‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 2)Chapitre 119 sur 275 · M. DUFRESNE · texte numérisé non relu

M. DUFRESNE

Nicolas Dufresne naquit à Montréal le 10 septembre 1789. Il entra en 1806 au séminaire-collège de cette ville, fut ordonné prêtre en 1812, et admis dans la Compagnie en 1824. Auparavant, il avait exercé les fonctions de missionnaire des Iroquois au Sault-Saint-Louis et ensuite à Saint-Régis. Devenu membre de la Compagnie, il fut appelé à Montréal et nommé confesseur des religieuses de l'Hôtel-Dieu, exerçant en même temps le ministère à la paroisse. En 1834, il fut envoyé au Lac des Deux-Montagnes pour gouverner cette mission, et il se chargea spécialement de la tribu des Iroquois. Il a occupé ce poste l'espace de vingt-trois ans. En 1857, ses infirmités forcèrent à le rappeler à Montréal, où il dut se borner à entendre les confessions et dire la sainte messe. « On admirait sa patience inaltérable. M. Dufresne passa les

six dernières années de sa vie au séminaire de Montréal. Ce fut le 10 juillet 1863 qu'il alla recevoir lam récompense promise au bon serviteur : il était âgé de 75 ans. Pendant les vingt-trois années qu'il fut directeur de la mission du Lac des Deux-Montagnes, il n'eut guère le loisir d'écrire beaucoup, et il ne reste de lui que quelques cantiques perdus au milieu des nombreuses pièces de chant de la mission iroquoise » (M. Cuoq, Anotc Kekon, c'est-à-dire, Mélanges, 1893, in-4°, p. 178, 179).

Joseph Carrière, né le 19 février 1795 à La Panouze-de- Cernon, alors du diocèse de Vabres, aujourd'hui de celui de Rodez, fit ses premières études au collège de Saint-Affrique. Attiré dans la ville d'Amiens par l'abbé de Sambucy, qui lui portait beaucoup d'intérêt, il passa trois ans à enseigner dans une petite Communauté de Clercs. En même temps, il achevait ses études littéraires, et faisait son cours de philosophie. D'Amiens, où il reçut la tonsure, M. Carrière se rendit au séminaire de Saint-Sulpice, le 29 août 1812, pour y faire sa théologie. Il y reçut successivement les Ordres des mains de MM. de Latil et de Boulogne : jamais il ne voulut se faire ordonner par le cardinal Maury, dont la position dans le diocèse de Paris lui paraissait peu régulière, même avant la publication des brefs par lesquels Pie VII prescrivait au cardinal de cesser tout acte d'administration. A cette époque, M. Carrière eut beaucoup de relations avec le prélat Muzzarelli, qui avait été frappé de la clarté et de la pénétration de son esprit. Il le fit même son secrétaire, et l'associa à ses travaux.

Ayant demandé et obtenu son admission dans la Compagnie, M. Carrière, bien qu'il ne fût encore que diacre, fut chargé par M. Duclaux d'enseigner la théologie aux élèves du séminaire d'Issy, qui, pour raison d'insuffisance de local, ne

pouvaient être reçus dans celui de Paris. Il fut ordonné prêtre le 2 octobre 1817, sur une dispense d'âge signée de la propre main du Pape. Rappelé à Paris en 1818, il y professa la théologie morale élémentaire d'abord, puis le Cours supérieur quand celui-ci eut été établi. « Tous ceux, dit la circulaire nécrologique, qui ont étudié sous cet habile maître, ont conservé le souvenir des qualités éminentes de son enseignement : une exposition toujours nette des principes, une discussion loyale et approfondie de toutes les raisons qui pouvaient être présentées pour ou contre une opinion, les observations les plus judicieuses pour la direction pratique. Ennemi de toutes nouveautés en matière de doctrine et s'inspirant des traditions de respect religieux et d'amour filial envers la sainte Église Romaine que M. Olier a laissées aux Prêtres de Saint-Sulpice, M. Carrière combattit dès l'origine les idées de M. de Lamennais, sans se préoccuper de la position délicate où pourrait le mettre cette controverse avec une école ardente qui rencontrait tant de sympathie dans une certaine partie du Clergé. 11 s'appliqua avec autant de zèle que de savoir à soutenir les droits et les prérogatives du Saint- Siège sur plusieurs points mis en discussion dans les commencements de ce siècle, spécialement en ce qui concerne les Dispenses et les conséquences pratiques du Concordat. C'est alors qu'il composa sa Dissertation sur la réhabilitation des mariages nuls, et ses Traités du Mariage, de la Justice et des Contrats qui furent imprimés plus tard. Si, sur une ou deux questions du premier de ces traités, il adopta d'abord des opinions autrefois admises en France par le commun des théologiens, et qu'il croyait de très bonne foi encore libres dans les Écoles catholiques, il ne fit aucune difficulté de les abandonner dans la suite, quand il connut les désirs du Souverain Pontife à cet égard, ainsi que le témoignent les éditions postérieures de ce traité ».

En 1829, il reçut la mission de visiter nos séminaires de Montréal et de Raltimore : il s'en acquitta à la grande satisfaction de son supérieur, et y montra une rare intelligence des affaires. Le premier concile de F>altimore allait s'ouvrir :

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les évêques des États-Unis d'Amérique prièrent le visiteur d'y assister comme théologien, et il s'y fit remarquer par sa science autant que par sa modestie. De retour en France, il s'occupa des affaires de la Compagnie pour soulager la vieillesse de M. Garnier, et visita en son nom plusieurs séminaires. 11 n'aida pas avec moins de dévouement M. de Gourson, auquel il succéda dans la charge de supérieur général en 1850.

M. Carrière en remplit les devoirs avec une fidélité constante et une sollicitude paternelle. Il refusa avec une invincible fermeté les honneurs de l'Épiscopat, malgré les vives instances de personnages haut placés dans les régions du Gouvernement. « Dieu, dit encore la Circulaire, lui a donné de voir la liturgie romaine reçue avec un pieux empressement dans tous nos séminaires, la paroisse de Saint-Sulpice rentrée sous la direction de membres de la Compagnie, la Compagnie elle-même honorée des bénédictions et de l'Approbation du Saint-Siège. Un des derniers actes de son administration a été d'envoyer à Rome un membre de la Compagnie en qualité de procureur, afin de remplir en tous points les désirs du Souverain Pontife. Il a conservé, comme l'une des plus douces consolations de sa vie, le souvenir de la bienveillance et de la charité apostolique avec lesquelles le Père vénéré de tous les enfants de Dieu daigna l'accueillir à Rome et exaucer ses prières ».

Il mourut à Lyon, dont il visitait le séminaire, le samedi 23 avril 1864. Son corps, rapporté à Paris, fut inhumé au séminaire d'Issy, et l'on a gravé sur sa tombe, puis reproduit au bas de son portrait, cette inscription qui résume son caractère, ses vertus et ses travaux :

Josephus Carrièbe, .Ruthenensis, Seminarii Su Sulpitii superior XIII, vir simplex ac rectus ; Veri et œqui religiosissimus cultor ; In theologià sacra Doctor et scriptor insignis, Modestiâ insignior ; Rébus in omnibus prudens, in inspiciendis solers, in exequendis constatis, secreti tenax; Quo superiore , Societas in regimine Parœciœ SH Sulpitii redintegrata est, et à Sanctâ Sede per Decretum approba-

tionis solemne confirmata; Regularis disciplinée zelator indefessus ; In ipso visitationum cursu obiit Lugduni, die aprilis 23â, Anno Dl 1864, œtatis 69.

Cfr. Circulaire nécrologique, par M. Icard. — M. Carrière, Supérieur de Saint-Sulpice et Vicaire-général de Paris, par l'abbé Lamazou, devenu évêque de Limoges; articles publiés d'abord dans le Journal des villes et campagnes, et réimprimés séparément; Paris, imprimerie de Pillet fils aine, 1864, in-12, pp. iv-32. — Etude biographique sur M. Jos. Carrière, Supérieur de Saint-Sulpice et Vicaire-général de Paris, lue à la distribution solennelle des prix, le 25 juillet 1876, par M. l'abbé Truel, Supérieur du petit séminaire de Saint-Pierre; Rodez, 1876, in-8°, pp. 16. — Joseph Carrière, laie Superior General of the Sulpicians and Vicar gênerai of Paris; Ss Sulpice and the Church of France in his time, by T. J. O'Mahony, D. D., D. C. L. (Olim Su Sulpitii alumnus); Dublin, J. Mullany, 1 Parliament street, 1865, in-12, pp. iv-193.

1. — Dissertation sur la Réhabilitation des mariages nuls, où l'on traite en particulier des Dispenses in radice, par un Professeur de Théologie; suivie des Instructions de Benoit XIV et du Cardinal Caprara sur la même matière; pour servir de suite et de supplément au Traité des Dispenses de M. Collet, corrigé, refondu et augmenté par M. Compans; Paris, Méquignon Junior, 1828, in-8°, pp. 92. Toulouse, imprimerie de J.-M. Douladoure. L'Ami de la Religion, 9 août 1828, t. LVI, p. 406, 407. Elle a été abrégée dans la Théologie de Bailly, édition de 1829, dans la Théologie de Toulouse, et dans la circulaire de l'évêque de Digne sur les Conférences ecclésiastiques de son diocèse pour l'année 1830. — Seconde édition, revue et considérablement augmentée; Paris, Méquignon Junior, 1834, in-8°, pp. vii-119. L'Ami de la Religion, 21 juin 1834, t. LXXX, p. 354-356.

2. — Juris cultor Theologus, circà obligationes Restitutionis in génère theorico-practicè instruclus; auctore R. P. Josepho Vogler, Sociel. Jesu, SS. Theol. Doctore, et ejusdem antchàc in electorali Universitate Ingolstadianà Professore

BIBLIOTHEQUE SULPIGIENNE

orclinario; editio tertia diligenter recognita, plurimis notis et observationibus prœsertim de juris civilis gallici dispositionibus locupletata ; Parisiis, apud Mequignon Juniorem, 1833, in-12, pp. xn-420. Inséré avec les notes et observations de M. Carrière dans le tome XV (col. 1007-1264) du Theologiœ Cursus completus édité par M. Migne : ce qui donna lieu à un procès intenté à ce dernier par le libraire Mequignon Junior. V. L'Ami de la Religion, t. CV, p. 70, 71, numéro du 11 avril 1840.

3. — Prœlectiones Theologicœ Majores in Seminario Sancti-Sulpiiii habitée. De Matrimonio, operâ et studio Jos. Carrière, ejusdem seminarii Presbyteri, Vicarii generalis Parisiensis; Parisiis, apud Mequignon Juniorem, Facultatis théologie» Bibliopolam; 1837, 2 in-8°, pp. xx-483, 006. — Lovanii, edidit C. J. Fonteyn, Bibliopola, 1838, 2 in-8°. — L'Ami de la Religion, 11 juillet 1837, t. XCIV, p. 65-68; 18 août 1846, t. CXXX, p. 401-407, art. signé, Dassance. Journal historique et littérale de Liège, 1er mars 1838, t. I, p. 541-543. L'Université catholique, année 1838, t. V, p. 59- 61, article signé, Ph. C. (Philippe Gerbet) : l'auteur promettait une suite qui n'a pas paru. Bibliographie catholique, juillet 1844, t. IV, p. 41-45. — La manière dont M. Carrière résout la question du pouvoir des Princes sur les empêchements dirimants du Mariage donna lieu à l'ouvrage suivant : De Matrimonio et Potestate ipsum dirimendi Ecclesiœ soli exclusive proprio ; auctore Joanne Petro Martin, Presbytero S. J. ; Lugduni, apud Périsse fratres, Bibliopolas, 1844, 2 in-8", pp. cxiv-521, 707. L'Ami de la Religion, 16 mai 1844, t. CXXl, p. 337-343. — Les exemplaires de l'ouvrage de M. Carrière sont épuisés chez le libraire depuis le retentissant procès du mariage Pescatore (1856).

Prœlectionum theologicarum Compendium ad usum theologiœ alumnorum. De Matrimonio , operâ et studio Jos. Carrière, Seminarii S. Sulpitii Presbyteri, Vicarii generalis Parisiensis; Parisiis, apud Mequignon Juniorem, 1837, in-12, pp. iv-410. L'Ami de la Religion, t. XCV, p. 319-320. — Editio secunda, accuratè emendata, faciliorique ordine dis-

posita; Parisiis... 1812, in-12, pp. vi-321. — Editio tertia, accuratè emendata; Parisiis... 1845, in-12, pp. vi-325. — Editio quarta... Parisiis... 1851,*n-12, pp. vi-3i0. — Editio quinta... Parisiis... 1857, pp. vi-339. — Editio sexta... Parisiis... 1859, in-12, pp. vi-3i2. — Editio septima... Parisiis, A. Jouby, 186(5, in-12, pp. vnr-314. Édition donnée par M. Icard, auteur du Mo ni hem ad lectorem. — Editio octava... Parisiis, Roger et Chernoviz, 1870, in-12, pp. vin-312.

La cinquième édition (1857) contenait un nouveau Monitum auctoris dont voici la seconde moitié :

« Queesliones aliquas intricatas et difficiles novo subjecimus examini. In id incubuimus, ut accuratè et absque partium studio ea proferremus quibus elucidari possent; et h arum controversiarum solutionem deduceremus prœsertim ex decretis conciliorum et Litteris Apostolicis Summorum Pontificum. Porro a quo tempore typis vulgata fuerat quarta hujusce nostri Compendii editio, prodierunt gravissimœ auctoritatis documenta, scilicet Sedis apostolice Rescripta, matrimonium spectantia, quae ostendunt quâ via incedere et quid de qua>stionibus in scholis olim agitatis sentire debeamus. Quapropter cùm nihil nobis antiquius fuerit quàm in omnibus sequi Ecclesiam Romanam, omnium aliarum Ecclesiarum matrem et magistram, et doctrinam haurire ex il la Sede, unde, ut verbis utamur S. Innocentii T (ad Concil. Carthagin.), velut de natali suo fonte aquœ cunctœ procédant et per diversas totius mundi regiones puri latices capiiis incorrupti manant, curavimus opiniones nostras reformare, ubi eas comperimus minus consentaneas Sedis Apostolica; traditionibus.

» Hoc te monitum voluimus, amice Lector, ut quœ in Prœlectionibus Majoribus (nis 121, 329, 597, 1099, etc.) et in prioribus hujusce Compendii editionibus prolata a nobis fuerant, juxta ea quaî in pra3senti tradimus immulanda esse noveris. Si quid autem adhuc minus rectum aut Ecclesiai fidei minus consentaneum nobis incautis exciderit, pro non dicto haberi volumus. »

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