M. AZÉGAT
Honoré Azégat ou d'A/égat, clerc du diocèse et de la ville d'Arles, entra au séminaire de Sainl-Sulpicc le 27 novembre 1667. reçut l'ordination de prêtrise le 21 mars 1676. et le
bonnet de docteur le 19 octobpe 1680. Vers le même temps,
il accepta une cure dont il ne tarda pas beaucoup à so décharger. Sur la fin de 1(>H2, ou au commencement de l<"»s:i , il se rendit au séminaire de Viviers pour y enseigner la morale. Après la mort de M. Gouderc, arrivée en L686, M. Azégat s'occupa de faire faire le portrait du défunt, et il composa l'inscription qui se lit au bas. Malgré ses infirmités, il demeura dans le séminaire de Viviers jusqu'en 1712. Il se retira alors dans sa famille, à Arles, et il y mourut au mois de novembre 1722.
Comme professeur de morale, M. Azégat, en 1687, expliquait chaque malin la Somme des Cas de conscience du cardinal Tolet, de la Compagnie de .lésus. M. de La Barmondière, visitant le séminaire de Viviers en mai 1091, conseilla à M. Azégat de dicter des cahiers pour la théologie morale comme on le faisait pour la théologie scolastique. Mais ce projet n'eut pas alors d'exécution, peut-être parce qu'il ne fut pas goûté ;i Paris. En effet, quelques mois seulement après cette visite, M. Tronson écrivait à M. Azégat : « Vous ferez bien de vous contenter, pour vos conférences de morale, d'expliquer Bonal, sans vous fatiguer à composer des écrits ». Plus tard, au moins pendant quelques années a partir de 1720. le séminaire de Viviers revint aux idées de M. de La Barmondière ; car la bibliothèque municipale d'Avignon possède un cours de théologie morale dicté dans ce séminaire, et que le Catalogue des manuscrits d'Avignon (Paris, 1894, t. I. p. 296, n. 187) décrit en ces termes : « Sum//ia theologiœ moralis, <H<-ini<i in Seminario Vivariensi DD. Presbyterorum Sancii Sulpitii ; 1722. Ce cours de théologie, ajoute le Catalogue, a été professé pendant les
année. 1720, 1721 el 1722 ». I n peu plu- loin (p. 298, n 198
le même Catalogue indique comme conservé dans ta même bibliothèque le cours de dogme, «m de théologie scolastique, qui s'enseignait parallèlement dans le même séminaire ■ Sutnma Theologiœ Scolasticœ, dicta ta in Seminario Vivariensi h h. Presbyterorum s. Sulpitii, ab mu,., 1718 e ad annum I7JJ ITjj
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L'ouvrage désigne par M. Tronson sous le nom de Bonal est Le Cours de la Théologie morale, dans lequel les cas de conscience sont amplement enseignez, et la pratique nécessaire aux pasteurs et à toutes sortes de personnes, tant ecclésiastiques que laïques; revu, corrigé et augmenté du Pénitent catéchisé, et d'une table des principales matières; composé par M. Raymond Bonal, prestre, Docteur en Théologie; Huitième édition; Toulouse, 168o, 2 vol. in-12. pp. 666, o92, sans les liminaires et les tables. La septième édition avait paru en 1677. et la première en 1667. (Sur M. Bonal et sa Congrégation, voir une longue note de M. Paillon, Vie de M. Olier; 4" édition, t. III, p. 362-364). En 1708, un anonyme publia des Remarques sur la théologie morale de M. Bonal, qui servent d'additions et d'éclaircissemens aux décisions qu'il a données dans son ouvrage, pour V instruction des ecclésiastiques, par V. D. D. C. V. D. T.; Toulouse, 1708, in-12, pp. 548.
Personne, pensons-nous, même sans l'avoir lue, ne croira entachée de rigorisme la Somme du cardinal Tolet, de la Compagnie de Jésus; ni même, au moins après l'avoir lu, le Cours de la théologie morale de Bonal : l'anonyme cité plus haut lui reproche même de suivre parfois trop les auteurs modernes, et de n'être pas assez sévère en matière d'usure, notamment sur la licéité des trois contrats. Voilà pourtant les auteurs que l'on enseignait dans quelques séminaires de la Compagnie, avec l'approbation formelle et positive de M. Tronson (1).
Et voilà aussi, pour le dire en passant, une nouvelle preuve de la justice avec laquelle M^'r Fèvre et consorts nous accusent de rigorisme et même de jansénisme en morale. « Je ne pense pas, dit-il, qu'on puisse contester l'enseignement rigoriste de Saint-Sulpice » (Doctrines et conduite de Saint- Sulpice; Lettre à M. Icard; Paris, 188(5, in-8", p. 18). /»>;-
(1) Nous avons vu ailleurs (ait. Dolier) qu'au séminaire do Clermont, en 1663, on enseignait la théologie d'Abelly, lequel, selon s. Alphonse de Liguori, est « in re moraliauctor gravis et probabilista, imo classicus ».
gorisie! Mais le probabiliorisle est traité de rigoriste par l'équi-probabiliste, qui, à son tour, est considéré comme rigoriste par le minu-probabiliste ! El cependant, chacun deces trois systèmes est libre dans l'École, <'! aucun particulier n'a droit de le noter d'une censure infamante. 11 y a donc rigorisme el rigorisme. G'esl là un ternie élastique, dont le sens est relatif à un autre ternie, comme v(iu\ de grand el de petit, de long el de court, de lourd el de léger. Si donc on veut ne pas accuser en l'air, il faut d'abord déterminer le sens précis du mol rigorisme. Demandons-le, non pas à un théologien français, — il serait peut-être gallican ou probabilioriste, — mais à un théologien étranger, que le P. Gury qualifie probabilista, vir dodus, inpracticis rébus versa tus, et dont l'ouvrage a même été condamné par les Parlements de Paris et de Toulouse. Voici ce qu'a écrit le P. Claude Lacroix, jésuite, né en 1652 dans le Luxembourg et mort en ITli : — « JanseitixUi' sunt.... \. qui in adminislralione Sacramenti Pœnitentiae aut directione tidelium utuntur regulis fundatis in aliqua ex quinque propositionibus in Jansenio damnalis; quales sunl : Homo peccal etiam in hoc quod aliter lacère non potes t; Contitendi sunl actus cl moins de se graviter mali. si voluntarii sint, quamvis liant sine ulla liherlale indifférence... Rigoristœ sunl. 1. qui sequunlur doctrinas al» Ecclesia oh nimium rigorem reprobatas, quales sunl multas Baianae el pleraeque ah .\lexandro vtll damnatœ, V. g. ha' : [gnorantia invincibilis j u ris naturalis non excusai a peccalo formali; Non licel sequi opinionem vel inter probables probabilissimam; Satisfactio esl praemiltenda absolu-
lioni: (lommunicare non débet, qui needum lialicl aniorcm
Dei purissimum; Omnis actio humana, quœ non esl Dei <lilectio, peccalum est. -. Qui sequuntur doctrinas, quamvis forte needum expresse damnalas, attamen indiscretas rel bumanae infirmitali non accommodas, quales sunl ibsolvi mm debenl qui ordinariè confitenlur Religiosis, nisi totius anterioris vitœ confessiones répétant Quolies qui-- relabitur, signum esl anic. i caruisse vero dolore vel proposito, hinc debel priores confession* • repetere; Pœnilenlia? imponenda
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sunt secundùm rigorem antiquorum canonum; Etiam pro occullis peccatis pœnitentia1 publics sunt peragendaej Etiam prima vice confitens mortale ordinariè non est mox absolvendus; Contritio débet esse dolor non tantùm appreliativè, sed intensive summus; Dispositus non est ad absolulionem, in quo amor Dei castus non praedominatur supra omnes alios affectus actuales et habituales » (R. P. Herman. Busembaum, Societatls Jesu, Theologia moralis, nunc pluribus parti bus aucta à R. P. Claudio Lacroix, Soc. Jesu; editio novissima, diligenter recognita et emendata ab uno ejusdem Societatis Jesu Sacerdote Tbeologo; Colonise, 1748, t. II. p. 384, 385; Lib. VI, Part. % n. 1706, 1707). — nue M'1 lèvre cite donc, avec textes k l'appui authentiques et fidèlement rapportés, nous ne disons pas cent seize, mais seulement deux ou trois membres de la Compagnie de Saint- Sulpice qui aient enseigné et soutenu des propositions identiques ou semblables à celles que le P. Lacroix donne en exemples : tant qu'il ne l'aura pis fait, nous serons en droit de regarder ses qualifications de rigoriste et de janséniste en morale comme des injures aussi gratuites qu'elles sont odieuses. En quoi nous sommes plus bénin que le P. Lacroix lui-même, quoiqu'il appartienne à cette classe de probabilistes qui s'appellent probabilistes bénins, par opposition aux équi-probabilistes qu'ils appellent probabilistes rigides : car, tirant les conclusions qui découlent logiquement des notions qu'il a posées et précisées, le R. P. ajoute : — « Colliges 1. Jansenistas communiter esse Pugoristas, sed non semper contra : undè reprehendendi sunt illi , qui quem audiunt esse rigidum, statim vocani Jansenistam. 2. Eos immérité dici Ricjoristas, qui in administrandis Sacramentis, quantum possunt, tutiora etpœnitentibusniiliorasequuntur, quamvis dil'fieiliora sinl : id enimreprehendendum non est : undè siculi est dicacitas popularis eos vocare scrupulosos, qui conantur exacte et perfectè vivore. il;') dicacitas maligna est eos vocare Jansenistas aut Rigoristas, qui meliora et securiora suadent, dummodô discrète fiât, et Sacramenta per hoc non reddantur fidelibus odiosa. 3. Aliquem possc
esso rigoristam in uno el Laxum ant benignum in altero : dicendus autem erit simpliciter talis vel talis, ab illo, quod plcrumque et ut plurimùm sequitur » (Ibid., p. 385, n. 1710
— Sur l'article de la Morale, la Compagnie de Saint-Sulpice ne demande a ses ennemis qu'une seule chose : c'est qu'ils veuillent bien consentir à la juger d'après ces règles, qu'elle n'a pas faites.