‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 2)Chapitre 12 sur 275 · M. NAGOT · texte numérisé non relu

M. NAGOT

François-Charles Nagot naquit à Tours, le 19 avril 1734, de parents pieux qui prirent grand soin de son éducation. 11 fit ses premières études au collège des jésuites de cette ville, et entra de bonne heure dans la Congrégation de la Sainte- Vierge, dont il fut un des membres les plus fervents. L'attrait qu'il manifesta pour l'état ecclésiastique au sortir de ses humanités engagea ses parents à l'envoyer à Paris, en 1753, pour y faire son cours de théologie. Il se présenta pour cet effet à la petite Communauté de Saint-Sulpice, où il fut reçu après

les examens ordinaires, et où il se distingua par ses progrès dans la science el la piété. Après avoir terminé son cours de théologie, il devint maître de conférence , et il songeait à suivre la carrière de la licence; mais la faiblesse de sa santé, et bien plus encore un attrait particulier pour le recueillement, le détournèrent de cette carrière, qui trop souvent était l'écueil de la ferveur des jeunes bacheliers. 11 se détermina alors à entrer dans la Compagnie de Saint-Sulpice, et après qu'il eut passé quelque temps à la Solitude, il fut envoyé en 1760 au séminaire de Nantes pour y enseigner la théologie; ce qui l'obligea à prendre le grade de docteur dans l'Université de cette ville, à laquelle le séminaire était aggrégé. L'affaiblissement de sa sinté l'ayant mis en peu de temps hors d'état de continuer les travaux de l'enseignement, il fut rappelé à Paris en 1768, et chargé de la conduite de la petite Communauté, où il avait fait ses études. 11 ne tarda pas à montrer, dans l'exercice de cet emploi, toutes les qualités d'un excellent supérieur. Il corrigea doucement les abus qui s'étaient glissés sous une administration moins ferme, rétablit la régularité et la ferveur dans la maison, encouragea les études, forma une bibliothèque, et remonta le temporel de l'établissement. Après avoir gouverné cette maison pendant douze ans, il en fut tiré, en 1780, pour être mis à la tête du petit séminaire, qui était alors un peu déchu de sa régularité, et qui lui fut aussi redevable d'un renouvellement sensible dans la ferveur.

Le soin qu'il donnait aux Communautés qui lui étaient confiées ne l'empêchait pas de se livrer, au dehors du séminaire, à quelques œuvres de zèle, dans les occasions qui lui étaient fournies par la Providence. II travaillait avec succès à la conversion de quelques jeunes protestants, visitait quelquefois Madame Louise, qui lui faisait l'honneur de le consulter, dirigeait un certain nombre de pieux ecclésiastiques, et entre autres le célèbre abbé Edgeworth, qui assista Louis XVI dans ses derniers moments. Ce fut en grande partie par les soins de M. Nagot que fut établie, en 1766, la Communauté des Clercs de la paroisse de Saint-Sulpice; et à

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Issy, en 1788, l'école préparatoire qui en était comme le complément.

Le zèle intelligent dont il avait donné tant de preuves dans la conduite de \sl petite Communauté et du petit séminaire engagea M. Émery, eri 1789, à le nommer directeur du grand séminaire de Sainl-Sulpice; et la même année, il fut mis par l'Assemblée générale au nombre des assistants de la Compagnie. Pendant les vacances de l'année suivante 1790, M. Émery l'envoya à Londres pour conférer avec le P. Carroll, récemment nommé à l'évêché de Baltimore, au sujet du séminaire qu'il était question d'établir dans cette ville. Le résultat de la conférence fut la réalisation du projet; et M. Nagot, choisi pour supérieur du nouvel établissement, s'embarqua à Saint-Malo, le 21 avril 1791, avec MM. Garnier, Tessier et Levadoux. On peut voir dans la We de M. Emery les difficultés de tout genre que M. Nagot eut à surmonter dans ce nouvel emploi, surtout pendant les premières années, et qui mirent de si grands obstacles aux fruits qu'on avait espérés de la fondation du séminaire. A la vue de ce fâcheux résultat, M. Émery crut devoir prendre, à l'époque du Concordat, la résolution de rappeler tous les sujets de la Compagnie qui se trouvaient à Baltimore, et qu'il espérait employer plus utilement en France. Le retour de M. Nagot était si vraisemblable en 1802, que l'Assemblée générale tenue au mois d'octobre de cette année le mit au nombre des consulteurs, et que M=r D'Aviau, archevêque de Bordeaux, songeait sérieusement à le demander à M. Émery pour la conduite de son séminaire. Mais la santé de M. Nagot, très affaiblie depuis une attaque d'apoplexie qu'il avait éprouvée en 1795, ne lui permit pas d'entreprendre un voyage si pénible, et M. Émery lui-même, dans la crainte de précipiter l'exécution d'une mesure qui pouvait avoir de si graves inconvénients par rapport à l'Église des États-Unis, consentit à faire de nouveaux efforts pour le maintien du séminaire de Baltimore. M. Nagot continua donc, malgré le triste état de sa santé, à s'employer de tout son pouvoir à consolider cet établissement; et il eut enfin la consolation

de le voir, avant sa mort, dans un état de prospérité qui donnait les plus grandes espérances pour l'avenir. Ce résultat fut principalement dû à l'établissement du petit séminaire d'Emmilzbourg, dont M. Nagot lui-même avait jeté les fondements en 1807, à Pigeon-Hill, dans la Pensylvanie.

Indépendamment des soins assidus qu'il donnait au séminaire et aux autres établissements dont nous venons de parler, M. Nagot partageait avec ses confrères l'exercice du ministère extérieur, non seulement à l'égard des Français qui se trouvaient en assez grand nombre à Baltimore et aux environs, mais encore à l'égard des Anglais, malgré la difficulté qu'il eut toujours à parler leur langue. La fièvre jaune ayant emporté presque tous les prêtres de Philadelphie, il s'offrit généreusement pour aller servir les malades ; et ce ne fut que sur les vives instances de ses confrères qu'il renonça à son pieux projet.

Ses infirmités habituelles, jointes à son attrait particulier pour l'oraison et le recueillement, lui firent souvent demander à M. Émery de le décharger de la supériorité; mais ce sage supérieur refusa longtemps de le satisfaire sur ce point. Ce ne fut qu'en 1810 que M. Nagot obtint enfin ce qu'il désirait depuis si longtemps. Il était aiors dans la cinquantième année de son sacerdoce, dont il célébra l'anniversaire le 31 mai 1810. M. Tessier fut depuis chargé de la conduite du séminaire; et l'on vil alors avec édification l'ancien supérieur de la maison rentrer dans l'ordre commun et faire ses délices de l'obéissance, jusqu'à demander, avec la simplicité d'un jeune séminariste, les moindres permissions. Il poussa même l'exercice de cette vertu jusqu'à obéir à un séminariste qui prenait soin de lui pendant les dernières années de sa vie. Ne pouvant plus alors se livrer aux fonctions extérieures du saint ministère, il s'en dédommageait en composant ou traduisant des ouvrages utiles à la Religion. II termina sa sainte carrière le 9 avril 1810, à l'âge de 82 ans, dans une grande réputation de sainteté. Il possédait, en effet, à un très haut degré toutes les vertus qui font un saint prêtre, une foi vive, une humilité profonde, une tendre dévotion au S*-Sa-

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