‹ Biographie-bibliographie du BriançonnaisChapitre 13 sur 36 · Observation d'environ sept cents espèces d'Hymé · texte numérisé non relu

Observation d'environ sept cents espèces d'Hymé

noptères parasites observées par le docteur Giraud. Publication confiée aux soins de M. le docteur Laboulbène et de M. Lichtenstein.

« Pendant son séjour à Vienne, le docteur Giraud avait consacré beaucoup de temps et de soins à recueillir des matériaux pour une Monographie des Cynipides d'Europe, et il avait fait exécuter de très beaux dessins de la plupart de leurs galles. Ce travail, qui eût été un véritable monument scientifique, n'a pu être publié à cause des longues souffrances qui minaient la santé de l'auteur, et,

disons-le aussi, à cause de la modestie du docteur Giraud qui, toujours aussi sévère pour lui-même qu'il était bienveillant pour les autres, ne trouvait jamais ses recherches complètes et hésitait longtemps avant de les livrer à la publicité ; c'est ce qui explique pourquoi, malgré les matériaux si intéressants qu'il possédait, ses mémoires n'ont pas été plus nombreux. » (Note de M. Léon Fairmaire.)

c Pendant mon séjour à Vienne, j'avais consacré beaucoup de temps et de soins pour une monographie des Cynipides d'Europe, et j'avais fait exécuter de très beaux dessins de la plupart de leurs galles. Ce travail n'a pu être poursuivi à cause des longues souffrances qui ont détruit ma santé.

c Ma collection d'Hyménoptères fait maintenant partie de celle du Muséum d'histoire naturelle de Paris auquel j'en ai fait don. » (Note auto-biographique du docteur Giraud.)

GIRAUD (Etienne), dominicain.

C'est dans VHistoire du diocèse d'Embrun, du curé Albert, que l'on trouve une courte mention du P. Giraud. Il en parle en ces termes :

c Le P. Etienne Giraud, de Tordre de Saint-Dominique, <i natif du village de la Pisse, s'était acquis la réputation « d'un savant théologien. Il avait enseigné vingt ans la « Philosophie et la Théologie à Salamanque, avec dis- « tinction. Il vint ensuite enseigner à Vienne, en France,

< toujours avec la même célébrité. Il fut fait provincial c de son ordre en la province de Provence. On lui donna

< le doctorat comme par force, qu'il n'accepta que par c obéissance pour ses supérieurs. Il finit ensuite ses

c jours à Gap, après la peste de 1629, où il eut beaucoup c à souffrir de la part de son prieur, qui n'avait aucun « égard pour lui. » ^

GUILLE (Augustin).

Guille (Augustin), né à Saint-Martin-de-Queyriëre, représenta le Briançonnais aux états du Dauphiné de 1613 et 1614. Dans un mémoire dressé avec talent et clarté, il exposa les droits, les réclamations et les voeux du Briançonnais. Ce mémoire, ms. remis à M. Gariel par M. Fauché-Prunelle et dont j'avais pris connaissance, a été égaré. Malgré les obligeantes recherches de M. Edmond Maignien, Térudit bibliothécaire de Grenoble, il n'a pu être retrouvé.

GUILLE (Sébastien).

Né à Saint-Martin-de-Queyrière, le 19 janvier 1757, décédé le 21 floréal an IX de la République française (10 mai 1801).

C'est, je crois, Ernest Arndt qui a dit quelque part : ff Contre la concussion, contre l'improbité, contre la calomnie que ta bouche soit de fer. »

L'énergie de celui qui regarde comme loi de conscience ce mâle précepte doit être à la hauteur de sa droiture. Démasquer et traduire devant l'opinion publique, poursuivre devant les organes de la justice, les concussionnaires, les prévaricateurs, les usuriers, c'est ameuter contre soi une bande redoutable de gens de réputation équivoque, de calomniateurs habiles, de malfaiteurs frap*

* Histoire du diocèse d'Embrun, t. I, pp. 310-311.

— sapant dans l*ombre, habiles à se dérober. Pas de pire bassesse que celle d'Une âme envahie par la convoitise effrénée, de l'argent.

Sébastien Guille éprouva, dans le cours de son existence, combien cette courageuse mission de redresseur des torts comporte d'épreuves douloureuses et de réels dangers. Fils de Jean-Louis Guille, secrétaire-greffier de la communauté de Saint-Martin-de-Queyrières, il avait, pu constater et dénoncer des détournements de deniers publics opérés par trois anciens administrateurs de la communauté. Exaspéré par cette révélation d'un acte malhonnête et par la restitution à laquelle il avait été contraint, l'un de ces gérants infidèles des deniers communaux, accusa Sébastien Guille et son frère Louis d'une tentative d'assassinat sur sa personne, à la date du 14 janvier 1783, la nuit, sur le grand chemin. Le vibailly de Briançon, dont Sébastien Guille s'était vanté d'avoir fait réduire les épices par le Parlement dans un procès antérieur, déclara, par sentence du 24 janvier 1784, les frères GuUle soupçonnés !! d'avoir attenté à la vie d'Antoine P. D. et en réparation les condamna à trois ans d* absence et aux frais des procédures.

Les frères Guille interjetèrent appel de cette sentence. Uiie longue détention des deux inculpés dans les prisons de la ville de Briançon précéda et suivit cette étrange décision.

Devant le Parlement, les frères Guille démontrèrent

jusqu'à l'évidence, qu'ils avaient été victimes d'une odieuse

machination. La sentence du vibailly fut mise à néant

par arrêt du 30 septembre 1784. Les irères Guille furent

déchargés de l'accusation portée contre eux. La Cour

leur réserva toute action en dommages-intérêts. Cette

action, ils Tintentèrent, et leur cause, plaidée en 1785 par l'éloquent avocat Achard de Germane, triompha devant le Parlement. (Voir Mémoire pour Sébastien et Louis Guille, in-4», 155 p., Grenoble, 1784, et S** mémoire, 23 p. in-4«,1785, Grenoble, Bibliothèque publique de Grenoble, tome 38, n« 935 ; tome 44, n» 108î2. Collection des factums Gariel.)

Cette persécution, au cours de laquelle Sébastien Guille révéla de remarquables qualités d'énergie, d'intelligence, de fmesse montagnarde, mit en relief sa personnalité dans le Briançonnais. Il obtint des provisions de notaire à Saint-Martin-de-Queyrières le 20 décembre 1786. Il fut élu consul de la communauté de Saint-Martin-de-Queyrières en 1788 et, la même année, député à l'assemblée de Romans. Acquis par ses études, par sa haine contre l'arbitraire dont l'abus déconsidérait à ses yeux certaines institutions sociales, aux principes de la Révolution, il en embrassa la grande cause avec ardeur. Uni par la communauté des convictions politiques avec les Briançonnais partisans déclarés des idées nouvelles, Bérard, Blanchard, Charbonnel-Salles et autres, il prit part aux manifestations qui eurent lieu en 1790, lors de la nomination de M. de Clermont-Tonnerre comme chef de la garde nationale de Briançon, nomination qui blessait au vif les mœurs anti-aristocratiques du pays Briançonnais et ses séculaires traditions d'égalité.

Guille fut l'un des plus ardents protestataires contre ce choix impolitique. (Voir mai Biographie du Briançofinais, {cantons de la Grave et du Monêtier-de^ Briançon), pp. 16, 17, 18 — v» Bérard.)

Le 9 juillet 1790, Sébastien Guille fut appelé par les électeurs des Hautes-Alpes, réunis à Chorges, à faire

partie du conseil du département. Pierre Martinon, notaire au Monôtier-de-Briançon, et Sébastien Guille furent les deux premiers élus du Briançonnais.

En 4792, il fut nommé membre du directoire du district de Briançon.

Nommé commissaire pour la levée de 310 hommes de recrutement dans le canton de Briançon, en exécution de la loi du 24 février, Sébastien Guille apporta dans l'exécution de cette tâche difficile autant d'activité que d'intelligence. Ses efforts furent couronnés de succès.

Guille se multipliait, ne reculait devant aucun sacrifice d'argent, devant aucun labeur, aucun péril, quand l'intérêt de là patrie qui parlait haut et noblement dans son coeur, réclamait son dévouement.

Porté au directoire du département, Guille eut à réprimer des abus, à prévenir ou à signaler des concussions, des détournements de deniers publics. De là des inimitiés, des dénonciations anonymes qui trouvèrent créance, en ces temps orageux, auprès du pouvoir central, trop éloigné pour s'assurer de la réalité des choses, trop pressé d'agir alors que la France était menacée des plus formidables périls, assaillie de toutes parts par l'étranger et par les ennemis non moins redoutables de l'intérieur. Guille se vit inopinément, dans les premiers mois de 1793, mis en arrestation et destitué de ses fonctions de notaire. Il se défendit avec éloquence, avec succès. Dans une adresse au Comité du Salut public, il raconta sa vie, ses actes inspirés par un ardent patriotisme, son désintéressement.

Cette autobiographie reçut la certification dans les termes les plus élogieux pour lui de tous ses compatriotes, de ceux qui l'avaient vu à l'œuvre. Le Conseil

général de la commune de Saint-Martin (alors Rochefortede-Queyrières), les administrateurs du district de Briançon, les ïnunicipalités du canton de TÂrgentière, ia Société républicaine populaire de Briançon, tous se portèrent avec empressement les garants de son civisme, rendirent hommage à sa probité, à son désintéressement, à son ferme patriotisme. Guille élargi, réintégré dans ses fonctions de notaire, fut, jusqu'à la fin de sa vie, honoré de ia confiance et de la vive estime de ses cx>mpatriotes.

Tel fut ce citoyen qui refusa toujours toute fonction salariée et donna Texemple du dévouement courageux, du respect de la loi et de la fidélité à ses convictions politiques. Il décéda à Saint-Martin-de-Queyrières, à l'âge de 44 ans, le 11 mai 1801.

^ Sébastien Guille, notaire de Rocheforte-de-Queyrières, district de Briançon, au Comité du Salut public de la Convention nationale et à ses concitoyens. — In-4*», 16 p., à Embrun, Moyse, imprimeur (1793).

A consulter :

Observations sur les manœuvres employées par les agents de Taristocratie pour surpriîndre et égarer le patriotisme de la ville de Briançon. — In-12, 19 p., sans date, ni lieu d'impression (1790).

LÉOTAUD (Vincent).

Léotaud est né dans la Vallouise en 1595. Dès ses plus jeunes années, il révéla un penchant décidé et de rares aptitudes pour les sciences exactes. En 1613, il entra

dans Tordre des Jésuites et fut appelé très jeune à enseigner les mathématiques au collège de Dôle, qui était alors en possession d'une grande renommée par la science des professeurs. Après 14 ans d'enseignement à Dôle, il passa au collège de Lyon et dans les dernières années de sa vie, il se retira à Embrun dans une maison de son ordre. Il mourut dans cette ville le 43 juin 4672.

Ce savant fut d'une surprenante activité d'esprit. L'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la physique, la gnomonique, tels furent les objets multiples de ses études et de ses publications. A ne juger des œuvres de Léotaud qu'à la surface de ses livres (de rarissimes savants pourraient seuls aujourd'hui en juger le fond) on est surpris d'un tel prodigieux labeur. Il s'explique à peine par les longues années consacrées à l'étude par l'auteur (près de 60 ans, de 4643 à 4672). .

Une autre réflexion s'impose. A quelle source ont été puiséâ les frais de ces publications? Ces livres sont des in-4<> volumineux, bourrés de figures de géométrie, de mécanique, d'astronomie. Il fallait que le mérite scientifique de Léotaud fût grand et partout proclamé pour qu'il ait pu mettre au jour, au prix de sommes considérables, des œuvres réservées à un nombre restreint de savants. Peut-être la puissante Compagnie de Jésus s'associa-t-elle par un subside important à des publications dont l'honneur devait rejaillir sur son ordre ; peut-être aussi Léotaud trouva-t-il des Mécènes généreux *? Ce qui autorise la créance à la réalité de cette dernière hypothèse, c'est le fait des dédicaces de chacun de ses livres à des hommes riches et puissants, occupant dans la hiérarchie des détenteurs des pouvoirs publics les situations les plus élevées*

Le livre : Geometricse praticse elementa fut dédié à Jean Boy vin, président au Parlement de Dôle, auteur de : Le Siège de la ville de Dôle (1637).

L*œuvre : Examen drculi quadraturx est dédiée à Hugues de Lionne (nobilissimo et amplissimo Hugoni de Lionne).

Le livre : Cyclomathica seu multiplex circuit conteinjplatio est dédié à Georges d'Aubusson, des comtes de la Feuillade, archevêque et prince d'Embrun.

La Magnetologia est dédiée à François de Ponat, président à mortier au Parlement de Grenoble.

Le beau livre : Institutionum arithmeticai^m libri quatuor est dédié à François de Ghaillot, vibaiily du Brian connais.

Les armoiries des protecteurs s'étalent à la première page de chacun de ces ouvrages.

Ces dédicaces sont de curieuses formules d'adulation envers les hauts personnages auxquels elles s'adressent. C'était le prix de la protection accordée à l'auteur et sans doute aussi des frais, en tout ou en partie, de la venue au jour du hvre. 11 y avait là un contrat tacite auquel personne ne trouvait à redire. Les savants les plus renommés, les hommes de lettres les plus réputés de ce temps, furent soumis à cette épreuve.

Montucla {Histoire des ^fathématiques) parle de Léotaud avec éloge à plusieurs reprises.

Descaries, Huyghens et le père Léotaud avaient prouvé l'erreur de Grégoire de Saint-Vincent qui prétendait avoir démontré la quadrature du cercle.

Les disciples de Grégoire de Saint- Vincent, les pères Ainscom et Sarressa prétendirent que Descaries, Huy-

ghens et Léotaud n'avaient point pris le véritable sens de . leur maître.

c C'était, dit Montucla, ce qu'attendait le père Léotaud c pour porter le dernier coup à )a prétendue quadrature. I II ne restait plus de subterfuge è. ses défenseurs qui ( s'étaient authentiquement expliqués sur le sens dans f lequel il fallait prendre certaines evpressions ambiguës. c Le jésuite dauphinois montra donc clairement qu'en

< les prenant même dans ce sens, il n'en resterait qu'une

< erreur au lieu de la véritable quadrature du cercle. » Montucla, Hist. des mathéni , t. II, pp. 65 ou 77, selon les éditions.

Remarquons, en passant, qu'un siècle avant cette polémique scientifique dans laquelle Léotaud révéla, avec un certain éclat, la puissance de son esprit, un autre Briançonnais, Oronce Fine, avait publié, sur le même sujet, un livre fort admire ; Orontii Finsei quadratura circuit et demonstralwnesvarvB. Paris, 1544.

Le père Léotaud s'était adonné à l'étude de la gnomonjque. Cette science qui fixe les règles de l'établissement des cadrans solaires solarivm, sciolhericum horologium était fort en honneur aux xvi" et xvii" siècles. Née en Chaldée, cultivée en Egypte, chez les Hébreux, en Grèce et à Rome, elle s'était presque perdue au moyen âge. Le jésuite Christophore Clavtus écrivit un TVoite complet sur la gnomonique, publié à Rome, in-f", en ISSl. Jean Voet en 1608, Budowez en 1616, Salomon de Caus en 1624, Jacques Duduiet en 1631, Kircher en 1635, Hume en 1640, Desargues en 1643, avaient, avec plus oii moins de succès, traité le même sujet. Léotaud, contemporain de ces savants, s'était associé à leurs travaux. Guy-Allard (Biblioth. histor. du Dauphiné) rapporte que le savant

Vallouisien laissa à sa mort des instruments gnomoniques.

Léotaud s'occupait aussi d'astronomie. Il écrivit à Juvénis des observations sur une comète apparue en février 1661 ; sa lettre, rapportée par Juvénis dans ses Noies autographes, est datée. d'Kmbrun du 9 février 16G1. (Mss. dont j'ai fait don à la Bibliothèque publique de Grenoble, catalogué sous le n" 7042.)

Quatre ans plus tard, il écrivait encore à François de Ponnat sur l'apparition de deux comètes en décembre 1664 et janvier 1665. (Lettre du 4 mars 1665.)

On peut présumer que Léotaud, dans ses études astronomiques, devait être en collaboration avec Claude Gommiers, chanoine d'Embrun, son contemporain, qui publia, en 1663, son livre : La nouvelle science des comètes.

Le père Vincent Léotaud n'était pas seulement un mathématicien et un astronome, il avait la prétention d'être aussi un architecte. En 1646, il fut question de réparer les murs d'enceinte de la cathédrale de Gap et d'édifier le clocher. L'évêque de Gap, le chapitre et la communauté passèrent une adjudication sur les plans et les dessinsdu P. Vincent Léotaud (acte du 23 février 1646, reçu M« Plauchu, notaire). Raymond Juvenin figure au nombre des membres de la commission. Ses relations avec le P. Léotaud autorisent à penser qu'il ne fut pas étranger au choix de l'architecte.

Quant à l'œuvre et à son mérite architectonique, voici l'opinion de M. Théodore Gauthier* : « N'en déplaise au « R. P. Léotaud, au lieu de coiffer d'un bonnet chinois la

' Lettre vi« sur V Histoire de la ville de Gap.

c tour octogone de l'église cathédrale, il aurait bien plus «droit à notre reconnaissance s*il avait rétabli cette « flèche qui, d'après la tradition, s'élevait à une hauteur € prodigieusef quelque peu en harmonie qu'elle eût été «^ avec l'édifice qui, dès lors, prit la forme arrondie de « l'ordre toscan. >

Léotaud a fait un livre sur les propriétés de l'aimant et leurs diverses applications : Magnetologia, Ce minéral magnétique qui semble appartenir à la famille des êtres oi^^isés, par son pouvoir d'attraction et de répulsion, son action sur les corps animés, a dû être investi souvent, dans les esprits crédules, d'un pouvoir magique. Il a hanté le cerveau des physitiiens, des cosmographes, des géologues plutonistes, des médecins. Les hypothèses les plus variées, les plus aventurées ont été émises sur la nature de ce minéral, sur ses propriétés. Il semble que le dernier mot de la science sur ce sujet est encore à dire.

Voici une appréciation sur le mérite scientifique de Léotaud par Nathaële Sotwel * :

Mathapsi addictus 14 annorum spatio, eam publiée professus est; lanta nominis claritudine est paucos tota Europa, habuerit sibi, suo aevo, in hûc facultate pares. Decessit Ebreduni 13 juin 1672, parata typis moriens reliquit, analemmata seu planispJueria niulliplicia et

alia.

Geometriae Practicae Elementa, ubi de sectionibus conicis habet quaedam insignia. Dolae, apud Antonium Binart, 1631.

' Bibliotheca scriptorum societatiî< Jesu, 1676, in-f". Rom<c.

Curvilineorum Àmœnior contemplatio nec non Examen circuli quadratursB a R. P. Greg. a S. Vincentio Societatis Jesu propositae.

L'autre titre porte : Examen circuli quadraturae hactenûs editarum celeberrimœ quam Apollonius alter, magne illo Pergaeo non minor geometra. R. P. Gregorius a Sancto Vincentio Societatis Jésus exposuit. Àuthore Vincentio Leotaudo Delphinate ejusdem Societatis. Cujus opéra et à tenebris simul emergit olim perelegans et peramœna curvilineorum contemplatio , olim init^ ab Illustrissimo et Reverendissimo D. D. Àrtusio de Lionne. Episcopo et Comité Vapincensi, et abbate Solignacensi, regioque consiliario. Lugduni, apud Guillielmum Barbier, typographum regium, 4654, pp. 416. Pars secunda circuli quadraturae a R. P. Greg. S. Vincentio. Soc. Jesu, propositae, Examen à P. Vincentio Leotaudo Delphinate Soc. ejusdem institutum, pp. 296, s. Tappendix et l'index, 4», avec figures et le portrait de messire Hugues de Lionne.

C'est sans doute l'ouvrage que Stowel cite sous ce titre : Etymon quadraturae Circuli hactenus editorum celeberrimae, quam Gregorius a S. Vincentio exposuit. Lugduni, 4653, 4«.

Cyclomathica seu multiplex circuli contemplatio tribus libris comprehensa. In I quadraturae Examen confîrmatur ac promovetur. — IL Anguli conlingentiae natura exponitur. — IIL Quadraticis facultates inauditae proferuntur Authore Vincentio Leotaudo, Delphinate, Societatis Jesu. Lugduni, Sumptibus Benedicti Coral, in Vico Mercatorio, Sub Signe Victoria?. MDCLXIII, 4°. 40 ff, pp. 234 et 454.

Institutionum arithmeticarum libri quatuor in quibus

omnia quae ad numéros simpiices, fractos, radicales, ac proportionales pertinent Praecepta, clarissimis deraonstrationibus, tum Ârithmeticis, tum Geometricis illustrata traduntur. Authore Vincentio Leotaudo Delphi nate Valloysiano Societatis Jesu. Lugduni, apud Guillielmum Barbier, Typographum Regium 166<), 4», 8 ff, pp. 698,

Magnetologia sive nova de Magneticis Philosophia. Lugduni, Sumptibus [«aurentii Ânisson, 1668, ¥^ pp. 420, fig., ou 1648, selon Lalande, Bibl. Àstron.

Le P. Léotaud laissa plusieurs manuscrits, entre autres: Analemraata Seu planisphaeria multiplicia.

Cette nomenclature des ouvrages du P. Léotaud est celle donnée dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus par Augustin de Hacker. Liège, 1872 in-fo ; l'exactitude en a été contrôlée par nous, en regard des autres bibliographes, Stowel, Rochas, Brunet, etc.

Nous devons signaler cependant chez eux deux omissions :

, 1» Copie d'une lettre écrite par un père Jésuite du collège d'Embrun à M. de Ponnat, conseiller au Parlement de Grenoble, sur le sujet des comètes apparues es mois passés de décembre et de janvier à Grenoble, chez Robert Philippes, imprimeur et libraire, 1665 in-8«, 18 pp. (signée à la fin V. L. (Vincent Léotaud).

Voir : (L'imprimerie, les imprimeurs et les libraires à Grenoble, par Edmond Maignien, p. 207).

2» Copie M. M. d'une lettre adressée à Juvénis.

« Lettre du P. Léotaud sur une comète {sic),

(Notes autographes de Juvénis).

PORTE (Michel).

Michel Porte est cité par les historiens vaudois comme Tun de leurs Barbes ou pasteurs remarquables par leur science et leur piété. Perrin (Histoire des Vaudois, p. 67) fait naître Michel Porte dans la Valiouise sans indiquer la date de sa naissance.

. Léger (Histoire générale des Églises vatidoises, t. I, p. 203) qui italianise le nom de Porte (Michaele Porta), le fait naître dans la vallée de Pragela.

QUEYRAS (Jean-François).

Queyras est né à la Roche en 1805. Il fit ses études à Embrun. Un de ses oncles, Tabbé Queyras, qui était curé à Camaret, petite ville de Tarrondissement d*Orange et qui est mort vicaire général à Avignon, l'appela auprès de lui. M. Tabbé Queyras qui possédait l'estime et l'amitié de M. le marquis Vincens de Causans, demanda et obtint pour son neveu l'emploi de précepteur des deux fils du Marquis.

La famille de Causans, qui habite le château de ce nom, situé sur la commune de Jonquières, à quelques kilomètres d'Orange, est de la plus ancienne et de la meilleure noblesse du Gomtat ; elle s'est toujours distinguée par les plus hautes dignités dans la principauté d'Orange, par l'amour de la science et le culte des lettres. Le colonel Joseph-Louis Vincens de Mauléon de Causans fut, au xviiie siècle, un mathématicien réputé par l'étendue de son savoir et la nature primesautière de son esprit. Jacques Vincens de <^ausans , qui représenta la noblesse de la principauté d'Orange aux états généraux de 4789 et qui devint lieutenant-général et député sous la Restauration , faisait, partie de l'Athénée de

Vaucluse; lié avec le chevalier de Lamanon et le docteur Giiérin d'Avignon, il détermina de concert avec ces savants la hauteur du Mont-Ventôux et y prit part à des expériences barométriques. Dans une telle famille, le jeune précepteur ne pouvait être le bienvenu qu'à la condition de faire acte de savoir et d'aptitude à l'enseignement. Queyras se tira à son honneur de cette épreuve. Pendant sept ans, il dirigea avec succès l'instruction de ses élèves qui , ce laps de temps écoulé, purent entrer dans les premiers rangs des hautes classes du collège royal d'Avignon. M. le marquis Vincens de Gausans, gentilhomme de la plus haute distinction, l'un des deux élèves de Queyras, rendait, ces jours derniers, en présence de l'iin de mes amis, M. Victor Vincent, pleine justice au zèle, à la droiture, à l'aménité, à l'habileté pédagogique de son ancien professeur.

A sa sortie du château de Gausans et après un autre essai d'éducation privée qui avorta par la turbulence de ses élèves, Queyras fut placé, par la toute puissante influence de M. le mai^quis Gausans auprès de M. le baron de Serrières, en qualité d'intendant. A la suite d'une spéculation industrielle dans laquelle Queyras fit preuve d'intelligence et d'activité, spéculation fort lucrative, M. le baron de Serrières fit don à Queyras d'une somme de 40.000 francs.

Il est rare qu'on administre avec sagesse une fortune advenue d'une façon tout à fait inespérée et comme par miracle. Queyras mis en goût d'existence luxueuse et large par ce premier succès, voulut doubler sôn capital et l'aventura dans une affaire de banque qui sombra. Il perdit tout.

Queyras avait une instruction variée et solide, sinon de

premier ordre. Il possédait très bien les langues française^ latine et italienne. Il savait aussi passablement le grec. \ la suite de son revers de fortune, il s'adonna plus spécialement à Tétude approfondie de la géographie, de la cosmographie, de Tarithraétique.

Il publia, soit sous son nom seul, soit de concert avec son ami Maritan (de Névasches) plusieurs traités sur ces matières. Il traduisit aussi les œuvres du cardinal Pecca, le célèbre ministre camerlingue de Pie VII qui avait conseillé au pape la résistance contre Napoléon et lui avait fait signer la bulle d'excommunication de 1809. La traduction de Queyras fut jugée , soit dit en passant, bien supérieure à celles de l'abbé Jamet et de L.Bellaguet. (Opinion de M. Colomb de Batines. Annuaire bibliographique du Dauphiné,)

Ces publications, qui n'étaient pas sans mérite, ne furent pas assez fructueuses pour opérer un retour de fortune. en faveur de Queyras. Sa situation devint de plus en plus embarrassée et difficile. Il connut la misère, mais non l'abandon. Deux de ses compatriotes, voués comme lui à l'enseignement, qui furent jusqu'au bout ses amis, MM. Maritan et Pascal (de Névasches) lui vinrent en aide et M. le marquis de Causans, mis, au dernier moment, au courant de la situation malheureuse de son ancien professeur, lui fit parvenir à Paris un large et généreux secours. Mais le délabrement de la santé et l'affaiblissement des facultés mentales étaient venus à la suite de l'infortune. Queyras mourut à Paris dans le courant de l'année 4855.

Vie de Julius Agricola. La construction du texte et la

■JW »^r

version interlinéaire par J.-F. Queyras. Avignon, Aubanel, i827, in-12.

Géographie des géographies, ou nouveau cours de géographie ancienne et de géographie moderne comparées et pour la première fois mises en regard, avec un traité de cosmographie,— par J.-F. Queyras et Verdier. Paris, Debécourt, Jeanthon, 1837, in-12.

Arithmétique simplifiée , élémentaire et complète , théorique et pratique, générale et commerciale. Notions de géométrie et arpentage, etc. Paris, Poussielgue- Rusand, 1838, in-12.

Autre édition, sous ce titre : Arithmétique populaire, générale et commerciale, pratique et raisonnée. Paris, Ebrard, 1841, in-12, sous le nom d'Eurysaq. (Anagramme de Queyras).

Méthode classique de tenue de livres ou Nouveau traité simpHfié et complet de la tenue des livres en partie simple, double et mixte. Paris, Poussielgue-Rusand, 1839, in-12.

Autre édition, sous ce titre : Méthode simplifiée de la tenue des livres. Paris, E. Belin, 1848, in-18, avec un tableau.

Nouvelle grammaire française élémetitaire et complète, selon les principes de l'Académie, contenant des méthodes et des parties entièrement nouvelles , des exercices gradués d'analyse, un précis de la philosophie des langues, une théorie de la conjugaison qui offre en quelques pages la lexicographie de tous les verbes français, tant réguliers qu'irréguliers, etc. Lyon, Pélagaud et Lesne, 1839, in-12.

Petite géographie élémentaire méthodique, selon les principes de Balbi et la méthode Gauthier. Paris, Belin- Mandaz, 1839, in-18 avec une planche.

(Avec M. Maritan): Nouveau cours de géographie moderne, 4839, in-12.

Nouveau cours de géographie moderne et de géographie ancienne comparées, précédé d'un Traité de cosmographie, de sphère et du calendrier; ainsi que des notions générales sur les principales sciences relatives à la géographie.

Deuxième édition, entièrement refondue et rédigée sur un plan tout à fait nouveau, d'après les traités les plus récents. (Avec M. Maritan). Paris, Belin-Mandar, 1839, in.l2.

La première édition de cet ouvrage a pour titre : Géographie des géographies. (Voir ci dessus).

Géographie ancienne et du moyen âge, présentant les réponses aux questions du baccalauréat ès-Ietlres. Troisième édition, entièrement refondue par J.-F. Queyras et Maritan. Paris, Eug. Belin,1848, in-12.

Mémoires sur le pontificat de Pie VII par le cardinal Pecca, traduits par Queyras. Lyon.

Œuvres complètes du cardmal Pecca, traduites sur l'édition italienne d'Orvieto de 1843 et mises en ordre par M. Queyras, traducteur des premiers mémoires imprimés à Lyon. Édition ornée de deux beaux portraits, 2 tomes. Paris, 1846.

ROSSIGNOL, calligraphe.

La calligraphie n'est plus en honneur aujourd'hui ; on se contente, en écriture, de la lisibilité. On ne cite plus les adeptes de cet art. Mais jusqu'à la fin du xviii^ siècle, les fins maîtres en écriture acquéraient réputation et profits. On citait en France les Bardedor, les Lesgret, les Allais et en Angleterre Œillard. Parmi les calligraphes français, Rossignol était le plus réputé.

Les biographes n'indiquent point le Heu de sa naissance; mais son homonyme le jésuite Rossignol affirme qu'il est né comme lui dans la Vallouise. {Lettres sur la ValUtuise, par M. l'abbé Rossignol, ci-devant jésuite, 1804, Turin, Soffietti, p. 15).

/<â nouveau Dictionnaire historique (1770) doime en ces termes quelques détails sur Rossignol:

« Rossignol, fameux maître écrivain de Paris, mort « d'un excès de travail dans un âge peu avancé en 1736, « fiit employé du temps de la Régence à écrire les billets « de banque. On a gravé d'après ce maître, un des pre-

< miers et peut-être le premier dans son art. Il a été du « moins le plus grand peintre en écriture qu'il y aura

< jamais. Il possédait la plume et la main au souverain

< degré. Maître de ses moindres mouvements, sa marche a était toujours réglée , ses ensembles étaient d'une

< sagesse, d'une simplicité, d'une grâce qu'il est plus « aisé de sentir que de décrire. Les Anglais ont enlevé € une grande partie des pièces de Rossignol, pour 4 lesquelles les Français, trop indifférents pour le bel art a d'écrire, ne marquaient pas assez d'empressement, s

L'art d'écrire nouvellement mis au jour sur les difTérents caractères les plus usités, d'après Rossignol, gr.avé par Le Parraentier. Paris, Chereau s. d. (vers 1750) infol", 29 planches.

Traité d'écriture d'après les modèles du célèbre Rossignol, dirigé par Simonin et gravé par Mole. Paris, Jean, an IX (1801) in-fol" de G pages imprimées et àe 25 planches gravées.

ROSSIGNOL (Jean-Étienne).

Jean-Élienne Rossignol, né au Fanjas, tierce de la Pisseen- Vallouise, s'était acquis, vers le milieu du xvii» siècle, par son intelligence et son instruction, une certaine notoriété dans le Briançonnais. Il partagea, avec Claude Desponts, Thonneur de poursuivre, par devant le Ck)nseil du Roy, le redressement des torts subis par les Briançonnais, ensuite de la violation, par le pouvoii* royal, de la charte du 29 mai 1343. ^

Il fut, en collaboration avec Desponts, en 4641, l'éditeur de la charte et de ses annexes. — (Voir ci-dessus v® Despônts).

ROSSIGNOL (Jean-Étienne), né au Fanjas, commune de la Pisse.

Jean-Étienne Rossignol, deuxième du nom, fils ou petit-fils du précédent, obtint, en 1694, des provisions de châtelain de la Vallouise.

Cette charge était de quelque importance. Les attributions judiciaires qui y étaient attachées en Dauphiné étaient, suivant Salvaing de Boissieu, les suivantes : « Le bas justicier connaît des causes civiles jusques à « GO sols et en beaucoup de lieux des criminelles dont 0 Tamende n'excède pas la même somme. »

Rossignol était depuis deux ans seulement en fonctions, lorsqu'il fut poursuivi, par devant le baillage du Briançonnais et successivement devant le Parlement, pour concussion et prévarication.

Le magistrat qui traduisit le châtelelain concussionnaire devant la justice, était M® Joseph Bertrand, qui fut procureur du Roy au baillage de Briançon et successivement à celui de Grésivaudan.

Jean-Étienne Rossignol soumit au Parlement sa défense en un mémoire de 33 pages in-4<>, signé Vion. L*accusé ne plaide, au fond, que des circonstances atténuantes.

Il semble s'abriter derrière la considération tirée de la minimité de l'argent détourné.

« La plus haute somme qu'on l'accuse d'avoir receu, « sans qu'il y en ait la preuve, ne va qu'à deux louis d'or a neufs et un écu blanc vieux. »

Ce mémoire justificatif ne justifie pas. Il est long et diffus ; la question dominante, la légitimité des actes incriminés, est à peine ébauchée ; les fins de non-recevoir constituent le fond delà discussion. (Bibliothèque publique de Grenoble. — R. 2,395-2,458.) 1699. Arrêt * con- « damnant Jean-Étienne Rossignol, châtelain et greffier « de Vallouise, à 100 livres d'amende envers le Roy et à « une aumône de 200 livres en faveur des pauvres de c ce lieu, pour cause de concussion et de prévarica- € tion dans l'exercice de ses fonctions et le décla- « rant incapable d'exercer aucune charge, avec inc jonction de se défaire, dans six mois, de son office € de châtelain, sous peine de le déclarer vacant aux « parties casuelles du domaine. » (Inventaire sommaire des Archives départementales de Vlsère^ t. I, p. 384.)

Jean-Étienne Rossignol est décédé en sa maison, hameau du Fanjas, le 12 décembre 1709. (Archives des HauteS'Alpes, tome I, p. 68.)

ROSSIGNOL (Jean-Joseph), jésuite.

Né à la Pisse-en-Vallouise, le 3 juillet 1726, le jésuite Rossignol fut un caractère d'une rare originalité. Ses qualités et ses défauts, nets, tranchés, se manifestant en singuliers contrastes, ne reçurent aucune modification.

aucun amendement de l'éducation, du milieu ambiant, de l'expérience de la vie.

Sincérité, fière indépendance même vis-à-vis de la puissante société dont il était membre, mépris de la richesse, dévouement en amitié, mœurs chastes, pauvreté stoïquement acceptée et supportée dans la vieillesse, tels sont les côtés noblesde cette nature.

Vanité puérile poussée aux dernières limites, irascibilité, grossièreté dans le langage et défaut de justice envers les adversaires, provocateur, autoritaire à l'excès, et malgré l'étendue de ses connaissances, d'une crédulité sans bornes en fait de miracles, tels étaient les côtés excentriques et regrettables.

Le trait dominant de ce caractère était l'instinct de combativité dont le penchant primordial n'avait été en rien atténué par l'éducation de la première enfance, â la Roche-de-Rame, auprès d'un grand-père rempli d'une tendresse aveugle et d'une dangereuse condescendance pour les volontés et les caprices de l'enfant.

Durant le cours de sa vie, dès qu'un débat s'élevait dans les temps orageux de la dernière moitié du xvin« siècle, dans le champ si bouleversé de la politique ou des institutions religieuses, dès qu'une controverse se produisait dans la carrière des lettres ou dans celle de la science, Rossignol prenait aussitôt parti et entrait en lice de plein saut. Il se jetait dans la mêlée en soldat intrépide :

Me, me, adsum qui feci ; in me convertite femmt.

Il s'escrimait d'estoc et de taille. Gomme les guerriers de l'épopée homérique, ce rude paysan injuriait, insultait ses adversaires.

Rossignol fut envoyé tout jeune au collège d'Embrun, alors tenu, avec un certain éclat, par les jésuites. Ses études classiques furent marquées par des succès. A leur achèvement, en 1742, il entra dans la Compagnie de Jésus et devint bientôt professeur dans rétablissement où naguère il était élève. Il y enseigna, pendant un certain nombre d'années, la philosophie, l'éloquence et la poésie.

Les connaissances multiples et chaque jour plus étendues du jeune professeur l'avaient signalé à l'attention de sa Compagnie. En 1757, il fut envoyé comme professeur de philosophie au collège des jésuites, à Marseille.

A cette époque. Rossignol résolut de présenter une thèse de omni scibili. C'est à Marseille et non en Pologne, comme l'ont prétendu l'abbé Feller et d'autres biographes à sa suite, que l'épreuve orale devait avoir heu. Mais, malgré tout ce qui a été dit au sujet de cette thèse et de l'immense succès de l'abbé Rossignol, la vérité est qu'elle ne fut point soutenue. Le programme seul en fut étabh. Il nous l'apprend lui-même dans VHisloire de ses œuvres. La Compagnie de Jésus, qui pressentait l'orage précurseur de sa suppression, ne voulait point appeler l'attention publique sur ses actes et sur ses doctrines. Elle interdit l'épreuve orale. L'abbé Rossignol qui avait eu, assure-t-il, le suffrage fort élogieux de Voltaire sur le choix et l'importance des matières à traiter (était-il en garde contre la fine ironie du grand sceptique ?), l'abbé Rossignol résista, s'emporta en un violent courroux, suivant son habitude, menaça la Compagnie d'un procès, et, de guerre lasse, renonça au soutien de la thèse. (Voir Histoire des ceuvres de l'abhé Rossignol.)

La réputation de l'abbé Rossignol avait grandi ; son savoir était réputé dans son Ordre. Les jésuiles de la

Pologne le demandèrent au général de la Compagnie pour opérer dans leurs collèges de la Lithuanie la réformalion des éludes. Rossignol, en suite des ordres reçus, se rendit, en 1761, à Wilna. Il devait y passer quatre ans; mais sa santé fut tellement ébranlée par Teffet du climat et la maladie du catarrus lithuanicus qu*il y contracta, qu'il dut repartir au bout de deux ans, après avoir, néanmoins, suivant son affîrmation, accompli sa mission, organisé avec habileté renseignement, professé lui-môme avec éclat, surtout Taslronomie, et établi un observatoire à Wilna. Ses lettres sur la Pologne sont remplies de curieux détails sur les mœurs, les usages de ses habitants, sur les institutions politiques et administratives. Elles sont écrites avec une bonhomie et une candeur dans la vanité qui rendent supportable Tabus du moi, en cet écrivain essentiellement subjectif.

Les princes Radziwil, Czartoriski, le prince de Varmie, le général Massalki et autres grands personnages l'ont, dit-il, comblé de caresses ; il a voyagé avec un train de prince, et il a résidé à Wilna dans des conditions exceptionnelles de confort et d'opulence féodale. Quels douloureux contrastes, quant aux aisances de la vie, étaient réservés à sa vieillesse ! !

A son retour de la Pologne, Tabbé Rossignol passa quelque temps k Rome pour y rétablir sa santé. Il fut appelé ensuite, en 1764, à Milan, au collège des nobles pour succéder au P. Boskowich dans la chaire de mathématiques. Il demeura dans cette ville jusqu'en 1773, époque à laquelle il rentra en France. Il se fixa à Embrun, dont l'archevêque lui confia la tâche de reformer les études du collège jadis tenu par les jésuites. Il s'employa pendant quinze ans à accomplir cette mission.

A la Révolution, l'abbé Rossignol se montra, au pre mier rang, parmi les adversaires les plus ardents des idées et des institutions nouvelles. Il a raconté lui-même ses démêlés, ses bruyantes querelles avec les Embrunais, ses compatriotes. Ses attaques contre la constitution civile du clergé, déclamations furibondes, ses écrits remplis de sarcasmes et d'injures publiés sous les plus transparents anonymes ou pseudonymes, la paternité des œuvres étant toujours reconnaissable à la raillerie grossière, au ton déclamatoire de l'auteur, avaient excité contre lui l'animadversion publique. Cochojis d'Épicure, arlequins qui paient en bouffonneries et en gambades, chiourmaille philosophique, bande de brigands, bande infâme, telles étaient les aménités prodiguées par lui à ses adversaires.

L'abbé Rossignol a raconté longuement cette phase tourmentée de son existence, cette lutte dont il fut, il faut le dire, sans avoir été à l'origine personnellement mis en cause, le promoteur passionné. M. Adolphe Rochas a reproduit, dans sa Biographie du Dauphiné, toute cette partie de l'autobiographie de l'intraitable jésuite. € Cette longue citation, dit M. Rochas, donnera «« au lecteur une idée de la tournure singulière, nous n allions dire grotesque, que ses lazzis et ses pasquinades 8 donnent trop souvent à ses écrits. »

Nous ne croyons pas utile d'entrer dans le détail de ces scènes populaires dont Rossignol a exagéré le caractère hostile, qu'il a dénommées sa persécution, n'osant pas dire son martyre, et à la suite desquelles il fut expulsé de France. Quand on lit attentivement son récit, on reste convaincu que les Embrunais, s'ils ne furent pas patients jusqu'au bout devant les provocations du fougueux abbé, n'eurent jamais l'intention d'attenter à la personne d'un

homme qu'ils considéraient comme un énergumène peu dangereux.

Cette expulsion eut lieu vers la fin de mai 1792. Le fugitif arriva à Pignerol, où il demeura quelque temps et, dans le mois d'octobre de la même année, alla s'établir à Turin, où il passa le reste de sa vie.

Ces longues années, car l'abbé Rossignol ne mourut, suivant l'affirmation de Colomb de Batines, qu'en 4847, à l'âge de 91 ans, furent consacrées à un travail incessant de composition d'œuvres nouvelles ou de publication, en secondes éditions, des anciennes. Elles furent marquées par la détresse, par la misère de l'infortuné vieillard.

L'abbé Rossignol trouva dans le comte François Melzid'Eril, vice-président, dès 1802, de la République italienne, plus turd duc de Lodi et chancelier garde des sceaux du royaume d'Italie, un protecteur d'une rare générosité. Le comte Melzi, qui avait été l'élève de Rossignol au collège des nobles de Milan, voulut rendre possible une complète édition de ses œuvres en assumant la charge des frais d'impression et de publication. Peutêtre, tout porte à le croire, fit-il quelque tentative pour adoucir la dureté des conditions de l'existence matérielle de son protégé et échoua-t-il devant les refus du fier octogénaire.

Ces œuvres de l'abbé Rossignol, dont l'auteur fait état en termes pompeux dans son autobiographie et qu'il regarda, à coup sûr, comme autant de chefs-d'œuvre, sont, à ce jour, à peu près tombées dans l'oubli. Dans la précipitation qui a présidé à leur naissance (l'à-propos devant être saisi, à tous risques), par les partis pris systématiques, par les argumentations superficielles ou paradoxales, les écrits du P. Rossignol, quelques-uns feuilles

volantes, ou pamphlets écrits de plume rapide plutôt que traités scientifiques, compositions médiocres, sauf peutêtre les œuvres de mathématiques, ces écrits ne devaient pas survivre à leur auteur.

Le temps respecte peti ce qui s'est fait sans lui.

Tel biographe qui a accepté de confiance les appréciations de l'autobiographie du P. Rossignol, n*a pas lu une ligne de ses œuvres.

Parmi ces écrits, il en est un, de longue haleine, la Vie de saint Vincent Février, publiée en 1805, qui témoigne, chez Taulcur, d'un singulier penchant au merveilleux. La crédulité de l'abbé Rossignol dépasse toutes les bornes. C'est avec un imperturbable sérieux qu'il raconte, comme des miracles accomplis par saint Vincent Ferrier, un tas de fadaises, de niaiseries, d'insanités, de nalure à mettre en garde le plus naïf, le plus superstitieux des lecteurs. (Voir; Mon Essai historique : Les Vaudois de la Vallouise.)

La lecture de quelques pages de cet étrange livre de Rossignol qui eût fait sourire dédaigneusement Clément XIV, le pape incrédule aux miracles, fait songer à ce propos de table de Luther : oc Ah ! bon Dieu ! que ne a nous avait-on pas amenés à croire? Y a-t-il quelque € histoire absurde et ridicule à laquelle nous n'ayons c ajouté foi? Le pape voudrait bien nous ramènera ce « temps-là ; il dit qu'il va réunir un concile, mais appli- « quons-nous à la prière et soumettons-nous à la volonté d de Dieu. Si le pape nous condamne, nous le condam- « nerons derechef et nous déclarerons hautement qu'il c est l'antéchrist. >

L'abbé Rossignol conserva dans un âge avïtncé Jusqu'à sa mort peut-être, ses facultés intellectuelles et ses habitudes laborieuses. Voici ce qu'il écrivait de Turin, le 19 décembre 1810, à son cousin Jacques Rossignol, demeurant à Vallouise (lettre autographe qui a été en ma possession) : a Je jouis d'une assez bonne santé; mais un « grand âge est une maladie incurable dont on ne revient « pas. Je continue à travailler avec la même activité c qu'auparavant et me dispose, en même temps, au « grand passage de l'éternité. J'entrerai le 3 juillet dans « mes quatre-vingt-six ans. Cette longue vie me parait € un songe. Ce n'est pas la peine de s'attacher à un € monde qui passe avec la rapidité de l'éclair. >

Malgré ses travers de controversiste atrabilaire, de polémiste turbulent , malgré les écarts où le jetèrent son irascibilité et son inconsciente vanité, le P. Rossignol eut droit à une haute estime. Nul ne la lui refusa, ni amis ni ennemis; ce fut un caractère fortement trempé, incapable de capitulation sur les questions de conscience, ennemi de toute transaction, dédaigneux de tout intérêt personnel, résigné et fort dans l'adversité. S'il ne fut pas un savant de premier ordre, ce que je laisse à de plus compétents le soin de décider, ce fut à coup sûr un bénédictin pour le labeur acharné, un ascète, un homme d'honneur.

Le P. Rossignol, dans le cours de sa longue existence, a publié de si nombreuses compositions sur toutes sortes de sujets, qu'il est presque impossible de les énumérer avec une rigoureuse exactitude. C'était un esprit qu'on

eût dit atteint d'une incurabiti surexcitation. On trouvera les éléments principaux de la liste de ses écrite dans les ouvrages suivants : Biographie du Dauphiné, par Adolphe Rochas ; Écrivains de la Compagnie de Jésus, par Augustin Backer; Biographie universelle, (Michaud). Nous nous bornons, sans entrer dans une énumération des diverses éditions, à reproduire la nomenclature des œuvres du P. Rossignol, publiée en 1809 ^ar Cyrille Michel, son dernier éditeur, et par Ignace Soffietti, imprimeur. Ce doit être, ce semble, l'énumération la plus complète.

Œuvres de M. Rossignol en 20 volumes inS".

I . Théories des Sensations, 112 pages ; Physique générale, 56; Vues nouvelles sur le Mouvement, 99; Vues philosophiques sur l'Eucharistie, 80.

II. Éléments d'Arithmétique, 64 pages; Éléments d'Algèbre, 102; Éléments de Géométrie, 128; Trigonométrie et ses usages, 96; Ballistique, 30.

ni. Botanique élémentaire, 84 pages ; Mélanges, 136; Mélanges, 2» recueil, 155.

IV. Mémoire surlesnouveauxMon^istères de la Trappe, 102 pages; Suppression de la Mendicité, 32; Projet d'un Calendrier universel, 32 ; Traité de la Sphère, 20 ; Plan d'un Cours de Philosophie, 48; Quadrille des enfants, avec 50 fiches, 82.

V. Réflexions sur l'Histoire ecclésiastique de M. Fleury, 272 pages.

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