M. ROUXEL
Hyacinthe-François-Désiré Rouxel, né le 22 juin 1830 à Valognes, diocèse de Goutances, fit ses études classiques dans le collège de sa ville natale, et son cours de philosophie au petit Séminaire de Mortain. A 18 ans, il entra au grand Séminaire de Goutances, où il acheva sa théologie en 1851. Il fut alors envoyé comme professeur de cinquième au collège de Redon, dirigé par les Eudistes; mais sa vocation n'était pas de « tenir une classe d'enfants ». Après une année de grand cours au Séminaire Saint-Sulpico de Paris et une année de noviciat à la Solitude, il fut ordonné prêtre le 10 juin 1854, Quelques semaines plus tard, il s'embarqua pour l'Amérique, où sa première mission fut au collège Saint-Gharles. Pendant un an, il y enseigna la philosophie et les sciences, en même temps qu'il s'initiait à Tusage de la langue anglaise.
a Sa santé s'étant altérée, il alla à Montréal en novembre 1885, et pendant deux années demeura en convalescence k Notre-Dame, s'employant selon ses forces au ministère paroissial. G'est de septembre 1857 que date son entrée au grand Séminaire, en qualité de professeur d'Écriture-Sainle et de liturgie; mais, jusqu'en 1865, son enseignement, qui changea plusieurs fois d'objet, fut aussi interrompu par plusieurs séjours d'une année à Notre-Dame, encore motivés par le besoin de repos. De 1866 à 1888, il fournit sa plus longue carrière comme professeur de morale : il vint alors passer une année en France, et, k son retour, séjourna une dernière fois k Notre-Dame avant de rentrer, en 1890, au grand Séminaire avec une charge fort allégée; mais en 1890,
le supérieur de Saint -Sulpice ayant dû demander à Montréal de sensibles sacrifices pour constituer le personnel du Séminaire de New-York, M. Rouxel accepta généreusement de reprendre sa classe quotidienne de théologie morale, et il a regardé comme une bénédiction de Tobéissance la sanlé meilleure qui lui permit depuis lors de suffire à cette tâche.
» Pendant sa longue carrière de professeur de morale, M. Rouxel s*est acquis une juste réputation de science théo< logique. On le savait non moins érudit en matière de droit canonique et de liturgie. Aussi, ses élèves, devenus prêtres, lui adressaient-ils, sur toutes ces matières, de nombreuses consultations; et quand il y avait donné ses réponses nettes et précises, aux yeux de presque tous, il y avait chose jugée. Les prêtres et les évêques n'étaient pas seuls à recourir à ses lumières; dans le monde laïque aussi, des personnages importants y ont plus d une fois fait appel ». « Les hommes d'État eux-mêmes le consultaient dans leurs doutes. En plus d'une circonstance, ainsi que le rappelait M^'' Bruchési dans réloge funèbre du défunt, ses décisions furent acceptées comme des arrêts, et le public ignore Vi^ifluence souvent décisive de cet huinble pi^être sur la législation du pays ».
iM. Rouxel mourut le vendredi 5 mai 1899. « Ses obsèques, célébrées le 9 mai à N.-D. de Montréal, furent, selon le mot de M«^' Bruchési, celles d*un prince de l'Église ». « Plus de trois cents prêtres des différents diocèses du Canada et des États- Unis, dit la Semaine religieuse de Montréal, se trouvèrent réunis, par un commun mouvement de respect et de reconnaissance, auprès des dépouilles mortelles du dévoué directeur do leur jeunesse cléricale. Ce tribut d'hommage, unique peut-être en son genre, fut rehaussé par la présence de neuf évêques et des représentants de plusieurs prélats empêchés. Avant l'absoute, M»' de Montréal fit une courte et touchante oraison funèbre du défunt; et l'évêqne de Springlield bénit la fosse de celui qui avait été son pore en Dieu et qui était resté son conseiller et son ami ».
Circulaire nécrologique. — Bulletin trimestriel des anciens élèves de Saint-SulpicCy juillet 18*.K), p. 537-5'i0.