‹ Bibliotheque militaireChapitre 141 sur 614 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Qa*il faat faciliter une issue à rennemi eoTeloppé , pour le défaire plus facilement.

Les généraux médiocres comptent sur une victoire complète, lorsqu'à la faveur du grand nombre ou d'un défilé, ils tiennent leur ennemi enveloppé au .point de ne lui laisser aucune re« traite; en quoi ils se trompent. Une troupe ainsi réduite au désespoir tire de son désespoir même des forces et de Faudace. Le soldat qui se voit certain d'une mort prochaine, cherche à ne point mourir seul ; aussi a-t-on toujours goûté cette maxime de Scipion : Oaure une porte à k^ennem qui fuit. En effet , dès qu'une troupe, ainsi enveloppée, aperçait une issue, tous .s'y jettent en foule, songeant beaucoup nloins h combattre qu'à fuir, et se laissent égorger comme des brutes. Il est môme d'autant plus aisé de tailler en pièces toute la troupe, qu'elle «era plus nombreuse; parce que l'avantage du nombre deviendra un désavantage pour des gens épouvantés, qui craignent presque au* tant la vue de l'ennemi que ses armes. Une troupe enveloppée qui, au contraire , n'apeiçoit aucune issue , se porte assez communément à cet excès de valeur qui peut seul la sauver : alors elle est capable de renverser une troupe plus nombreuse et plifs forte. Virgile a dit :

Le salut des vaincus est ée n*en plus attendre.

Des moyeus d'évilcr le combat.

Après avoir traiiédetout ce queTart et Icxpérience notis apprennent sur les

combats» enseignons à les éviter. C'est, disent nos savans militaires, la mtnœuvre la plus périlleuse qu'il y ait i la guerre. On ne peut se refuser a« combat sans diminuer la conBance de ses troupes, ni sans augmenter celle ds l'ennemi : cependant comme on se trouve souvent obligé de prendre ce parti , il est bon de savoir ks moyem de le prendre avec sûreté : faites qiie votre armée n'attribue pas votre retniie à la crainte d'en venir aux mains ; faites* lui croire que vous vous retires pour tendre des embûches à l'ennemi, eo cas qu'il vous poursuive; ou pour l'at* tirer dans une position plus propre à le défaire aisément : autrement le soU dat qui sent que son général appréhende de se commettre est bientôt prêt à fuir. Prenez bien garde enoore que Tennemi ne pénètre votre dessein , et ne tombe sur vous dans le roomeot de votre retraite. Pour éviter cet incoovénient , nos généraux ont souvent €oa« vert leur front d'une cavalerie qui , ea dérobant à l'ennemi la vue de l'inbo* terie, leur permettait d'en diriger la marche par les derrières, sans 6ire aperçus : ils reliraient peu à peu de leur poète toutes les troupes séparément les unes après les autres; et, les ran* géant en ordre de marche, après U cavalerie, à mesure qu'elles se déia* chaient du corps de bataille» ils ^ réunissaient. Quelquefois » après avoir fait reconnattre, dès la veille, la rottle qu'ils voulaient suivre le lendemain, ils décampaient la nuit même, afin de gagner une marche sur un ennemi qui , ne s'apereevant de ce moti^vement qu'au jour, les aurait inutilement poursuivis. Ils détachaient» outre celé > une avant - garde de la cavalerie et d« l'infanterie légère, pour occuper le* hauteurs q&i se irouvaient sur la routSi et sous lesquelles l'armée pouvait se

retirer en sûreté ; sî Tcnnemi entreprenait de Yj attaquer, ce détachement tombait mir lui des hanteors. Rien n'est plus dangereux pour la troupe qui en poursuit une sans précaution , qoe d'en rencontrer une autre en embuscade, ou préparée à la receroir :

oetie circonstance est même très-fafomMe pour tendre des embûches à Tennemi cpi vous poursuit; car la supé* riofité qu'il se sentira sur les fuyards le rendra vraisemblablement trop peu précautîonné. On sait que la trop grande sécurité est toujours dangereuse. SaitiiMi le temps d'un lepas, d'un four* nge, d'une marche fatigante» pour tomber sur l'ennemi qui ne s'y attend pu: en un mot» tâches de surprendre»

et de n'être jamais surpris. Une troupe surprise succombe hooteosement soua oie autre moins nombreuse et moins hare : en efiet, quoique Tintelligence infloe considérablement sur le succès d'one bauille, le vaincu peut, à la ri* goeur, imputer sa défaite à la fortune; SQ lieu qu'il n'a point d'excuses, loraqa'ii est la dupe des ruses; parce qu'il peut les prévenir en envoyant des gens eipsbies à la découverte.

Voici une ruse asses usitée contre des ennemis qui se retirent. On déttdie après eux , par le même chemin qu'ils ont pris, une petite troupe de cmlerie,avec la précaution d'en faire anucer une autre plus considérable à la même hauteur, el par une route détonroée ; dès que le petit détachement a atteint les ennemis» il escarmouche et se retire; alors, pour peu que l'en» aesû se tranquillise ou se néglige»

le gros déuchement qui cache sa marche tombe avec avantage sur une troupe qui se croyait à Tabri de toute insulte.

Un général , projetant de se retirer à travers des bois , en envoie commo*

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nément occuper les hauteurs et les dé* filés, afin de n'y être exposé à aucune embuscade; quelquefois il laisse derrière lui des abatis qui embarrassent la marche de l'ennemi» et arrêtent sa poursuite.

Au reste, la retraite fournit aux deux partis des occasions de ruses. Celui qui se retire peut, en feignant de marcher avec toute son armée , en laisser une partie en embuscade à la tête des défilés» ou sur des hauteurs couvertes de bois ; et , sitôt que les ennemis s'y sont engagés , les attaquer avec son arrièregarde et ses troupes embusquées.

Celui qui poursuit peut détacher h l'avance une troupe choisie qui» par des chemins détournés» revienne pren* dre en front Tennemi , que lui-même prend en queue. Dans une retraite, vous pouvez revenir sur vos pas à la faveur de la nuit , et tailler en pièces des gens endormis. t)ans la poursuite, vous pouvez aiteindre les ennemis» et les surprendre par quelque marche prompte et secrète : s'ils passent une rivière pour vous poursuivre, attaquezles dans l'instant que la moitié de leur armée» ayant passé, se trouve séparée de l'autre par la rivière; si» au contraire» ils en ont tenté le passage pour vous éviter, serrez' votre marche» et tombez sur ceux qui n'ofit pjis encore eu le temps de passer.

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