‹ Bibliothèque sulpicienne ou Histoire littéraire de la compagnie de Saint-Sulpice (volume 3)Chapitre 148 sur 207 · M. JOUBERT · texte numérisé non relu

M. JOUBERT

au diocèse de Vannes. L'abbé Courtade rapporte que M. Émery ne parlait de M. Joubert qu'avec admiration. Il disait en particulier que sa mort avait été très édifiante. Ce bon prêtre regrettait de ne pas éprouver des sentiments de crainte à l'approche de la mort. « Les saints ont tremblé, disait-il avec douleur, et moi je suis tranquille » !

En 1775, M. de Beaumont ayant appris que les libraires associés pour la liturgie de Paris avaient publié, l'année précédente, une édition du Missel remplie de fautes, leur enjoignit de ne rien publier par la suite qui n'eût été revu par MM. Joubert et Simon de Doncourt.

Il chargea en même temps ces derniers de corriger les fautes qui se trouvaient dans le Bréviaire, d'y faire quelques légers changements, et de composer un nouvel office du Sacré-Cœur. On vit donc paraître, en 1777, une nouvelle édition du Missel donné en 1738 par M. de Vintimille; elle fut suivie d'une nouvelle édition du Bréviaire en 1778. Les deux éditeurs avaient vérifié avec soin toutes les parties du Missel et du Bréviaire, et avaient travaillé à y mettre plus de liaison et d'ensemble {L'Ami de la Religion, 17 janvier 1821, t. XXVI, p. 295). « Malheureusement, dit D. Guéranger, toutes les améliorations introduites par Joubert et Simon de Doncourt n'étaient pas dépourvues d'esprit de parti; autrement, on ne s'expliquerait pas la faveur inouïe qu'obtint le travail des deux Sulpiciens de la part des Jansénistes, qui jusqu'alors n'avaient jamais manqué une occasion de s'exprimer contre leur Compagnie dans les termes les plus grossiers et les plus méprisants. Ce fut donc merveille de voir successivement trois feuilles des Nouvelles ecclésiastiques consacrées, presque en entier, à reproduire avec une faveur complète le Mémoire dans lequel Joubert et Simon de Doncourt rendaient compte de leur opération au public » (D. Guéranger, Institutions liturgiques ; Paris, 1841, t. Il, p. 572- 573).

11 n'entre aucunement dans notre dessein de faire l'apologie du travail liturgique entrepris par les deux éditeurs, à la prière de l'archevêque de Paris; mais il y a dans ce passage

du savant abbé de Solesmes plusieurs inexactitudes qu'il importe de relever.

D'abord, M. Simon de Doncourl — à qui parait revenir la principale part dans cette œuvre de revision et qui « signa toutes les ('preux es », — M. Simon de Doncourt et M. Joubert méritaient-ils le nom de sulpiciens au même litre ? M. Joubert appartenait certainement à la Compagnie de S'-Sulpice, puisque nous avons vu qu'il était un des douze assistants; M. Simon de Doncourt, lui, n'en faisait pas partie, mais seulement de la Communauté des prêtres de la paroisse, laquelle comprenait des prêtres auxiliaires qui partageaient le genre de vie et le ministère des prêtres de la Compagnie sans y être aggrégés. 11 est vrai que les Nouvelles ecclésiastique* qualifient de sulpiciens les deux éditeurs; mais on sait que, dans leur langage., sulpicien a un sens très étendu, et signifie ordinairement tout adversaire du jansénisme, tout molinisie qui n'est pas jésuite. « Lorsqu'on parle des sulpiciens, lisonsnous dans la feuille du 29 octobre 178i — la seconde des trois où les sulpiciens sont traités avec une « faveur inouïe », — « on n'entend pas seulement les ecclésiastiques de la Communauté de Sc-Sulpice. mais aussi ceux de S'-Nicolas du Çhardonnet, et en général les Communautés d'ecclésiastiques séculiers qui sont animés du même esprit, el qui s'appliquent à perpétuer dans le clergé du Royaume les erreurs doctrinales de ci-devant jésuites, leurs dévotions pharisalques, «•; cet esprit de parti qui a réduit l'Église de France au triste état où nous la voyons, partagée en incrédules orgueilleux. el en ignorans superstitieux... Si l'on nomme plus souvent les Sulpiciens, c'est qu'étant les plus puissans (J), ils contribuent davantage aux maux de l'Église, qu'ils enipèclieraieiit

au contraire, du moins en grande partie, s'ils avaient le cou- de s'élever au-dessus de leurs préjugés. »

Mai> passons, (.| voyons si , le travail des deux sulpiciens

a obtenu • de lu part des jansénistes la faveur inouïe •• dont

un nOUS parle. Ce n'est pas, en tOUl cas. dans leur feuille du

20 août 1784, il laquelle «ni noua renvoie, et où, pour la première lois, il est question des altérations Faites en plusieurs

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endroits du bréviaire édile en 1778 ». Selon le rédacteur de la feuille, « le sulpicien qui a dirigé la nouvelle édition du bréviaire... est un critique aussi ignorant que téméraire ». qui aurait dû au moins « prendre garde k être d'accord avec lui-même et à ne pas se contredire dans ses corrections »; c'est un critique qui n'a été guidé que par « des préjugés vagues et peu réfléchis, par une démangeaison aveugle de critiquer, en sorte qu'on seroit tenté de lui appliquer son propre vers : Heu! lugenda, Deus, cœcaque pravitasl » un critique, entin, « qui n'a pas manqué de fourrer à tort et k travers » dans le nouveau bréviaire « le Molinisme dont il est imbu ». Qu'en tout cela il n'y ait rien de grossier ni de méprisant k l'adresse de la Compagnie, nous le voulons bien ; il nous parait plus difficile d'y voir l'expression d'une faveur inouïe !

Mais « les feuilles du 29 octobre et du 5 novembre 1784, consacrées presque en entier à reproduire... le Mémoire dans lequel MM. Joubert et Simon de Doncourt rendaient compte de leur opération au public », celles-là au moins ont-elles accompli l'incroyable « merveille » de lui accorder « taie faveur complète ? »

Le gazetier consacre d'abord deux colonnes à raconter ce que l'on pourrait appeler l'histoire extérieure de la nouvelle édition du Bréviaire et du Missel, d'après le Mémoire envoyé par « une personne qui parait bien instruite de tout ce qui s'est passé k cet égard ». 11 arrive ensuite aux « remarques critiques, sur lesquelles, dit-il. nous ne pouvons pas être de son avis ». Suivent dix colonnes dans lesquelles le journaliste cite une quinzaine de reproches adressés par les nouveaux éditeurs k l'œuvre de Viguier et de Mézenguy. oppose k chacun une sorte de réfutation, et conclut en ces termes : « II est évident qu'on a cherché à faire disparaître les vérités (?) les plus opposées au Molinisme. nu'on vienne nous dire, après cela, que MM. Joubert et Simon « n'onl été guidés dans leur travail par aucun esprit de parti: qu'ils ont mis les choses telles qu'ils les ont trouvées, sans s'inquiéter si elles favorisoient le «prétendu) Jansénisme ou ie Molinisme » : ils

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ne s'en sont que trop inquiétés; et il n'a pas tenu à eux que deux dogmes (?) capitaux ne fussent retranchés ». Ne citer d'un mémoire que ce qu'on en regarde comme faux ou douteux, en trouver les raisons « fort mauvaises », entreprendre de le réfuter avec un dédain peu dissimulé, est-ce le « reproduire avec une faveur complète »? Nous attendons la réponse.

1. — De existentiâ Mysterii Incarnationis adversùs Judœos et Gentiles adsiruendâ. C'est la 11° dissertation (JDisputatio secunda) du Tractatus de Incarnatione Verbi divini de M. Legrand; Parisiis, 1750, t. I, p. 126 et suiv. — Parisiis, 1774, t. I, p. 126 et suiv. Voir l'article Legband, n. 2, p. 371.

2. — Doctori Doctorum. Quœstio theologica : Quis apprehendit sapienies in astutiâ eorum? Isaia\ 64, v. 11... Has thèses... Préside Bartholomœo Joubert, Presbytero Claromontensi, S. F. P. Doctore ïheologo, tùm primùm Laureâ doclorali donato, tueri conabitur Joannes Hieronymus Loys de Saint-Marcel, subdiaconus Monspessulanus, die Mercurii nona mensis Martii, anno Domini 1746, horis matutinis. In Aulà lllustrissimi ac Reverendissimi D. D. Archiepiscopi Parisiensis. Pro Aulica.

3. — Gratiœ et Veritati. Qua^stio theologica : Quœ p>ossunt accedentes perfectos facere? Hebr. X, 1... lias Thèses... Prœside S. M. N. Bartholounvo Joubert, S. Fac. Par. Doctore ïheologo, tueri conabitur Petrus Antonius Ysarn de Villeforl, presbyter Vabrensis, 19 junii 1762, à prima ad sox'am. In Sorbona. Pro Minore ordinaria.

A. — Tractatus de Gratiâ, 1 vol. Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice; Cabinet des Manuscrits.

B. — Tractatus de virtute Religion/s, I vol. Ibidem.

C. — Racines hébraïques, 1 vol. in-V'. pp. 186. Ibidem. Sur la garde de ce volume, (tu a écrit ces nuits : » Ce volume est tout entier de [a main de l'eu M . Jouberl ». Il se compose ■ 1" de 6 leuillcis non paginés conlenanl : Hebraicœ linguœ canones grammatici versibus latinia expressi; -' «le 186 pages contenant ^nh litre) 186 décades de racines hé-

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