‹ Bibliothèque sulpicienne; ou, Histoire littéraire de la Compagnie de Saint-Sulpice (volume 4)Chapitre 27 sur 298 · M. CIQUARD · texte numérisé non relu

M. CIQUARD

François Rousset Ciquard était né à Vicie-Comte, au diocèse de Clermont, le 29 août 1754. Il entra au collège de Billom en 1771, âgé de 17 ans. Après avoir passé six années dans ce collège et achevé ses études jusqu'en philosophie inclusivement, il se chargea de l'éducation d'un enfant appartenant à une famille distinguée du pays, et se rendit à Clermonl-Ferrand avec son élève pour y faire lui-même son cours de théologie. Il y reçut la tonsure des mains de M. de Bonal, évêque de Clermont, le 13 juin 1778. Il se sentit alors fortement attiré vers l'état religieux, et il fit deux fois le pèlerinage de Sept-Fons, où il avait un frère qui était trappiste. Mais quand il fut entré au séminaire de Clermont — ce qui eut lieu le 30 octobre 1779 — la conduite, le genre de vie des directeurs lui plut si fort, qu'il résolut de l'embrasser, dès qu'il serait assuré que telle était la volonté de Dieu. Ordonné prôlrc le 22 décembre 1781, il fut envoyé comme vi-

M. GIQUARD 61

Caire dans une paroisse desservie par trois prêtres. Mais les désordres dont il fut le témoin et le peu de régularité du clergé lui inspirèrent un dégoût tel, qu^il n'hésita plus à solciter le consentement de son évoque et de sa famille pour entrer à Saint-Sulpice. Sa prière ayant été exaucée, il partit pour Paris le 4 mai 1782 : quatre jours après, il entrait à la Solitude. Il la quittait, le 5 mars de Tannée suivante, pour aller à Montréal en Canada.

« Aussitôt qu'il fut arrivé, le gouverneur anglais Haldimand le fit redescendre à Québec, et Tenvoya à la Malbaie pour y attendre un bâtiment qui devait le reconduire en Europe. Il déserta à travers les bois et retourna à Montréal. Le Gouverneur le renvoya chercher et le lit prisonnier. 11 fut conduit à Tile du Bic, quarante lieues en bas de Québec, sous bonne garde, d'où il fut transporté en Angleterre » (Essai de bibliographie canadienne, par Philéas Gagnon; Québec, 1893, in-8*, p. 564). M. Ciquard revint ensuite à Paris, et rentra au séminaire de Saint-Sulpice, le 20 septembre 1783.

Au mois de septembre 1784, il fut envoyé, en qualité de directeur, au grand séminaire de Bourges; trois mois après, il passa en qualité d'économe au petit séminaire, et y demeura jusqu'à la Révolution. Son refus de prêter serment à la Constitution civile du Clergé l'ayant fait expulser par Tévêque constitutionnel, ainsi que ses confrères, sur le désir que lui en exprima M. Émery à la fm de février 1792, il partit pour l'Amérique, avec MM. Richard et Maréchal, le 9 avril de la même année.

En lui donnant ses pouvoirs, l'évêque de Baltimore lui dit qu'il l'envoyait dans des missions bien pauvres, et où il aurait à endurer beaucoup de fatigues, de privations et de peines. C'est ce que M. Ciquard éprouva en effet à Passamaquody, à Pénobscot — où il composa en langue sauvage un recueil de prières et un catéchisme, — à Madaw^aska et ailleurs. Car son apostolat s'exerça en plusieurs lieux : sur les confins de la Nouvelle-Angleterre, dans l'État du Maine et dans le Nouveau-Brunswick, parmi les pieux enfants de la tribu des Abénakis, si célèbres par leur foi et par les maux

qu'ils endurèrent pour leur foi, sous la domination anglaise. M. Ciquard retourna enfin à Montréal; et après y avoir exercé divers emplois, soit au séminaire, soit à la paroisse et dans les Communautés, il mourut d*une attaque de paralysie, muni de tous les sacrements de TÉglise, le 28 septembre 1824, âgé de 70 ans.

Cfr. Notice sur M. François Ciquard, Prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice, Missionnaire aux États-Unis et au Canada, par M. Philpin, p. 621-717 de ses Vies de quelques membres de la Compagnie de Saint-Sulpice qui ont été en^ voyés dans les missions des États-Unis, à l'époque de la Révolution française,

1. — J. M. J. Portrait d'un Missionnaire apostolique, par M. Ciquard, Missionnaire de Memram-Koucq, province de la Nouvelle-Ecosse; A Québec, imprimé h la Nouvelle imprimerie, n' 19, 1810, in-12, pp. 24.

A. — Mémoires de M, François Rousset Ciquard, 1 volume. 11 y raconte ses voyages et ses missions avec une grande simplicité, mais avec beaucoup de prolixité et d'incorrection de style. Autrefois conservé au séminaire de Montréal, ce manuscrit est aujourd'hui possédé par le séminaire de Saint-Sulpice de Paris. Celui de Montréal en a une copie.

D. — V Essai de bibliographie canadienne cité plus haut dit (p. 564) que l'auteur, M. Philéas Gagnon, a de M. Ciquard une lettre signée de sa main, et datée de Montréal le 16 mai 1823. Elle ne remplit qu'une page in-12.

Page 1