M. DUJARIE
Julien Dujarié naquit le 22 décembre 1832, à Méhoudin, commune du canton de la Ferté-Macé, dans Tarrondissement de Domfront (Orne). Il commença ses études de latin et de grec au collège de Couterne, situé non loin de Méhoudin, en octobre 1843. Cinq ans après (octobre 1848), il entra au petit séminaire de Séez pour y faire sa rhétorique. De là, il passa au grand séminaire de la môme ville, et il y reçut la tonsure et les Ordres-mineurs. Comme il était fort jeune, il alla, en octobre 18r33, professer pendant un an au collège Saint- Charles, fondé cette année-là même à Domfront; puis il rc-
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vint achever son cours de théologie dans la maison où il Tavait commencé : il fut ordonné sous-diacre le 23 décembre 1853, et diacre le i juin 1855. Ses supérieurs renvoyèrent ensuite au séminaire de Saint-Sulpice, où il entra le li octobre 1855, afin qu'il s'y préparât à devenir lui-même directeur au grand séminaire de Séez. Après un an passé à Paris, il fut admis à la Solitude le 18 octobre 1856, et reçut la prêtrise le 20 décembre de cette même année. A la Solitude, M. Paillon, qui y était directeur et connaissait bien le besoin qu'avaient de sujets nos établissements de Baltimore, en parlait souvent à ceux dont il avait la conduite. Sous l'influence de ses paroles, M. Dujarié conçut le projet de consacrer sa vie au petit séminaire de Saint-Charles, établi non loin de Baltimore. Mais des raisons de famille, prévues et dont il espérait triompher plus tard, l'obligèrent à suspendre l'exécution de son dessein et à retourner dans son diocèse.
11 entra donc au grand séminaire de Séez en qualité de directeur (octobre 1857). On lui confia d'abord les cours d'Histoire ecclésiastique et d'hébreu, puis celui d'Écriture- Sainte. Après six années consacrées à ce ministère, auquel il joignait quelquefois celui de la prédication, surtout pendant le temps des vacances, M. Dujarié voulut, pour obtenir une grâce particulière qu'il ne spécifie pas, faire un grand sacrifice. Il résolut donc de partir pour l'Amérique, mais sans prévenir ses parents et ses amis. 11 arriva à Paris le 1" octobre 1863, et de là écrivit, ou plutôt acheva d'écrire une longue lettre d'adieux aux élèves du grand séminaire de Séez. Elle est rapportée par l'auteur de sa Vie ( Vie de Monsieur l'abbé Dujarié, Directeur aux séminaires de Séez et de Baltimore, Aumônier de l'Hospice d'Argentan, par l'abbé Is. Leroy; Paris et Tournai, V^« H. Casterman, 1877, in.8«, p. 47-51).
Le 4 octobre, il quitta Paris; le 6, il était à Liverpool, et prenait place à bord de YAfrica, qui appareillait pour Boston. D'après les calculs du capitaine, il devait arriver vers le 18 octobre; mais un accident terrible fit échouer le vaisseau
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sur les côtes de Terre-Neuve, où les passagers durent attendre qu*un autre navire vint les chercher et les conduire en Amérique. M. Dujarié profita de ce temps pour écrire le jouroil de sa traversée. Son biographe cite la plus grande partie de cette longue lettre adressée aux Directeurs et aux Élèves du grand séminaire de Séez (p. 52-75).
Arrivé à Baltimore le 27 octobre 1863, M. Dujarié se reposa pendant deux jours au séminaire de Sainte-Marie, et le jeudi 29 octobre, il se rendit au petit séminaire de Saint-Charles. Comme il ne connaissait pas encore assez Tanglais pour être aussitôt appliqué à renseignement, il exerça d*abord les fonctions de surveillant; ensuite, il professa le français, le latin jusqu'à la quatrième inclusivement, et même Talgèbre, « classe, dit-il, qu'on lui avait imposée pour la rémission de ses péchés ». De plus, il fut aussi chargé de rédiger la chronique du séminaire de Saint-Charles. Cependant, au mois d'octobre 186), il. fut appelé à professer la Philosophie, puis rÉcriture-Sain,3 au grand séminaire de Baltimore.
La plupart des lettres quil écrivit d'Amérique, soit à ses parents, soit à ses amis, ont été publiées par son biographe ( Vie... p. 75-119). Une d'elles adressée à M. Tabbé Maunoury, professeur au petit séminaire de Séez, datée du 10 mars 1869, et contenant d'intéressants détails sur Tétat actuel du catholicisme en Amérique, fut insérée dans la Semaine catholique du diocèse de Séez, numéro du 1" avril 1869, p. 410-413. 11 y exprimait son désir et son espoir d'envoyer « de temps en temps (les articles » à cette Semaine catholique , dont beaucoup de lecteurs étaient pour lui « de ces amis que l'on n'oublie pas ».
Ilélas! il devait bientôt quitter la terre où il écrivait ces belles promesses. Sa santé ayant exigé quelques mois de repos complet, il revint en France, débarqua au Havre en octobre 1871, alla embrasser son vieux père à Méhoudin, fil le voyage de Rome, et rentra en France au mois de décembre 1871. Mais il avait en lui le germe de la maladie de poitrine qui devait le conduire au tombeau. Aussi ne put-il repartir pour Baltimore à l'époque qu'il s'était fixée. Bien plus, les
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médecins déclarèrent bientôt que, non seulement le malade était hors d'état de repasser l'Atlantique, mais qu'il devait pour un temps indéfini renoncer à l'enseignement. Voulant néanmoins rendre encore les services qui étaient en son pouvoir, il se mit à la disposition de son évéque, et au mois d'août 1872, il fut nommé aumônier de l'hospice d'Argentan.
« Après quelques mois, la santé de M. Dujarié parut se fortifier; et comme la solitude lui créait des loisirs, il en profita pour reprendre ses travaux avec plus d'ardeur. A toute autre étude, il préférait celle de l'Écriture- Sainte. Lorsqu'il était à Saint-Charles, ses occupations multipliées ne l'empêchaient pas de se réserver une heure chaque jour pour la lecture des Livres-saints. Les travaux qu'il fit sur plusieurs points de la Bible, pendant les deux années de santé dont Dieu le laissa jouir à Argentan, pourraient former plusieurs volumes. Il donnait aussi beaucoup de temps à la prédication. Son respect pour la parole sainte était si grand, qu'après vingt ans d'études sur toutes les branches de la science sacrée, il préparait et écrivait ses sermons comme il le faisait en sortant du séminaire » ( Vie de M. l'abbé Dujarié, p. 124, 12S).
Cependant, la maladie qui l'avait empêché de retourner en Amérique continuait, sans qu'il s'en aperçût, son travail destructeur, et au mois d'octobre 1874, il en ressentait de nouvelles atteintes. Le jour de Pâques 1875, il eut encore la consolation de distribuer la sainte communion à sa famille spirituelle d'Argentan. Mais dès le lendemain, il fallut rendre les armes : à dater de ce jour, le ministère sacerdotal était fini pour lui, et sa longue agonie commençait. Enfin, après une série non interrompue de soufi'rances patiemment et même gaiement supportées, après avoir reçu les Sacrements de l'Église avec beaucoup de piété, il s'éteignit doucement le samedi 23 octobre 1875, vers six heures du soir. 11 avait lui-même composé son épitaphe, aussi simple que le monument funèbre sur lequel on devait l'inscrire, aussi simple que l'avait été toute sa vie : « Ici repose le corps de M. l'abbé Julien-Honoré Dujarié, Aumônier de l'Hospice d'Argentan,
décédé à Tàge de 42 ans. — Mon Jésus, miséricorde > ( Vie... p. 135).