorze.
Dans la journée du 14^ une division de cing mille hommes Prussiens et Russes, mais en majorité Prussiens, partie de Kœnigsberg, débarqua à Pillau, longea la longue terre dite le Nehrun/ç, et arriva à Kahiberg devant nos premiers postes de grand'garde de cavalerie légère, qui se replièrent jusqu'à Furtenswerdrer.
L'ennemi s avança jusqu'à l'extrémité du Frisch-Haff. On s attendait à le voir pénétrer par là sur Dantzig. Un pont jeté sur la Yistule à Furtenswerder facilitait le passage de l'infanterie, cantonnée dans rile du Nogat pour filer sur les derrières de l'ennemi. Mais les Prussiens furent mieux avisés, et n'osèrent pas s'aventurer. L'Empereur donna ordre au général Beaumont, aide-de-camp du grand-duc de
f/EMPIRE.
Berg, de ios attaquer. Le 16, à deux heures du matin, ce {çéoéral déboucha avec le
générai de l)rigade Albert, à la léte de eux bataillons de grenadiers de la réserve, le S'' el le il" régiments de chasseurs et une brigade de dragons. Il rencontra Tennemi entre Passenwerder et Stege, à la petite pointe du jour, l'atta-
3ua, le culbuta, et le poursuivit 1 épée ans les reins pendant onze lieues, lui prit mille cent hommes, lui en tua un
§rand nombre, et lui enleva quatre pièces e canon. Le général Albert s'est parfaitement comporté. Les majors Chemineau et Salmon se sont distingués. Le 5« et le 11* de chasseurs ont donné avec la plus grande intrépidité. Nous avons eu un capitaine du 3" régiment de chasseurs et cinq ou six hommes tués, et huit ou dix blessés. Deux bricks ennemis qui naviguaient sur le Uaff sont venus nous harceler. Un obus, qui a éclaté sur le pont de Tun deux, les a fait virer de bord. Ainsi, depuis le i2, sur les différents
g oints, rennemi a fait des pertes notales.
L'Empereur a fait manœuvrer, dans la journée du 47, les fusiliers de la garde, qui sont campés, près du château de Finckenstein, dans d'aussi belles barraques qu'à Boulogne.
Dans la journée du 18 au 10, toute la
garde va également camper au môme enroit.
Eu Silésie, le prince Jérôme est campé avec son corps d*observation à Franckenstein, protégeant le siège de Neiss.
Le 12, ce prince apprit qu'une colonne de trois mille hommes était sortie de Glatz pour surprendre Breslau. Il fit partir le
général Lefèvre avec le l**^ régiment de gne bavarois, excellent régiment, cent chevaux et un détachement de trois cents Saxons. Le général Lefèvre atteignit la queue de Tennemi le 14, à Quatre neures au matin, au village de Gautn ; il Tattaqua aussitôt, enleva le village à la baïonnette, et fit cent cinquante prisonniers. Cent chevau-légers du roi de Bavière, taillèrent en pièces la cavalerie ennemie, forte de cinq cents hommes, et la dispersèrent. Cependant l'ennemi se plaça en bataille et nt résistance. Les trois cents Saxons lâchèrent pied; conduite extraordinaire, qui doit être le résultat de quelque malveillance ; car les troupes saxonnes, depuis qu'elles sont réunies aux troupes françaises, se sont toujours bravement comportées. Cette défection inattendue mit le 1^' régiment de ligne bavarois dans une situation critique. Il perdit cent cinquante hommes, qui furent faits prisonniers, et dut battre en retraite, qu'il fit cependant en ordre. L'ennemi reprit le village de Cauth.
A onze heures du malin, le général Dumuy, qui était sorti de Breslau è la tôte d'un millier de Français, dragons, chasseurs et hussards à pieds, qui avaient été envoyés en Silésie pour être montés, et dont une partie l'était déjà, attaqua l'ennemi en queue. Cent cinquante hussards à pied enlevèrent le village de Cauth à la baïonnette, firent cent prisonniers et reprirent tous les Bavarois qui avaient été laits prisonniers.
L'ennemi, pour rentrer avec plus de facilité dans Glatz, s'était sépare en deux colonnes. Le général Lefèvre, qui était parti de Sdiweidnitz le 15, tomba sur une de ces colonnes, lui tua cent hommes, et lui fit quatre cents prisonniers, parmi lesquels trente officiers. Un régiment de lanciers polonais, arrivé la veille à Franckenstein, et dont le prince Jérôme avait envoyé un détachement au général Lefèvre, s'est distingué.
La seconde colonne de l'ennemi avait cherché à gagner Glatz par Silberberg; le lieutenant-colonel Ducoudrais, aide-decamp du prince , la rencontra et la mit en uéroutc. Ainsi cette colonne de trois à quatre mille hommes qui était sortie de Glatz, ne put y rentrer. Elle a été tout entière prise, tuée ou éparpillée.