ÉVÈQUE DE MONTPELLIER
Marie-Nicolas Fournier naquit, le 27 décembre 1760, à Gex, ville dépendante alors du diocèse de Genève, et qui fait aujourd'hui partie du diocèse de Belley. Son père, bourgeois et notaire royal, le mit d'abord en pension dans un petit collège tenu par les Carmes de Gex. La vocation du jeune élève au ministère de la prédication s'y révéla bientôt, et d'une façon assez singulière; car, plusieurs fois, étant seul ou se croyant seul dans la chapelle, il montait en chaire, et là, improvisait des sermons qu'il débitait avec autant de feu que s'il avait eu devant lui un nombreux auditoire. En lTT'i ou 1775, M. Émery, dont il était parent, l'emmena avec lui au séminaire Saint-Irénée, à Lyon, et c'est pendant qu'il étudiait dans celte maison que M. Fournier reçut la tonsure cléricale. Le 10 octobre 1778, il entra au petit séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, où il remplit pendant trois années consécutives les fonctions de Maître de, conférences; el après quatre ans d'études théologiques, au fours desquels il ;i\;iit témoigné le désir d'être agrégé à la Compagnie, n'étant encore que bous diacre <'t n'ayani pas atteint l'âge requis pour être ordonné prêtre, il fui envoyé au petil séminaire d'Autun. il y enseigna la Philosophie, et en même temps Be prépara, par des études parallèles, à la prédication, pour laquelle il avail une réelle aptitude el un goûl très prononcé.
i.iiint ensuite retourné au séminaire de Saint- Suipice,
M. Fournier entra en licence, soutint sa Majeure ordinaire le 28 octobre 1785, et fut proclamé premier. Parmi ses nombreux concurrents, cinq devaient, comme lui, occuper en France un siège épiscopal, savoir, MM. : Molin, évoque de Viviers; De Bouille, évêque de Poitiers; Micolon de Guérines, évêque de Nantes; De La P»runière, évêque de Mende; De Poulpiquet Roscanoël, évêque de Quimper; sans compter un nombre égal de futurs vicaires généraux. M. Fournier fut promu au grade de docteur en 1789. Après sa réception, il prononça en latin un remerciment dont le manuscrit autographe est conservé aux archives épiscopales de Montpellier. Il est intitulé : Oratio pro laureà doctorali, in-8" de 6 pages.
Cette même année 1789, M. Labrunie ayant été appelé à la Solitude, M. Fournier alla le remplacer au séminaire d'Orléans dans la chaire de morale. L'évêque l'invita à prêcher dans sa cathédrale le 8 mai 1790, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc. M. Fournier eut un tel succès, que M. de La Tour-du-Pin-Montauban, archevêque d'Auch, qui était présent, fut charmé de l'orateur, et réussit à l'attirer auprès de lui pour en faire son grand vicaire. La Révolution survint bientôt. Tant qu'il le put, M. Fournier resta à son poste de dévouement. Renonçant ensuite à une résistance qui eût été inutile, il chercha un asile à Orléans, dans la maison d'un riche propriétaire avec lequel M. Émery l'avait mis en relation : c'était M. Deloques d'Autroche, connu par ses bonnes œuvres et sa piété plus encore que par ses traductions en vers français des Œuvres d'Horace et de Virgile. Dès qu'il apprit le retour dans son diocèse de l'ancien professeur de son séminaire, l'évêque d'Orléans s'empressa de lui donner le titre et les pouvoirs de vicaire général. M. Fournier passa les mauvais jours de la Révolution près d'Orléans, se montrant sous un déguisement ou se cachant suivant les circonstances, mais offrant toujours dans sa personne le modèle de ce que doit être un prêtre pendant la persécution.
Au mois de septembre 1800, M. Émery réunit dans une
maison située rue Saint-Jacques, à l'enseigne «le la Vache- Noire, quelques jeunes gens qui se destinaient à l'état ecclésiastique. M. Fournier fut alors rappelé d'Orléans pour enseigner la morale dans ce nouveau séminaire. Le petit nombre d'élèves lui laissait le temps de se livrer à la prédication. « Prédicateur populaire et pour ainsi dire dramatique, il rendait sa parole presque palpable par des images sensibles et par des gestes très significatifs, et le peuple accourait en foule. Il aimait à parler des « théophilanthropes » et à les exposer à la risée de tout le monde. Le sujet sur lequel il revenait sans cesse était la Révolution : il en montrait les erreurs et les folies, et peignait à grands traits les maux qu'elle avait faits à la société » {Saurel, p. 54). Ses succès éveillèrent la susceptibilité de Fouché, ministre de la Police; mais les tracasseries qui lui furent suscitées n'arrêtèrent ni le zèle impétueux de l'abbé Fournier, ni la foule des auditeurs qui se pressaient à ses sermons. Enfin, en vertu d'un ordre daté du '.) prairial an IX de la République (29 mai 1801), M. Fournier fut conduit à Ricêtre, comme ayant « l'esprit aliéné au point de compromettre l'ordre public »! Il y fut réellement traité comme tel. Plusieurs mémoires, émanés des vicaires généraux de Paris et du supérieur de Saint-Sulpice, furent envoyés au premier Consul pour obtenir la délivrance du prétendu fou : toutes ces démarches aboutirent seulement à le taire transférer a la citadelle de Turin, prison affectée aux prisonniers politiques cl aux criminels condamnés aux travaux forcés. Enfin, sur la demande de M Fesch, oncle de l'Empereur ci archevêque de Lyon, qui désirail faire prêchera M. Fournier dans sa cathédrale le Carême de 1803, le détenu pul enfin, le ~u janvier, sortir de sa prison, se rendre a Lyon, ci avec l'approbation de M. Êmery, suivre désormais une carrière <>ù il « ferait plus de bien que
dans h' séminaire
L'ancien archevêq l'Auch, M De La Tour-du-Pin-Mon-
lauban, étail devenu évéque de Troyes après le Concordat. Il invita .M. Fournier ;i reprendre auprès de -a personne ses anciennes Fonctions de vicaire général ; el . chose étonnante, le
choix fut approuvé par un décret du premier Consul daté du iw avril 1803 (1).
En 180i, sur la présentation du cardinal Fesch, le vicaire général de Troyes fut nommé chapelain de l'Empereur, lequel, à partir de ce moment, se montra plein de bienveillance envers l'abbé Fournier. Ce nouveau titre lui valut l'honneur de faire partie de la Commission ecclésiastique chargée de préparer le Catéchisme de toutes les églises cathédrales de l'Empire français. « Une fois le travail de la Commission terminé, l'abbé Fournier transmit le catéchisme au Ministre des cultes, en même temps qu'un rapport dans lequel il expliquait les modifications d'ensemble et de détails apportées au formulaire de Bossuet » (Saurel, p. 105). Ce rapport, intitulé Comparaison du Catéchisme national avec celui de Bossuet, a été publié par l'abbé Saurel (ouvrage cité plus loin, p. 159-161). Il faut ajouter, pour l'honneur de M. Fournier et de la Commission, qu'elle ne fut pour rien dans la célèbre leçon VIIe intitulée, Devoirs des
(1) On attribua même à M. De La Tour-du-Pin le fait d'avoir obtenu de Bonaparte la délivrance de l'abbé Fournier. Voici ce qu'on écrivait à Louis XVIII de « Paris, le 16 novembre 1802 : « M. De La Tour-du- Pin, ancien archevêque d'Auch et actuellement successeur de M. de Noë à l'évèché de Troyes, a eu dernièrement avec le premier Consul une conversation digne d'un ministre évangélique. Il lui avait été présenté avec M. de Fontanges, nommé depuis peu à l'évèché d'Autun. Bonaparte leur fit, à l'un et à l'autre, l'accueil le plus distingué, les félicita d'avoir obéi à la voix de l'Église et à celle de la Patrie, et les combla de témoignages d'estime et d'intérêt. « Général, lui répondit M. De La Tour-du-Pin, nous avons longtemps hésité avant de nous rendre; nous avons longtemps douté que ce fût effectivement la voix de l'Église qui nous appelât à de nouvelles fonctions; et, à présent même que nous les avons acceptées, malgré dos répugnances, ce n'est pas sans frayeur et sans un cœur serré de douleur que nous nous voyons engagés dans une route si incertaine et si périlleuse. — Rassurez-vous, Messieurs; si je prends l'engagement de défendre la religion contre tous ses ennemis, comptez sur ma protection assurée el sur la promesse que je fais de souscrire à toutes les demandes que votre zèle pour le bien de l'Église pourra vous inspirer. — J'en ai une à vous adresser dès l'instant, général, et j'y ajoute une telle impur-
sujets, laquelle est l'œuvre du légal Gaprara, d'accord avec Napoléon.
L'année où parut le fameux Catéchisme, M. Four nier fut nommé à l'évêché de Montpellier. Le décret, signé de l'Empereur, est du 15 juillet 180(3. M. Fournier accepta, sur le conseil de M. Émery. Le 23 du même mois, Napoléon appela encore M. Fournier à remplir une des quatre places d'aumôniers dans la grande Aumônerie. L'évêque de Montpellier fut sacré par le cardinal Fesch, dans la chapelle des Tuileries, en même temps que M. Jauffret, évêque de Metz et M. Imberti, évêque d'Autun, le lundi 8 décembre 1806fête de lTmmaculée-Conception de la Très Sainte-Vierge' Le 23 du même mois, W Fournier prit possession de son siège par procureur.
11 arriva dans sa ville épiscopale le 15 janvier 1807, fut complimenté le lendemain par son Chapitre, officia pontificalemenl dans sa cathédrale le dimanche 18, prêcha à la fin de la messe, et quatre jours après, donna son Mandement à l'occasion de son arrivée dans le diocèse et de l'approche
tance que vous me pardonnerez sans doute la chaleur avec laquelle je crois devoir y insister. Il s'agit de me rendre un homme d'un mérite distingué, également recommandable par ses talenset par sa piété, un prêtre dont je connais la vertu depuis sa jeunesse, élevé auprès de moi et sous mes yeux, et auquel je destine une des premières places de mon diocèse. Cet homme est l'abbé Fournier, enfermé à Bicètre il y a deux ans et actuellement détenu à la citadelle de Turin. — D'abord, il n'est point à la citadelle, il est dans un séminaire. — Général, j'attache un intérêt trop vif à son sort pour n'avoir pas pris les renseignemens les plus exacts sur sa position : il est à la citadelle, et, si l'on vous a dit qu'il était dans un séminaire, on vous a trompé. — Mais c'est un fou, un insensé : — il n'y a eu d'insensés que 86S persécuteurs. — il a prêché avec une violence :... — . n a prêché la parole de Dieu. — Il y a mis du moins bien de l'exagération ! — il n'a prêché que la parole de Dieu; c'est de cette manière qu'un la prêche. La bouche des prêtres doil être libre comme la vérité qu'elle ann >nce. Vous exigez donc le retour de l'abbé Fournier! — Oui, général. — Eh bien! vous l'aurez > (Un document inédit sur la période Napoléonienne, publié par m. le Comte Renâcle, dans la Revue des Deux-Mondes, numéro du 1" juin 1899. p. 593. 594),
du Carême. Il s'occupa aussitôt d'établir à Montpellier un grand et un petit séminaire, prêcha dans sa cathédrale le Carême de 1807, visitant en même temps une partie de son diocèse, et prêchant dans toutes les villes et tous les lieux où il donnait la confirmation.
Au commencement de janvier 1810, M. Fournier dut se rendre à Paris pour y remplir ses fonctions d'aumônier de l'Empereur. Le jour du Vendredi-Saint, Napoléon assistait à l'Office avec toute sa Cour, ayant derrière lui son aumônier. Au moment où, après le chant de la Passion, l'officiant invite le peuple à prier Dieu pour le Souverain Pontife (Oremus et pro Beatissimo Papa nostro Pio), l'évêque de Montpellier se penche à l'oreille du monarque et lui dit assez bas : « Sire, ce n'est pas Dieu qu'il faudrait prier pour le Pape; c'est vous » ! (Pie VII était alors prisonnier à Savonne). L'Empereur tourne la tête, et jette sur le prélat un regard sévère qui lui fait comprendre sa témérité. Celui-ci ne se déconcerte pas et attend un moment en silence. Bientôt le célébrant engage les assistants à prier pour le Chef de l'État (Oremus et pro christianissimo Imper atore nostro Napoleone). L'évêque se tourne alors vers les courtisans et, de sa grosse voix, s'écrie : A genoux ! on va prier pour l'Empereur ! Tout le monde tombe à genoux, à l'exemple de l'aumônier, qui pria sans doute un peu pour l'Empereur, et un peu pour lui-même, effrayé qu'il était de sa courageuse naïveté {Biographie universelle de Michaud, art. Fournier).
De retour dans son diocèse après six mois d'absence. M§r Fournier dut encore le quitter l'année suivante pour assister au Concile de 1811. Il fui un des quatre secrétaires de cette Assemblée, et le 15 août, fête de la Saint-Napoléon, jour anniversaire du Concordat et solennité de l'Assomption de la Très Sainte-Vierge, il prêcha, devant l'Empereur et les Pères du Concile, son grand discours sur L'Établissement de la Religion dans le monde. Il débuta par un compliment à l'Empereur, pour effacer un peu la mauvaise impression produite par un mot qui avait failli faire enfermer le prélat au donjon de Vincennes. « Les Conciles ne décident pas sur des
cas hypothétiques, mais sur des cas réels » : telle avait été la réponse de l'évoque de Montpellier aux évoques qui demandaient si, dans le cas où il n'existerait point de Pape depuis dix ans, le Concile ne serait pas compétent pour conférer aux métropolitains le droit d'instituer les évoques.
Le Concordat de 1817 ayant rétabli l'archevêché de Narbonne, Msr Fournier fut promu à ce nouveau siège, en dédommagement de l'amoindrissement du diocèse de Montpellier, auquel on enlevait tout le département du Tarn et tout l'ancien diocèse de Béziers. Mais pour les raisons que l'on sait, ce Concordat ne fut pas mis à exécution, et un bref du 25 août 1819 invita Mer Fournier à s'abstenir de faire usage du bref d'institution canonique qu'il avait reçu pour l'archevêché de Narbonne.
Au milieu du mois de janvier 1820, le prélat se rendit de nouveau à Paris. Il faisait partie d'une Commission d'évoqués nommés à l'effet de rechercher les moyens de rétablir l'ancienne Sorbonne. Cette Commission n'ayant pu réussir à ressusciter la maison des hautes études ecclésiastiques, passa à l'examen du livre de Lamennais qui venait de paraître : La Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. M. Fournier fut chargé de faire un rapport sur ce sujet, et son travail servit de base à la Déclaration du 3 avril L826. Celle-ci fut rédigée par M. Frayssinous, ministre des cultes, et signée de 14 Cardinaux, Archevêques ou Évoques, présents à Paris, auxquels vinrent bientôt se joindre les adhésions d'environ soixante autres prélats français.
Rentré dans son diocèse, M. Fournier n'en sortit plus, et il continua, comme auparavant, à l'administrer en véritable évéque. Cependant, en L834, les ennuis el les tracasseries qu'il eut a endurer de la part des autorités civiles avaient altéré considérablement sa santé, déjà bien éprouvée par les labeurs d'un épiscopal de vingt-huit ans. Nonobstant cela, il voulut visiter encore une fois ses ouailles, et suivre ave< prêtres les exercices d'une retraite pastorale. Enfin, après deui mois de cruelles alternatives, le dimanche matin 28 décembre 1834, le pieux évéque éprouva un long évanouis*
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sèment accompagné de souffrances 1res aiguës. La nuit du dimanche au lundi se passa dans de grandes douleurs. Alors, « craignant de succomber avant l'arrivée de tout secours spirituel, et se rappelant sans doute la circonstance où, dans sa prison de Bicêtre, il avait reçu des hosties consacrées pour s'en communier au moment du danger, l'évêque prend une de ces résolutions généreuses qui, venue de lui, n'étonna personne. Il se lève, se traîne à la tribune de sa chapelle, voisine de sa chambre, prend les Espèces Eucharistiques et s'administre lui-même le viatique des mourants » (Saurel, p. 507, 508). Quelques heures après, les grands vicaires et le confesseur du prélat arrivent, et lui proposent la réception des derniers sacrements, au moins pour l'édification publique. « Oui, oui, répond Msr Fournier, édifions jusqu'à la fin ». 11 rendit le dernier soupir le lundi 29 décembre 1834; l'avant-veille, il avait terminé sa 74° année, et était au moment de s'imposer les plus grands sacrifices pour embellir sa cathédrale. Son corps fut enseveli dans le caveau destiné à la sépulture des évêques de Montpellier, situé sous le maitreautel de la cathédrale. Sur son tombeau, on a gravé l'épitaphe suivante : — D. 0. M. et piœ memorice Illustriss. et Reverendiss. in Christo Patris D. D. Mariœ Nicolai Fournier, Episcopi Montispessulani, patriâ Gesiensis, qui inter condiscipulos Licentiatus Sorbonici primum locum adeptus, mox christianœ veritatis prceco impavidus, contumelias, carceres pro nomine Jesu gaudens perpessus est, ad sedem Monspelliensem evectus, per XX VIII ann. spatium doctrina omnimoda, fervida eloquentia, mira pietate ,paterna sollicitudine, effusa in pauperes caritate enituit; tandem brevi morbo gregi suo ereptus, summo omnium mœrore elatus, venerandis successoribus suis juxta altare majus hujus ecclesiœ appositus est; obiit die XXIX mens. Decemb. ann. MDCCGXXXIV. R. I. P.
Mer Fournier avait été créé baron de l'Empire le 18 mars 1809, chevalier de la Légion d'honneur le 15 août 1810, officier de ce même ordre le 14 octobre 1814, et enfin grand'croix de l'Ordre de Malte en 1818. Mais il avait à
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l'eslime de la postérité des titres plus solides que ces distinctions honorifiques. « Par sa science, dit l'orateur qui prononça son oraison funèbre, il fut la lumière et le défenseur de l'Église; par sa charité, il en fut l'apôtre et le bienfaiteur; par sa science et sa ebarité réunies, une des gloires de notre siècle et l'un des ornements de l'épiscopal » (Ginoulhiac, Oraison funèbre, p. 4). « Bon, dit un de ses confidents intimes, l'abbé do Lunaret, un de ses grands vicaires, simple, affectueux, il n'a pu avoir d'ennemis. Sa conversation était enjouée et pleine d'effusion, sa candeur parfaite, son commerce sûr, sa piété solide et fervente ». Il savait cependant, quand il en était besoin, allier la fermeté à la douceur, comme le prouve cette anecdote, qui intéressera au moins les directeurs de grands séminaires, et que nous empruntons à l'abbé Saurel :
« Au mois de novembre 1824, survint une correspondance assez curieuse entre l'évêque de Montpellier et le cardinal Galeffi, Camerlingue de la sainte Église, qui avait été interné à Lodève en 1814. Nous disons curieuse, à cause de l'insistance du cardinal et de la résistance de l'évêque. Elle avait pour moteur et pour objet un certain abbé Hilarion Héry, de Clermont (Hérault). Les prêtres éminents préposés par M-'r Fournier à la direction du séminaire, pour une raison ou pour une autre, n'avaient pas jugé à propos d'appeler aux Ordres ce jeune homme, qui cependant avait déjà passe plusieurs années dans cette maison d'études ecclésiastiques. I D conséquence, après en avoir référé au prélat, ils l'avaient renvoyé de leur établissement. L'expulsé prit le parti que suivent ordinairement 1rs gens de cette catégorie; il se rendit à Rome, espéranl pouvoir parvenir sans trop de difficulté au Bacerdoce. Arrivé dans la Ville Éternelle, il s'y conduisit d'une façon tout à fait exemplaire, s'appliqu rieusement a l'étude, donna «les soins à Ils* le Comte d'.\r. genteau (entré depuit peu dans l'état ecclésiastique) «'t des leçons de langue française ■ un neveu du cardinal Galeffi.
Sur l'avis de ce prince de l'Église, un certificat de bonne conduite délivré par !«• P. Rosaven, prêtre assistant de la
Compagnie de Jésus, fut expédié par le P. Ghabrier, Pénitencier français à Saint- Pierre, à l'abbé de Lunaret, vicaire général de l'évêque de Montpellier, à l'effet de demander des lettres dimissoires en faveur du jeune étudiant en théologie. On ne répondit pas. Le Cardinal camerlingue écrit alors directement au chef du diocèse lui-même, lui fait le plus grand éloge du Clermontais, vante ses qualités précieuses, la bonté de son jugement, sa perspicacité, ses connaissances, la solidité de sa vocation, et demande de nouveau les dimissoires, c'est-à-dire la permission de lui conférer les Ordres.
» Un mois après, le Cardinal recevait un pli de l'évêché; mais de toute autre nature que le pli attendu. Au lieu de lettres dimissoires, on lui avait expédié un Exeai ! Étonné de ce procédé, l'illustre solliciteur écrit de nouveau à l'évêque, ne lui dissimule pas sa surprise d'un renvoi aussi absolu, aussi sec, et dont le laconisme était de nature à faire suspecter quelque motif à la défaveur de son protégé, qui cependant, par sa conduite, méritait les plus grands éloges. Une note confidentielle lui fait enfin connaître une des raisons pour lesquelles les directeurs du séminaire n'avaient pas osé présenter l'élève à la réception des Ordres : c'est que, durant plusieurs années, il avait témoigné «peu d'amour pour la théologie » ! — Cet obstacle a disparu; le Cardinal reconnaît dans le jeune Héry un grand amour pour l'étude et beaucoup de connaissances acquises. Le P. Ghabrier, Pénitencier de Saint-Pierre, lui a souvent proposé des questions embarrassantes que M. Héry a toujours résolues sans difficulté. « Je n'ai encore pu le prendre en défaut sur rien, disait le Pénitencier; c'est un jeune homme de beaucoup de savoir ». De plus, le cardinal Galefli l'avait envoyé à l'examen chez le Cardinal-vicaire, comme il est d'usage; il satisfit parfaitement et reçut des éloges flatteurs. Le Camerlingue, pensant donc ne plus avoir devant lui les anciens motifs d'exclusion prononcés contre son protégé, lui conféra les saints Ordres.
» Après son élévation au sacerdoce, l'abbé Héry voulut
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rentrer dans son ancien diocèse; mais M*" Fournier tinl bon et ne consentit jamais à le recevoir; et bien il fit !
» Ignorant sans doute ces faits, un peu oblitérés par les ans, M«r Thibault, successeur immédiat de M«r Fournier, reçut l'abbé Iléry et lui confia la paroisse de Vendargues, non loin de Montpellier. Étant curé de ce village, Héry se mit en relation directe avec Michel Yintras, dont on connaît l'histoire et les erreurs; il devint, pour le diocèse de Montpellier, chef attitré de la prétendue Œuvre de la Miséricorde, grand pontife des illuminés; ce qui lui valut un interdit en bonne et due forme de la part de celui-là même qui l'avait accueilli. Il cessa de porter l'habit ecclésiastique et, en dehors des choses de sa secte, se faisait appeler d'un nom autre que le sien. Un de ses voisins, le vénérable chanoine M. Escant, curé de Saint-Brès, n'avait pas voulu « éteindre la mèche qui fumait encore », et, mù par une charité intelligente, avait continué ses relations avec lui. Il fut amplement récompensé de sa patience et de son zèle; il eut le bonheur de le ramener à la vérité et au devoir, et obtint de lui une rétractation écrite et signée de sa main, qu'il porta lui-même et qu'il remit à M- Le Courtier, successeur de M-r Thibault. L'ex-curé de Vendargues mourut réconcilié avec Dieu et avec ['Église catholique » (Saurel, p. ifiï. '.<■>:>..
Cfr. Marie-Nicolas Fournier, écêque de Montpellier, par l'abbé Ferdinand Saurel; dans les Mémoires de la section des Lettres de V Académie des Sciences et Lettres de Montpellier; Montpellier. Charles Boehn^ 1890-1892, in-'» . p. :!'.•• 536. Excellente et complète monographie, d'après laquelle
nous avons rédigé h^quissr qu'on vient de lire, cl dressé la
bibliographie suivante, en la complétant sur quelques points. — Depéry, Notice sur M. Fournier, décédé évéque de Montpellier; Montpellier, Seguin, 1835, in-s . Elle avail d'abord paru dans L'Occitanique, journal de Montpellier. — L'Ami delà Religion, 9 el 18 janvier I*:;:,. t. 83, p. 117-110, 244-240 D'après l'abbé Saurel. le second de ces deui articles aurait été fourni par l'abbé de Lunaret. Ils ont reparu, un peu mo-
ditiés, sous la signature de M. Picot, dans la Biographie universelle de Michaud, art. Fournier, et dans La France Pontificale de Fisquet; diocèse de Montpellier, in-8\ p. 302- 313. — Ginoulhiac, Oraison funèbre de Msr Marie-Xicolas Fournier, évêque de Montpellier; Montpellier, Seguin, 1835, in-8°. V. L'Ami de la Religion, 29 mars 1835, t. LXXX1V, p. 385, 38G. — Alboise (E.), Etudes contemporaines ; Marie- Nicolas Fournier de la Contamine , évêque de Montpellier, dans La Cite de Castres, numéros des 3, 10 et 17 septembre 1843. — Gosselin, Vie de M. Émemj, Paris, 1862, 2 in-8». — L. de La Roque, Bibliographie de Montpellier; Les évêques de Montpellier, dans Y Union nationale, journal de Montpellier. — Boucassert, Histoire du siège épiscopal de Maguelone et de Montpellier; Montpellier, Martel, 1876, in-12. — Crozes, Le diocèse d'Albi, ses évêques et ses archevêques; Albi, Larrieu, 1878, in-12. — Méric, Histoire de M. Emery et de V Eglise de France pendant l'Empire; Paris, 1895, t. II.
1. — Conclusiones philosophicœ ex logica, metaphysica, morali... Has Thèses, Deo duce et auspice Dei-para, tueri conabuntur, pro actu publico {suivent les noms des treize jeunes champions)... Arbiter erit Nicolaus Fournier, Subdiaconus et philosophie Professor... In aula minoris Seminarii Augustodunensis, die (sic) mensis juîii, horis matutinis et vesperlinis; .Edua3, typis Pétri Philippi Dejussieu; grande planche, gravée chez Hecquet, à Paris.
2. — Quœstio theologica. Quis heri, hodiè, ipse et in secula? Hebr. XIII, 8. — Deus Oplimus, etc. — « Has thèses, Deo duce et auspice Dei-para, etc., tueri conabitur Maria-Nicolaus Fournier, presbiter Genevensis, ejusdem Sacra' Facultatis Parisiensis Baccalaureus thcologus. die veneris vigesima octava mensis octobris, anno Domini M. DCG. LXXXV, ab octava matutina ad sextam vespertinam. In Sorbonia, pro Majore ordinaria. Grande planche, gravée et imprimée chez Hecquet, à Paris.
3. — Suppléments au Missel et au Bréviaire, pour les anciens diocèses de Montpellier, de Béziers, d'Agde, etc.
*k. — Réimpression des anciens Catéchismes, et nolam-