LUCOTTE
Lettre de Abel Hugo à Adolphe Trébuchet (1).
Paris, 20 avril 1820.
MON CHER ADOLPHE
Nous n'avons tardé si longtemps à répondre à l’aimable iettre que nous avons reçue que parce que nous désirions envoyer à Nantes un exemplaire du premier volume du Conservateur littéraire, la poste refusant de se charger des livraisons séparées. Il accompagne cette léttre.
En vérité, mon cher cousin, je suis bien embarrassé pour la commencer, j'écris à mon cousin, si j'écrivais collectivement à mes cousins je serais moins empêché, mais ici l'expression me manque. Pour des parents, pour des amis, vous me semble trop cérémonieux, je prends donc le parti de t'écrire comme si je t'eusse déjà vu et pour commencer, je te dirai que ta lettre nous a fait à mes frères et à moi le plus vif plaisir, plaisir qu'ils se proposent eux-mêmes de te témoigner.
Nous avons toujours désiré beaucoup connaître des parents dont notre mère ne nous a jamais parlé qu'avec éloge, et tu ne nous aurais pas écrit le premier que nous aurions saisi l’occasion du Conservateur pour faire connaissance avec toi ; on est si heureux de trouver des amis parmi les personnes qu'attachent déjà à nous les liens du sang.
J'écris à mon oncle pour le prier d’accepter aussi un exemplaire du Conservateur, (si le Journal de Paris, tout ministériel qu'il est, mérite quelque confiance dans ses assertions), il s'occupe quelquefois de sciences et de littérature, je désire donc que cet ouvrage lui soit agréable. L'autre exemplaire t'es destiné et tu auras bien la petite complaisance de le prêter à tes sœurs, que je te prie d'assurer de mon amitié.
(4) Le Figaro, 12 mai 1886, en a donné quelques lignes que nous avons mises entre crochets. A cette lettre était jointe une lettre de Victor qu'on trouve très incomplète dans la Correspondance 1815-1835, pp. 6-7. Le Figaro, en la reproduisant, n’a commis qu’une faute insignifiante.
APPENDICE
[Tu vas faire ton droit à Rennes, l'Ecole y est, dit-on, bien libérale ;: j'aimerais mieux te voir étudier à Paris pour deux raisons 1°parce que les royalistes y sont en assez grand nombre], 2° pour une raison que je n'ai pas besoin de te dire.
Je te souhaite néanmoins à Rennes tout le succès possible dans tes études.
Si tu as quelques petites commissions à Paris, tu me prouveras en m'en chargeant que tu attaches quelque prix à mon amitié. Je réclamerai de toi le même service si j'avais quelque chose à demander à Rennes ou à Nantes, des livres par exemple.
Tu n'as pas la même raison que nous pour faire attendre ta réponse, j'espère donc la recevoir bientôt, la mienne suivra promptement.
En attendant que je puisse te le dire de vive voix crois moi
Ton sincère ami, ABEL HUGo.
Lettre de Eugène Hugo à Adolphe Trébuchet.
Inédite.
Avril ou mai 1820.
MoN CHER COUSIN,
Vous ne sauriez croire avec quelle joie nous avons reçu votre lettre et combien nous en avons été touchés ; il est si doux de se sentir attaché par de nouveaux liens à la terre et de voir que nous ne sommes pas encore tout à fait seuls dans cette grande solitude de la société humaine.
Vous nous offrez votre amitié, brave jeune homme, ah! nous l’acceptons avec bien de la joie, non pas comme une vaine formalité de convenance et de politesse, mais comme un noble traité d’alliance afin de nous aider à traverser courageusement la vie, ainsi qu'il convient entre gens qui s’estiment et à qui le méme sang coule dans les veines.
Vous nous parlez de nos travaux littéraires, vous êtes bien bon de nommer
cela des succès ; du. moins vous n'y voyez qu'une chose, le plaisir que cela peut causer à maman, ah! mon cher Adolphe, nous sommes frères.
Ecoutez, écrivez nous souvent, non pas à tous, cela est si froid, mais à chacun, tantôt à l'un tantôt à l'autre, afin que nous puissions nous connaître et que nous n’ayons rien à nous apprendre le jour où il nous sera permis de nous voir.
Et vos sœurs, nos aimables cousines, assurez-les bien de notre sincère affection, et surtout cette grande Mademoiselle Joséphine qui écrit si bien, diteslui que nous n'avons jamais oublié son aimable lettre de 1815, et que dans les diverses situations où nous sommes trou-
vés à cette époque, un de nos plus grands regrets a été de ne pouvoir y répondre.
Veuillez, mon cher Adolphe, assurer notre oncle et /notre tante de notre respectueux attachement et surtout être l’interprète auprès de notre tante des vœux sincères que nous formons pour le rétablissement de sa santé.
Adieu.
Votre ami, E. HuGo.
P.S. Maman fait ses compliments à
mon oncle et à toute sa famille, dans quelques jours elle lui répondra en détail.
Lettre de Abel Hugo à Adolphe Trébuchet. Inédite (4).
Paris 25 mai 1820.
Maman dit, mon cher Adolphe, qu'il ne faut pas assommer les gens de ses lettres, je suis loin d’être de son avis sur ce point ; mais j'attendais qu'elle écrivit à ton père pour vous répondre à tous les deux. Elle doit le faire de jour en jour et se propose même d'écrire très longuement mais dans l'incertitude du jour
(4) Elle était accompagnée d'une lettre de Victor qu'on trouve dans le Figaro, 12 mai 1886.
où elle commencera sa lettre je me décide à la faire précéder de la mienne.
Mes frères, mon cher Adolphe, n’ont pas été moins sensibles à tes louanges qu'à ton amitié, l'approbation de ses amis est beaucoup dans le monde et fait plus de plaisir que les éloges d'un étranger, quoiqu'elle soit souvent moins désintéressée ; car l'amitié aveugle parfois. Au reste, ce n’est pas à moi à me répandre en modestie pour mes frères et tout ce que je puis te dire c’est que nous devons toujours un grand plaisir au Conservateur puisqu'il a pu approcher l'époque où nous avons commencé à correspondre avec de si bons parents.
Je t'ai envoyé un exemplaire du premier volume et si je ne t’ai point encore adressé des livraisons du second. c’est qu'il faut que j'attende la fin du volume pour en faire partir par la poste de non timbrés. Ainsi tu ne perdras rien pour attendre. Tu auras vu par la xitIe livraison que mon oncle a du recevoir, que Victor avait eu cette année un prix à Toulouse, Eugène n'avait point concouru. La pièce couronnée est insérée dans la XIVe qui suivra de près cette lettre. Tu nous parles d’aller à Nantes ; si les desseins de maman sont mis à exécution, vous la verrez probablement avec mes frères avant la fin de l’année ; quant à moi, il me faudra sans doute mettre encore ce voyage au nombre des vœux que j'aurai faits et qui n'auront pas été remplis.
J'irai peut-être dans la Vendée, peutêtre avant la fin de l’année, car sait-on ce qui peut arriver, alors je ferai connaissance avec ces braves Vendéens sur lesquels tu promets des détails à Victor et alors tu peux compter que je ne négligerai pas le plaisir d'aller embrasser des parents que j'aime déjà tant ; mais tout en désirant de vous voir je désire bien que ce voyage dans la Vendée n'ait pas lieu, ce qui'se décidera sans doute avant peu.
Je finis ici ma lettre, parce que Victor veut t'ajouter quelques mots ; Monsieur Eugène me charge de te présen- Ler ses respects et moi je t'embrasse en te chargeant d’embrasser pour moi toute ta famille. A HUGO.
APPENDICE
Lettre de Abel Hugo à Adolphe Trébuchet. Inédite (4). F
Paris 29 mai 1820.
Mon cher Adolphe, tu connaissais l’inquiétude que cause le danger d'une mère, malheureux tu connais la douleur de l’avoir perdue, tu nous demandes des consolations, mon cher ami, hélas! quelles consolations pouvons nous te donner autres que les larmes que nous répandrons avec toi. Tu n'as plus de mère, pauvre Adolphe, et des consolations n’apaiseront pas ta douleur. Il faut savoir la supporter toute pesante qu’elle soit. Tu dois montrer plus de courage que tes sœurs qui sont femmes et ce ne sont pas des larmes qu'attend ta bienheureuse mère. Elle attend plus de toi, tu nous demandes des consolations et tu en dois à ton père qui ne vit plus que pour ses enfants, tu en dois à tes sœurs auxquelles tu montreras l'exemple de la résignation. Tu pleureras ta mère dans la solitude et devant elles tu dévoreras tes larmes pour arrêter les leurs pour ne pas appeler celles de ton père. O mon ami, sois courageux, tu entres dans la vie par le chemin des douleurs, marches-y d’un pas ferme puisque tu n’es pas seul. Travaille, porte à ta mère l'hommage de tes :succès, aie sans cesse présent à ta mémoire les principes .de saine morale et de probité qu'elle t’a donnés. Fais le bien et pense qu’en faisant bien tu fais plaisir à ta mère absente. Tu ne te consoleras pas plus facilement mais tu auras plus de forces contre la douleur. Le souvenir de ta bonne mère sera pour toi un talisman précieux qui te fera traverser sans faillir les orages de la jeunesse et quand tu seras embarrassé de ce que tu devras faire, pense à ce que t'aurait conseillé ta mère et fais-le.
Enfin mon ami, songe que si elle n’est plus présente à tes yeux, elle n’en suit
(4) Victor joignit une lettre à celle d’Abel. Le Figaro l’a donnée (12 mai 1886). On en trouve aussi des fragments dans la Correspondance 1815-1835,
pp. 7-8.
te
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pas moins et de pius près toutes tes actions applaudissant à toutes les bonnes, et heureuse de la vertu de son fils.
Adieu, mon ami, embrasse tes sœurs pour moi et crois qu'il est impossible de prendre plus de part à votre malheur que vos parents de Paris.
Ton cousin,
AMFUGO.
Eugène t'écrira demain.
Lettre de Abel Hugo à Adolphe Trébuchet, 4, place Delorme à Nantes. Inédite (4).
Paris. 11 juillet 1820.
Je prends la lettre de Victor pour t'y ajouter un mot d'amitié. Ton voyage nous a vivement intéressés et ces messieurs se proposent de le renouveler avec toi lorsqu'ils auront le bonheur de vous embrasser. En attendant continue toujours à les entretenir de vos environs pour qu’au moins à leur voyage, ils n’y soient pas tout à fait étrangers, d’ailleurs, pour moi qui ne verrai pas de sitôt la Vendée vos descriptions vivantes m'y transportent en idée et je partage vos excursions sans en partager les fatigues. Mr. Decaze est enfin parti, son départ a coûté beaucoup à arracher, on craignait qu'il n'eût pas lieu, enfin, il est parti, bon voyage.
Je ne t'écris pas longuement, parce que si J'ai bonne mémoire, ta prochaine lettre m'appartiendra et alors je me réserve pour la réponse. En attendant je te prie de présenter mes respects à mon oncle et d’embrasser toute la famille pour moi.
Mon tcousin.et ami, A.MFUGO:
(1) Cette lettre est comme encadrée par deux lettres de Victor. On les trouve avec quelques fautes dans le Figaro du 12 mai 1886 et dans la Correspondance 1815-1835 (pp. 9-11) mais là elles sont très. incomplètes.
Lettre de Eugène Hugo à Adolphe Trébuchet, 1 place Delorme (1). ’
Paris, 4 aoul 1820.
MON CHER ADOLPHE
Nous avons lu avec bien du plaisir ta dernière lettre, (car tu sens bien que, quoique particulières, tes lettres nous sont communes) la description que tu nous fais de l’abbaye de la Meilleraye nous a vivement intéressés ; continue, mon cher Adolphe, le plus souvent qu'il te sera possible à nous donner ainsi des détails’ sur notre seconde patrie, en attendant que nous puissions la parcourir avec toi :
ne t’effraie pas de cette idée que nous sommes Parisiens et que l'aspect des mer-
veilles de la grande ville a dû nous dégoûter du reste du monde; ce n’est certes pas à nous, à peine sortis des
bancs, à te faire les honneurs des pompes de Paris, il est probable que ceux qui y vivent, s’y amusent, mais sois persuadé que si nous soupirons après un moment, c’est après celui, où nous quit-
terons tout ce fracas pour aller goûter auprès de vous les déiices de la campagne.
[Nous avons reçu dernièrement deux excellents homards que vous nous avez envoyés ; ils étaient encore très frais | ; nous ne savons comment remercier notre oncle de. ses bontés et de ses attentions.
Maman compte lui écrire incessamment, elle n’en n’est empêchée que par les embarras du déménagement dans lequel elle se trouve depuis quinze jours.
Quant à Ja politique, l'érat de Paris est assez tranquille ; le gouvernement a.
fait un pas vers le côté droit ; Mr. Benoît, l’ami intime de Mr. de Chateaubriant a été sur le point d'être nommé Ministre de l'Intérieur ; on ne peut cependant se dissimuler que les libéraux ne travaillent la populace : une grande partie des jeunes gens de l'école de Droit et de Médecine se répandent dans les cabarets avec les
(1) Cinq à six lignes de cette lettre ont été rcproduites dans le Figaro du 12 mai 1886.
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soldats et tâchent de les engager dans léur parti; si les libéraux ont le dessous dans les élections, il est probable qu'ils parviendront à soulever quelques légions auxquelles ils feront proclamer la constitution des cent jours ; tel est du moins leur espoir, et le gouvernement ne peut guère s’y opposer qu'en changeant fré-
:quemment les troupes de garnison.
Il vient d’éclater il y a trois ou quatre jours un horrible incendie dans les magasins de Bercy ; les journaux vous en auront donné probablement les détails, mais je ne crois pas qu'ils vous instruisent des bruits qui courent sur la cause de ce désastre.
Il paraîté constant "que lesfeu- a été mis ; les journaux annoncent même qu'on a arrêté des incendiaires. Les gens du port prétendent que c’est la compagnie d'assurances qui à fait faire le coup pour jeter l’effroi parmi les propriétaires non assurés ; ils s'appuient sur le nombre des incendies qui est considérablement augmenté depuis l'établissement de cette compagnie ; cependant je tiens d’un commis de Mr. Thory lui-même, que la compa-
gnie d'assurances n'avait assuré que pour 60.0000 francs de batimens et avait refusé d'assurer les marchandises.
Il paraît plus sensé de croire ceux qui prétendent que c’est l’entrepôt des vins de Paris qui a fait mettre le feu. En
effet, sous Bonaparte, il était décidé qu'il hvaurait pas demmagasins à Bercy, et que tous les marchands de Paris seraient forcés d’entreposer à la halle aux vins ; le Roi ayant ensuite permis de bâtir des magasins hors des barrières, la halle aux vins est devenue inutile et l’administration a été ruinée.
Au reste, il faut espérer qu'il n’en sera pas cette fois-ci comme de l'incendie de l’Odéon ; trop de personnes sont intéressées à ‘découvrir la vérité, pour qu'il soit permis à l'intrigue et à l'intérêt d’en étouffer encore une fois les indices.
Adieu, mon cher Adolphe, nous désirerions bien pouvoir aller cet automne en Bretagne ; mais nous désirerions bien aussi que tu vinsses cet hiver faire ton droit avec nous à Paris.
Ton affectionné cousin, E. Huco.
Présente nos respects à notre oncle et assure tes frères et ta sœur de notre affection.
Ecris nous si tu ne reçois pas exactement le Conservateur littéraire. [Nous vous envoyons six exemplaires d’une Ode que Victor vient d'adresser à Mr. de Cha-
teaubriand ; elle a été insérée dans le Conservateur], mais il en a fait tirer quelques exemplaires pour ses amis et
les académiciens de sa connaissance.
J'oubliais de te dire de ne plus nous écrire à notre ancienne adresse, mais à celle-ci : Madame Hugo, rue Mézières, No 10, faubourg St-Germain.
Lettre de Monsieur Trébuchet à son fils Adolphe chez Madame Hugo, rue Mézières n° 10. Inédite.
Nantes, 18 novembre 1820.
Nous avons reçu lundi, mon cher Adoiphe, ta lettre qui nous apprend ton heureuse arrivée et l'accueil si affectueux que tu as reçu de nos bons parents de Paris.
Nous avons lu et relu ces premiers détails de ton voyage ; chacun de nous a été touché des expressions de ta tendresse et pénétré de reconnaissance des marques d'intérêt et d'amitié qu’on t'a données. Tous nos parents et nos amis à qui j'ai communiqué ta lettre, ont aussi été enchantés de recevoir de tes nouvelles, particulièrement la famille Delajarriette, la famille Cosson, Mr. Delair, etc., etc. Les demoiselles Cosson et Mademoiselle Gergaud, ont passé dimanche dernier la soirée avec ta sœur et nous avons beaucoup parlé de toi.
Le 14 de ce mois, j'ai chargé au roulage accéléré, à l'adresse de ma sœur, une caisse contenant dés pommes, des châtaignes et du beurre, et pesant 50 kilos. Cette caisse arrivera le 21 ausoir, à Passy, barrière de Paris, chez Monsieur Pasteau, commissionnaire, entrepositaire de Mr Bonjour. Les caisses expédiées pour Paris, s'arrêtent maintenant aux barrières, pour être ouvertes et visitées. Pour
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éviter s’il est possible l’ouverture de celle que Je vous ai envoyée, ou du moins pour assister à cette opération, il est nécessaire que tu te trouves, ou un de tes cousins à la barrière de Passy, dans la journée du 22. Dans ta première lettre tu me marqueras si les objets qu'elle renferme sont arrivés en bon état. Tu diras à ta tante de mettre les châtaignes à l'air, au soleil et même à la chaleur du feu pour les faire sécher et les conserver. Informe-moi aussi, si tu as reçu le paquet que je t’ai adressé par l’intermédiaire de Monsieur Thibault, il contenait une lettre de moi et les exemplaires des Odes de Victor.
Monsieur Richer ayant entendu faire l'éloge de la relation de ton voyage à la Trappe, m'a demandé la livraison du Conservateur qui la contient. Il s'occupe d’un ouvrage sur cette abbaye et 1l réunit tout ce qui s’y rapporte.
Tu as sûrement connaissance déjà de la nomination de Mr le Comte Humbert de Sesmaisons et de Mr Revelière à la Chambre des Députés. Ils ont été élus à une grande majorité et au 1e tour de scrutin. Cette nomination a été accueillie dans-Je-collège. par le cri de Vive le Roi! Vive les Bourbons! Elle a été aussi apprise avec joie par le plus grand nombre des habitants de Nantes. Le soir l'enthousiasme a éclaté au spectacle en présence de Mr le Marquis de Lauriston, président du collège, qui s'y était rendu accompagné des nouveaux députés, du Lieut. Gal de la Division, du Préfet, du Maire, etc. Une loge magnifiquement décorée de draperies et d'emblèmes avait été préparée. On donnait Adélaïde Duguesclin et le Berceau du Duc de Bordeaux. Toutes les allusions à la naissance de ce prince, l’espoir de la France, ont été applaudies avec transport, malgré l’opposition d'une poignée de factieux qui ont eu assez d'audace pour siffler au commencement du spectacle les passages qui faisaient l'éloge de la famille de nos Rois: mais enfin ils ont été comprimés par la masse et forcés de se taire.
Tu sauras aussi môn.cher Adolphe, que les libéraux après avoir diné chez Mr. Colas, Ngt., se sont rendus, ayant Mr
Haudaudine à leur Saint-Aïignan, lui faire hommage d'une coupe d’or en témoignage de leur reconnaissance d’avoir défendu ce qu'ils appellent la liberté et les droits du peuple.
La Révolution nous a appris ce qu'ils entendent par liberté et droits du peuple.
On commencera lundi, 27 novembre 1820, rue des Bons Enfants, N° 3, maison Silvestre, la vente des livres de la bibliothèque de Mr. XXX... Le vendredi
tête, chez Mr de
suivant, premier ‘décembre, se vendront, SAVOIr :
No 911 du Catalogue. —-- Histoire de
France avant Clovis, par Laureau, Paris 178928 n-12 br.
No 912 du Catalogue. — Histoire des Français de St-Grégoire de Tours ; traduction de Marolle, Paris, 1668, 2 vol.
in-8, bas.
Depuis long tems Je désire ces deux ouvrages, particulièrement l'Aistoire des français de St-Grégoire de Tours qu'on ne trouve plus aujourd'hui. Informe toi du prix réel de cet ouvrage, rends-toi à la vente le jour que je t'indique, et tâche de l'avoir à un prix raisonnable.
Le samedi 25 novembre on vendra aussi, dans le même lieu, un livre porté au No 584 du Catalogue, de Mr D..t, et intitulé Usages et Mœurs des Français, par Poullin de Eumina, Paris 1769 in HE
Fais aussi en sorte de l'acheter à un prix raisonnable. Tu me feras connaître le montant de ces différents livres, et je te le ferai toucher par la première occasion. N'oublie pas d'écrire à Mr le Préfet pour le remercier de ses bontés pour toi, et pense aussi à m'instruire du résultat de tes démarches pour Auguste.
Nous attendons une lettre de toi après demain. Je t'écrirai dans 10 ou 12 Jours — Joséphine te donnera de nos nouvelles la semaine prochaine. Je te ferai passer sa lettre par l'intermédiaire de Mr Fhibault ou de Mr Allegret.
Continue, mon cher enfant, à me donner des détails sur tout ce qui t’arrivera ou t'intéressera à Paris. Es-tu installé à l’école de Droit? Y as-tu des connaissances ?. des amis? Les professeurs te plaisent-ils ? Es-tu content de
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l'accueil que tu as reçu de Mr ? Ne
me cache rien. Que je connaisse tes pro-
jets, tes désirs, tes plaisirs, tes besoins.
Ouvre moi toujours ton cœur, mon cher Adolphe. Ton père doit posséder ton entière confiance. Tu trouveras toujours en lui un ami plein de sollicitude pour ton bonheur, et qui, pour l’assurer te donnera les conseils de l'amitié et de l’expérience. Laisse-toi aussi diriger par ta tante. Tu sais tout ce que je t'ai dit à cet égard ; elle doit, comme moi, avoir ta tendresse et ton entière confiance.
Tous ceux qui te connaissent t’embrassent et te font mille amitiés. Mais personne ne t'embrasse plus tendrement que ton père.