La Meije dans Timage. Paris, Ghamerot, 1895, in
HIIiAIRE Claude.
Hilaire (Claude), né àNévache, a été prieur des Augustins à Lyon.
Traité de l'exposition des mystères de la messe par frère François Vitelman, traduit du latin en français par Vénérable père en Dieu, frère Claude Hilaire, Lyon, Nicolas Petit, 1544.
HIIiAIRB (Jean-François) le baron.
On ignore le lieu de naissance de Jean-François Hilaire. Adolphe Rochas indique Chirens (Isère), comme étant la localité qui l'a vu naître. C'est une erreur que dément
l'examen des actes de l'état civil de cette paroisse où le nom d'Hilaire n'est écrit nulle part. Ce qui a porté sans doute Rochas à celte indication, ce sont ^les termes de Tacte de décès d'Hilaire, mort à St-Nazaire (Isère), le 7 septembre 18.?5. L'acte de décès est rédigé sur la déclaration du maître domestique du défunt, Jean Châtain, et d'Arthur Rey- PiroUe, âgés le premier de 26, le second de 27 ans. Ils déclarent que le défunt était âgé d'environ 77 ans, né à Chirens {Isère). Ces affirmations paraissent être vagues et faites en Tair.
D'autre part, Ladoucette {Histoire et topog. des Hautes- .4 /pps), assure qu'il est néàNévache. Cette affirmation parait être tout aussi hasardée que la première. Car les actes de l'état civil de Névache. de Plampinet, du Val-des-Prés, de la Vachette, tout en mentionnant la naiss.ince de nombreux llilaire ne renferment aucun nom qui réponde soit au prénom d'Hilaire soit à l'époque présumée de sa naissance.
On demeure donc dans l'incertitude sur le lieu et sur la date précise de sa naissance. Nous penchons à croire qu'il est né dans le Briançonnais mais en dehors de la vallée de la Clarée, nous fondant sur la continuation de ses relations avec ses compatriotes attestée par quelques cléments de correspondance.
Quoi qu'il en soit, natif ou seulement originaire du Brianronnais, Jeaji-Fançois llilaire acquit dans le département de l'Isère quelque célébrité. Il fut à Grenoble avocat consistorial. A la Révolution dont il adopta les principes avec un enthousiasme un peu bruyant et peut-être avec une intentionnelle exaltation en vue de son avancement dans les fonctions publiques, il fut élu procureur syndic et agent national du district de Grenoble, de 1790 à 1795. De 17% à 1797, il fut commissaire du directoire exécutif près l'administration centrale de l'Isère.
Mais le zèle révolutionnaire d'Hilaire s'était refroidi. Il fut destitué. Les agitations politiques prolongées l'avaient converti à la conviction de la nécessité de la stabilité gouvernementale: aussi s'empressa-t-il d'adhérer à la Révolution du 18 l)rumaire. Sous le nouvel ordre de choses, Hilaire
fut nommé Sous-Préfet de Vienne, le 30 mars 1800. Promu le 25 février 1804 Préfet de la Haute- Saône^ il exerça ses fonctions jusqu'au 3 janvier 1814, époque à laquelle il fut destitué. 11 se retira dans sa propriété de 8t-Nazaire où il mourut, comme nous l'avons dit, en 1825.
Homme laborieux, administrateur éclairé, Hilaire se fit estimer et aimer par ses administrés de la Haute-Saône. Il était aimable et hospitalier. On trouve le témoignage de ces dispositions d'esprit et de caractère dans trois humoristiques pièces de vers qui lui furent successivement adressées par le bibliographe (labrlel Peignot sous ce titre : Ambassades des Bartavelles de Dauphinépour féliciter M. Hilaire sur le titre de baron et sur la dotation qu'il vient de recevoir. Vesoul, 1810. Nouvelles ambassades des Bartavelles... Troisième ambassade. . .
Ces feuilles volantes ont été réimprimées luxueusement par la Société des bibliophiles.
BIBLIOGIiAPHIE
Discours du cit. Hilaire, commissaire du Directoire exécutif près l'Administration centrale du Département de risère, prononcé à la fête du 15 florial an v ; concernant la paix avec TEurope. 4 p. in-8°, chez Ferry et Duciaud, près le pont de bois.
IiANNES, botaniste.
[ianncs (Jean-Joseph), est né à Aiguilles (Queyras), en 1825, fils d'un simple préposé des douanes. Son père ayant été appelé au poste de Sainte-Catherine-sous-Briançon, le jeune Lannes y put suivre les cours de l'Ecole primaire, puis pendant quelques années ceux du collège de la ville. l\ entra dans la douane et il obtint assez rapidement le grade de capitaine. Lannes s'était épris de la science de la botanique. Ce fut chez lui, ainsi que l'étude de l'entomologie une passion forte et vivace. Dans tous les postes qu'il occupa, à Saint- Véran (Queyras), à Ncvache, au Monétier-de-Briançon, à St-Tropez (Var), à la Gondamine (Basses-Alpes), à Briançon enfin, il se livra k
des herborisations sans fin. Il composa par ses propres découvertes et par des échanges Therbier le plus riche du département des Hautes-Alpes. Il put réunir aussi une belle collection de coléoptères. Membre de la Société botanique de France, de la F^ora Selecta de Saint-Quentin. Lannes^ entre autres distinctions, a reçu en 1894 une médaille d'or de l'Académie internationale de géographie botanique et les félicitations des plus savants botanistes de notre temps.
Fixé à Briançon depuis sa retraite, cet excellent homme y a joui jusqu'à sa mort de Testime générale. Il s'y était concilié de solides amitiés.
Lannes est décédé à Briançon, le 14 mai 1895.
Catalogue de la flore du bassin supérieur de l'Ubaye. (Publié dans le bulletin de la Société botanique de France, 1879.)
Catalogue des plantes les plus intéressantes croissant dans la partie supérieure du département des Hautes- Alpes, Briançonnais, le Queyras etlehautdu vallon de Vars. (Altitude minimum (sic) 1,100 m. et maximum {sic) 3,000 m. par M. Lannes, capitaine des douanes en retraite. Jouglard, Gap, 1885 (paru d'abord dans le bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes en 1885).
A consulter :
Excellent article de nécrologie de M. René Faure, ancien maire de Briançon, dans la Durance du 26 mai 1895.
LATOUR André.
Jean-André-Eléonor Latour est né à Briançon (Hautes- Alpes) le 22 nivôse an iv (12 mars 1796).
Placé fort jeune au lycée de Mayence, il y fît de bonnes études. Son père^ le commandant Claude Latour, oflicier supérieur plein de mérite, que la mort frappa dans la force de l'âge, l'avait d'avance voué à la carrière qu'il parcourait lui-môme avec distinction ; le jeune orphelin crut devoir se
conformer avec un pieux respect au désir manifesté par son père^ quelque peu porté qu'il fût d'ailleurs par son inclination vers la profession des armes. Peut-être aussi fut-il affermi dans cette résolution d'obéissance posthume par une généreuse pensée de patriotisme. C'était à la fin de 1813. La France était inquiète et comme oppressée par de sinistres pressentiments. On prévoyait de nouvelles luttes plus terribles à coup sûr, plus chanceuses peut-être. Dans les classes de la société que la guerre avait élevées en portant aux hauts grades beaucoup de leurs membres, dans les familles militaires, si l'on peut ainsi dire, bien des jeunes hommes, des adolescents même, — et les nécessités d'une guerre prolongée appelaient souvent ceux-ci avant le temps aux actes guerriers de la virilité, — se consacraient avec une louable spontanéité au maintien de la gloire de la patrie ; ils ne pensaient peut-être pas encore que c'était à sa défense.
M. Latour entra à l'école militaire de Saint-Gyr le 18 octobre 1813. Il en sortait le 12 octobre 1814 pour entrer comme sous-lieutenant au 49* de ligne. Ainsi il débuta dans la vie de la manière la plus noble qu'il soit donné de le faire : il combattit pour défendre son pays contre l'invasion étrangère. Mis en demi-solde après les Gent-Jours, et plus tard réintégré en son grade dans la légion du Bas-Rhin, il abandonna tout à fait le service militaire à la fin de 1818. Il fit son cours de droit à Grenoble, et devint avoué près le tribunal de Briançon. Nommé, en 1830, substitut du procureur du roi à Briançon, puis devenu successivement juge d'instruction à Embrun, procureur du roi et président du tribunal à Briançon, M. Latour s'acquit dans ce pays, qui était le sien, la considération générale et l'afTection de ses compatriotes ; en 1848, il reçut d'eux un témoignage honorable d'estime. Il fut porté au conseil général du département des Hautes-Alpes. Prophète dans son pays, il vit les électeurs du Briançonnais lui offrir leur vote pour la représentation nationale. Il s'abstint néanmoins de toute candidature. Au conseil général, les suffrages de ses collègues l'appelèrent à la présidence.
A cette époque, une distinction plus importante vint témoigner de l'appréciation flatteuse que les magistrats supérieurs de la cour d'appel de Grenoble avaient faite de ses services et de son aptitude. 11 fut nommé président du tribunal civil de Grenoble.
Jusqu'à sa mort (6 avril 1852), M. Latour a rempli ces hautes et délicates fonctions avec tact, avec une grande expérience des affaires et des hommes.
Le souvenir du collègue aimable et spirituel, du magistrat aux formes pleines de bienveillance et d'aménité, est demeuré vivant parmi MM. les juges du tribunal, comme parmi les avocats et avoués du barreau de Grenoble.
M. Latour consacrait volontiers ses loisirs à des études et à des compositions littéraires. Ses œuvres attestent l'étendue de son instruction, le mouvement et la grâce de son esprit. Voici quehjues rapides indications sur les plus notables de ses productions :
Notes sur les avantages quHt y aurait à obtenir Vaclièvement de la route de liriançon à Turin par Suze, une correspondance de dépêches et la liberté d^établir des voilurea publiques sur cette route.
Ce travail remarquable, qui suppose des recherches préalables nombreuses et variées, a été inséré in extenî^o dans VHistoire des Hautes-Alpes de M. Ladoucette, édition de 1848, pag. 081 et suivantes.
Il est rationnel de croire que cet excellent résumé d'une question d'un haut intérêt général, a dû influer sur les déterminations des gouvernements français et sarde, auxquels il fut soumis, et hâter l'exécution des travaux de restauration réclamés par l'auteur et qu'il lui a été donné de voir s'accomplir.
Episode de 1815 dans le Briançonnais, par Breistroff. — Grenoble, 1850.
Cet opuscule contient l'histoire de l'invasion du Briançonnais, en 1815, par un corps d'armée sarde, du blocus de Briançon et de la noble résistance des Briançonnais qui, livrés à leurs propres forces et commandés par l'héroïque général Eberlé, conservèrent, vierge de Tinvasion, ce boule-
vard du sud-est de la France et l'immense matériel qui y était renfermé (1). Il contient aussi le récit d'un drame judiciaire qui contrista profondément les populations du Briançonnais et les préoccupa un instant autant que la présence de l'ennemi sur leur territoire.
Jean-Joseph M , natif de Saint-Ghafïrey, près Brian-
çon, homme d'un courage emporté^ d'habitudes violentes, voyait avec rage les avant-postes du corps d'armée sarde occuper le village qu'il habitait; toujours prêt à traduire en hostilité ouverte sa haine irréfrénable contre l'étranger, il trouvait dans ses compatriotes, dans les membres de sa famille, dans sa femme surtout, une surveillance vigilamment exercée à l'elïet d'empêcher l'explosion de sa fureur.
Il parait qu'une nuit, le 15 août 1815, irrésistiblement emporté par sa pensée fixe d'agression, il repoussa violemment sa femme qui voulait l'empêcher de franchir le seuil
de la maison. M était armé d'un fusil. La malheureuse
femme fut atteinte d'un coup de feu, (jui ne fut peut-être que le résultat involontaire de cette lutte entre les deux époux. Dans tous les cas , un crime allait être commis pour dérober aux investigations de la justice les circonstances plus ou moins imputables de ce fait. M dépose
la victime dans une grange remplie de foin et met le feu au bâtiment. Un terrible incendie fut allumé : vingt- trois maisons furent consumées (2). La justice informa. M — fut arrêté, fit des aveux, fut condamné à mort et subit sa peine. Cette exécution est la seule que l'on cite dans les annales judiciaires de l'arrondissement de Briançon, où l'exhibition de la hideuse machine n'a jamais eu lieu depuis.
Le récit de M. Latour est entraînant et porte Tempreinte de l'émotion profonde que cet épisode de l'invasion avait produite sur le Briançonnais.
(1) Ce matériel a sufTi plus tard pour armer Grenoble, Valence, Embrun et plusieurs autres places fortes.
(2) Un premier incendie en avait dévoré cinquante-sept quelques jours auparavant.
Dans cet opuscule, Tauteur, à côté du portrait de Morand, esquisse celui de deux personnages typiques. L'un, Eloi Gaudry (Eloi Giraud) chasseur, trappeur, arboriculteur, figure fine, narquoise, a laissé dans les Alpes Briançonnaises, dans la Drôme et TArdèche le plus vivant souvenir.
On y rencontre mille traits de la vie aventureuse et cynégétique du grand loubatier (tueur de loups). Son nom est légendaire. (Voir ma Biographie du canton de la Grave et du Monêtier, et aussi mes notes sur les essais d'Antoine Froment.)
L'autre personnage était Arnoulet (caricature qui n'était cependant au fond qu'un portrait assez fidèle.) Il s'agissait d'un honnête tabellion plein de sotte vanité, de lourd pédantisme, dont les aphorismes à la La Palisse ont longtemps défrayé la verve railleuse des loustics de Briançon. Sans valeur intellectuelle aucune, et sans instruction, ce paroissien^ à plat ventre devant l'autorité, fut cependant, sous le second Empire, le premier des édiles de Briançon, cité réputée pour l'intelligence et l'instruction de ses habitants, et décoré de la Légion d'honneur! Sic fata Voluere! Ces choses-là se sont vues quelquefois. (Consulter le dictionnaire des ganaches.)
La dernière publication d'André Latour a été posthume; elle a pour titre : Scènes de mœurs judiciaires en Province.
Ce sont des scènes gracieuses entremêlées de couplets spirituels.
Numismate intelligent, investigateur heureux, M. Latour avait formé une collection de médailles dont les éléments ont été recueillis dans le Briançonnais (1). Il a légué au musée de Grenoble une urne cinéraire antique fort belle et quelques armes africaines, don de son ami et compatriote l'excellent Galice-Bey , colonel du génie au service du pacha d'Egypte.
M. Latour a passé presque toute sa vie à Briançon, sa
(1) M. Ladoucette a donné le catalogue de cette collection à la page 739 de son Histoire des H&uteê-AlpeSf édition de 1848.
patrie. L'estime de ses concitoyens, Tamitié d'un homme de cœur et de vaste intelligence, M. Benoît Bouchié de Colaud, qui la précédé dans la tombe, la vive affection qu'il portait à sa sceur^ Mme Julie Turin, Tont retenu dans ce pays dont les intérêts et l'avenir l'ont constamment préoccupé, ainsi qu'on a pu le voir par quelques-uns des titres de ses œuvres. Sa vie a été l'une de ces existences privilégiées toutes remplies par le travail, les études sérieuses et l'accomplissement de graves devoirs. Elle porte avec soi un enseignement moral élevé : celui du mérite cojiduisant à la considération ainsi qu'à une belle position sociale.
Mémoire sur la route de Grenoble à Turin par le Lautaret et le Mont-Genèvre. (Imprimé dans V Histoire des Hautes- Alpes de Ladoucette, édit. de 1848).
Episode de 1815 dans le Briançonnais — Grenoble, par Breistroff, 1850.
Scènes et mœurs judiciaires en Province parJ.-A.-E. Latour (de Briançon, Hautes-Alpes), Grenoble, 1852. Grand in-8«, 191 p.
L'usure dans les Hautes-Alpes, conseils à ses habitants, manuscrit. (A été donné à la Bibliothèque publique de Grenoble par A. Albert qui en était le possesseur.)
Victoires, conquêtes et revers d'une paire de moustacheSi roman humoristique. (Manuscrit resté dans la famille.)
A consulter :
M. Latour, ancien président du tribunal civil de Grenoble, par Aristide Albert, — in-18, — Grenoble, 1858. — Maisonville, 18 p.
LAUGER Oeorge.
George Lauger, né à Briançon, dans la seconde moitié du xvi" siècle, ne nous est connu que par un passage du livre d'Antoine Froment sur l'incendie de Briançon. Voici ce qu'on lit dans ce curieux livre p. 238 (édit. A. Albert) :
« Le R. P. George Lauger, docteur es droit et en théolo-
gie, de Tordre des Jacobins réformés, prédicateur ordinaire du Roy, et lors prieur de St-Marcellin, fut aussi voir les cendres de son sol natal, visiter sa patrie en Testât et y consoler son propre frère le capitaine Lauger qui en estait second consul ... Ce rare prédicateur, par des belles actions qu'il fit en chaire, consola grandement ses pauvres patriotes affligés et comme bannis de leur paradis terrestre par les feux de la cholère de Dieu. Il les repeut aussi de belles espérances pardes grands bienfaits qu'ils auraientdu Roy et des seigneurs de sa cour dont il estait fraischement arrivé ; et tant que le pauvre peuple en sortait grandement satisfait. » ,
Le P. Lauger avait le titre de prédicateur ordinaire du Roy. Etait-ce un titre honorifique ou bien Tindication d'une fonction effective? C'est ce qu'il serait fort difficile d'éclaircir aujourd'hui.
La famille Lauger appartenait dès longtemps à la bourgeoisie briançonnaise. Elle était liée d'amitié avec celle d'Antoine Froment. Jeanne Lauger, femme du capitaine ijauger, fut la marraine de Tunique enfant de Thistorien briançonnais.
LAURENT de Brlançon.
Laurent de Briançon, jurisconsulte et poète, a été recteur del'Université de Valenceen 1560, puis avocat au parlement de Grenoble où il acquit de la célébrité; déjà, il avait été premier consul de la ville de Grenoble en 1576. Il a composé en patois de Grenoble de petits poèmes qui ont été grandement en vogue lors de leur publication. Ils sont à peu près introuvables aujourd'hui.
Il y a divergence entre les biographes et bibliographes Dauphinois sur le lieu de naissance de Laurent de Briançon et sur ses liens de famille.
Guy-AUard, à la suite d'une notice étendue sur la famille de Briançon, venue de la Taren taise et fixée en Dauphiné depuis le xii^* siècle, après Ténumëration des personnages de cette famille ayant occupé un rang élevé dans TEglise, dans les armes, dans les ordres religieux, ajoute ceci :
« C'est de Laurent de Briançon, recteur de TUniversité de Valence Tan 1560 et natif de Grenoble, qui fut après, Tun des plus célèbres avocats de ce parlement, que nous tenons ces admirables et spirituels poèmes en langage du pays, intitulés : Lo batifel de la Gisen, c'est-à-dire le caquet de Taccouchée ; le banquet de le Faye, qui veut dire le festin ou le régal des fées, et la Vieuienanci du courtizan qui signifie le portrait des courtisans de son temps. « On tient quHl était bâtard de la maison de Briançon, » Cette dernière vague indication de Guy-Âllard sur la famille de Laurent de Briançon donne peu de créance à celle sur le lieu de sa naissance. On peut, ce semble^ tenir pour certain qu'il n'y a dans le passage ci-dessus qu'une de ces allégations aventurées dont Guy-Allard était coutumier.
Il y a une présomption plus sérieuse en faveur de la thèse de la naissance à Grenoble dans le fait de la composition des poèmes humoristiques de Laurent, en patois de Grenoble. Ce n'est là toutefois qu'une simple présomption qui peut être combattue.
MM. Colomb deBastines et Jules Ollivier ont adopté la version de Guy-Allard.
D'autre part, le curé Albert {Hist. du diocèse d'Embrun) et Ladoucette (Hist. des Hautes- Alpes), ne doutent pas que Laurent ne soit un nom patronymique et de Briançon un lieu d'indication de naissance. Le savant bibliothécaire de Grenoble, M. Edmond Maignien, partage cette opinion. Ses recherches sur la famille Savoisienne de Briançon lixée dans le Dauphiné et l'absence du nom de Laurent dans la généalogie de cette famille 1 ont confirmé dans cette pensée. Moréri dans son Dictionnaire historique énumère les hommes notables de la famille de Briançon et ne fait aucune mention de Laurent.
M. de Terrebasse m'a dit un jour en présence de H. Gariel, qui n'y contredisait pas, qu'il croyait à Torigine briançonnaise de Laurent de Briançon.
Adolphe Rochas, après avoir constaté la divergence des opinions entre Guy-Allard et le curé Albert, ajoute sage-
ment qu'en labsence de documents plus certainSi il est impossible de concilier ces deux opinions contradictoires: On peut donc dire : Adhuc subjudice lis est,
MARITAN Claude.
Claude Maritan, est né à Névache, le 9 février 1806. Il était le Ois de Claude Maritan et de Catherine Pascallet, propriétaires cultivateurs de cette commune.
Il fit ses premières études à l'humble école primaire de Névache. Eh 1820, il entra au petit séminaire d'Embrun, il y resta trois ans et il obtint les plus brillants succès; il passa un an encore au collège des Jésuites à Forcalquier, entra au grand séminaire de Gap, y fit ses études théologiques et de là fut nommé professeur au petit séminaire d'Embrun. Il avait là, la table, le logement et 300 fr. d'émoluments.
Le colonel du génie Izoard, qui avait entendu parler de Tinstruction et de la remarquable intelligence du jeune professeur, Tinvita à sa table. « Combien gagnez-vous par an?» demanda le colonel à Mari tan. — « 300 francs», réponditil. — «Je vous offre 2,000 fr. par an, la tableetie logement, dit le colonel, si vous voulez être le précepteur de mes deux fils.» Maritan accepta avec empressement. Le chiffre de ses émoluments fut au même moment porté à 3,000 fr. par Tadjonction d'un troisième élève, fils de M. Bontoux, président du tribunal d'Embrun. Dès lors Maritan quitta la soutane et refusa absolument d'embrasser l'état ecclésiastique, malgré les instances qui lui furent faites.
En 1833. il est professeur à Grenoble dans l'institution de plein exercice dirigé par M. Froussart. C'était, me disait mon ami Emile Leborgne, qui avait été son élève, le plus brillant professeur de Tinstitution. Son ami Pascal, de Névache, était professeur aussi dans la même pension.
A la fin de l'année 1836, Maritan se rendit à Paris. Il y donna des leçons de littérature et de langues anciennes. Il donna des leçons de latin, en 1837, aux deux filles du comte d'Appony, ambassadeur d'Autriche. Il publia l'année suivante, son livre sur l'étude du latin en général et par les femmes en particulier. Cet écrit est d'un style ferme et
clair. C'est l'œuvre d'un esprit indépendant, novateur, d'un homme savant, de morale pure et presque intransigeante.
En 1843, Maritan se chargea de l'éducation des fils de M. le comte de Bondy. Son heureuse destinée le fixa au sein de cette famille où les sentiments élevés et généreux étaient de tradition et se révéleraient au besoin par ce seul fait de la délicate hospitalité exercée envers le professeur qui s'était montré digne d'une telle adoption.
« M. Maritan, notre excellent ami, est mort à Paris chez mon père, le comte de Bondy, le 15 février 1883, emportant les respects et Testime de toute notre famille dans laquelle il avait passé la plus grande partie de son existence, comme précepteur d'abord de mon frère et le mien*et ensuite comme ami. » (Lettre de M. le vicomte Ollivier de Bondy du 23 juin 1886.)
Quel bel éloge de Maritan ! Quel bel éloge aussi de la famille de Bondy !
Par son testament, aux minutes de M"" Segond, notaire à Paris, Maritan a légué au bureau de bienfaisance de Nevache, la somme de 2,000 fr. et pareille somme à l'Eglise.
Les Jésuites dévoilés à leurs amis et à leurs ennemis (par G. Maritan de Névache.) Lyon, Guyot, 1829, in-fi°, 119 p.
De l'étude du latin en général et par les femmes en particulier. Diverses méthodes d'enseignement, par G. Maritan. — Paris, chez l'auteur, rue de TUniversité, 42, et chez Delaunay, 1838, in-8°, 64 p.
Nouveau cours de géographie moderne, 1839, in-12 (en collaboration avec J.-F. Queyras).
Géographie ancienne et du moyen-âge présentant les réponses aux questions du baccalauréat es lettres. Paris^ Eug. Belin, t848,in-i2 (en collaboration avec J.-F. Queyras).
MORAND Jean •Antoine.
Jean-Antoine Morand est né à Briançon, le 10 novembre 1727. 8a famille, venue de longue date de la Valiouise,
comptait dans le passé de nombreux hommes d'afîaires, avocats, procureurs, magistrats membres du bailliage, et a continué, à Briançon, dans le choix d'une carrière^ les mêmes traditions, jusque dans les premières années de ce siècle ; son père, Etienne Morand, son oncle^ Edme-Charles Morand, étaient Tun et Tautre avocats au parlement, exerçant près le bailliage de Briançon. Naturel et vif fut le désir des parents du jeune Morand de le voir embrasser la profession qu'ils exerçaient eux-mêmes et qu'ils considéraient sans doute comme aussi lucrative qu'honorable. Mais ils rencontrèrent dans les goûts et les dispositions natives de l'enfant une opiniâtre résistance à leur volonté, signe d'une vocation déterminée. Il se sentait irrésistiblement entraîné vers les arts.
Pour se soustraire à l'obsession de sa famille, il quitta furtivement la maison paternelle et se rendit à Lyon où il se mit avec ardeur à l'étude du dessin, travailleur infatigable et s'assimilant rapidement la pensée et les procédés des grands modèles. Il se fit bientôt connaître par des travaux qui témoignaient de ses rares aptitudes pour la décoration et l'architecture.
i^a réputation de Servandoni était alors universelle. Morand quitta Lyon où sa famille continuait à violenter ses volontés et se rendit à Paris pour y apprendre, sous le célèbre artiste, la perspective et la décoration. II revint ensuite à Lyon où il se fixa définitivement.
La ville de Lyon avait résolu de construire sur l'emplacement des jardins de l'Hôtel-de- Ville une salle de spectacle. On s'adressa au grand architecte Souflflot, qui consentit à dresser les plans du théâtre projeté mais se refusa à en faire exécuter lui-même les travaux, retenu qu'il était à Paris par d'autres occupations. Avec l'assentiment de la ville de Lyon, il désigna pour cette tâche difficile Morand dont il connaissait le talent et l'activité.
Cette œuvre fut conduite avec autant de célérité que d'art. Le théâtre fut achevé en 1757 et mit en relief la supérieure habileté de l'architecte. La décoration tant extérieure qu'intérieure appartenait en entier à Morand.
« Parmi les peintures dont il décora le théâtre, dit M. Martin-Daussigny, l'un de ses biographes, on admira surtout le rideau d'avant-scène, peint à détrempe par Morand lui-même et représentant les noces d'Amphitrite amenée à Neptune, dans son palais, sur un char formé d'une coquille et traînée sur les eaux par deux dauphins. Cette peinture, d'une très grande dimension, démontra tout le talent artistique de Morand et prouva combien il avait profité des leçons de Servandoni. Ce dernier travail, loué de la ville entière, porta au comble la renommée du jeune architecte. »
Le théâtre, œuvre de SouHlot et de Morand, a subsisté jusqu'en 1826.
La réputation de Morand s'était étendue au loin. La ville de Parme l'appela en 1759 pour y construire un théâtre à machines et y dessiner divers groupes décoratifs, le tout en vue des fêtes projetées à l'occasion du mariage de l'archiduchesse de Parme avec l'archiduc Joseph d'Autriche, devenu peu après empereur.
Dans ces travaux artistiques divers, Morand réussit au delà des espérances de la ville de Parme et s'attira la jalousie des artistes italiens.
De Parme, Morand se rendit à Rome où il étudia les chefsd'œuvre de l'architecture antique. Son savoir et ses goûts artistiques déjà si remarquables s'élargirent encore à cette étude, à ces contemplations si fortement suggestives. Il regagna Lyon où l'appelaient de nouveaux et importants travaux. La ville, enrichie par le commerce, s'étendait vers la rive droite du Rhône et s'embellissait. On décida les constructions du quai Saint-Clair, malgré l'opposition de M. Tholosan (Briançonnais d'origine) et d'autres riches propriétaires qui redoutaient de voir les nouvelles constructions obstruer la vue superbe dont ils jouissaient sur le fleuve et sa rive gauche. Malgré cette opposition, le projet reçut exécution, et Morand fut chargé de la direction de ces travaux.
Mais l'extension de la ville devant fatalement suivre le nombre toujours croissant de sa population, il fallait
enjamber le Rhône et diriger vers les Brotteaux, Tagrandissement de la ville. Pour la réalisation d'une telle entreprise, qui était dans la pensée de tous, un pont partant de l'Hôtel-de-Ville. reliant les deux rives du Rhône, devenait d'une indispensable nécessité. La dépense faisait reculer le Conseil de ville.
Après bien des tâtonnements et des essais infructueux pour diriger vers Perrache Tassiette de populeux quaniers, l'opinion publique se rallia à la pensée de Morand qui dès Tabord avait signalé les Brotteaux comme devant être l'agrandissement normal de la ville et qui avait démontré la nécessité de la construction du pont partant de THôtelde-Ville,
La dépense d'un pont de pierre effrayait le Conseil de la ville et les spéculateurs. Morand proposa la construction d'un pont en bois^ ce qui réduisait la dépense des deux tiers.
« Ingénieurs et architectes se récrièrent, dit M. Martin- Daussigny, afiirmant qu'un pont de bois sur un fleuve aussi large et aussi rapide que le Rhône était impossible, et que si on parvenait à l'établir, il serait emporté à la première crue du fleuve. Morand répliquait que ses piles n'olTrant aucune résistance au courant de l'eau, n^en seraient point ébranlées, et que d'ailleurs, en y établissant des éperons en amont afin de briser les lames^ la solidité de sa construction n'en recevrait aucune atteinte. La seule qui pourrait y causer quelque dommage serait un grand bateau venant se jeter en travers et offrant alors une large prise au courant, une arche pourrait être emportée. Mais encore ce dommage ne pouvant être que partiel, puisque toutes les arches étaient indépendantes les unes des autres, il serait facile de le réparer. » (C'est ce qui arriva en 1822 ainsi que Morand l'avait prévu.)
Les arguments de Morand l'emportèrent sur les allégations et récriminations des adversaires de son projet. Une société se forma, la construction du pont fut résolue. Elle fut achevée au bout de 3 ans. Le pont fut assis sur 17 arches mesurant 14 mètres de largeur sur 213 de longueur.
Morand eut Tapprobation compétente de TËcole des ponts et chaussées. Son nom acquit un degré de plus de célébrité. Le comtede Lille, depuis Louis XVIII, passant à Lyon en 1775 décora Morand du cordon de Saint-Michel.
I^e pont Morand était la gloire de la charpente, à tel point que dans une vieille chanson de compagnonnage on célébrait les gloires de Tœuvre de Morand dans ce refrain naïf :
Vous y verrez le pont Morand Bâti si adroitement.
Le pont Morand qui ne devait avoir, au dire des détracteurs de la première heure, qu'une éphémère existence a duré un siècle. Il n'a pas succombé sous le trait du temps ni sous les assauts du fleuve. Il a été démoli.
La fortune avait longtemps souri à Morand. Vinrent les jours malheureux. Pendant le siège de Lyon en 1793, Morand défendit le pont qui avait été son œuvre capitale. Jour et nuit, il veillait sur lui et il parvint à force d'art et de mesures habiles, à détourner les brûlots et les machines infernales employés par Dubois-Grancé pour le détruire. Pendant tout le siège, il s'était employé de tout son génie et de toute son activité à la défense de la ville. Il paya de sa tète ce dévouement. Il fut proscrit et mourut sur l'échafaud le 24 janvier 1794.
Le fils de Morand, Antoine Morand de JoufTrey, et son petit- fils aine Jean- Jacques Morand de Jouffrey^ rentrèrent dans la carrière de leurs ancêtres briançonnais. Le premier fut conseiller à la Cour royale de Lyon. Le second a été procureur général à Douai et successivement à Grenoble.
I/art d'exploiter les mines de charbon déterre. S. L. 1768. Trois parties en un volume in-f<», nombreuses planches par Morand. (Attribution à vérifier.)
MOTTET Daniel.
Daniel Mottet était, au xiv« siècle, notaire à Briançon. Il avait d'importantes possessions soit dans la ville soit dans la communauté du Monêtier. Il avait acquis, sans doute par sa valeur personnelle, une grande considération. Il fut témoin dans l'acte de la grande transaction du 29 mai 1343.
A la suite des témoins du Dauphin, tous gens qualifiés (prsesentibus jurisperitis consiliariis dicti domini Dalphini' sont inscrits les noms de deux témoins Briançonnais : Daniele Motheti notario de Brianzonio et Durando Groseti, de Quadracio (du Queyras).
Cette participation comme témoin à lacté le plus solennel, le plus mémorable de la vie civile et politique du Briançonnais, atteste la réputation acquise par Mottet soit à Briançon soit à la cour du Dauphin.
Gomme traits de mœurs du xrv« siècle, nous reproduisons ici les termes du testament de Daniel Mottet. Ils sont rapportés dans l'inventaire de la Cour des comptes (au registre de rébus nobilibus ballivàtus Brianzonii) testament du 19 septembre 1348, « par lequel le dit du Motet fonde une chapelle dans l'église de Saint-Nicolas de Briançon sous le vocable du Saint-Esprit, à l'honneur de Dieu et de la B. H. Vierge Marie et donne un calice d'argent et tous les ornements nécessaires pour le service divin, pour la dotation de laquelle il donne 28 septiers seigle, six septiers et une éminée froment, 21 septiers avoine de Censé, ensemble tous les moutons qui lui appartenaient pour droits de pasquerages, les quelles rentes, il percevait dans la paroisse du Monêtier, plus une maison, cellier, granges, étables situés dans le bourg de Briançon, joignant la maison de François Âllois. se réservant le droit de patronage et à ses successeurs et plus proches et qu'aucun ne puisse être nommé recteur de ladite chapelle s'il n'est in sacris et à la charge de célébrer ou faire célébrer tous les jours la messe. »
Dans les vieux cadastres de la ville de Briançon on trouve mentionné : Campus motteti (plus tard champ Mottet).
MOTTET Jean.
Jean Mottet. Jésuite, est né à Briançon en 1590. « Il professa longtemps les belles lettres, dit Ad. Rochas, etse livra aussi à la prédication. Nommé recteur du collège de Dijon, il assista, avec droit de sufTrage, au dixième chapitre général tenu à Rome. Il fut ensuite provincial de Champagne et mourut dans la maison des Jésuites de Pont-à-Mousson, en Lforralne, le 15 décembre 1662. »
UIBLIOGHAPHIE.
Combat d'honneur concerté par les quatre éléments sur l'heureuse entrée de M"""" la Duchesse de Lavalette en la ville de Metz, ensemble la réjouissance publique concertée par les habitants de la ville et du pays sur le même sujet. Metz, 1654, in-f*» fig.
Un autre Jean Mottet appartenant peut-être à la même famille et Briançonnais aussi assista aux états de Tours en 1483.
PONGET, médecin.
Marcellin Fornier signale parmi les hommes remarquables du Briançonnais, les deux médecins Poncet et Ârdouyn (1535) :
« Les œuvres de Poncet, dit-il, sur le subject des poisons, accusé au commencement des disquisitions magiques du très savant del Rio, ont reçu quelques censures pour cause du subject qui ne sera jamais assez ignoré. Il ne laissera néanmoins d'avoir toute la réputation d'un homme accompli en la cognoissance de la nature et nommément en sa profession. »
Nous avons vainement recherché dans Brunet, dans Quérard, etc., le nom et les titres des écrits de Poncet. Quant à del Rio {disquisitionum magicarum libra sex, Lugduni, 1612), il se borne à ces simples paroles : Ponceti et Ardoini libri de venenis legendi non videntur nisi a medicis conscientiœ timoratœ ac piœ, cœteris ea lectio intuta (p. 5, chap. 3, 9, 1). — S'agit-il bien des deux médecins
briançonnais Poncet et Ardoin ? Marcellin Fornier l'affirme.
Ainsi les écrits qui semblent perdus aujourd'hui avaient trait aux poisons^ avec un peu de magie sans doute, car del Rio met les deux médecins au nombre des auteurs qui ont traité de magiâ naturali seu physica (summaria brecta,
etc.)-
PRAT François.
François Prat est né au Val-des-Prés, vers 1734. Intelligent et actif, il songea de bonne heure à chercher au dehors, dans le commerce, un emploi fructueux de ses facultés. En 1752, il se rendit, étant encore très jeune, à Gènes où étaient fixés déjà quelques-uns de ses compatriotes, et il entra dans le commerce. Son intelligence, sa sagacité, son activité et les habitudes d'économie qu'il devait à réducation de la maison paternelle, assurèrent rapidement à François Prat, et presque au delà de ses espérances, une fortune très considérable. Il sut user noblement de la richesse. Si le soin de sa fortune le fixait à Gènes, le souvenir de sa gracieuse vallée natale hantait toujours sa pensée et quelque nostalgie était le correctif de la satisfaction que lui donnait le succès de ses opérations commerciales. Aussi le négociant abandonnait-il de temps en temps à ses employés le soin des affaires pour revenir au pays où, sur les bords charmants de la Glarée, se réveillaient les souvenirs de son enfance et s'avivaient les plus douces émotions. Il avait si bien gardé l'amour du pays qu'en 1784, il accepta les fonctions de consul de la communauté de Montgenèvre (le Val-des-Prés faisait partie à cette époque de cette communauté). Mais c'est à la Révolution et devant les menaces de l'invasion étrangère que s'affirma Tardent patriotisme de Prat. Dans les dons présentés à l'Assemblée nationale, celui de Prat fut de 3,000 fr.
Dans un moment où l'armée d'Italie éprouvait les plus grands besoins, Prat* fait présent à ses compatriotes de 400 paires de souliers. Il engage, dans les termes les plus pressants, tous les Français résidant à Gènes à faire un
semblable don. La Convention nationale décréta la mention honorable et l'insertion au bulletin, du don des négociants français établis à Gènes.
En Tan n, le département des Hautes-Alpes et celui de risère manquaient de subsistances. Il prête 100^000 francs aux deux départements et déclare qu'il ne veut point dintérôts de cette somme.
Au mois de mai 1790, les habitants de treize municipalités du Briançonnais, réunis en assemblée générale, sentant la nécessité de se défendre dans un danger commun, et les difficultés de leur position sur la frontière^ organisent une garde nationale ; à l'unanimité, ils élisent François Prat pour leur colonel. Il assista, en cette qualité, à la fédération générale de 1790. Il habilla à ses frais 700 de ses compatriotes qui étaient hors d'état de faire face aux dépenses de leur uniforme.
Le soin de ses affaires commerciales réclamait impérieusement la présence à Gènes et la direction du généreux colonel. Il donne sa démission et l'annonce, le 15 mars 1791, aux treize communautés du Briançonnais dans les termes suivants : «Ce n'est point une froide indifférence pour ma patrie qui m'inspire ; arraché de son sein par les affaires de mon commerce, je vis et je respire pour elle. Quoique je sois éloigné de cinquante lieues, mon cœur se fait toujours gloire d'être au milieu des bons patriotes, dont je ne démentirai jamais la qualité puisqu'elle est gravée dans mon cœur. »
En 1784, François Prat fit construire au Val-des-Prés une maison spacieuse et commode. Il caressait le rêve de céder son commerce à ses enfants et de s'y retirer. Cette maison est encore, à ce jour, la plus belle habitation de la vallée de la Clarée.
Atteint de maladie, François Prat espéra recouvrer la santé au sein de sa vallée natale. Il s'y rendit quoique très souffrant, mais ses jours étaient comptés. Il mourut au Val-des-Prés, le 3 octobre 1796.
François Prat était un homme de remarquable intelligence. Il était grand et généreux ; ardent patriote^ il aimait
la France; il adorait sa petite patrie briançonnaise. Son nom doit être honorablement classé dans le catalogue des Briançonnais dignes de mémoire.
A consulter :
Plaidoyer pour Elisabeth Prat, dame Reymond, contre Prat fils, 1808.
RET Léoncle.
M"« Léoncie Rey est née à Briançon, le 10 décembre
Son père, Guillaume Rey, notaire, avait de Tesprit et de la littérature.
M»« Léoncie Rey a publié des poésies. Les notes dominantes de son œuvre sont la ferveur religieuse et la délicatesse des sentiments.
Ses vers ne manquent ni de correction, ni d'élégance.
Est-ce par estime pour nos fiers voisins d'Outre-Manche que M"« Rey a voulu anglicaniser son prénom? Nous croyons qu'il n'y a là qu'un pur enfantillage inspiré par la mode d'un jour.
Une fille de Gœcilius poème et roman chrétien, par M"« Léoncy Rey. Marseille, Gamoin^ libraire, 1879, in-8«, 194 p.
Le premier bal, poésie par M"« Léoncy Rey (Extrait de la Revue de Marseille et de Provence), Marseille, 1873, in-8», 4 p.
L'Etoile, poésie (dans la Revue de Marseille et de Provence). Janvier 1874, 5p.).
RICHARD Marcellin.
Marcellin Richard était, au commencement du xvi" siècle, curé de la paroisse de Puy-Saint-André. Il composa, en 1512, le Mystère de Saint-André, qui fut représenté cette même année. Ge fut le vicaire de la paroisse, B. Ghancel,
qui présida aux répétitions et dirigea la représentation. 9 L'auteur de ce mystère, dit M. Tabbé Guillaume, le savant archiviste des Hautes-Alpes (Société d'études des Hautes-Alpes, 1883) prend le titre de chapelain émérite ou mieux d'ancien chapelain, capellanus meritus. Très probablement, cet ecclésiastique était originaire du Puy- Saint-André, petite commune du canton de Briançon, dans les archives de laquelle le manuscrit original de ce drame a été rencontré. Les familles portant le nom de Richard ont été et sont encore fort nombreuses au Puy-Saint- André et surtout au village de Puy-Saint-Pons qui, à cause de cette circonstance, a fini par s'appeler Puy-Richard.» (Localité la plus voisine de Puy-Saint-André, quoique appartenant à la commune de Puy-Saint-Pierre).
Le mystère de Saint-André par Marcellin Richard, 1512, découvert en 1878 et publié avec une introduction, etc., par Tabbé J. Fazy, curé de Lettret. Aix, 1883, in-8o, 146 p.
RXGNON Jacques.
Jacques Rignon, dit Merle, né vers le milieu du XVIII* siècle aux Albert, commune de Montgenèvre, s*était établi à Gandia (gouvernement de Valence, Espagne) et y avait fait un commerce lucratif. Par testament reçu Py, notaire à (xandia, du 6 septembre 1806, il légua à Thospice du Montgenèvre 1500 piastres espagnoles. Le montant de ce legs, réalisé à 6,(X)0 francs^ ne fut acquitté définitivement qu'en 1831, par suite de l'opposition de l'un des héri* tiers. (Histoire de rétablissement du Mont-Genèvre, par l'abbé Aucel; manuscrit en ma possession.)
RIGNON Jean- Antoine.
Jean-Antoine Rignon est né aux Albert, commune du Montgenèvre, le 15 mars 1775.
Il entra au service militaire dans les guides à pied de larmée des Alpes le 20 avril 1793. Il était lieutenant dans
les chasseurs à pied de la garde consulaire le 1*^ vendémiaire an xi; le 5 ventôse an xii^ capitaine dans le corps des vélites et chef de bataillon dans la garde impériale, le 24 juin 1811. Le 7 août 1814, il était colonel et commandait le 47° de ligne.
Il fat tué à Waterloo, le 18 juin 1815. Rignon avait été blessé à Marengo. C'était un vaillant militaire, digne frère d'armes de ses compatriotes les deux Ghapuzet les Golomban, les Claude Finat, les deux Caire et autres officiers supérieurs Briançonnais ayant presque tous, ainsi que le général de division Jean-Baptiste Albert, débuté dans la carrière militaire, dans les guides à pied de Tarmée des Alpes. Il était oflicier de la Légion d'honneur, chevaher de la Couronne de fer et baron de TEmpire.
Son fils Emile - Nicolas - Victor est devenu lui aussi colonel d'infanterie.
La succession de la fille de ce dernier, décédée sans héritiers directs et sans proches collatéraux, fut dévolue à des parents du Val-des-Prés et des Albert, héritiers au degré successible, qui furent aussi surpris que charmés de cette aubaine inattendue. Mais Tun d'eux, le sieur K.... ferblantier à Briançon, qui avait fondé sur le chifTre probable de la part lui revenant les plus folles espérances et déçu dans son rêve de grandeur, par le résultat du partage, atteint du délire de la persécution, coupa la gorge à sa femme, dans un accès de folie furieuse, et alla se précipiter dans la Durance du haut du pont Asfeld. Ce drame épouvantable a eu lieu en 1889.
RXGNON Nicolas.
Rignon Nicolas est né aux Albert, commune du Montgenèvre le 7 décembre 1773.
Il entra au service militaire le l**" pluviôse an m dans le bataillon des chasseurs des Hautes-Alpes. Un moment prisonnier de guerre et rentré en France, il entra au service de 1 Italie (ordre du gouvernement français) dans les dragons cisalpins formés à Bourg-en-Bresse le 20 ventôse an VIII.
Dans ce corps^ Nicolas Rignon fît'bravement son devoir. Il fut nommé capitaine le 6 septembre 1813. Il prit part, depuis Tan m jusqu'au 30 juillet 1814, à toutes les grandes guerres. Il avait enlevé un jour une pièce de canon à Tennemi. Il fut blessé le 30 octobre 1813 d'un coup de feu au flanc droit.
Il était chevalier de la Couronne de fer. Dans les dragons cisalpins, il portait le nom de Rignoni.
En 1830, sa pension de retraite qui avait été fixée en 1818 au chiffre dérisoire de 625 fr. fut révisée.
On ignore l'époque de son décès.
Nous n'avons pu nous assurer s'il était aussi des bords de la Glarée cet autre Rignon, lieutenant de dragons, admiré dans nos armées d'Espagne et de Portugal pour son héroïque bravoure. {Victoires et conquêtes, t. 21). Il est mort glorieusement en 1809 sous les plis du drapeau français aventuré, dans la noble péninsule, pour une cause déshonnéte, inspiration d'une insatiable ambition, dynastique flétrie par l'histoire.
R08T0LLAN Glande (le général).
Claude RostoUan est né à Névache, le 23 mai 1762, fils de Laurent et de Catherine Rolland.
L'acte de baptême porte que Laurent RostoUan était absent de la paroisse au moment de la naissance de son fils. Il était marchand colporteur comme beaucoup de ses compatriotes qui, partis de la vallée de la Clarée avec le fonds de première mise le plus chétif> ont fondé en Espagne et en Italie d'importantes maisons de commerce.
Le jeune RostoUan débuta dans la vie en continuant les modestes errements de l'industrie paternelle. Mais bientôt, répugnant à ces occupations, il s'enrôla en 1783 dans le régiment de Toul artillerie. Il demeura huit années dans le grade subalterne de sous-ofïicier; mais il allait^ comme nombre de militaires de cette époque, arriver rapidement à un grade élevé. Sous-lieutenant, le 16 mars 1791, dans la garde nationale soldée de Paris, il fut nommé capitaine, le 25 novembre 1792, dans le premier bataillon de la Creuse.
Après avoir assisté au blocus de Thionville, il prit part à tous les combats qui eurent lieu dans les Ardennes en 17^3. Elevé au grade d'adjudant général provisoire, le 13 brumaire an H, il fit de nouveau remarquer ses talents militaires aux combats de Philippevillc, de Boussu, à la prise de Thuin, à la reprise de Landrecies^ de Valenciennes et du Quesnoy où il commandait la tête de tranchée de droite. Confirmé dans le grade d'adjudant général, chef de brigade le 25 prairial an ih, ce fut lui qui, à la tête de Tavant-garde du général Marceau, enleva avec deux escadrons, à la bataille de Sprinont, une compagnie d'artillerie légère avec ses pièces qu*il dirigea contre les Autrichiens et qu il fit servir par leurs propres canonniers.
L'affaire de Duren sur la Hoër, le combat qui eut lieu dans les plaines de Bologne, le blocus de Mayence et la journée de Platten lui olTrirent de nouvelles occasions de déployer sa valeur. Envoyé en Hollande, le 7 ventôse an vu, ilsoutintàlabataille de Bergen, pendant quatre heures, avec trois bataillons et deux escadrons, les efforts d'un corps d'armée russe fort de quinze bataillons. et ne se retiraque lorsqu'il eût acquis la certitude que Tarmée française était prèteà recevoir l'ennemi. En récompense de cet éclatant fait d'armes, le général Brune l'investit des fonctions de chef de son état-major. Il servit en cette qualité à tous les combats qui eurent lieu jusqu'à la capitulation du duc d'York au mois de frimaire an viii. Il fut ensuite envoyé auprès du général Augereau comme chef d'ctat-major avec un corps de troupes gailobataves pour appuyer la gauche de l'armée du Danube, Après avoir exercé plusieurs commandements à l'intérieur, il fut envoyé le 29 floréal an xiii dans le département de la Doire, et fut nommé chef d'état-major de l'armée des Côtes le 25 fructidor. Il servit sous les ordres du maréchal Brune à l.-i grande armée. En 1809, il fut chef d'état-major du corps de troupes rassemblées sur l'Escaut.
Le 9 septembre 1812, Hostollan se rendit par ordre du gouvernement à Gorée, ile des Pays-Bas, près l'embouchure de la Meuse. Il fut fait prisonnier de guerre en 1814, rentra en France au mois de mai et fut appelé le 4 juin à
commander le département des Hautes - Alpes. (Voir : Fastes de la Légion d'honneur^ t. 3, p. 529 et suiv.)*
A la rentrée de l'Ile d'Elbe, et à l'arrivée de la petite troupe de Napoléon à Gap, HostoUan, convaincu qu'il ne pouvait compter sur l'obéissance des soldats sous ses ordres et constatant Tcnthousiasme des populations rurales pour rhomme extraordinaire qui les avait pourtant si bien et si longtemps décimées, Hostollan se retira à Embrun. Jjes événements se précipitaient. Napoléon avait ressaisi le pouvoir. Les alliés faisaient de nouveau mouvoir vers la France leurs formidables armées. Rostollan crut de son devoir de mettre son épée au service de sa patrie. Il se rendit à Paris, et reçut le commandement d'une brigade sous les ordres du général de division Tareyre.
Au retour des Bourbons, Rostollan fut mis à la retraite le 4 septembre 1815. Il se retira à Passy, où il mourut le 1 i janvier 1846. Il était commandant de la Légion d'honneur.
Un officier supérieur, dans une lettre qu'il m'écrivait le 29 juillet 1889, s'exprimait ainsi au sujet du général Rostollan : « Lors de la rentrée de Napoléon de l'Ile d'Elbe, il commandait à Gap et il s'est retiré à Embrun. Sa conduite m'a paru fort équivoque et il a cherché à en tirer parti auprès de Napoléon d'abord et ensuite auprès des Bourbons. »
D^autres lui ont reproché, ainsi qu'à d*autres généraux, d'avoir trahi le serment prêté en 1814 à Louis XVIII.
Ces reproches et ces sévères appréciations me paraissent injustes.
Il y a serments et serments! !
Il en est un supérieur à tous les autres, primordial, immanent, non écrit, mais gravé en indélébiles caractères en toute âme de ferme droiture. C'est celui de servir sa patrie, de combattre pour elle envers et contre tous. Tous autres serments qui impliquent la violation de celui-là ne sont pas tenablesy ne sont que formule vaine, car leur observation peut être dans certains cas un crime de lèsepatrie.
C'est au regard de cette vérité qu'il faut juger la conduite des généraux et des fonctionnaires de tous ordres, qui, déliés de tous devoirs envers un roi qui avait fui à rétranger, estimèrent que le devoir suprême étiit de combattre pour la France menacée d'une seconde invasion. Qu'importent d'ailleurs, quelques paroles prononcées à ces heures troublantes où le vœu de la nation était incertain, où ses destinées tenaient à un fil, où Ton se demandait où serait le salut de la patrie ! 1
Les Briançonnais ont toujours repoussé pour leur compatriote le reproche de duplicité. Ils ont gardé leur estime au général Hostollan, à ce iils du Briançonnais qui, né dans une humble famille, au sein des populations rurales, ne dut son élévation qu'à son mérite et à sa bravoure.
On a cité quelquefois, Ladoucette entre autres, comme étant de Névache et appartenant à la famille du général Rostollan, un autre général du même ngm, qui a été gouverneur des Antilles françaises. C'est une erreur. Le général Louis de Rostollan estnéàAix(Bouches-du-Rhône), le 21 juillet 1791. Il était étranger à la famille de son homonyme.
ROUX-LACROIX Jean-Antoine.
La famille Roux-Lacroix était représentée à Briançon. dans la seconde moitié du xvi« siècle, par Michel Roux- Lacroix, docteur-médecin, et par Jean Roux-Lacroix, avocat.
Michel Roux-Lacroix avait épousé Magdeleine Prat, sœur de Jean Prat, seigneur de la Bâtie-des-Vignaux, lieutenant particulier au bailliage et qui fut anobli par Louis XIV.
Michel Roux-Lacroix eut de nombreux enfants parmi lesquels Jean-Antoine, qui naquit à Briançon le 13 febvrier 1B73, et qui eut pour parrain son oncle maternel, Jean Prat.
Jean-Antoine Roux- Lacroix devint avocat et présidentjuge des traites (ou fermes) au département des montagnes du Haut-Dauphiné, juridiction dont le siège était Briançon.
Jean- Antoine Roux-Lacroix fut premier consul de la ville de Briançon, en 1713 et 1725.
M. Fauché-Prunelle rappelle, dans un article publié dans le Bulletin de l'Académie delphinale (1856-1860, p. 617 et suiv.)) un usage en vigueur alors qu'avaient lieu les élections des consuls de la ville de Briançon :
« Soit immédiatement après son installation, soit à la première séance qu'il présidait, le premier consul de Briançon adressait au corps municipal une allocution ou un discours tant en son nom qu'en celui de ses collègues. »
M. Fauché-Prunelle reproduit le texte de trois de ces discours prononcés par Jean- Antoine Roux-Lacroix, à roccasion de son double consulat de 1713 et 1725. Ces discours ne sont pas de simples allocutions. Ils SQnt d'une certaine étendue, nourris de faits et de réflexions portant principalement sur les franchises et libertés briançonnaises et leur influence sur 1 orientation de l'administration politique et municipale de la cité.
« On y remarque, dit M. Fauché-Prunelle, parmi les exhortations adressées au Conseil municipal pourTaccomplissement de ses devoirs, Tostentation de montrer une certaine érudition historique pour relever Téclat des fonctions consulaires. »
Le second de ces discours fut prononcé à la fin de Tannée consulaire de 1713, pour, dit l'orateur, « avant de déposer le chaperon, donner à ses concitoyens des témoignages authentiques de sa reconnaissance. » Ajoutons que la harangue de 1725 est bien supérieure aux deux autres pour la gravité des pensées et la correction du style.
Ces discours avaient été donnés par l'arrière-petit-fils de Jean-Antoine Roux-Lacroix à M. Fauché-Prunelle qui rend un témoignage clogieux de la conduite des divers membres de cette famille ayant exercé à Briançon des fonctions publiques.
M. Fauché-Prunelle donne à tort à Jean-Antoine le titre de seigneur de la Bàtie-des-Vignaux ; ce fut son fils, (jeorges Roux-Lacroix, qui acquit cette lilliputienne seigneurie des sieurs Prat ou du Prat, ses oncles maternels.
ROUX-LACROIX Georges.
Georges Roux-Lacroix, fils du précédent, est né le 5 septembre 1710. Il eut pour parrain son parent, Georges du Prat, seigneur de la Bâtie-des-Vignaux, lieutenant particulier et subdélégué de l'Intendant. (Soit dit entre parenthèses, la famille Prat avait ainsi nobilisé son nom patronymique. Elle était, ainsi que d'autres hobereaux de noblesse équivoque, assoiflct; de distinctions et de privilèges.)
Georges Roux- Lacroix, avocat, fut investi, comme son père, de la charge de président juge des traites du siège de Briançon. Comme son père encore, il fut, à plusieurs reprises, premier consul de la ville de Briançon.
Son consulat de 1758 fut marqué par raccomplissement d'un service public dont Tobjct était commun à toutes les communautés du Briançonnais.
De temps immémorial, les Briançonnais commis à l«i défense de la frontière et qui, pour cette noble tâche, avaient montré vaillance et habileté stratégique, étaient exempts en fait, sinon en droit, du tirage à la milice. Aucune difficulté à ce sujet ne s'élevait au sein de leurs montagnes ; mais lors des émigrations hivernales des jeunes Briançonnais, soit comme peigneurs de chanvre, mailres d'école ou marchands ambulants, ils étaient souvent inquiétés au dehors à raison de ce tirage auquel on voulait les soumettre.
Les communautés briançonnaises assemblées en escarton nommèrent M" Georges Roux-Lacroix chargé de faire les démarches nécessaires pour obtenir de Tautorité compétente un titre régulier d exemption.
Georges Roux-Lacroix s'acquitta de sa mission à la satisfaction de ses mandants. La requête qu'il présenta pour cet objet à l'intendant fut suivie d'ordonnance conforme qui donna force obligatoire au vieil usage. Cette ordonnance est à la date du 23 juin 1758. Elle autorise les communautés à faire imprimer le texte de ses dispositions.
Les certificats délivrés depuis par les consuls des corn-
munautés aux jeuhes émigrants relatant le texte protecteur de Tordonnance les mirent à Tabri de toutes vexations.
Dans la requête adressée à Tintendant, Roux-Lacroix se qualifie ainsi : Maître Georges Roux-Lacroix, seigneur de la Bâtie-deS'Vignaux, conseiller du roi, président et juge des fermes au département des montagnes du Haut-Dauphiné, premier consul et député des communautés.
En dehors de sa participation à la gestion des affaires de la ville et du Briançonnais^ ainsi que des occupations de sa charge, Roux-Lacroix conçut la louable pensée d'étudier la situation économique de son pays, ses ressources, ses besoins et d'en dresser la statistique. Ce labeur était dans sa compétence comme dans ses goûts ; ses connaissances locales, ses relations étendues devaient lui permettre de conduire à bien une telle monographie. Il écrivit donc une notice statistique estimable et qui peut être consultée avec fruit pour Tétude du Briançonnais au xvui' siècle. Elle porte la date de 1747.
M. Joseph Roman, homme de vaste érudition^ habile explorateur de bibliothèques et d'archives^ dénicha un jour aux archives des affaires étrangères, le manuscrit de la statistique de Roux-Lacroix. Il le publia dans le Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, (Il y eut un tirage à part.)
M. Roman a fait précéder cette publication de quelques réflexions sur sa valeur et sur le mérite relatif de Tauteur. « La statistique du Briançonnais que Ton va lire, dit-il, est l'œuvre d'un homme qui parle de visu, qui sait ce qu^il dit et que Ton peut croire. Les renseignements qu'il donne sont précis : la population, les bêtes de somme et de boucherie, les forêts, le revenu en céréales, en foin, la principale occupation des habitants, les principaux passages des montagnes, tous ces détails sont d'autant plus curieux à connaître qu'on ne sait, pour la plupart, où les trouver aujourd'hui. L'auteur y ajoule également quelques bribes d'histoire et ne se trompe pas trop souvent. »
Roux-Lacroix eut des visées plus hautes. Il voulut écrire
riiistoire du Dauphiné. Résolution généreuse^ mais imprudente 1 Quel que fût le degré de culture intellectuelle de Houx-Lacroix, sa tentative ne pouvait aboutir. Il vivait confiné dans sa petite patrie briançonnaise, en dehors des indispensables ressources offertes par les bibliothèques publiques, par les archives de la province concentrées à Grenoble , privé de la consultation des chartes, des monographies historiques, des travaux antérieurs ; dans ces conditions de limitation de ses recherches, le laborieux Briançonnais ne pouvait mener à bien un tel projet. Et cependant, il se mit à Tœuvre. Mais les obstacles se dressèrent insurmontables devant son labeur. Il dut Tabandonner.
l'^ut-il rebuté dès Tabord par la lourdeur et les difûcultés de sa tâche, comme on Ta dit? Se borna-t-il, comme le prétendit un jour le journal r^f/o5ro^e, à une mirobolant f* préface ? Non. Il n'en fut pas ainsi. Il était encouragé et flatté dans ses espérances par des parents influents, les Chateau-Villard du Gapençais, par des amis tels que l'intendant du Dauphiné, De la Porte, et le comte de Clermont- Tonnerre. J'ai sous les yeux une lettre de ce dernier à Houx-Lacroix^ à moi remise par Eugène Chaper, lettre où respire la plus grande bienveillance, où se lit la promesse chaleureusement exprimée de sa protection pour Tœuvre en cours de préparation et pour Fauteur. La lettre prouve qu'une partie plus ou moins importante du travail de Roux- Lacroix avait été adressée au comte de Glermont-Tonnerre pour être soumise à son appréciation.
« Si tôt mon retour à Grenoble, dit le puissant protecteur (lettre du 18 octobre 1770), je préviendrai M. l'intendant. J'ai lieu d'espérer que vous trouverai an luy (sic) tous les secours qui seront en son pouvoir. Il est mieux à même que qui que ce soit de juger le mérite et le fruit de votre entreprise. Homme en place, il la protégera; homme de lettres, il la chérira. La bienfaisance est son caractère; ainsi vous réunissez plus d'une prérogative autour de luy...
« Vous pouvez continuer^ Monsieur, de m'adresser successivement les portions de votre ouvrage. »
A quel point et pour quelle cause immédiate fut abandonné le travail, c'est ce qu'il ne nous a pas été permis de
savoir.
La courageuse entreprise de Roux-Lacroix a été sévèrement jugée. La raillerie s'est mise de la partie. L'œuvre projetée et Tauteur ont été rudement traités.
Et cela est-il juste et bien séant ? Est-il désirable d'entraver par le dédain et le sarcasme ces essais d'une décentralisation littéraire qui aviverait partout les aspirations vers les hautes cultures intellectuelles ?
Georges Roux-Lacroix fut, en somme, un citoyen digne de toute estime. Ainsi Tont jugé les Briançonnais ses contemporains. 11 est mort à Briançon, le 7 janvier 1774.
L'honorable famille Roux- Lacroix est, à ce jour, honorablement représentée par M. Paul Roux-Lacroix, receveur de Tenregistrement à Marseille, par M™« Doumet, née Roux-Lacroix et sa nièce, M'i" Adélaïde Roux-Lacroix, qui habitent Grenoble.
Statistique du Briançonnais en 1747, par Roux-Lacroix, juge des fermes du roi à Briançon, publiée par J. Roman, correspondant du ministère de Tinstruction publique. Gap, 1892, in-80 42 p.
SUiVBSTRE Antoine.
Antoine Silvestre est né à Briançon vers le milieu du xv° siècle. On ignore en quel lieu il fit ses études universitaires. Tout porte à croire que son instruction commencée à Briançon fut poursuivie dans un centre de lumières plus favorisé et plus étendu. Jean de Launoy {Joanes Launoii), rhistorien du collège de Navarre, nous apprend seulement qu'après avoir enseigné pendant sept ans les belles lettres au collège de Montaigu imons-acutus), il devint professeur de théologie au collège de Navarre, adjoint d'abord au titulaire de cette chaire, Ollivier le Lyonnais, et qu'en 1523 fut conféré à Silvestre le grade de licencié. A la suite, il fut nommé sous-dialecticien (hypodidasculus) et peu après
professeur en titre {didasculus). Il est l'auteur, au dire de de Launoy, de la seconde partie du livre de Guillaume, évêque de Paris, et d'un abrégé de la vie de ce prélat.
Antoine Silvestre est décédé vers 1525. lia été enterré dans le cimetière du collège de Navarre. L'épitaphe gravée sur sa tombe est ainsi conçue :
Mortalis genilus Silvesler morte dolenda Omnibus occubuit, sic fera fata Jubent : Cujus, si vitam, si morum ornamenla recurras. Haud unquam dignus qui moreretur, erat.
Nec totus tamen interiit : sed parte sepulta, Pulchrius et fama vivit et ingenio.
Vivus hic immensum per scripta déambulât orbem, Scripta quidem.
En dehors de sa participation à la composition du livre de révoque Guillaume, on ne connaît pas les autres écrits de Silvestre. De Launoy croit qu'il avait écrit d'autres livres mais qu'il n'a pu les connaître. {Alia scripsisse docet ejus epitaphium^ sed ad meam cognitionem minime perveneriuit) (1).
On peut, en dehors des lumières et des œuvres d'Antoine Silvestre^ lui reconnaître un autre mérite. Il accueillit avec bonté le jeune Oronce Fine qui arrivait de Briançon à Paris riche d'espérances et court d'argent. Silvestre aida très efïicacement et très généreusement son jeune compatriote de ses conseils et de sa bourse. Il le fît entrer au collège de Navarre pour terminer ses études, et postérieurement le fit admettre au nombre des professeurs de ce collège célèbre dont il était devenu le régent (primarius).
La collaboration de Silvestre à l'œuvre de Guillaume d'Auvergne^ évêque de Paris, ne saurait être mise en doute par la date de la publication de ce livre, mais elle implique
(t) Joannis Launoii^ Navarrœ gymnasii Pariniensie, hintoria.
ridée de la jeunesse du collaborateur lors de la conception de l'œuvre. Le livre de ce prélat : Rethorica divina quo nulla uiilior, dulcior ac devotior est, a été publié en 1483, in-4*> goth. (Le plus ancien livre imprimé à Gand). La 2« édition imprimée à Orléans en 1674 : Guillelmi alverni episcopi parisiensis opéra (aureiîœ, 1674, 2 vol. in-f").
TANE (Harcellln), Tabbé.
L'abbé Tane est né le 8 novembre 1745. à Névache, fils de Claude et de Marie RostoUan-Chalvet.
1/abbé Tanc ne m'était connu que par de vagues oui-dire au milieu desquels l'allégation qu'il était le véritable auteur de la Grammaire de Lhomond, dont le manuscrit lui avait été soustrait et publié par autrui. Un jour, je reçois de mon ami Victor Vincent, esprit et plume alertes malgré ses 75 ans, une brochure, son œuvre, portant ce simple titre : A propos de labbé Tane, souienirs briançonnais.
Je lis les pages avec curiosité d'abord, puis avec un intérêt qui va crescendo. J'y trouve non une simple ébauche, mais un portrait en pied de l'abbé Tane, physionomie arrêtée dans les traits fermes et doux qui révèlent une individualité supérieure et s'emparent de vive force de l'attention.
Raison droite, large instruction, idées primesautières, facultés inventives, glissement de plein abandon sur la pente de l'altruisme, ascétisme dans le régime de la vie^tels sont, dans le tableau biographique, tracé par Vincent, les traits saillants de cette physionomie originale, figure de solitaire du désert humanisée par le sentiment relativement moderne de l'amour des pauvres, éclairée par l'amour de la science.
Est-ce là, me disais-je, le portrait d'un homme ayant existé en chair et en os, de notre temps? Une forte dose de scepticisme avait un instant suspendu tout jugement sur la réalité des choses. N'y a-t-il là que de pures idéalités, rêve généreux du cœur de Vincent? Mais non. Ce récit n'est que la relation des dires très explicites d'hommes graves insusceptibles d'enthousiasme irréfléchi, anciens élèves de l'abbé Tane, parmi lesquels, M. Vincent père et J.-B.
Caire, ancien greffier du tribunal, mort nonagénaire. Ils ont marqué de l'estampille de Tauthenticité les détails biographiques publiés sur leur foi. Vincent déclare d'ailleurs n'être qu'un rapporteur fidèle, un sténographe des opinions souvent émises devant lui sur l'homme de mérite transcendant dont il retrace Texistencc.
On est donc non en face d*un être de raison^ mais en présence d'une de ces âmes d'élite s'élevant à de grandes hauteurs morales, par leur propre virtualité, indépendamment des circonstances de temps, de milieu, d'événements extérieurs.
Ce qui frappe dans la direction morale de la vie de Tabbé Tane, c'est la constance de ses opinions, Tunité dans sa règle de vie, à travers les orages des révolutions, dans ces jours sombres où sont mises en question les croyances, jusque-là les assises des institutions sociales et politiques. Sans déviation de son labeur sincèrement philanthropique, l'abbé Tane continue à semer autour de lui, et autant qu'il est en lui, l'instruction, à prêcher la morale de parole et d'exemple, à dire, avec éloquence, la nécessité de l'assistance envers les déshérités du sort.
Au mois de février 1791, l'abbé Tane était vicaire aux Guibertes (commune du Monêtier), et malade depuis deux mois. Il s'était cassé une jambe. Pour ce motif, il ne put pas prêter alors le serment civique, mais il le fît au Monêtier, le 2 juin suivant, en présence du conseil général de la commune et des fidèles. Prêtre intelligent et austère, citoyen patriote, l'abbé Tane n'hésita pas à obéir aux lois de la nation dont il se déclara toujours le serviteur fidèle.
Ce serment civique, il le renouvela à Névache, le 30 septembre 1792, et ne le rétracta jamais. Il était, depuis un an environ, curé à Plampinet. Il signe, en cette qualité, le 3 novembre 1791, un acte de décès dans les actes de l'Etat civil de cette localité.
Etre curé à Plampinet, paroisse de 250 âmes, auxabords de sa vallée natale, la gracieuse et toute verdoyante petite contrée de Névache, tel était le terme de l'ambition de l'abbé Tane.
Dès lors commence pour le desservant volontairement humble et solitaire, cette existence admirable de consécration toute désintéressée à Tinstruction, à l'éducation des enfants et des hommes. Le bienfait en fut obtenu tout d'abord, sur place^ au profit des enfants de la paroisse de Plampinet. Mais les actes de Téminent accoucheur des intelligences et des noblesses natives des cœurs, ne tardèrent pas à être connus dans un rayon assez étendu, et notamment à Briançon. Il se rassembla dès lors, autour du maître et dans une intimité plus étroite, un certain nombre d'élèves sortis des familles les plus anciennes et les plus éclairées de la région. Ici nous ferons de larges et textuels emprunts à la notice de Vincent. Sa relation vaudra cent fois Tanalyse incolore que nous pourrions faire de ses attachants récits
« Faisant tout le bien possible, Tabbé Tane s'imposait le soin d'instruire quelques jeunes garçons de la commune, bien entendu gratuitement. Ce qui se sut à Briançon, dans ce temps de suspension d'étude, de désarroi du Collège. — Des pères de famille, peines et soucieux de leurs fils, abandonnés au désœuvrement, sondèrent et sollicitèrent ce vénérable Curé, qui, avec un généreux empressement, accepta cette charge nouvelle, occasion nouvelle de faire le bien. Ah, certes^ ce n'était point l'esprit de lucre qui pouvait entrer en la tête de ce saint homme ! Le prix de la pension en est suffisamment expressif. Quel était-il? Sa minimité en est incroyable (ayant déjà été indiqué que l'instruction était gratuite), pour le logement et la nourriture, les parents payaient au Curé la somme de quatorze francs par moisi Ce n'était donc même pas cinquante centimes par jour ! ! Il est vrai que les parents fournissaient, envoyaient eux-mêmes le pain à leurs enfants
« Ce respectable Curé, rien moins que riche, désintéressé quand même, quelle nourriture pouvait-il donner à cette jeunesse^ ne retirant que si minime rétribution? de la volaille^ des friandises? pas même de la viande! C'était le régime végétarien, qui était peut-être dans le système d'éducation de TAbbé^ mais en certitude seul compatible
avec le prix de la pension. Pâques procurait la seule exception en cette alimentation ; un frère du Curé lui faisait, à ce jour, présent d'un mouton, que deux ou trois des plus grands pensionnaires allaient chercher à Névache. A ce régime d'antique sobriété, le Curé se soumettait luimême, trouvant encore moyen de surenchérir par des jeûnes et abstinences, ce que ses élèves remarquaient bien puisqu'il prenait tous ses repas au milieu d'eux, leur consacrant tout le temps que lui laissaient ses fonctions sacerdotales et ses devoirs envers ses paroissiens, malades ou
affligés dont il était la Providence
« i/Abbé Tane était un penseur, observateur profond, ciiercheur passionné de curiosités scientifiques, insatiable, selon le mot expressif d'un sien compatriote, il voulait tout apprendre. D'habitudes très matinales , après journées toujours laborieusement remplies, ses veillées étaient longuement consacrées à l'étude. Hélas, dans ce petit repli des Alpes, vrai désert, loin de toutes relations, des foyers lumineux, que pouvait-il 1 II n'a abouti, dans la haute sphère spéculative, qu^à des essais attestant la hauteur de ses conceptions, Tampleur de ses facultés. Je savais, et cela m'a été confirmé lors de ma dernière excursion à Névache, que ce vaillant prêtre a laissé des mémoires dans lesquels il a traité des diverses applications de la vapeur, de la combustion de certains gaz, propres à l'éclairage; la personne (M. Sébastien Garail, ancien maire), qui m'a affermi mes souvenirs, a vu et lu partie de ces écrits datant de bien plus loin que la création de tant d'usines et des chemins de fer. L'abbé Tane, en plus, était mécanicien, employant ses loisirs à fabriquer des horloges en bois, des ustensiles aratoires, etc., il y avait en lui du grand savant Pascal, l'auteur des Provinciales et l'inventeur de la brouette et du tombereau.
« La seule satisfaction qui lui soit advenue et dont il aimait à se louer, pour être sa plus douce récompense, était d'avoir rendu aux parents, des jeunes gens, non très riches en sciences, mais sachant bien ce qu'ils avaient appris, donc très aptes à savoir davantage; et, ce qui n'est point à
dédaigner, il les a rendus pleins de belle santé, robustes, agiles, rompus aux fatigues, accoutumés aux intempéries et à la sobriété.
< Qu'on juge de son zèle 1 cet infatigable maître avait composé nouvelles grammaires pour l'enseignement du français et du latin et les avait écrites de sa propre main. Je touche ici au cœur de mon récit. Or, n'ayant que son seul manuscrit, il le confiait à ses élèves, qui en prenaient copie, s'en pénétraient mieux, et, au fur et à mesure d'avancement dans rinstruction, se trouvaient, en finale, possesseurs des deux grammaires complètes. »
Les deux grammaires, suivant le dire de Vincent, étaient en un unique manuscrit qui fut adressé par Tabbé Tane au citoyen Rolland, ministre de l'Intérieur, qui avait alors dans ses attributions le service de Tinstruction publique. Mais aucun accusé de réception ne parvint à Tauteur. La cause en était aux formidables perturbations politiques et sociales du moment. Les lettres de réclamation demeurèrent sans réponse.
L'abbé Tane avait fondé de grandes espérances, pour le bien de l'instruction publique, sur l'adoption de ses grammaires par l'Université. Il avait, par l'expérience faite, la ferme conviction de leur supériorité sur les livres élémentaires alors en usage. Aussi fut-il désolé de la perte de son manuscrit.
Plus tard, quand parurent les grammaires de Lhomond, la sim^itude de ses œuvres et de celles de l'abbé Tane parut telle aux anciens élèves de l'abbé que ce fut, de leur part, un toile, une directe accusation de plagiat contre le pauvre Lhomond dont l'innocence fut ultérieurement démontrée. Une même tournure d'esprit dans les deux abbés (Lhomond était prêtre aussi), avait donné naissance aux deux livres, frères Ménechmes, dont la similitude très apparente avait paru être l'identité même aux amis de l'auteur Briançonnais.
Le vénérable abbé Tane éprouva un véritable chagrin de la perte du fruit de ses veilles. Mais la pratique journalière de se's œuvres pies d'instruction et de paternelle
assistance envers ses paroissiens fut un premier allégement à sa peine. Il en trouva sans aucun doute un autre dans la quotidienne contemplation des grandes Alpes, en parcourant les sentiers du pittoresque bois de mélèzes des 'Gachets qui fait face à Plampinet, soit en montant jusqu'au frais vallon des Âcles^ soit en gagnant parfois l'ombreuse forêt des Bauches que traverse la route de Névache à Briançon.
Combien calmante et douce est Tinfluence de la haute montagne et de la forêt sur Tâme humaine en proie au trouble, aux douloureuses agitations! Un autre prêtre, blessé dans la mêlée des luttes intellectuelles de la premièrd moitié de ce siècle, Lamennais^ a dit éloquemment cette faculté d'apaisement de la grande nature et des ^^rands bois :
« J'ai toujours éprouvé, dit-il, qu'en ces moments, la vue de la nature^ un plus étroit contact avec elle, calmait peu à peu le trouble intérieur. L'ombre des bois, le bruit de la source qui tombe goutte à goutte, le chant de Toiseau dans le buisson, les bourdonnements de Tinsecte, l'éclat, le parfum des fleurs, londoiement de l'herbe que la brise agite, toutes ces choses et surtout l'intarissable exhalaison de vie, de cette vie que Dieu verse à torrents au sein de son œuvre perpétuellement jeune, perpétuellement ordonnée pour l'ensemble des êtres et pour chaque être particulier à une visible fm de félicité mystériause, raniment l'âme flétrie, l'abreuvent d'une sève nouvelle, lui renden| sa vigueur qui s'éteignait. » (Voyage de Rome.)
D'ailleurs, la dominante des aspirations de labbé Tanc :
La concreala e pei'petua sete
Del deiforme regnô...
(Dante, Parnd)
eût suffi seule à dissiper ses regrets, nuées légères qui avaient pu estomper un instant le clair azur de ses pensées.
Dans son humble presbytère de Plampinet, vraie cellule d'anachorète, l'abbé Tane passa paisiblement de longs jours de vieillesse. Elévations à Dieu dans sa petite église
aux naïves peintures murales; méditations de haut vol en tous lieux; œuvre de charité et d'amour de son prochain en tout temps; telle était la vie morale de l'humble desservant qui put conserver intacte et supérieure jusqu'au bout, son intelligence, confirmant cette pensée de Tlmitation du Christ, fixée sans doute dans son esprit : bona vita réfrigérât mentem.
C'est ainsi qu'insoucieux des biens terrestres, possesseur d'un inépuisable trésor, la sagesse^ le digne abbé parvint jusqu'aux limites de la vie humaine ayant, jusqu'à sa dernière heure^ ordonné sa vie, au mieux des destinées de son âme immortelle.
Il mourut à Plampihet, le 16 janvier 1826.
Son presbytère avait reçu quelques réparations en 1824. Le bon octogénaire ne put jouir longtemps des minces commodités créées par cette restauration.
TOLOaSAN Antoine.
On lit dans une notice sur Louis Tolozan de Montfort, le dernier prévôt des marchands qu'ait eu la ville de Lyon (notice insérée dans le tome 6* de la Revue du Lyonnais sous la signature de J.-S. Passeron), ce qui suit sur Antoine Tolozan^ son père, marchand de soie, banquier et fabricant de soieries : « Cet Antoine Tolozan qu on dit être venu à Lyon, en sabots et avec une pièce de 24 sous dans sa poche, sortant d'un village du Haut-Dauphiné, dans les montagnes près de Briançon, n'en fut pas moins un de nos premiers négociants^ un homme de la plus rare capacité pour les affaires. Après y avoir amassé et même en assez peu de temps une fortune des plus considérables, on le vit, vers l'année 1740, faire bâtir l'immense maison qui coupe de la rue Longue à la place du Plâtre, et presque aussitôt, il entreprit celle du quai Saint-Clair qui fut entièrement terminée vers l'année 1746. Voulant établir son domicile dans cette dernière, il y fit déployer un luxe d'architecture, peu commun alors 1 Quelques jaloux contemporains se récrièrent ; mais la noblesse et l'élégance qu'on admire encore aujourd'hui dans cette belle construction, convenaient par-
faitement à un homme qui avait pris le titre d'Ecuyer, qui possédait le noble fîef de Montfort, et qui depuis Tannée 1736, était pourvu d'une charge de conseiller- secrétaire du roi en la chancellerie près la cour des Monnaies de Lyon. »
Antoine Tolozan avait eu de son mariage avec Benoîte Gesse, tante de Gesse de Poizieux, lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon, six enfants mâles, tous pourvus de charges considérables dans les finances, la magistrature et Tadministration centrale.
Antoine Tolozan mourut le 19 décembre 1754, âgé de 67 ans, ayant survécu à trois de ses fils. Les trois survivants furent Jean-François, intendant du commerce à Paris ; Louis, le dernier prévôt des marchands de la ville de Lyon^ et Claude^ introducteur des ambassadeurs, riche amateur et collectionneur de tableaux.
Le curé Albert assigne à Antoine Tholozan un autre lieu de naissance et une autre origine. Influencé sans doute par Textension constatée à profusion de ce nom patronymique dans l'Embrunais, à Vars, à Saint-André, aux Orres, à Baratier, etc., il indique la paroisse de Saint-André comme étant le lieu d'origine d'Antoine Tholozan. « M. de Tholozan. dit-il, qui a été échevin de Lyon, ensuite maître des requêtes, et après revêtu des charges les plus honorables, est originaire de la paroisse de Saint-André. Un de ses ancêtres en sortit avec peu. La fortune seconda son industrie et sa diligence, et a fait monter ses descendants au point où ils sont parvenus. Il faut cependant dire à la gloire de cette famille qu'elle tenait un rang distingué dans le Briançonnais. » Hist. du dioc, d'Embrun, 1. 1 . p. 136, et ailleurs : « La famille des Tholozan vient des anciens marquis de Cézanne, car on lit dans les Essais du sieur Froment que M. Antoine de Tholozan^ docteur en droit au bailliage de Briançon, était issu des anciens marquis de Cézanne. » Id.,p. 251.
Nous sommes en pleine fantaisie comme on le voit. Dans la notice documentée de J.-S. Passeron, marquée par la précision des détails, il s'agit du fondateur de la richesse et de la grandeur de la famille décédé en 17r>4. Le curé Albert attribue à un ancêtre, non indiqué ni désigné,
une situation qui était celle d'un de ses contemporains ! ! Il faut donc s'en tenir aux indications du biographe lyonnais des Tolozan.
Les Tolozan du Briançonnais navaient été, à aucune époque, marquis de Cézanne. Cette erreur de l'avocat Froment avait été adoptée sans contrôle et répétée par le curé Albert. Les Comtes d'Albon, et plus tard les Dauphins du Viennois, furent seuls marquis de Cézanne (depuis le milieu du XI* siècle, s'il faut croire à l'authenticité de la charte de 1053 rapportée dans le cartulaire d'Oulx, p. 135. qui contient des dispositions libérales de Guignes le Vieux (senex) et de son fils Guignes le Gras (pinguis.), dispositions qui supposent le plein domaine du territoire de Cézanne). Les comtes d'Albon et Dauphins du Viennois prennent dans tous les actes où ils figurent, le titre de marquis de Cézanne. Humbert II lui-même dans Tacte de cession du Dauphiné à la France se qualifie marquis de Cézanne ; tous les hommages et les reconnaissances, actes de ventes ou d'échanges rapportés dans VInveniaire de la cour des comptes, confirment la réalité du domaine plein et entier des Dauphins sur Cézanne et les Thures dépendant de la paroisse. Les Tholozan n'apparaissent dans le Briançonnais qu'au xvi" siècle, confondus dans la noblesse nombreuse alors et pauvre du Briançonnais, possessionnés de quelques biens ruraux dans les paroisses de Saint-ChafTrey et de la Salle ainsi que d'une bicoque à Briançon.
Sans aucun doute, Antoine Tolosan ne songea jamais à requérir la dextérité d'un généalogiste famélique pour rattacher sa famille à celle d'un pauvre gentilhomme sans illustration du xvi« siècle. Il préféra pour opérer le décrassement de sa roture la savonnette à vilain accolée à son titre de conseiller en la chancellerie près la cour des Monnaies de Lyon, soit à son titre d'acquisition du noble fief de Montfort. Car c'est ainsi que, sans tambour ni trompettes, s'opérait l'anoblissement par l'acquisition, à prix d'argent^ de certaines charges de l'Etat.
VAONAT Auguste (le D').
Le D"" Charles- Auguste Vagnat est né à Briançoii) le 6 novembre 1851.
Son père, François Vagnat, a longtemps été régent de mathématiques au collège de Briançon. C'était un laborieux, attaché à son pays natal autant qu'à ses devoirs de professeur; nous avons eu sous les yeux une lettre du vénérable Antoine Farnaud de Gap qui ayant eu, à plusieurs reprises, la mission d'inspecter TEcoIe normale des Hautes-Alpes, ne tarissait pas d'éloges sur le jeune élève Vagnat dont il prédisait les succès dans l'enseignement et la carrière honorable.
L'aïeul paternel de Vagnat, Vincent Vagnat, était un militaire d'éclatante bravoure décoré de la Légion d'honneur sous le premier Empire.
Quand le jeune Vagnat, ses études universitaires terminées, commença celles en médecine à Paris, cefut^ dans sa ville natale, un désir et une espérance de voir s'y fixer un jour, le jeune étudiant, devenu médecin.
Ses nombreux parents de la famille de sa mère, née Blanchard, l'y appelaient de tous leurs vœux. Auguste Vagnat, ses études (traversées et suspendues pendant l'année terrible, par son volontaire enrôlement dans l'armée et sa participation en brave soldat à la défense de la patrie) une fois terminées, Auguste Vagnat regagna Briançon. Il y fut réputé tout d'abord comme le fils le plus dévoué à une mère veuve depuis quelques années et bientôt comme un médecin instruit et précocement expérimenté, ayant été interne dans les hôpitaux.
Le D** Vagnat a réalisé toutes les espérances que sa belle intelligence et des qualités de cœur de premier ordre avaient fait concevoir à ses amis, à tous ses compatriotes. Il est aujourd'hui le médecin en plein exercice de sa profession, inspirant absolue confiance en ses lumières, sur pied le jour et la nuit à l'appel d'un malade pauvre ou riche, pauvre surtout, défiant la fatigue et la veille! Que dire de son désintéressement si peu compatible à ce jour pour tout le monde avec les exigences si multiples de la vie matérielle,
désintéressement dont tout bas ses amis désapprouvent Texcès ?
Les compatriotes du D' Vagnat lui ont donné des preuves nombreuses de leur estime, de leur attachement, de leur gratitude, en l'appelant tout jeune aux fonctions publiques électives. Il est depuis longues années déjà membre du conseil général des Hautes-Alpes pour le canton de Briançon, et maire de la ville depuis le mois de septembre 1888. 11 succédait à M. René Faure, homme intelligent, instruit, disciple éclairé d'Auguste Comte, qui avait marqué son administration par des mesures et des travaux d'utilité publique dénotant une initiative d'incontestable activité intellectuelle.
M. René Faure, réélu maire à l'unanimité en 1888, avait basé son refus sur ce qu'il avait largement payé sa dette de dévouement à son pays et aussi sur son désir légitime de réserver son attention et ses soins à la gestion de ses intérêts privés.
Le D*" Vagnat, comme son prédécesseur, s'occupa, avec ardeur, malgré les exigences de sa profession, des intérêts de la ville. On lui doit un aménagement plus étendu du bâtiment du collège avec construction d'un calorifère, la création de fontaines dans les villages de la banlieue (travail de première importance pour Sainte-Catherine notamment), l'agrandissement de l'abbatoir, la réorganisation du service des secours contre l'incendie, l'éclairage électrique pour la ville et ses dépendances de Sainte-Catherine, le remplacement de rhorloge fonctionnant à l'église, la rectification de chemins communaux, etc.. et enfm la création d'une Bibliothèque municipale, pour la composition de laquelle, il a bien voulu requérir la collaboration de l'auteur de ces notes; etc., etc.
Le conseil municipal de Briançon a secondé de son mieux la pensée qui a présidé à ces innovations heureuses et n'a jamais marchandé son concours au maire investi de toute sa confiance et de son réel attachement.
MM. René Faure et Vagnat ont eu pour collaborateur intelligent le laborieux M. Paul Vollaire, qui occupe encore
aujourd'hui avec la compétence que donne Texercice prolongé d'une fonction, le poste de secrétaire en chef de la mairie de Briançon. Dans les travaux de recherches auxquels j'ai eu à me livrer dans les archives de Briançon, j'ai trouvé enM. Vollaire, obligeance, courtoisie et parfois, utiles indications ; je lui exprime ici ma gratitude.
VIDEL (les).
« La famille Laurent Videl, dit Guy-Allard (Dict. hist. du Dauphinè), fertile en gens savants, est originaire du Briançonnais. Laurent Videl fut un docte médecin. Il est le premier qui a écrit contre Nostradamus et qui a tâché de détromper les gens sur ses prétendues prophéties. Il a vécu sous Henri III et Henri IV. liouis Videl, son fils, secrétaire du connétable de Lesdiguières, a écrit l'histoire de son maître et des annotations sur celle du chevalier Bavard. »
Il y a, dans ces quelques lignes de Guy-Allard, des erreurs de fait et d'appréciation critique. Louis Videl n'était pas le fils de Laurent, mais bien de Jacob Videl, et d'autre part, le livre de Laurent Videl contre Nostradamus n'était pas inspiré peut-être par le désir de détromper les gens sur ses prétendues prophéties, mais par Tinspiration d'un sentiment tout personnel de rancune et de haine : un mot d'explication sur ce dernier point :
Le livre de Laurent Videl contre Nostradamus est rarissime. On trouve dans le bulletin du bibliophile Techener (15™° série) quelques passage de ce livre relevé par F. Buget qui a analysé tous les factums et libelles publiés contre Nostradamus. F. Buget est dur pour Videl.
a J'ai lu, dit-il, à Sainte-Geneviève, ce libelle dont j'ai copié les passages qui m'ont paru de quelque valeur. L'auteur a le ton d'un cafard et le venin de la vipère. Les deux passages du livre de Videl cités ne donne pas l'impression de cette critique.
Dans le premier : « Laurent Videl au lecteur Sa/»i( et paûv, on ne rencontre que le développement d'une pensée que ne reprouvent pas les croyances religieuses de ce temps : «Aucune influence que les estoiles nous promettent et viennent
à signifier ne nous peut faire bien ou niai si ce n'est le bon plaisir de Dieu, car c'est celui qui peut détourner tous mouvements et les faire aller contre leur naturel, s'il est en son bon plaisir, qu'est chose bien évidente que les astrologiens ne doivent parler ni dire qu'un tel fait viendra pour seur ainsi que fait ce phanatique de Nostradamus. . . »
Le second passage est une apostrophe de Videl à Nostradamus : « Tu as montré, dit-il, que tu étais fort (/a/eux et roigneux comme il appert par tous tes présages de Tan 1557... Je te puis bien assurément dire que de la vraie astrologie, tu y entends moins que rien. . . Certes, si te voulais réciter toutes tes ignorances, abus et sottises que tu as mis en tes œuvres depuis 4 ou 5 ans en ça, il en faudrait faire un bien grand livre. . . tu ne te contentes de boire par toutes les bonnes maisons, mais vas boire par toutes les tavernes et cabarets comme un bon pion. . » Etc.
On n'a que faire de ce tas d'injures et de cette querelle de boutique. Ce qu'on peut retenir de ces citations c'est que Videl, comme Nostradamus, s occupait aussi d'astrologie; c'est qu'il publiait aussi des almanachs; qu'il y avait entre eux antagonisme de science ou de charlatanisme et opposition d'intérêts. De là les grossières injures qu'ils s'adressaient, genre de discussion du reste fort à la mode en ce temps-là.
F. Boget présente à la suite de cette relation, quelques considérations qui tendraient à prouver que Laurent Videl n'était point l'auteur du libelle dont s'agit. « Je regarde, dit-ih ce libelle comme un pseudonyme où on a profité d'une querelle d'almanach entre Videl et Nostradamus, pour attaquer le second sous le masque de l'autre — Je suppose que cette brochure vient de Genève, de la propagande calviniste et je l'attribue à Pierre Viret, ministre à Lausanne, ami de Bèze, dévoué à Calvin, pamphlétaire infatigable... etc. »
Quoi qu'il en soit, il parait avéré que Laurent Videl avait dû quitter Briançon, sa ville natale, et se fixer ;\ Avignon.
BIBLIOGBAPHIE.
Déclaration des abus, ignorances et séditions de Michel de Nostradamus de Salon-de-Craux en Provence, œuvre très utile et profitable à un chacun. Nouvellement traduit de latin en français. Avignon, Pierre Roux et Jean Tramblay, in-4® de 44 p.
Alexandre Videl^ de la même famille, né suivant toute apparence à Brian çon, vers les premières années du xvii" siècle, y exerça la médecine pendant un certain nombre d'années. Il appartenait à la religion réformée. A la demande de ses coreligionnaires, les Yaudois du Piémont, il se transporta plusieurs fois dans leurs vallées pour y donner des soins aux malades. A la suite de controverses qu'il eut avec des théologiens soit protestants soit catholiques, après études sérieuses, afïirme-t-iU des questions débattues entre Genève et Rome, il se convertit à la foi catholique. Il publia les motifs de sa conversion. Quoique marié et père de famille, le converti ne laissait pas, paraitil, d'oublier parfois la sainteté de la fidélité conjugale. Car on lit dans les actes de baptême de TEtat civil de Briançon la mention suivante : Octobre 1636, Gasparde Videl, fille naturelle de Françoise Rostollan, veuve de François Faure, avocat, et d'Alexandre Videl, docteur. Attestation de Fantin, pharmacien, et de B.-J. Ferrus
Alexandre Videl, assure Guy- Al lard, savait parfaitement la chimie. Suivant Pilot, il mourut à Grenoble etfut inhumé dans le couvent de Sainte-Glaire, le 7 décembre 1686.
Traité des motifs qui ont obligé le sieur Alexandre Videl, docteur en médecine, d'abjurer la religion prétendue réformée pour embrasser la foy catholique, apostolique et romciine, etc. Grenoble, 1670, 274 p. in-8°.
Jacob Videl, membre de la même famille, a été un des bourgeois des plus notables de Briançon. Il y fut appelé à
des fonctions importantes. Il fut premier consul de la ville en 1611. En 1613 il était^ au rapport du D*" Chabrand qui a publié une excellente étude sur la famille Videi, commissaire des vivres et des munitions de guerre des places fortes du Dauphiné. Plus tard, en 1616, il fut nommé capitaine châtelain de la ville de Briançon.
Il ne faudrait pas, sur ce titre pompeux, prendre une trop haute idée des attributions qui y étaient attachées. On lit dans un mémoire soumis en 1698, au parlement, par noble Sébastien de Ghaillot, vibailly du Briançonnais, contre Gabriel Bonnot, châtelain de Briançon, ce qui suit : «Jacob Videl en 1615 déclara lui-même que rolRce de châtelain de Briançon était sans revenu et sans juridiction ; qu'il n'était que geôlier; que pour cela, il avait le louage d'une maison de trente écus. »
Ce même mémoire constate que les provisions de châtelain obtenues par Jacob Videl lui furent conférées par le connétable de Lesdiguières pour lors lieutenant général et administrateur perpétuel du gouvernement du Dauphiné, dont le fils de Jacob Videl était secrétaire; qu'en 1630, Jacob Videl était encore châtelain de Briançon.
Jacob Videl appartenait à la religion réformée. Malgré son influence sur ses concitoyens, il n'avait pu obtenir en 1605 l'exercice libre du culte protestant et l'autorisation de faire élever un temple dans l'enceinte de Briançon. L'opposition de la communauté fut très vive et prévalut. Ceux de la religion durent se contenter de Texercice du culte à Sainte-Catherine. On ignore la date delà naissancç de Jacob Videl et celle de son décès.
A consulter : la famille Videl par le D' Chabrand. Grenoble, 1879. 15 p. petit in-S».
Louis Videl, fils de Jacob Videl , est né à Serres, vers 1598, disent les auteurs Dauphinois. La biographie de l'historien du connétable de Lesdiguières a été écrite longuement par MM. Adolphe Rochas et H. Gariel, qui ont donné aussi des ouvrages qu'il a publiés une énumération complète.
Gabriel Peignot et la Biographie Universelle deMichaud
font naître à tort Louis Videl à Briançon. Il a lui-même afTirmé le fait de sa naissance à Serres.
Jean Videl, dit le capitaine Videl, autre fils de Jacob Videl, est né à Briançon. Il est l'auteur d'une carte chorograptiique du bailliage de Briançon et côs frôs (confronts) faicte en 1664. L'excellent cartographe, Paul Guillemin, Ta fait reproduire en 1891 par la gravure. Guillemin a accompagné sa publication des observations qui suivent : « Jean Videl ne mérite pas l'oubli où il est resté. Sa carte qui est antérieure de 14 ans à celle de Borgonio est une œuvre originale bien personnelle. A côté d'une représentation bizarre de la région, elle renferme une profusion de détails des plus intéressants; nous y rencontrons même une vue en perspective de Briançon. L'original appartient aux archives de la guerre. . . Le capitaine Jean Videl a encore dressé en 1670 une carte du diocèse d'Embrun. Elle appartient à la Bibliothèque nationale. »
La carte dressée par Jean Videl est de bien plus grandes dimensions. Elle comprend le Dauphiné, le Piémont, la Provence et la Savoie. La publication de Paul Guillemin ne porte que sur un extrait de la grande carte qui a pour titre : La carte manuscrite des Alpes dressée en 166k, par le capitaine Jean VideL
VINCENT Victor.
Victor Vincent est né à Briançon, le 6 mars 1819.
La famille Vincent, venue de la commune de Cervières, occupait au xviii<> siècle une place honorable dans la bourgeoisie de Briançon. André Vincent, [raîeul paternel de Victor, né vers 1754, était, en 1800, l'un des administrateurs du canton de Briançon. Il avait été antérieurement membre de Tadministration centrale du département. Il figure, avec cette désignation, dans la liste des notables du département des Hautes-Alpes de Tan x de la République.
Son fils, Jean-Etienne-Victor Vincent, né le 27 décembre 1787, reçut une bonne éducation. Il fut ainsi que J.-B. Caire qui a été greffier au tribunal, Zéphirin Faure-Durif, qui a
été avoué à Grenoble, et d'autres jeunes Briançonnais, rélève à Plampinet de Tabbé Tane. Il fit son droit h la faculté de Grenoble et fut admis à la licence le 28 août 1811.
Vincent se fixa dans sa ville natale, y devint avoué près le tribunal, se maria avec l'aimable fille du président, M. Roubaud. II fut bientôt à la tète d'une nombreuse clientèle.
La nature avait été prodigue, on pourrait presque dire outre mesure, de ses dons envers cet homme remarquable à divers titres. C'était un très bel homme, de figure régulière et expressive ; d'aspect imposant; il y avait en lui delà gravité sans raideur ainsi qu'une grande distinction naturelle. Doué d'une belle intelligence, de l'amour du travail, réputé pour sa scrupuleuse probité, Victor Vincent père acquit à Briançon une influence et une considération presque sans égales. Chef envié d'une belle famille, il tint, pendant le cours d'une longue existence, l'un des premiers rangs dans la société Briançonnaise; avocat-avoué près le tribunal jusqu'en 1848, Maire de Briançon à cette époque, il fut nommé Sous-Préfet de l'arrondissement de Briançon et s'ctant démis quelques années après de ces fonctions, il accepta celles de Juge de paix. Il exerçait cette magistrature avec Tautorité que lui donnaient ses vastes connaissances et son caractère élevé lorsqu'il mourut le 25 février 1864, à l'âge de 77 ans ; il avait cédé, depuis 15 ans déjà, son étude d'avoué à son fils Victor, le plus jeune de ses enfants.
Victor Vincent fils a eu une enfance heureuse. Suivi, dans le cours de ses études par la sollicitude tendre mais quelque peu sévère de son père, choyé par sa mère qui était la bonté même, et par ses soeurs aimables autant que belles, il n'eut, comme on dit vulgairement, qu'à se laisser vivre.
Vint l'heure des occupations sérieuses; Vincent qui avait le sentiment inné de la soumission au devoir, se conformant aux désirs de son père, lit son cours de droit à la faculté de Paris, en étudiant attentif et studieux. Licencié en droit le 28 août 1840, il entra dans l'étude de son père,
devint son assidu et zélé collaborateur et quelques années après, lui succéda.
Victor Vincent avait reçu, lui aussi, de la nature de remarquables facultés. Il était judicieux, clairvoyant en affaires^ d'une extrême lucidité dans ses explications, prompt à mettre en garde un plaideur contre ses illusions sur Tissue d'un procès, subordonnant toujours ses intérêts personnels aux inspirations de sa droiture. Un trait qui doit être noté comme caractérisant l'esprit de Vincent, c'est Textrôme clarté de ses exposés de fait et des principes du droit. Dans mes notes sur les Essais d'Antoine Froment, p. 340 (1868), je signalais cette sorte de supériorité de l'homme d'affaires : « Je n'ai jamais lu, disais-je, de correspondance en affaires aussi remarquable que celle de mon ami Victor Vincent, aujourd'hui receveur particulier des finances, ancien avocat-avoué à Briançon. »
Vincent, de bonne heure, vendit son étude d'avoué pour entrer en qualité de receveur particulier dans l'administration des finances. Pas n'est besoin de dire que ses connaissances très étendues et très sûres en matière contentieuse, firent de lui, en cette nouvelle carrière, un fonctionnaire hors ligne. Il était receveur particulier à Tournon (Ardèche), poste important, lorsqu'il fut admis à la retraite.
La retraite! C'est pour nombre de braves gens un danger, un écueil, le vieux cap des tempêtes; pour quelquesuns assoiffés de récréations intellectuelles, c'est le cap de bonne espérance,
Vincent n'était point dépourvu de viatique pour cette nouvelle existence. Au sortir de l'audience, l'avocat-avoué, une fois le dossier classé, s'était autrefois jeté sur le livre préféré, œuvre le plus souvent d'un grand esprit du xvii* ou du xviii« siècle; plus tard et parallèlement à ses occupations de bureau, il s'était livré à de graves et attachantes lectures, scrutant patiemment la part de vérité déposée dans chaque œuvre, composant inconsciemment, en sa pensée, par la méditation, un livre sur un livre. C'est ainsi qu'il conquérait un goût littéraire très sûr, qu'il acquérait des connaissances variées, qu'il se faisait une langue riche,
claire, ailée. C'est ainsi qu'il écartait de son front ce poids très lourd du rien de la petite ville dont Joseph de Maistre se plaignait si amèrement dans son trou de Ghambéry.
Vincent écrivit de nombreux et bons articles d'histoire et d'économie politique dans les journaux de Gap, d'Apt, d'Orange, etc.
Son opuscule que déjà nous avons mentionné : A propos de Vabbé Tane, est une vue synthétique de l'état social^ des mœurs, de la situation économique du pays Briançonnais dans le passé et dans le présent ; tout cela quelque peu flottant par la diversité des aperçus, mais ouvrant des horizons pleins de lumière sur des points restés obscurs dans l'état des personnes et des choses. Les appréciations de l'auteur qui sait, qui sait bien, qui est maître de son sujet, sont au-dessus de toute discussion.
La lecture de ces pages laisse en l'esprit de tout Briançonnais le regret que Vincent cantonné par des devoirs professionnels en des occupations d'autre nature, n'ait pu donner une bonne histoire du Briançonnais. Son nom eût honorablement figuré à côté de ceux de Fauché-Prunelle et du docteur Ghabrand.
Vincent a été et est encore un père de famille d'ineffable tendresse pour les siens. Son grand et continuel dévouement s'étend d'ailleurs à tous les membres de sa parenté.
Quel ami sûr, de fidélité à toute épreuve et aimable ! Moins beau que son père, il est plus sympathique, possédant de sa mère l'exquise douceur du regard et le charme du sourire.
Il y a quelques jours, je furetais à Briançon avec Mlle Gécilia Rey, dans les vieux papiers de sa famille. Dans une liasse de lettres, j'en découvris une que j'écrivais de Grenoble en 1841 à son frère Gassius Rey, mon ami d'enfance. J'y lus ceci : « Voyez-vous Vincent quelquefois ? G'est un esprit judicieux, un cœur droit, d'un commerce sûr. Voyezle souvent, ajoutais-je, non sans une pointe de malice à l'adresse de mon correspondant, jeune homme excellent, mais ombrageux, Vincent est d'une charmante égalité d'humeur. »
Ainsi pensais-je sur Vincent dans le temps de notre jeunesse. Ainsi continuai-je à le juger dans Tâge mûr où dans les trop longues traverses et les peines de la vie. dans les joies trop courtes, nous nous sommes toujours senti le^; coudes suivant un vocable populaire.
La vieillesse n'a pas modifié nos sentiments. Plus de soixante années ont passé sur notre amitié sans qu'un nuage l'ait un instant obscurcie. Vincent Taflirme aussi dans une page de son livre : A propos de Vabbé Tane, en termes dont Faccent ému a trouvé de Técho dans mon cœur.
Au commencement de cette année 1895, une grave maladie a mis mes jours en danger. Les soins éclairés et vraiment fraternels de mon ami le docteur Jules Berger, Thabile directeur de TEcole de médecine, et quelque peu aussi ma robuste constitution m'ont tiré du mauvais pas. Ma préoccupation chagrine était de n'avoir pas écrit la biographie - bibliographie du canton de Briançon, A peine convalescent, je me mis à Tœuvre et dans le courant de cette année 1895, la 74« de mon âge, j'ai rédigea la hâte ces notes biographiques qui portent sans doute la marque de la précipation dans le travail et du grand âge de 1 auteur. D autres feront mieux.
Je laisse aux livres d'autrefois leur vaine et prétentieuse formule : Finis coronat opus. Je ne puis m'empêcher de songer, dans un mouvement de cœur joyeux, qu'à la dernière ligne, j'ai, ce qui vaut mieux, inscrit le nom de mon vieil ami Victor Vincent.
A propos de l'abbé Tane, souvenirs briançonnais, V. V., 40 p. gran4 in-8<>. Orange, 6 mars 1893.