CONCLUSIONS
Après avoir résumé aussi fidèlement et aussi complètement que possible les divers travaux relatifs à la biochimie du poisson, il nous reste en manière de conclusion à essayer de grouper sous quelques chefs. les notions générales qui se dégagent de ces observations multiples.
Il nous semble que l’on peut ainsi réunir les faits :
1° Un certain nombre d’observations paraissent être l’expression chimique d’une adaptation aux conditions mécaniques de la vie aquatique. Elles refletent les différents modes auxquels s’est pliée la vie de relation. Teis sont l’augmentation du phosphagène dans les muscles les plus souvent utilisés, l’accroissement de la glycémie chez les espèces les plus actives, enfin l’efficacité plus grande de telle ou telle diastase selon le type alimentaire. C’est l’adaptation au sens Lamarckien du mot, celle que Cope appelle cytogénique.
Les faits observés ne sont que l’expression primitive, chimique, d’un développement progressif des organes, de ce que Le Dantec appelle Passimilation fonctionnelle.
2° Un bien plus grand nombre d’observations répondent à des exigences « climatiques », à des con-
ditions physiques, chimiques ou physico-chimiques, du milieu aquatique.
L'adaptation à l’eau douce conditionne le plus grand nombre de ces faits. Elle se marque par des caractères spéciaux des lipides, une valeur particulière du A sanguin conditionné chez les téléostéens par une modification ionique, chez les élasmobranches par une diminution de l’urée sanguine. Dans tous les cas, on observe une augmentation de la réserve alcaline qui répond à une instabilité plus grande du pH du milieu extérieur et une modification des possibilités respiratoires qui s’efforcent de pallier aux grandes variations en oxygène des eaux fluviales.
Cette adaptation lente, qui s’est réalisée pendant les temps géologiques, peut quelquefois chez certains poissons faire place à une adaptation rapide qui n’exige que quelques jours pour être parfaite. Le mécanisme en a été détaillé. C’est le passage de l’eau douce à l’eau salée des euryhalins. Ce mécanisme est différent de celui des adaptations lentes. C’est ainsi que chez l’anguille qui passe de l’eau douce à l’eau salée, le À ne se hausse jamais jusqu’au niveau de celui des poissons marins. Une certaine résistance présentée par le mucus de la peau contre l’invasion du milieu extérieur fait que l’animal d’eau douce n’accepte jamais complètement la formule chimique des poissons marins.
3° Après avoir ainsi expliqué une partie des caractères, on serait heureux de dégager les éléments les plus spécifiques du groupe des poissons. Les bases
zoologiques de la classification n’ont pas malheureusement une équivalence chimique claire. Nous savons mal, par exemple, pourquoi les chordés ont un tissu qui se différencie en une chorde et nous ne savons pas non plus comment chimiquement ou plutôt physico-chimiquement se fait cette différenciation. Si la limite inférieure du groupe se traduit par quelques différences récemment dégagées (présence d’érythrocruorine et de globuline à poids moléculaire spécial chez les cyclostomes), par contre la limite supérieure avec les batraciens n’est encore marquée par aucune différence chimique bien nette.
4 La distinction à lintérieur du groupe des poissons entre les divers sous-groupes est chimiquement plus nette :
a) La différenciation entre les élasmobranches et les téléostéens est facile. C’est un métabolisme des nucléoprotéides différent dans l’un et l’autre cas, une réserve alcaline plus élevée chez les téléostéens, un plus grand nombre de globules rouges dans ce sousgroupe, une réalisation différente de l’équilibre osmotique, une répartition non comparable des ions.
b) Les dipneustres avec leur adaptation spéciale à une vie aérienne à métabolisme diminué, constituent eux aussi un sous-ordre bien à part.
5° Les différences chimiques entre les espèces sont elles aussi nombreuses. C’est un état oxydoréducteur spécial qui va chez les squales jusqu'à la production de carbures d'hydrogène comme élément de réserve. C’est, par exemple, une richesse particulière en protéines et spécialement en sérine chez les apodes.
Telles sont les conclusions générales auxquelles on doit se borner si l’on veut limiter le sujet à l’étude des poissons. L'intérêt serait grand de comparer ce groupe aux autres vertébrés, mais nous devons savoir nous borner au programme que nous nous sommes
fixé.
Vu: Vu :
Le Doyen, Le Président de la Thèse, JEAN LEPINE. V. CORDIER,
Vu et permis d'imprimer :
Lyon, le 3 Mai 1941