‹ Bibliotheque militaireChapitre 489 sur 614 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

BATAJfiS.

Datâmes devait à ses soldats la solde de plusieurs mois. Comme ils demandaient d'être payés, il les assembla tous, et leur dit qu'il avait beaucoup d*argent dans un lieu éloigné de là de trois journées, et qu'il n'y avait qu'à se bâter de s'y rendre. Les soldats le crurent, et le suivirent.

Après qu'il eut fait une journée de cbemin, il leur dit de se reposer et de l'attendre. Il prit quelques personnes du nombre de ceux qu'il avait ordinairement auprès de lui , des chariots et des mulets, et étant allé dans un temple du pays, orné de beaucoup de richesse, il en enleva trente talens d'argent , et chargeant le tout sur les chariots et les mulets, il revint au camp, n n'y avait que peu de vases qui fussent pleins : mais il en avait fait accommoder un grand nombre de semblables, pour faire croire qu'il amenait des richesses immenses. II ouvrit aux soldats quelques-uns des vases pleins 9 et leur fit concevoir de grandes espérances d'avoir de l'argent ; mais il leur dit qu'il fallait pousser jusqu'à Amise, pour y faire monnayer cet argent. Or, Amise était éloigné de plusieurs journées, et l'hiver était rude dans le pays. Les soldats patientèrent tout l'hiver , et le passèrent sans demander leur solde.

n. Datâmes avait des desseins sur Siuope : mais ceux de Sinope avaient une flotte, et lui, manquait non seu-

lement de vaisseaux , mais même de charpentiers pour en faire. II fit ami* tié avec les Sinopiens , et promit de prendre Seste, celle de toutes les villes qui leur était la plus contraire , et de la mettre en leur pouvoir. Les Sinopiens le crurent, et lui offrirent de leur cAté toutes les choses dont S avait besoin pour le siège. Il dit qaH avait des troupes et des munitions 4e reste : mais qu'il manquait de diarpentiers pour dresser des béliers , des tortues et d'antres machines propres à l'attaque des places. Les SioopieBS lui envoyèrent tout ce qu'A y afal d'ouvriers dans la ville, et Datanéf s'en servit non pas à faire ce (pi avait dit, mais à bfltir des navires et des machines, qu'il employa à birele siège de Sinope, au lieu de œtaide Seste.

III. Datâmes ayant passé TEui^irate, faisait la guerre au grand roi, qui se mit à le poursuivre avec une armk nombreuse , mais qui marchait lentement, parce qu'elle manquait de provisions. Datâmes ayant fait beaucoup de chemin, au-dessus du fleuve, s'avisa, pour le repasser, de joindre les chariots deux à deux, et d'y en lyouter par-dessus deux autres. Le toot était cloué fortement ensemble, ei sons les jantes des roues il cloua aussi des planches, pour empêcher les roues d'enfoncer dans le lit de la rivière qd était limoneux. Ensuite il fit passer le fleuve à la nage à des hommes vigoureux , qui traînaient avec des cordes les plus fortes bètes de charroi qni eût. Cela fait, tant par le moyen k ceux qui poussaient par derrière, (pt par le moyen des bêtes qui tiraient de l'autre côté sur les traits, il fit avancer les chariots dans le fleuve , et ayaot jeté dessus des sarmens et des fascines, il s'en servit comme de pont poor

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f«ire passer ses troapes , et se rendit chez lui dix jours avant que le roi fût arrivé au fleuve.

IV. Datâmes sut que quelque»-ans de ses propres soldats avaient conspiré contre lui. Se trouvant dans une plaine où il devait livrer combat à ses ennemis f il donna ses armes à un autre, et combattit déguisé. Ceux qui avaient formé des desseins contre lui, se trompèrent aux armes ; et leur erreur servit à les faire découvrir.

y. Datâmes assiégeant Sinope , reçut une lettre du roi , par laquelle il lui était défendu de continuer le siège. Quand il en eut fait la lecture, il adora la lettre , et offrit le sacrifice qu'on a coatame d'offrir pour les heureuses nouvelles. Il dit qu'il ne pouvait recevoir un plus grand bienfait du roi ; et la nuit mteae remontant sur sa flotte, il se retira.

yi. Datâmes, fuyant devant Autophradate qui le poursuivait, arriva sur le bord du fleuve : mais n'osant le passer, il campa là. Il opposa à la vue de l'ennemi ses plus hautes tentes ; mais il défendit qu'on déliftt le bagage, qu'il fit tenir caché derrière ces tentes, et ne permit pas aux soldats de poser les armes. Les ennemis voyant les tentes dressées , dressèrent aussi les leurs. De plus , ils dépaquetèrent le bagage, envoyèrent la cavalerie au fourrage , et se disposèrent à souper. Datâmes , qui avait ses troupes toutes prêtes à marcher, passa le fleuve , pendant que les ennemis rassemblaient leurs troupes débandées , les mettaient en ordre, équipaient leurs chevaux , et reprenaient leurs armes. Datâmes profita de cet embarras, et prévint les ennemis par sa diligence.

YII. Datâmes était sur le point de donner bataille. Dans ce moment, le

général de sa cavalerie, emmenant avec lui les cavaliers de l'aile gauche, passa du c6té des ennemis. L'infanterie demeura étonnée de cette trahison. Datâmes courut la rassurer , et pour animer chacun à conserver son rang, il dit que la cavalerie les seconderait en temps et lieu, soiv&nt l'ordre qu'elle en avait de lui. L'infanterie le crut, et se hftta de remporter la victoire , sans attendre le secours de la cavalerie. En effet, les gens de pied donnèrent avec tantd'anbnosité, qu'ils eurent un avantage complet, et ne forent assurés de la trahison de la cavalerie , que quand ils eurent défait les ennemis.

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