TBADVCTION DE JOLY DE MAIZEROY
L'empereur Léon (qui parvint au trône eti 886) a écrit tout son livre par aphorismes, ou pi*ëcepies détachés et numérotés, comme Hippocrate etSénèque; méthode la plus commode, en ce qu'dle dispense de lier ses pensées , et qu'on peut les écrire à mesure qn*eUes viennent à Tesprit. Néanmoins dans ce genre, comme dans les autres, on doit toujours observer une certaine marche, et une suite de choses qui aiant enti^ elles de l'analogie : c'est une atten* lion que n'a pas toujours eu notre auteur. Son style est diffus, verbeux, et se ressent du mauvais go\U de son temps. Il est mi* nutieux , parce qu'en voulant trop manier les objets, la subtilité die son imagination l'entraîne dans des détails superikis. Il est sujet à de fi^équentes redites , soit par inattention , ou parce qu'il a cru que les préceptes ne s'inculquaient qu*à force de les répéter. Il entrecoupe ses sujets, quitunt une matière avant de Favoir épuisée, pour y revenir ensuite; et dispersant des pensées ou des descriptions qui devraient être réunies sous un seul point de vue. Tous ces défauts, qui ôtent d'un ouvrage le lustre qu'on aurait pu lui donner, ne diminuent point le mérite de celui-ci. En fait de livre didactique , quand le fond des choses est bon, on peut pardonner le manque d'agi*émens, parce qu'on y trouve les instructions qu'on y cherche.
Ce livre, au reste, ne dément point son titre. C'est véritablement un système général de guerre, formé sur ce qui se pratiquait dans le siècle de Léon , et sur les connaissances qu'il avait prises par la lecture des meilleurs auteurs. Tous ses ordres de bataille, fiont fort bien expliqués, et l'on y voit des manœuvres très-fines, qui ne se trouvent dans aucun livre dogmatique ni historique. Les^principes sur lesquels il établit sa tactique sont des meilleiH^s, ayant choisi pour rinfanterie l'ordre de la phalange, et pour la cavalerie des formes très-judicieuses. Il est semé partout de pré-
ceptes et de réflexions solides; il donne, surtout dans le chapitre xv, des leçons admirables pour des dispositions d'attaque, de marche, de fourrage, et d'autres opérations indépendantes de tout système d'ordonnance. On y trouve enfin d'excellentes maximes d'ordre, de police et de conduite pour tous les cas où Ton peut être à la guerre. On reconnaît dans nos usages militaires quantité de choses qu'on n'a pu apprendre que de lui, et je ne doute pas qu'il n'ait beaucoup contribué à nous transmettre la OôBQftissance de Part de fai guerre et de la bonne discipline.
Je ne me tuisp^^int asservi & traduire toujours article par ai^ Uole^ un livre écrit par aphorisme» ei dont les Idées sont souvent ddcouiues t j'ai rapproché cdle« qtii roulaient sur te même objet » vdulnt sauver par Ik au lecteur le dégoût des répétitions, et de MPtaines paraphrases fort inutiles. Pour éditer la prolixité, à la« qtialle eet àoleur est sujet, je me eontenie de rendre ses pensées d« la manière k plus brève, à moins qu'il ne s'agisse de descrip* liooi où la version littérale est nécessaire. Ce qui serait un défiiut défis la traduction d'un ouvrage d'un autre genre, me parah iiré une attentioq de plus dans celle-ci, où il n'est pas question de fiurc connaît» oommém l'aot^ùr s'explique, ni la tourndre de Mil atyle^ mais ce qu^ll a dit et pensé. Je dois eepenclant cmvmir que je n^ai pu rendre certaines choses san^ QirccnlocQtiôn , notre laogne n'ayant ni la knrce ni la concision de ta grecque, de touciss là plus abondante et néanmoins k plus énergique.
On mp v^rochera peut-être de m'ètni servi trop souvent de6 tfifmes greos ou latins employés par l'auteur et que j'ai franeM^ \ comme ils ne sont pas usités, on les trouvera barbares. J'ai ont devoir suivre cette méthode pour éviter les périphrases, et parce que ceux de ces termes qu'on pourrait rendre par les nâtres, ne le aéraient pas toujours exadtepient, ce qui ne donnerait pas une idéojuste des dispositifs du tacticien grec. En lisant le chapitre iv, on en dowiàitrft d'abord la signiflcatioli, et l'on ae iamiliarisera daha la: siiite avec eux. J'ai «onsôrvé aussi quelquefois la locution de l'auteur qui parle de lui au pluriel , selon le style des rois dans hors statuts. J'ai seufemeiit supprimé le titre de royauté, /SMiiAMa, qtt'il se donne souvmt, et celui de vùét-edignMqvL^il déploie pour oon général en lui adrossant la parole^
Comme le ofiapitre xx ne renferme que des maximes détackées»
j'ii prit pMir lis exposer la voie qui {KiUTail le pttift Multfer le lecteur et le 9at»fi|ire, en repprochtm celle» (fui àTtletit efttre elles de l^tnelogie. Deux pensées jointes immédiatement, ont sou** vent plus de force , et se prêtent plus de jour Tune à Tantre que ai elles éuient eoupëes par d'autres qui n'y eussent pas dé tâppon. U« grand nombre de ces maximes sont tiries de Polyeiii deFron^ tîn, de Vé§èce, du Poli^rùétitm d'Énée, d'âoinère, de t^)lybe, de Xénbphon, de Plutarque; d^autres sent eomme des ordéHnanoes relatives à son temps, ou des prëcepteA qu*)l a foriuHs lui-même.
Cet ourrafe est terminé par une espèee de sommaire en forme de eonehision, divisé aussi par articles^ qui^ à quelques supeffluités pt^ que j'ai abrégées, est un morceau précieux^ L'empereur Léon avait annoncé dans sa préface qu'il serait court, précis, et ne dirait rien de trop; mais il n*a pas toujours tenu parole. J'espère qu'on ne me saura pas mauvais gré de l'avoir corrigé, quand j'ai pu j sans le défigurer.
Comme je n'ai point dissimulé les défauts de mon auteur, et ne l'ai point vanté en charlatan, il est juste aussi que je le justifie du vice de plagiat, qu'on a voulu lui imputer, ce qui paraîtrait de* voir lui laisser peu de mérite. Il est vrai qu'il a beaucoup pris dans les livres de l'empereur Maurice W qiri avait écrit sa Tactique environ trois cents ans avant lui. Tout ce qui concerne l'ordonnance de la cavalerie, son équipement, si^^ armes , ses exercices, ses ordres de bataille , en est tiré., ainsi que la plupart des règlemens sur la discipline, et diverses maximes touchant les marches et les opérations de guerre. L'empereur Léon a conservé ce qu'il y a vu de bon et d'utile, à quoi il joint ses propres idées. On peut dire que c'était un fondement qu'il a trouvé tout fait , sur lequel il a élevé son édifice.
Le traducteur de Végèce a eu raison de dire que le livre de l'empereur Léon ne présente qu'une faible idée de la puissance et de la milice des anciens Romains. Ce n'est point là en effet où il faut les étudier, puisqu'il n'y est pas seulement parlé de la légion, et que la plupart des principes de cet ouvrage sont pris des
(«) Cet ouvrage, intitulé Sfra/^<7tcon, est divisé en douze livres , et chaque livre eu plusieurs chapllres, la plupart très-courts; malgré cela toutes les matières y sont confondues : il n*y a ni ordre, ni méthode, et presque rien n^est achevé.
Grecs , comme je Tai dëjà annoncé ; mais il n'est pas moins vrai que c'esi un cours de science militaire ausai complet que celui de Vëi;èce, et qui peut aller de pair arec lui. Le seul avantage de celuici est d'avoir (ait connaître les sqpt ordres de bataille qu'on ne trouve pas détaillés de même dans l'empereur Léon : d'ailleurs ils sont égaux pour les maximes et aussi instructift pour quiconque veut aller au grand. On peut leur reprocher à tous deux d'avoir laissé trop à désirer sur la partie des sièges, sur la fortification et sur la marine. On connaîtra mieux l'anci^me tactique des Grecs dans l'empereur Léon , que celle des anciens Romains dans Végèce; et si l'auteur latin à l'avantage que je lui ai reconnu, le grec nous offre d'autres secrets de l'art et des connaissances qui lui sont particulières. Enfin si la science des armes était entièrement corrompue comme du temps de Végèce et de Léon, on en retrouverait également les principes dans l'un et dans l'autre.
PBÉFAGE DE L'EBEPEHEtR LEON.
L*éclat du iiôoê, le pouvoir qui y Mmiudié » Ttendue de la dominalioii»
Immm euSa qui flatienl le ( la ytêMàH des bennBeB et qu'ils reavec aideur» ne satisfont point autant notte personne royale, qu'une paix solide qui fasse jouir nos peuple» d'une douce tranquillité et tende cet tut florissant. Rien» au contiaife» ne peut nous causer Une douleur plus vive que les malheurs de nos sujets et la diminulion ou la ruine de leur fortune, occasionnée par quelque n^igence, 8i notre ftme s'aflficte pas* sioanémenl de la prospérité oudeHn.
fortune, d'un seul» quelle doit eue notte sollicitude pour veiller à la conservation de cette multitude que Dieu a confiée à nos soins pour la garantir de toute insulte et lui procurer une bemeuee tranquillité !
Si Ton coBunet quelques fautes dans Fadministnition des afEdres publiques, nous ne voyons pas qu'il en résultede grands maux : mais Textinction de la discipline militaire a mis les aflkires des Ronûôns dans Tétàt le plus déplorable, commerexpérienoe nous le prouve tous les jouis. Les bommes fûts i Timage du Créateur, qui leur a donné k-raison , devraient vivre dans une concorde et une amitié frstemelle^ sans ar mer leurs mains contre leurs sembb- Mes. Mais puisque le diable homicide, ennemi de notre espèce et auteur du péobé, les a poussés à se faire la guerre,
il est néceisaire de se prémunir contre les entreprises des malintentionnés.
Oe n W pas pour attaquer les nations étrangères qu'on doit se former dans Fart de la guerre; c'est pottr assurer son repos en se garantissant des insultes des ennemis, et leur faisant porter la peine qu'ils auront méritée : par 11 les méebans apprendront i se contenir p et tous les bommes qu'ils doivent diérir bi paix et la conserver.
Ttent que 1« Romains ont gardé leur excellente discipline, leur empire, avec l'aide de Dieu, s'est maintenu dans sa force : mais depuis long-tempe ayant été n^ligée, pour ne pas dire entière* ment oubliée» ainsi que la tactique»
nous voyons qu'il en est arrivé de grandes et de fréquentes disgrtœs.
Gomme eOes avaient été bi cause de lents avanuiges et de leur grandeur»
lorsqu'elles furent tombées ils penli* rent la bienveillance divine, et la vktoire » qui les avait toujours suivis, leur échappa des mains. A mesure que la discipline militaire s'est perdue, le zèle et la vigueur de l'âme se sont affaiblis dans les grands : l'oisiveté et la mollesse ont succédé aux exercices qiÉ entretenaient les forces du corps : les cheb inappliqués, toujours fgnorans»
négligent de s'instruire dans les anciens tacticiens qu'on regarde comme des livres obscurs et inutiles. Ayant pris à cœur de bire revivre cette utile science qui semble être bannie de uotre
PRÊFACS DS L'EMPXREim LÉON.
empire y je n*ai pas hésité à en faire mon travail propre et à m'y appliquer de sorte que nos sujets puissent en retirer une utilité commune.
J'ai (lp»ç Mharcy iftignètisamiat ce que les auteurs anciens et modernes ont écrit sur les devoits d'un général et sur la science de la tactique» comme aussi ce qu'on en trouve dans les histoires; et m'éuint instruit de tous les MMflW clf Ift gnfrrei j '«i eoMimpé c« qui ppuv^if 4(r^ W piM» omvewibto nu Vmm P«i^^ ^ ^ V»<^« «iWiioOi i^k mml^iî W plu« W Abrégé qu'il «n'a ^ paisible» ce que j'ai trouvé de m^U^ur ^ 4e piuft utile pour en tôtiper lin code à l'ui^age de nos généraux 41 4o tous las miUlaîres qui déiireol jpWWff PttJr 4^P$ lam« çounaimn^ W jUsqH'atiï IVlHiâs les plus sublimes traitées par les jincieai (açticieQff. la M m« ^ui^ point piqaé li'éWgpuce al ine suis plus attsi^bé à l'esieno^ 4e« <;lioias qu'à V^nemaut du dîscoimt l'$i uicbé auUttt quç j'ai pu da rw4i0 ina mtfîatioa simple, <^|aire et prégiee. le IM suis #enri tantôt dan larmei de tactique grepi, et tantôt des latinp, aao» r^jMtf d'autres n^oi^ qui sont aaaÎJM^ aant usit^ dans las arnt^t i^iu 4'<kUe am«ii4tt fiicileineai da (out la mf^* Vn âc»ri4 twtt ce qui m'a paiu supar^ Ou et inutile, afin de donner à caui^ qv4 veulent a'appUquar à la taclicpie, 4$i moyens courts et facile» de s'in-^ struira. le leur ai exposé ia manière da sa (Conduire dans les diverses opérations 4^ la guerre; ce qui est appuyé non»
seulement aur des maximes^ mais sur le» bits de9 anciens qui ont porté l'empire romain à son période de gloire, lesquels nous ont été transmis par l'hi^ire pu des mémoires particuliers.
S'il y a qudque chose de bon ei d'utile dans mon travail, il but en re« qaarcier PîqU|, dispensateur de toutes
les grâces, qui a répandu sur lui sa bénédiction en nous accordant les lumières nécessaires. Si quelque aatie réussissait mieux par ses soins et son applicatioû» qu'il an glorifie la bontfc divine, et cependant qu'on nous excoaa en faYeur de la peine que nous avons prise.
Tous ceux qui aspirent à quelques charges militaires, soit grandes ou petites » doivent s'appliquer à l'élude de la taaîqua #t Tari da oomaaudar t oh ai n'ait pai avea iina maliiludad*lMai« masqualaguaiiaiai ment, comme la croient les nuiis par la science de les ranger, da les faire moutotr et da les méo^iur.
C'est k quoi il faut avoir bien ]daa d'i^rd qu'au nombia : l'une uMue touff le» pwjeta al las eaups 91a Toii veut port^; l'autre ne produit qua da rambsurrM et um aflbauae diaaiia.
Gomma un vaisseau ne sauiaîi uaaar* 8^ les mars sans Tan du pileca. la g^^ra M peut a'antiepreadra m m cûnduiru saua une eonnaîaBluBQa par«« (ait^ 4a l'art militaire. Par $00 «noy», non-^aulemenl on sa procuia, avuB l'aida de pieu, l| viatoira à uomhra égfi; maia on peut vaincra mteia al dissiper un nombre lupArîflnrt Piuua vpulpn^ 4ppc <|uu ceci aoit acgatdé comme uue ordomianca promulgoAa à laquelle uous prescrivouft d'oMf •
Nou» axpUqpiopa ae qu'art Tart «i* liuire, ce qu'eM un géniralf qualtoa doivent èU(9 se» qualités, cDumeiUt ik doit prendre cooml- Ptous ^posoM ensuite la çompositipp 4'uuf» arm^ m officiers et en soldats» aca divisioua»
l'appareil qui marcba à 9a suite» iaa armes offensives et défensÎTeade ahaqua espèce de uoupea, commeiu la général doit les exercer. Noua parions 4ai piinés ponéei oonUalesdéliia» qui duîvaui être lues publi^piemant} ensuite 4»
rftArACS M L*]
mâicbei» des bagiget, des camps. De là nous ptssons aux préparatifs pour le oombat; nous disons ce qu'on doil faire la teille de Tadion el le jour même. Nous traitons des sièges» puis de ce qu'il dut ikire après le oomlMl. Noos tenons ensuite aux combats de
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mer, et nous finissons par un recueil de ditenes nuiximes on sentences militaires. Nous espérons qu'un général sage, d'un esprit juste» pénétrant» qui s'instruira de ces choses» se perfectionH nera et se rendra beaucoup plus capable de(
L'EMPEEEIJR LEON.
3ii0ttttttton0 mtUtatrf0.
PREMIÈRE INSUTUTION.
De la uciiqoe et do géoéiral.
La tactique est la science des mouvemens qui se font à la guerre , soit sur terre ou sur mer ; c'est Tart de ranger les (roupes et de disposer les différentes armes pour les faire agir à propos ; son but est d^éviler les échecs et de saisir tous les moyens de vaincre avec le moins de perte qu'il est possible. Pour y parvenir» celui qui commande doit s'appliquer avec soin à tous les exercices, connaître toutes les manœuvres et les straugèmes qu'on peut employer selon l'occasion.
Il y a deux sortes de préparatifs de guerre : ceux qui se font pour la mer» el les autres pour la terre. Nous parlerons des premiers sur la fin. Les armées de terre sont composées de gens destinés pourcombattre, fantassins ou cavaliers» et de ceux qui sont à la suite» tels que des noarchands» des valels» des médecins et autres pour les usages n^ cessaires. On se servait aussi autrefois de chariots armés de faux» d'éléphans qui portaient des tours remplies de soldats; comme ces choses dont on a reconnu Tembarraset l'inutilité ne sont
plus d'usage » je n'en ferai aucune mention.
Le chef principal de l'armée est nommé par le prince dont il reçoit la puissance; il a sous lui d'autres gênéraux qui sont en partie envoyés par le prince auquel il les a désignés» ou qu'il crée lui-même. 11 doit surpasser tous ceux qui lui sont subordonnés »
par sa prudence» son courage» sa justice et sa tempérance ; il est chargé de l'administration civile et militaire de la province où il commande» d*ai»sembler les troupes dispersées» d'en former le corps d'armée et d'y maintenir la discipline; il les recrute ou les augmente autant qu'il peut » il s'en sert pour nuire en toutes manières aux ennemis » soit à force ouverte ou par des irruptions subites» et il prend garde en faisant ses entreprises de se garantir lui-même de celles qui peuvent se tramer contre lui. 11 doit chercher à s'attirer les bén^ dictions du ciel et la bienveillance du prince. Comme son objet doit être de s'acquérir une grande et véritablegloire, il ne peut y réussir qu'en remplissant ponctuellement tous les devoirs de sa charge; c'est pourquoi nous allons re* présenter» comme dans un tableau »
toutes les qualités et les vertus qui doi*
4M l'oimiusua Léon
vent orner celui qui esl revêtu d'une dignité si éminente.