M. DEVOYON
Joseph Devoyon naquit à Limoges le (i octobre 1709, d'une famille ancienne, originaire de la Charente, et distinguée dans la magistrature. Le collège des jésuites de Limoges fut le théâtre de ses premiers succès. Après avoir passé quatre ans au séminaire de cette ville et reçu la prêtrise, au mois de mars 173i, il exprima le désir d'entrer dans noire Société. On lui répondit qu'il pouvait venir. Il vint en effet, et quand il fut en état de recevoir une mission, on l'envoya enseigner la théologie au séminaire d'Orléans. Les cours du séminaire y étaient publics : Prœclarœ urbes nonnullœ, qualis, quœ Parisiensi metropoli subjacet, Aurélia est, scholam theologicam seminarii publicam liaient , dit M. Legrand dans son mémoire manuscrit sur les séminaires. Or, en décembre 1743, croyant avoir à se plaindre, non de ses auditeurs présents, mais de ses auditeurs absents, M. Devoyon lit. de son chef, imprimer une lettre <>ù il exposait les raisons qui obligeaient les clercs d'Orléans à suivre ses cours, cl réfutait les raisons qu'on alléguait pour s'en dispenser. La chose, paraît-il. était de nature a froisser certaines susceptibilités, peut-être même certaines jalousies;... aux vacances de 1744, M. Devoyon fut envoyé an séminaire <le S'-Irénée, à Lyon, en qualité île directeur surnuméraire, destiné à suppléer les autres dans leurs fonctions. Lors de la visite que M. Cousturier lit de ce séminaire en 1749, M. Devoyon, qui s'y trouvait alors, reçut le septième rang sur dix, et fut chargé de visiter nue lois par an les prieurés dépendants du séminaire, l'eu de lemps après, il quitta cette maison et la <; pagnie «le S^Sulpice pour
M. DEVOYON 137
cause de santé, et étant rentré daus son diocèse, il devint plus lard chanoine de l'église cathédrale de Limoges.
« Vers la fin de juin 1767, M. Louis-Charles Duplessis d'Argentré, évêque de Limoges, le tit nommer supérieur des Missions de cette ville, maison qu'il fut question d'unir au séminaire de Limoges en 178(3 ». — « Je sais, écrivait M. Sicelier à M. Émery au mois d'octobre 1786, qu'on a proposé à M. Devoyon, actuellement supérieur de cette maison, de demander à rentrer parmi nous, afin de commencer à effectuer cette union en sa personne ». Enfin, quatre ans après (1771), M. d'Argentré le choisit pour être un de ses vicaires généraux... « Ami de la jeunesse, c'était surtout aux jeunes écoliers qu'il prodiguait ses soins, ses conseils et ses hienfaits. Il avait toute leur confiance, comme ils possédaient toute son affection. Chacun d'eux trouvait en lui un sage directeur et un tendre père. Sa sensibilité pour les pauvres n'était pas cette sensibilité philosophique trop souvent stérile : c'était le résultat d'une charité toujours active et toujours bienfaisante.
» Humble et modeste dans son maintien, affable et caressant dans ses manières, ce vertueux ecclésiastique rendait sa conversation intéressante par la finesse de ses reparties. Sa piété tendre, affectueuse n'avait rien de repoussant, et s'alliait, sans s'altérer, à la gaité de son caractère.
» Tous les instants que les fonctions du saint ministère lui laissaient de libres, il les consacrait à l'élude et à la composition...
» Les infirmités longues et habituelles de cet écrivain laborieux n'altérèrent jamais la sérénité de son âme et ne suspendirent pas d'un instant ses savants travaux. Il se préparait ;i mettre eu œuvre les matériaux qu'il avait rassemblés pour composer la vie de MM. de Langheac el d Trié, évêques de Limoges, lorsqu'il mourut subitement le 13 avril 1790, universellement regretté". Sa mort répandit la consternation dans notre ville.
» Les écoliers du collège de Limoges montrèrent surtout la vivacité de leur légitime douleur, el signalèrent l'étendue de leur juste reconnaissance. Ils firent l'aire avec pompe un ser-
i38 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNE
vice solennel pour leur bon père directeur, et engagèrent un de leurs maîtres, M. l'abbé Garqueix, professeur d'humanités, à faire l'éloge funèbre de leur ami, dont ils ne cessaient de parler avec attendrissement.
» Le jour de l'enterrement du ebanoinc Devoyon, il se passa une petite scène qu'un des témoins actifs, M. Audouin, ancien maire de Limoges, raconte ainsi dans ses Souvenirs :
« 11 fallut transporter le corps de la Mission (hospice actuel) à la cathédrale, pour le placer dans le caveau des chanoines. Les écoliers, inspirés par les sentiments qui les avaient appelés à cette triste cérémonie, voulurent avoir l'honneur de le porter; la Compagnie des pénitents gris, à laquelle appartenait M. Devoyon, invoquant l'usage, éleva les mêmes prétentions. On se battit. J'étais, dit M. Audouin, élève de cinquième; je pris part au combat; tous les cierges des pénitents furent brisés sur nos jeunes épaules, tandis que mes condisciples des classes supérieures recevaient et rendaient de vigoureux coups de pied et de poing, et, sans notre adresse à lancer des pierres, nous aurions été battus. Les chanoines rétablirent la paix en portant eux-mêmes les dépouilles mortelles de leur ancien confrère » (Biographie des hommes illustres du Limousin, par Auguste Du Boys et l'abbé Arbellot; Limoges, 1854, in-8°, t. I (seul paru), p. 182-185; article de M. A. Du Boys).
1. — La Vie de M. Santerre, prestre du diocèse d'Orléans; A Lyon, chez la veuve Delaroche et Fils, rue Mercière, à l'Occasion, 1747, in-12, pp. viii-136. — Glermont-Ferrand, imprimerie de Thibaut-Landriot, 181)3, in- 18, pp. x-K>2. Ouvrage attribué à M. Devoyon par l'abbé De La Porte, Barbier. A. Du Boys, etc., sans contradiction de personne, au moins que je sache.
îî. — Traitr d" la perfection ecclésiastique, divisé en Irois parties, par un Directeur de séminaire; A Lyon, chei la veuve Delaroche h Fils, rue Mercière, à l'Occasion, 17'iT, LJin-LJ: i. 1, pp. s n-430; i. il, pp. iv-364 et vui-136. — Examinons d'abord, el d'un peu près, cette première édition que d'éminents bibliographes paraissent, ou D'avoir pas eue entre
M. DEVOYOX 439
les mains, ou n'avoir pas considérée dans tous ses détails. Le titre annonce que l'ouvrage est « divisé en trois parties ».
La première, qui n'est pas autrement indiquée, occupe tout le premier volume; la seconde, annoncée à la page 1 du tome deuxième, s'étend jusqu'à la page 364. Au bas de cette page, et à droite, sont imprimés, en forme de rappel, les mots, La Vie, qui sont les premiers du titre placé au sommet de la page 1 : La Vie de M. Santerre, prestre d'Orléans. Mais cette page est précédée, d'abord d'un feuillet blanc, au recto duquel sont imprimés ces mots : Traité de la perfection ecclésiastique; Troisième partie; puis d'un Avertissement paginé m-vin, absolument comme dans l'édition de La Vie de M. Santerre, imprimée en 1747, et décrite plus haut. En outre, le caractère typographique de La Vie, différent de celui du Traité, est tout à fait semblable à celui de La Vie, première édition : il en est de même du papier; ainsi des pages (viii-136) et des lignes, qui concordent toutes et en tous points : bref, la troisième partie du Traité est formée par l'adjonction pure et simple de La Vie de M. Santerre imprimée et vendue séparément à Lyon par la veuve Delaroche, après y avoir été rattachée et en quelque façon soudée de la façon que nous venons de voir; ce qui prouve déjà suffisamment, ce semble, que leur réunion dans» un même volume n'est pas le simple fait d'un relieur.
Cela posé, et M. Devoyon étant d'ailleurs, comme nous l'avons dit, l'auteur incontesté de La Vie de M. Santerre, il s'ensuit, direz-vous, que M. Devoyon est également l'auteur du Traité. — D'autres avant vous, parait-il, avaient raisonné de même, et ils s'y croyaient sans doute autorisés par cette raison que M. Devoyon était bien « Directeur de séminaire », et directeur à Lyon, où s'imprimoit le Traité, non « à Orléans », comme M. A. Du Boys le dit par erreur. Mais un Avis du libraire, imprimé en tête de l'édition de 17o9, contredit cette conclusion. « Plusieurs personnes, y est-il dit, ont attribué ce Traité à un ancien directeur de séminaire, qui n'en étoit pas l'auteur. C'est uniquement au Père Delon, de la Compagnie de Jésus, que le public en est redevable. 11 le
i'iO BIBLIOTHÈQUE SCLPICIENXE
mit au jour l'an 17'i7, sous Io nom d'un Directeur de séminaire ». (Le libraire ajoute en note : « Le P. Belon a effectivement été Directeur d'un séminaire en Provence »). « Cette première édition étant épuisée depuis longtemps, un ecclésiastique a entrepris celle-ci. Il l'a augmentée de plusieurs chapitres, et de plusieurs Discours prononcés dans des conférences ecclésiastiques ».
Soit, dirons-nous à notre tour : mais le libraire, Lyonnais comme la veuve Delaroche et son fils, aurait bien dû nous expliquer : 1° comment le P. Belon est l'unique auteur d'un Traité... divisé en trois parties, quand il n'a composé que les deux premières; 2° comment, n'étant pas auteur de la troisième, non seulement il n'a rien fait pour prévenir l'erreur, mais il semble au contraire, sauf l'aveu formel et explicite, avoir tout ménagé pour amener la méprise, jusqu'à faire entrer ce titre, Vie de M. Santerre, dans la table des chapitres du second volume; jusqu'à écrire dans ['Avertissement ces propres paroles : « Après avoir donné aux ecclésiastiques des motifs et des règles de perfection, nous avons cru devoir leur en proposer un modèle en la perso une de M. Santerre. On trouvera dans sa vie de grands exemples de toutes les vertus qui forment les bons prêtres >• (p. i). Voifa un problème que je livre à la sagacité et à l'érudition des bibliographes.
Traité de la Perfection de l'Etat ecclésiastique, ou Considérations sur les. devoirs du Clergé; A Lyon, chez Jean-Marie Druyset, Imprimeur-libraire, Grande rue Mercière, au Soleil d'Or, 17.7.1, -l vol. in- 12, pp. ivi-549, Ï99, sans les labl l'approbation signée Leseigneur ci datée du :'>1 juillet 17."».'i : le privilège esi du ï-l novembre, même année. La dédicace ■< a Monseigneur Jean-Gilles de Coetlosquet, ancien évéque de Limoges el précepteur de Monseigneur le duc de Boi esl signée « Devoyon, chanoine de l'église de Limogea L'Avertissement est, a très peu de chose près, celui de la première édition : on ;i même conservé l'alinéa qui promet la Vif de m. S/nii<-rre, bien qu'elle ne ^"ii dans aucun dw deux volumes. Les additions du nouvel éditeur sonl : dans le
M. DEVOYON i'ii
lomc I, les chapitres V, VI, VII, XIV, XXIII; dans le tome II, les chapitres I, II, VIII; trois Discours prononcés dans des Assemblées d'ecclésiastiques, sur l'Orgueil, sur la Visite des malades, sur le Zèle de S. François de Sales (on lit dans une note, p. 396, que « ce Discours a été fait à Lyon, d'où l'on voit les Alpes »); et enfin quelques « prières et bons propos pour les prêtres et particulièrement pour les pasteurs ».
Traité... ou Considérations sur les devoirs du Clergé; nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée; A Saint-Malo, J. Valais, 1781, 2 in-12, pp. 445, 427. — A Saint-Malo, chez L. et L. H. Hovius, père et fils, imprimeurslibraires, Place Cathédrale; A Rennes, chez Em. G. Blouet, libraire, rue Royale, aux Beaux-Arts, 1781. 2 in-12, pp. ix- 466, 449, sans les tables. La permission d'imprimer, en date du 10 février 1781, est accordée à la condition que cette édition sera absolument conforme à celle qui a été donnée à Lyon en 1759. — A Saint-Malo... ibid. 1782... La même que la précédente. — Bruxelles, Le Charlier, 1793, 2 in-12 (Journal de Feller, juin 1793, p. 163-181). — Traité... du clergé, par le P. Belon, jésuite; Tournai, Casterman, 1834, 2 in-12. — Ibid. id. 1852, 2 in-12, pp. vn-304, 298. Plus complète que celle de 1747, cette édition l'est moins que celle de 1759. — Pérennès dit que le Traité a été réimprimé en 18oo, 2 vol., par les frères Gaume, à Paris.
Devoirs du sacerdoce, ou Traité de la dignité, de la perfection, des obligations, charges, offices et ministère du prêtre catholique, d'après le P. Molina, le P. Delon, Sevoy, Cossart et Auge , P inamont i , le B. Léonard de Port-Maurice, Lhomond, Salvatori , Nardi, Abelhj, Ducasse, Collet, Segneri, le B. Liguori, etc., corrigés conformément à la doctrine des théologiens les plus exacts, par M. l'abbé Mathieu ; Paris, 1837, 3 in-8°.
Die Voilkommenheit des geisi lichen Standes. Oder Betrachlungen ùber die Pflichtën des Clerus. Ans dem Franzôsischen von N. Belon; Regensburg, Manz. 1854, 2 in-8°, pp. 725.
Trattato délia perfezionc dello stato ecclesiastico, ovvero
442 BIBLIOTHÈQUE SULPICIENNB
considerazioni sopra i dovcri del Glcro, trasportatc dcl francese; In Bologna, Nell1 Instituto dclle Scienze. 1790, in-l(i, pp. xvi-447. Une édition antérieure porte : da un direttore di Seminario.
3. — Dissertation sur l'apparition de Samuel. C'est l'article LXXXIII des Nouveaux mémoires d'histoire, de critique et de littérature , par M. l'abbé D'Artigny, Paris, 1752, t. V, p. 338-364. On sait que M. Devoyon a composé cette Dissertation par l'abbé de La Porte {La France littéraire; Paris, 1769, p. 431). L'abbé D'Artigny n'en dit rien : généralement, il est dans ses habitudes d'accepter de toutes mains sans dire merci, quand il ne se fait pas voleur effronté, comme nous l'avons prouvé à l'article Le Clerc.
Voir au tome III la suite de cet article.