‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 3)Chapitre 116 sur 207 · M. LE BRETON · texte numérisé non relu

M. LE BRETON

François Le Breton, né le 23 novembre 1717, à La Rochelle, entra clerc à la petite Communauté de Saint-Sulpice en 1735, et suivit pendant neuf ans les cours de Sorbonne pour parvenir au doctorat, qu il reçut en effet le 17 avril 1744. Aux vacances de 17'±8, M. Cousturier l'envoya au séminaire de Limoges. Ln 1749, il fut transféré au séminaire de Tulle, où il mourut le 26 mai 1703, âgé de 'tli ans.

i. — Virgini Dei-parae. Qua-slio theologica : Quis fons sapientiœ t Eccl. cap. 1, v. 5... lias thèses... tueri conabitur Franciscus Le Breton, Presbyter Rupellaeus, Sacra- Facultatis Parisiensis Licentiatus theologus, die Jovis décima sexta mensis Aprilis, anno Domini [~'i\, horis serotinis. lu scholis Doctoris subtilis. Pro Actu Vesperiarum.

Vndré Gontisb, Qé le '» avril 1693 ;i Molles-en-Bourbonnais (Allier), alors dans I»- diocèse de Clermont, entra laïc ii la petite Communauté de Saint-Sulpice en 1717. et recul le grade de docteur le 26 novembre 1726. Envoyé d'abord au séminaire de Nantes, puis rappelé a Paria, il passa deux ans au petit séminaire de Saint-Sulpice, d'où il parti! le I oclobre 1726, pour aller a la petite Communauté, »ans doute

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en qualité de supérieur. Enfin, le supérieur du petit séminaire de Clermont étant mort le 26 avril 1741, M. Gontier le remplaça et gouverna cette maison jusqu'à sa mort, arrivée le T5 mars 1706 : il était âgé de 71 ans. C'est lui qui approuva, en 1754, un Discours historique sur le Précieux sang de Billom.

L'évêque de Clermont, François- Marie Le Maislre de la Garlaye, choisit M. Gontier pour son confesseur et le fit même vicaire général. Le supérieur du petit séminaire seconda très efficacement le zèle que mettait le prélat à purger son diocèse du jansénisme. « C'est, disent les Nouvelles ecclésiastiques, c'est ce sulpicien qui a écrit au curé de Riom de refuser les derniers sacremens à M. Aldigier, prêtre et chanoine de l'église collégiale de Saint-Amable, objet de la vénération publique par sa sainteté » (numéro du 17 juillet 1750, p. 115). Ce chanoine était digne au moins de la vénération des jansénistes; car, dans son testament spirituel — chose assez en usage chez les gens du parti — « il renouvelle Appel, demande pardon à Dieu d'avoir deux fois signé le Formulaire, révoque sa signature par rapport au fait (de Jansénius), et dit qu'il l'a rétractée assez au long par une lettre qu'il écrivit le 5 novembre 1734 au saint évêque de Senez » {Nouvelles ecclésiastiques, 4 septembre 1750, p. 143).

Au mois de mai 1750, le curé de Riom, qui, pour refus de soumission à la Rulle Unigenitus, avait refusé les sacrements à un sous-diacre conseiller-clerc au présidial de Riom, reçut de M. Gontier « une lettre très propre à animer son zèle, et à le rassurer sur ce qu'il auroit pu avoir à craindre de la part du Chancelier et du Procureur-général, que l'on avoit informés de cette affaire ». Les Nouvelles ecclésiastiques en donnent « le contenu » (numéro du 25 septembre 1750, p. 156). M. Gontier y désigne nettement les jansénistes comme « les ennemis de l'orthodoxie ». Les jansénistes ennemis de l'orthodoxie! « Lux. reprend leur gazetier, qui, évidemment, ne souffrent que pour la défendre! » Évidemment!...

Claude-Louis de Montaigne, mort à Paris le 30 avril 17(57, naquit à Grenoble, sur la paroisse S'-llugues, le 17 avril 1(589, d'une famille également recommandante par sa. piété et par ses emplois. In de ses frères était conseiller en la Chambre des Comptes du Dauphiné; l'autre était chevalier de Saint-Louis. Ce dernier surtout offrait dans le monde un modèle parfait des vertus chrétiennes.

Louis de Montaigne avait déjà reçu la tonsure lorsqu'il entra au grand séminaire de Saint-Sulpice, le 26 février 1712, pour y faire ses études théologiques. On peut juger des succès qu'il y obtint par ceux qu'il eut en licence. 11 fut le douzième de son cours sur 99 concurrents. Ce fut à la suite de celte licence, en 1722, qu'il témoigna le désir d'entrer dans la Compagnie, où il fut admis peu de temps après par M. Leschassier. Nous ignorons quels furent ses premiers emplois; nous savons seulement qu'il prit, en 1727, le bonnet de docteur, et tout porte à croire que, depuis celle époque, il ne quitta plus le grand séminaire. Un compliment en vers qui lui fut adressé vers ce temps-là, pendant les vacances, par l'abbé de La Tour, au nom des licenciés, suppose qu'il était alors directeur au grand séminaire, {Œuvres de M. l'abbé de La Tour; I. IV, seconde partie: Cologne, I77(.». }». 1(5.'). 166 : Bouquet (en vers» à .M. de Montaigne, directeur du séminaire de Saint-Sulpice, par .MM. les Licenciés) : (ce U>jt"ji>ri a été oublié par M. Migne dans l'édition qu'il a donnée «les Œuvres complètes de l'abbé de La Tour). M. de La Fosse étant mort en 1743, M. de Montaigne lui choisi, sinon immédiatement, du moins peu de temps après, pour le remplacer comme directeur des éludes. l>ans l'exercice «1'' eei emploi, il avait souvent a répondre aux consultations des séminaristes, particulièrement «le ceux qui se dispo< saient a subir les épreuves préparatoires pour les grades de théologie, et l'on remarquait que -es réponses se réduisaient

souvent à rappeler aux consultants l'étal do la question qu'ils avaient à examiner : méthode précieuse et utile pour tous les temps.

Il en usait de même lorsqu'il avait à exposer ou à défendre quelque vérité : de là ordinairement un grand nombre de [>r(r>notanda. Un très jeune homme, le consultant un jour sur un point de théologie fort épineux, s'ennuya des longues observations préliminaires qu'il lui faisait, et lui dit plusieurs fois qu'il savait tout cela. « Vous savez, vous savez ! reprit M. de Montaigne avec un petit mouvement d'humeur; vous ne savez rien ». Le consultant se retire piqué. Le vertueux sulpicien le suit, fait des excuses, et reprend la discussion, sans omettre toutefois un seul prœnotandum.

La réputation de science dont M. de Montaigne jouissait en Sorbonne, aussi bien que dans l'intérieur du séminaire, le fit adjoindre, en 1750, aux quatre Évoques réunis par ordre du Roi sous la présidence du cardinal de Rohan pour l'examen de Y Instruction pastorale de M. de Rastignac, archevêque de Tours, sur la Justice chrétienne. Ce qui donna lieu au rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques de le signaler depuis, en plusieurs circonstances, comme un des principaux zélateurs des mauvaises doctrines.

A des connaissances théologiques très étendues, il joignait une éminente piété, une humilité profonde et une délicatesse de conscience qui allait jusqu'au scrupule. Sa grande piété se manifestait surtout par une dévotion singulière envers le Très Saint-Sacrement et par le temps qu'il consacrait ordinairement à l'oraison avant la célébration des saints mystères. Elle éclatait encore dans la manière dont il célébrait le saint sacrifice. Un de ses anciens élèves qui. pendant six ans, fut le témoin et l'admirateur de ses grandes vertus, M. Baston, l'auteur de la Théologie de Rouen, nous a conserve sur ce point, comme sur plusieurs autres que nous citerons bientôt, un souvenir très édifiant : « Dans les derniers temps » de' sa vie, dit-il dans ses Mémoires, il ne célébrait jamais* » la messe sans laisser l'autel tout mouillé de ses larmes. Je » m'en suis aperçu plusieurs fois, disant la messe après lui.

» el je m'en sentais plus touché, plus dévot » (ïom. I, p. 178).

Cet ancien disciple de M. de Montaigne raconte des traits non moins touchants sur l'humilité, la modestie et la douceur de son vertueux maître :

« 11 s'en allait un jour, dit-il, porter au receveur de la sacrée Faculté la somme assez forte qu'il fallait débourser pour acquérir le titre de Résumpté (1) qui lui manquait encore. Chemin faisant, il se met à réfléchir sur l'utilité de la démarche qu'il va faire. — « A quoi lui servira-t-elle ? En » sera-t-il meilleur, plus instruit ? Demeurant à Paris, il aura » quelques émoluments assez considérables : mais il n'a be- » soin de rien. Il présidera des thèses, examinera : perle de » temps. Il se trouvera aux Assemblées, aux délibérations de » la Sorbonne! elles sont tumultueuses, elles ennuient quel- » quefois. On le chargera de rédiger des actes, de dresser » des censures : c'est précisément ce qui lui déplaît le plus; » il est si difficile de travailler au goût de deux ou trois cents » personnes ! » Il parlait de la sorte avec lui-même en passant à côté d'une église. « Faisons, dit-il en y entrant, un plus » noble emploi de notre argent. » Il cherche le tronc des pauvres, le trouve el y coule tous ses louis. On ne put jamais le résoudre à renouer la partie de sa Résumpté. Il n'en a pas été moins utile à l'Église; la Gazette ecclésiastique ne l'en a pas moins déchiré; l'épiscopat ne lui en a pas moins témoigné la plus parfaite confiance et la plus haute considération; surtout, il n'en a pas moins vécu, n'en est pas moins mort comme vivent et meurent les saints » (p. 177. 178).

Voici, en effet, ce que le même auteur nous dit de cette mort, dont il fut le témoin :

m La Résumpté était une thèse sur toute l'Écriture-Sainte que les docteurs de Sorbonne devaient soutenir a\ ant d'être mis en possession de certains droits de la Faculté, comme d'avoir suffrage dans les assemblées, de présider aux actes, etc. Les règlements portent que le résumpté n'aura rien à payer pour son examen, n paraît (m'en ce ppint, L'usage n'était pas tout à fait d'accord avec le règlement; \i. Baston était trop au courant de ce qui se faisait en Sorbonne, "ïi il avait fait sa licence, pour se tromper sur une chose si connue de tous ceux qui aspiraient aux grades

« Le pieux, le modeste, le savant Montaigne mourut peu » de temps après mon entrée dans la maison dont il était » l'honneur. J'étais auprès de son lit quand il rendit a Dieu » la belle âme qu'il en avait reçue, et je compris alors, hélas! » peut-être pour la première fois, combien précieuse devant » le Seigneur est la mort de ses saints. Je compris ce que » j'avais entendu dire plusieurs fois sans y faire assez d'at- » tendon, qu'on meurt comme on a vécu. Rien de si doux, » de si tranquille, de si religieux, de si consolant que la » mort de cet excellent prêtre. Gomme je m'écriais intérieu- » rement en le voyant : Moriatur anima mea morte jus- » torum! Oh! que mon âme meure un jour de la mort de ce » juste ! On apercevait clairement en lui que mourir n'est que » changer de vie. Trente ans se sont écoulés, et je contemple » encore avec toute la vivacité de l'imagination le visage » céleste de ce mourant; j'entends encore les admirables » paroles qu'il adressait à Dieu qui l'appelait, et dont il pa- » raissail craindre, mais en fils tendre, les terribles juge- » ments. M. Montaigne avait constamment partagé sa vie » entre l'étude et la prière, ou plutôt il avait toujours étudié » et toujours prié, ne séparant jamais l'un de l'autre ces deux » exercices » {Mémoires de l'abbé Baston, t. I, p. 175, 176).

Plusieurs ecclésiastiques du séminaire, et M. Bourachot en particulier, furent persuadés qu'au moment où expira M. de Montaigne, sa chambre avait été embaumée d'une odeur suave, comme on le dit de quelques grands saints. Le fait est rapporté par M. de Sausin, évèque de Blois, qui l'avait entendu raconter à M. Bourachot en 1770 : « Je me souviens, » dit-il, que le jour ou la veille du sacre de M. de Mercy, » évêque de Luçon, je me trouvai chez M. Bourachot avec » les Évêques du sacre, et notamment avec l'Archevêque » d'Embrun, qui fut le consécrateur. La conversation étant » tombée sur le diocèse de Grenoble, on parla de M. de Mon- » taigne, qui en était: cl M. Bourachol dit que ('('lait un » saint homme, ajoutant à l'appui de ce qu'il disait qu'au » moment où il expira, sa chambre l'ut toute embaumée par » une odeur de parfum. »

Comme tous les hommes absorbés dans leurs pensées, M. de Montaigne était sujet aux distractions. Nous en rapporterons ici quelques-unes.

Allant un jour à Ghoisy pour les affaires du séminaire, qui possédait une terre dans ce village, M. de Montaigne fut obligé de traverser à cheval une place de Paris sur laquelle on vendait des légumes. Le cheval, s'étant arrêté, se mit à manger quelques laitues exposées dans un panier, ce qui mécontenta fort la marchande et la fit crier bien haut contre le cavalier. « Ne vous fâchez pas, ma bonne femme, lui dit naïvement M. de Montaigne; ne voyez-vous pas que mon cheval n'entend pas Y état de la question ? » Ses études l'obligeant souvent à conserver auprès de lui un grand nombre de volumes relatifs aux matières dont il s'occupait, et qu'il avait soin de marquer en divers endroits, au lieu de prendre pour marques des images ou d'autres papiers, il employait à cela des écus, ou bien même des pièces d'or provenant des revenus d'un petit bénéfice dont il jouissait.

L'esprit habituellement distrait de M. de Montaigne se trahissait même dans ses rapports avec les personnes du plus haut rang. Le duc d'Orléans, fils du Régent, s'était retiré pendant les dernières années de sa vie à Sainte-Geneviève, où il s'occupait beaucoup de questions théologiques sur lesquelles il aimait à prendre l'avis des théologiens éclairés. Ayant composé un traité sur les matières de la ('.race, alors si agitées, et sachant combien M. de Montaigne était versé dans l'étude de ces matières, il le pria de vouloir bien examiner son ouvrage et lui dire simplement son avis. Gelui-ci, peu satisfait de ce travail, le dit s;uis détour a M. Gousturier, supérieur de Saint-Sulpice, qui, craignant les

distractions et la naïveté habituelles de M. de .Montaigne, lui

recommanda de s'observer beaucoup et de prendre tous les ménagements convenables pour ne pas manquer aux égards

dUS a l'illustre auteur. M. de Montaigne eu pril Sans doute la

résolution, mais ses distractions ordinaires la lui firent bien vite oublier. Étant allé trouver le prince a Sainte-Geneviève, il lui remil l'ouvrage en lui disant qu'il ne pouvait qu'ap-

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plaudir au zèle de Son Altesse pour la défense de la vraie foi. Là-dessus, le prince pria M. de Montaigne de lui dire avec franchise ce qu'il pensait de l'ouvrage. Celui-ci se contenta de répondre qu'il y trouvait quelques endroits dont la doctrine n'était pas tout à fait conforme aux principes de la saine théologie, et il ajouta qu'il ne conseillait pas à Son Altesse de le faire imprimer. Le prince ayant alors insisté pour ohlenir que M. de Montaigne lui parlât avec une entière franchise : « Monseigneur, lui répondit naïvement le docteur, puisque Votre Altesse m'oblige de vous le dire, cet ouvrage ne vaut rien. Il faut que chacun soit à son affaire : vous n'êtes pas théologien, il faut laisser aux théologiens la discussion de ces matières. » Le prince qui avait tant pressé M. de Montaigne de lui dire son avis, ne fut aucunement blessé de sa franchise, et condamna son ouvrage à l'oubli, aussi bien que plusieurs autres du même genre qu'on a trouvés après sa mort parmi ses manuscrits.

1. — Prœlectiones theologicœ de Septem Ecclesiœ Sacramentis, ad usum Seminariorum et eraminis ad Gradus theologicos prœvii contractée ; Opus Eminentissimo S. R. E . Cardinali de Fleury, Regni administro, dicatum ab Hoxorato Tourxely, Sacrœ Facultatis Parisiensis Doctore, Socio Sorbonico, Regio et'emerito Professore, Sacrosanctœ Capellœ Reçjii palatii Parisiensis Canonico; Parisiis, apud Viduam R. Mazières et J.-B. Garnier, Regïna3 Typographos et Ribliopolas, via San-Jacoba>à. sub signo Providentia\: 1729, 2 in-12, pp. xxxrr-Goo, xx-lwC). — Parisiis... 1732, 2 in-12, xxxn-655, xxn-676. — Venetiis, apud Nicolaum Pezzana, 2 in-12, pp. 732, 744, sans les liminaires. — Parisiis, apud Viduam R. Mazières et J.-B. Garnier, 1737-1738, 2 iu-12, pp. xxi[[-(io2. xx[v-l)72. — Parisiis.... 1742. 2 in-12. pp. xxm- 652, xxiv-(V72. La même que la précédente : le titre seul a été refait. — VAppendix (ad tractatum de Sacramento Ordinis) De Censuris a été reproduit dans le Cursus théologiens scliolastico-dogmaticus, sire Prrrlectiones theologica- quas inscholis Sorboniris habuil Honoratus Tournely... : Colonise- Agrippina1, 1735. in-fol., i. IV, |>. 345-365.

3ii BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNE

L'approbation du docteur Leullier est du 1er décembre 1727 : Le privilège du roi est le même qui avait été accordé à Honoré ïournely (celui qui portait réellement ce nom) le 10 septembre 1723, et qu'il avait transporté le 11 février 1724 à la veuve Mazièrcs et à son neveu J.-B. Garnier, privilège imprimé à la fin du Traité de la Grâce dudit Tournely.

L'Épître dédicatoire au cardinal de Fleury est celle qui figure en tête des Prœlectiones theologicœ de Deo, dont l'auteur est M. de La Fosse; elle est signée : Honoratus Tournely.

La préface qui la suit ne l'est pas, mais elle est censée rédigée par le vrai Tournely lui-même, puisqu'on lui fait dire de lui des choses qui ne sont arrivées qu'à lui. Ainsi, il raconte — ce qui d'ailleurs est confirmé par tous ses biographes — qu'étant de retour, en 1692, de l'Université de Douai, où Louis XIV l'avait envoyé professer la Théologie en 1688, il exerça le même emploi à la Sorbonne pendant plusieurs années; qu'après avoir donné sa démission (1716), il se proposait uniquement de consacrer son temps à des études privées et au chant des louanges de Dieu dans la Sainte-Chapelle; que des personnes graves l'ayant prié instamment de publier ses leçons publiques, il résista longtemps, mais qu'enfin il céda et acheva ou publia en cinq ans son ouvrage formant 16 volumes in-8° (le 16e ne parut qu'après sa mort, arrivée le 26 décembre 1729); qu'il croyait être enfin parvenu au terme de ses travaux, mais que le cardinal de Fleury l'a supplié de faire encore un Abrégé de sa Théologie pour l'usage des séminaires, ce à quoi il s'est décidé malgré les difficultés de ce nouveau travail, et l'ennui qu'un auteur ('■prouve à recoctum sœpiùs ab ipso iterùm recoquere ; enfin, le pseudo-Tournely expose comment il s'en esl acquitté, «i pourquoi il commence par publier le traité des sept sacrements. Pouvait-on plus habilemenl dépister les chasseurs aux pseudonymes ? Aussi plus d'un a-t-il été pris au piège «le celte innocente ruse Tel le Journal <!<■* Savants qui attribue a Tournely les traités édités si. us son nom par mm. de La i osse el de Montaigne. « L'auteur, dit-il en parlant de Tournely,

crut rendre sa théologie plus utile en la réduisant en un abrégé à l'usage des jeunes ecclésiastiques : il en a paru trois volumes in-12 de son vivant sous ce titre : Prœlectiones... contractes... » {Journal des Savants, année 1731, p. 94.) Tel encore, même de nos jours, M. Rochas, dauphinois, qui écrit de M. de Montaigne : « C'est par erreur que Barbier et Quérard donnent ce nom de Tournely pour un pseudonyme de notre compatriote » (Biographie du Dauphiné, par Adolphe Rochas, avocat; Paris, 1860, in-8", t. II, p. 152).

2. — Prœlectiones theologicœ de Myslerio Sanctissimœ Trinitaiis et De Angelis, ad usum Seminariorum . . . ab Ilojsorato Tournely... tomus secundus; Parisiis, apud Viduam R. Mazières et J.-B. Garnier, 1732, in-12 contenant XXI pages pour l'Index sans la dédicace — qui est la même que dans l'ouvrage précédent — et allant de la page 635 à la page 1118 : les pages 1-634 forment le tomus primus des Prœlectiones theologicœ qui contient le traité De Deo et divinis attributis de M. de La Fosse. Les éditions suivantes ont une pagination distincte : Parisiis... 1741, in-12, pp. xxxn-484; — Parisiis, apud J.-B. Garnier, 1750, in-12, pp. xxxn-480. — Le traité De Angelis est reproduit dans l'édition de Tournely donnée à Cologne et citée plus haut, t. V, p. 1-59, ainsi que dans l'édition suivante, qui comprend aussi d'autres traités de M. de Montaigne : Prœlectiones theologicœ de Angelis, de Opère sex dierum et de Locis théologie is, quas in scholis habebat Honoratus Tournely...; Editio ultima prioribus emendatior sub faustissimis posita auspiciis Eminentissimi Domini D. Antonini Cardinalis Sersale, Neapolitana^ Eccleshe Archiepiscopi vigilantissimi ; Neapoli, 1765, expensis Andréa1 Migliaccio, in-4°, p. 1-120 pour le traité De Angelis, p. 121- 447 pour les deux autres.

3. — Prœlectiones theologicœ de Opère sex dierum, ad usum Seminariorum... contracta' : Accessit Appendix instar supplementi ad loca theologica; Oj>us... dicatum ab Honorato Tournely... Parisiis, apud Viduam R. Mazières el J.-B. Garnier, 1732. in-12, paginé i-vi pour l'Index, et 1119 à 1352

pour le De opère sex dierum (on a vu plus liaul que, dans l'édition do 1732, le traité De Mysterio Sanctissimœ Trini- ' tatis finissait à la page 1118), et p. [-ccclxxviii pour l'.ly/pendix. — Parisiis, 1743, in-12, pp. yi-(*>12. — Reproduit dans : Honorati Toiirnely... Cursus Théologiens scholasticodogmatico-moralis... Colonise Agrippinae, sumptibus viduae Wilh. Melternich et filii, anno 1737. t. Y. p. 60-222. — Le De opère sex dierum a été inséré par Migne dans Théologies Cursus complelus, t. Vil, col. 1201-1338, et le DeCensuris et notis theologicis, troisième partie de VAppendix ad loca theologica, dans le même ouvrage, t. 1, col. 1409-1548.

\. — Prœlectiones theologicœ de Gratiâ Christi Salvatoris, ad usum Semînariorum et examinis ad gradus theologicos prœvii contractée; opus... Tomus prinms: Parisiis. apud viduam R. Mazières et J.-li. Garnier, 1735, ï n— 1 ^ . pp. x-803. — Ce tome 1™ renferme seulement les dissertations historiques sur les hérésies qui se sont élevées dans l'Église touchant les matières de la grâce.

Prœlectiones theologicœ de Gratiâ, ad usum Semînariorum tomo unico contractée ; opus Parisiis, apud

viduam R. Mazières et J.-B. Garnier, 1738, in-12 de xx- 834 pages, dont 356 pour la partie historique, les autres pour la partie dogmatique, laquelle parait ici pour la première t'ois. Les onze dissertations historiques de l'édition précédente sont ramenées à huit, et toutes sont abrégées, sauf la première, qui traite du Pélagianisme.

Prœlectiones theologicœ de Gratiâ Parisiis 17'iS.

2 in-12, pp. xn-l)()i, xn-468. Les huit dissertations de l'édition de 173K sont ici augmentées d'une neuvième sur le Quesnellianisme. — Parisiis... 1733. 2 in-12, pp. kii-664, xn-'dis. Édition entièrement conforme, ligne pour ligne, à l'édition de I7'jK. si <•<■ n'est que. à la lin de celle-ci 'I. II. p. W8), ou lit : Ex typis Gissey, anni 1747; ci à la lin de celle-là (même page . Ex typis Gissey, /r."..".

La partie historique de ce traité ;i été reproduite dans le Theologire Cursus completus, I. \. col. 9-816, M. Migne \ :• donné les onze dissertations de l'édition publiée en 173

comme douzième la neuvième des éditions de 1748 et de 17oil Le P. Hurter, qui appelle M. de Montaigne vir eruditus, studii et solitudinis amantissimus, a commis un lapsus quand, à propos de l'édition parue en 1748, il a écrit : « In quà editione omissse fuêre undecim dissertationes historien- de variis circà graliam erroribus et controverses, et unam (sic) de libro et systemate Quesnelli, quœ reperiuntur in editione lâ ; quarè hanc utpotè locupletiorem recepit Migne in t. 10 Theol. Cursus completi » (Nomenclator literarius, t. 111, p. 46, 47, et t. III, p. 52, 53 de la seconde édition parue en 1892.

« Parmi les ouvrages qu'on a de M. Montaigne, dit encore l'abbé Baston, se fait en particulier remarquer un Traité de la Grâce, chef-d'œuvre de clarté, de précision, d'exactitude et, ce qui n'est pas moins précieux, de modération. Cet habile homme était consulté par tout ce qu'il y avait de grand et de savant dans l'église gallicane » (Mémoires, t. 1, p. 176;. — Voir encore, sur ce traité, Etudes sur l'histoire de la doctrine de la Grâce depuis saint Augustin, par A. Gaillard, prêtre de Saint-Sulpice, professeur au séminaire Saintlrénée de Lyon; Paris et Lyon, Delhomme et Brignet, 1897, in-8", p. 304, 305.

L'abbé de La Porte, article Montagne de La France littéraire (Paris, 1769, t. II, p. 82), attribue encore à ce dernier l'ouvrage intitulé : Compendiosœ institutiones, excerptœ ex contractis Prœlectionibus Honorati Toumelg, ad usum Seminariorum ; Parisiis, 1731, 2 in-8\ Mais Barbier (Dictionnaire des ouvrages anonymes) dit qu'il est de l'abbé Robinet, docteur de Sorbonne et vicaire général de Paris; et l'auteur même de La France littéraire adopte ce sentiment à l'article Robinet, p. 173.

on sait que le docteur Tourncly mourut, au mois de décembre 1729, lorsqu'on achevait d'imprimer le tome XVI de ses Prœlectiones, et avant d'en avoir composé la préface. Celle qu'on lit au commencement de <•<> volume, publié en 1730, se termine par ces mots, que l'auteur adresse au lecteur : « Hoc etiam te monilum esse opus est, duobus

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contractarum Praelectionum tomis qui totam de Sacramenlis materiam accuratè complectuntur, accessisse primum earumdem contractarum Pradectionum de Deo uno, Trino. et Angelis volumcn, quod sub prado est ac magnà ex parte typis cusum. Cœtera deinceps volumina prodibunt suo ordine et absque morà sub codem titulo : Prœlectiones theologicœ ad usum Seminariorum et examinis ad gradus theologlcos prœvii contractée ; Ojnis Eminentissimo S. R. E. Cardinale de Fleury, Regni administre» , dicatum ». Les deux volumes sur les Sacrements dont il est ici parlé sont évidemment ceux que M. de Montaigne avait publiés l'année précédente 1729; le Traité De Deo est celui de M. de Lafosse paru la même année que le lomc XVI de Tournely, et qui, ainsi que nous l'avons vu (art. Lafosse) porte les mots tomus primus dans son frontispice; il devait, parait-il, contenir les traités De Deo trino et de Angelis, que M. de Montaigne ne publia qu'en 1732. — Cela posé, quel est cet auteur qui, à la fin d'une biographie de Tournely, témoigne une attention si bienveillante pour des traités théologiques composés par des prêtres de S'-Sulpice? Sans doute, ce pourrait être le docteur Robinet, élève des sulpiciens d'Angers, et demeuré attaché à la Compagnie. Mais il est bien étonnant qu'il n'annonce pas, au moins concomitamment avec un soi-disant abrégé composé par un soi-disant Tournely, l'abrégé véritable du vrai Tournely qu'il préparait alors et qui parut, en effet, l'année suivante 1731.» La préface en question auraitelle donc été composée par M. de Montaigne ou par quelqu'un de ses confrères '.' .le livre ce problème à la sagacité et à l'érudition des bibliographes.

Quoique M. de Montaigne soit Dauphinois et qu'il ail été révélé coin me ici par la Sema i ne religieuse du diocèse de Grenoble en juillet 1867, cependanl son nom est entièrement passé sons silence dans le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes du Dauphiné, par Edmond Maignien Conservateur de la Bibliothèque de la ville de Grenoble; Grenoble, Xavier Drevet, 1802, in-s de ;'><s<> pages.

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Jacques Liger, né le 15 février 1705 à Luigné, diocèse d'Angers, entra au séminaire de cette ville en 172o. 11 prit dans l'Université d'Angers tous les grades jusqu'au doctorat inclusivement. Après la préparation d'usage, il fut renvoyé au séminaire d'Angers comme directeur. Kn 1740, il alla à Viviers, d'où, aux vacances de 1749, on l'envoya professer la scolastique à Clermont. Au bout d'un an, il reçut mission d'aller au Puy exercer les fonctions curiales dans la paroisse du séminaire. Sept ans après, il fut de nouveau renvoyé à Clermont pour y professer de nouveau la scolastique. C'est là qu'il mourut le 27 octobre 17G7. — On conserve au séminaire de Se-Sulpice un manuscrit dont il est lauteur, et qui est intitulé : Nouveau plan pour faciliter l'étude de la langue hébraïque. Ce plan avait cela de particulier qu'il comprenait l'étude de l'hébreu avec points- voyelles et sans pointsvoyelles. M. Liger l'avait composé avec grand soin et depuis longtemps, lorsque, en 1761, il écrivait à M. Joubert une

lettre dans laquelle il lui soumettait son travail.

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