LYSANDRE
Lysandre avait promis à ses amis de Milet de s'employer efficacement à renverser l'Etat populaire. Dans le dessein d'accomplir sa promesse, il se mit à traiter rudement de paroles ceux qui paraissaient disposés à faire des mouvemens dans l'état, et employa tous ses soins à persuader au peuple qu'il soutiendrait toujours sa liberté.
Le peuple trompé par Lysandre, espérait toute sorte de bonheur de ses soins, et ne prenait aucune précaution contre Ini. Les amis de Lysandre voyant cette sécurité , fondirent ensemble sur le peuple , mirent à mort un grand nombre d'habitans et se rendirent maîtres de Milet.
IL L'armée navale destAthéniens se mit quatre fois en bataille a Egospotames, pour attirer les Lacédémoniens au combat, sans que Lysandre ni les Lacédémoniens fissent avancer leurs galères. Les Athéniens se retirèrent tout glorieux avec des chants de victoire.
Lysandre les fit suivre par deux galères dont les commandans firent signe A Lysandre, en haussant un bouclier d'airain. Dans le moment Lysandre donna le signal du départ , et ses galères se mirent à voguer avec beaucoup d'ardeur. Les Lacédémoniens trouvèrent les Athéniens qui venaient de prendre terre, et qui se reposaient, la plupart sans armes et en désordre. Les Lacédémoniens bien armés et en bon ordre donnèrent dessus, et remportèrentulie victoire complète. Us firent les bom»
POLTIN, UV. I.
; prisonniers de guerre, et se rendirent maîtres de toutes les galères et de tous les antres vaisseaux, à la réserve d'une barque légère seule , qui porta les nouvelles de cette défaite à Athènes.
Ilï.On attribue à Lysandrecemot :
« Les enfans, il faut les tromper avec des osselets , et les ennemis avec des sermens. »
IV. Lysandre, après s'être rendu maître de Thase, sut qu'il y avait dans la ville beaucoup d'habitans qui favorisaient les Athéniens , mais que la crainte des Lacédémoniens les obligeait à se tenir couverts. Lysandre convoqua Tes Thasiens au temple d'Hercule, et leur parlant avec une bonté affectée, leur dit qu'il ne trouvait point étrange que dans le changement arrivé dans leur ville, il restât encore des vestiges cachés des premières inclinations, que c'était une chose pardonnable; que du reste on pouvait vivre en sûreté; qu'il ne maltraiterait personne, et qu'on pouvait prendre confiance à la parole qu'il en donnait dans un lieu sacré, tel qu'était ce temple , et dans la ville d'Hercule, à qui ils avaient l'honneur d'appartenir à tant de titres. Les partisans cachés des Athéniens , rassurés par les belles paroles de Lysandre , commencèrent à se montrer plus librement, et Lysandre les laissa jouir quelque temps de cette fausse sécurité ; mais quand ils ne furent plus sur leurs gardes , il les fit enlever et metrtre à mort.
V. Les Lacédémoniens et leurs alliés voulaient que l'on rftsàt Athènes. Lysandre s'y opposa , et dit que cela ne convenait pas. Il représenta qu'il arriverait de là que Thèbes^ qui était dans le voisinage, en deviendrait plus forte et plus en état de leur résister ; au lieu ipifi s'ils mettaient Athènes sous la do-
mination de quelques tyrans, ils la conserveraient pour eux-mêmes, et tiendraient par elle en respect les Thébains, qui s'affaibliraient ainsi de jour en jour. L'avis de Lysandre fut jugé le meilleur, et ce fut de cette sorte qu'il empêcha la destruction d'Athènes.