Notice sur la découverte d'une couche abondante de
crinoîdes fossiles de l'espèce Pentacrinus, in-4o, 3 pi., s. d.
81. Les congrès provinciaux des orientalistes. Rapport à la Chambre de commerce de Ghalon, Autun et Louhans, par M. F. Ghabas. son président. (Le Progrès de Saône-et- Loire du 22 juillet 1876.)
82. Les congrès scientifiques en Province, par Chabas^ 16 juillet 1876. (Dans le Progrès de Saône-et-Loire,)
A consulter :
Travaux de M. Ghabas, sur les temps de Texode, par Emile Guimet. Lyon, 1875.
Notice sur Ghabas (François-Joseph), égyptologue français, par le baron Textor de Ravisi. St-Etienne, 1878.
Notice nécrologique sur François Ghabas, par le baron Textor de Ravisi, 1882.
Les revues françaises et étrangères.
GHABAS Frédéric.
Second fils de Vincent Ghabas, Frédéric Ghabas est né le 14 septembre 1818 à Réguignié (hameau de la commune de Briançon).
Après un court séjour dans les classes inférieures du collège de Ghalon-sur-Saône, il a fait ses études au Prytanée militaire de la Flèche, d'où il est entré directement à l'Ecole Polytechnique en 1836.
Sorti de cette école dans un bon rang, en 1838, il a suivi les cours de l'Ecole des Ponts et Ghaussées et^ dès 1840, il a commencé sa carrière d'ingénieur qu'il a successivement parcourue dans les départements du Morbihan, de la Gôted'Or, de l'Allier, du Gher et de Saône-et-Loire.
Appelé par ses fonctions à s'occuper de travaux de routes, de chemins de fer, de navigation, c'est principalement dans le service du Ganal de Berry et dans celui du Ganal du Centre qu'il a passé la plus grande partie de sa carrière.
Nommé inspecteur général en 1879, il en a exercé les fonctions jusqu'en 1883, époque à laquelle il a été atteint par la limite d'âge. Il est officier de la Légion d'honneur. Il demeure à Paris.
GHABAS Helrétius.
Jean-Jacques-Helvétius Ghabas est né à Marseille le 12 nivôse an m (l*"* janvier 1795). Son père, Jean-Joseph Ghabas était de Fort- Ville (hameau de Briançon). Il s'était fixé très jeune à Marseille et y avait fait fortune. Un lot considérable de terrain qu'il possédait à Marseille, chemin d'Endoume, porte aujourd'hui la dénomination de Cité Chahas. Son fils peut à bon droit être considéré comme Briançonnais tant par son origine que par les liens de famille qui l'attirèrent constamment en villégiature à Briançon, auprès de son oncle Jean-Benoit Bouchié, et de son beau-frère, Benoît Bouchié (de Golaud); à ces considérations il faut ajouter celle de ses relations suivies d'amitié avec l'élite de la société briançonnaise, les Latour, les Victor Vincent, les Ghapuzet, les Gurlie du Monétier, etc.
Helvétius Ghabas fit son cours de droit à Aix. Il trouva dans cette faculté, Thiers, Mignet, Gharles-Ozé Barbaroux et Renard. Il se lia d'étroite amitié avec ces jeunes hommes devenus plus tard célèbres à divers titres. Ges relations commencées sur les bancs de l'école de droit se continuèrent et se cimentèrent dans la lutte engagée par tous les libéraux contre la Restauration, lutte à laquelle ces jeunes Provençaux prirent une part active.
H. Ghabas occupa bientôt dans le barreau de Marseille une place distinguée. Il plaida dans plusieurs procès politiques ; dans les poursuites dirigées contre le journal satirique, Le Caducée, il défendit avec talent Méry, l'un des accusés. Dans Vaffaire des tentures (20 mai 1820)^ il prononça un très remarquable plaidoyer pour Paul Roman, de Lourmarin, protestant poursuivi pour n'avoir pas tenture lé devant de sa maison sur le passage de la procession du Saint- Sacrement. Ghabas gagna son procès; c'était un beau succès dans ces temps de réaction monarchique et cléricale.
Une laryngite éloigna Ghabas du barreau vers 1824. Il acquit une étude d'avoué près le tribunal civil de Marseille. Sa santé s'altérait. Une chute de voiture, accident qui lui
arriva^ sur la route du Monétier à Briançon, à la suite de laquelle il demeura alité à Colaud pendant plusieurs mois, porta le dernier coup à sa constitution déjà minée par une maladie de poitrine. Il mourut à Grenoble, le 5 septembre 1828. Les quelques mots inscrits sur sa tombe ne sont point menteurs comme une épit&phe. C'est un ami plein de droiture^ M. André Latour, qui les a écrits comme il les a pensés : « Appui des malheureux et des opprimés, écrivain judicieux, initié à presque toutes les connaissances humaines, Helvétius Ghabas était un des plus sages promoteurs de tous genres d'améliorations politiques et sociales. »
Ghabas laissait, en mourant, une fllle au berceau née de son mariage avec M'^*" Pauline Meffre de Grenoble.
Jeune, belle, riche, douée de tous les attraits, de tous les dons de Tesprit et du cœur, Amélie Ghabas, la fille de Tavocat marseillais, semblait réservée à un avenir heureux. Qui donc ne subirait pas le charme de cette nature privilégiée? Hélas ! il n'en fut pas ainsi. Un mariage contracté contre son gré, sous la pression de Tautorité maternelle, fut pour la jeune femme, devenue Mme Dupuy de Bordes, la source d'un malheur irrémédiable. Lassée de chagrins domestiques longtemps supportés avec dignité, abreuvée d'amertume, elle se sépara de son époux et vécut au milieu des membres de sa parenté, aimée, respectée, entourée jusqu'à la fin de sa vie par tous ceux qui avaient pu apprécier un jour l'exquise bonté de son cœur et le charme de son esprit. François Ghabas, son parent, professait pour sa cousine la plus haute estime et la plus vive affection.
GHABRAND Armand, arocat.
Armand Ghabrand est né à Briançon le 21 janvier 1854.
Dans la bio-bibliographie du canton d'Aguilles en Queyras, a été esquissée par nous l'existence de M. le D" Ghabrand, notre excellent compatriote et ami, qui s'est signalé par les services rendus comme médecin dans les contrées pauvres du Briançonnais et qui, digne successeur de Fauché-Prunelle, rhistorien du Briançonnais, a doté sa patrie
des meilleures monographies historiques propres à éclairer ses annales, à en répandre la connaissance.
Les deux fils du D' Chabrand, MM. Ernest et Armand Ghabrand se sont montrés par leur intelligence, par leur amour du travail, par l'honorabilité du caractère, les dignes fils de leur père.
Armand Ghabrand, ses études universitaires terminées, fît brillamment son cours de droit à la faculté de Grenoble. Il fut lauréat dans un concours et reçu docteur en droit en 1878. Plus tard, par un choix des plus flatteurs pour le jeune avocat, il fut désigné comme chargé de cours pour professer le droit criminel à la faculté de Montpellier, (arrêté du 21 juillet 1880), fonctions dont il démissionna en octobre 1881.)
Armand Ghabrand a été l'un des plus zélés ascensionnistes du Dauphiné. Il jouit dans l'alpinisme dauphinois d'une grande et légitime réputation qu'il doit non seulement à sa participation aux plus rudes et périlleuses ascensions, mais encore à ses écrits. Il a été président de la société des touristes du Dauphiné. Armand Ghabrand a conquis comme avocat une belle clientèle. Il occupe un bon rang au barreau de Grenoble. Il est membre du Gonseil de l'Ordre et rédacteur depuis 1885 du journal de la Cour de Grenoble.
Etude sur le privilège des bailleurs d'immeubles. Thèse de doctorat. Grenoble, 1878.
Etude sur le secret de l'instruction préparatoire en matière criminelle. Grenoble, 1879.
Orographie du Dauphiné ou description des massifs montagneux qui composent les Alpes Dauphinoises. (En collaboration avec H. Ferrand). Grenoble, 1883.
Le grand pic de la Meidje. Grenoble, 1884.
Le Queyras. Grenoble, 1886.
De Grenoble à Briançon. Grenoble, 1886.
Le Congrès du Club Alpin français à Briançon. Grenoble, 1887.
La Bérarde, la Meidje et les Ecrins. 1889.
L'abbé Guétal. 1891.
Les guides et porteurs de la Société des touristes du Dauphiné. Grenoble, 1892.
Rédaction du journal de la Cour de Grenoble depuis 1885.
GHABRAND Ernest.
Ernest Ghabrand est né à Briançon, le 5 juin 1850. Il est le fils aîné du D' A. Ghabrand.
Les études du jeune Ghabrand furent dirigées surtout vers les sciences, études de sa prédilection. Il entra dans un bon rang à l'école centrale des arts et manufactures. Il en sortit en 1874 avec le diplôme d'ingénieur métallurgiste. Attaché d'abord au service du matériel de la compagnie des chemins de fer du Nord, il devint, peu après, ingénieur des Hauts-Fourneaux et forges de Toga (Gorse) et fut ensuite successivement directeur des hauts-fourneaux, laminoirs et mines de la Gompagnie des aciéries du Saut du Tarn et des établissements métallurgiques Yattelar- Francq à Gharleroi (Belgique).
Il est actuellement ingénieur conseil pour les mines et la métallurgie à Bruxelles. Il a été ingénieur en chef du service mécanique de la section française à l'exposition universelle internationale d'Anvers, en 1894.
Entouré à Bruxelles de la plus haute considération, il a été décoré au mois de février dernier de l'ordre de Léopold de Belgique.
Ernest Ghabrand a publié des écrits sur les mines, les gîtes anthracifères^ sur la métallurgie. Ges œuvres sont, par les indications techniques et la nature du sujet, hors de la portée et de l'appréciation compétente de bien des gens. Nous sommes du nombre des exclus d'une telle analyse. Il est cependant un de ces écrits qui peut être lu et avec le plus vif intérêt par tout le monde. G'est Vessai historique sur les origines de Vexploitation des mines métalliques et delà métallurgie dans les Alpes du Dauphiné, Le titre seul est un allèchement pour un Dauphinois. L'œuvre tient au delà de la promesse du titre, ce sont des recher-
ches extrêmement curieuses qui attestent la grande érudition de l'auteur et sa rare activité. Cette brochure est bien écrite, d'un style ferme et clair. Elle vaut à notre avis bien des œuvres qu on est convenu d'appeler de beaux livres.
Etude sur la voie métallique. Paris, 1882.
Les Gîtes miniers en Corse. Paris, 1884.
La Genèse des Gîtes métallifères. Article dans le Génie Civil, août 1885, Paris.
La voie métallique en France. Article dans le Nord métallurgique, n® 22 juillet, 1885.
L'exposition de traverses métalliques à Bruxelles, article dans l'Ancre, n<» du 7 avril 1886.
Les essais de traverses métalliques sur le réseau de l'Etat français. Paris, 1886.
Le bassin houiller des Alpes et les Gîtes anthracifères du Briançonnais, broch. Paris, publication du Génie Civil, 1886.
L'Ere glaciaire dans les Alpes Dauphinoises. Grenoble, 1888.
L'art de bâtir au xix« siècle. Article dans le Dauphiné, mai 1889.
La législation internationale du travail et les Rescrits Allemands, articles dans le Dauphiné, mars 1890.
De Taction métamorphique du cilicium sur les fontes, articles publiés dans VIngénieur Conseil, à Bruxelles, 1890.
Le fer chromé, aciers chromés et ferrochromés. Article dans V Industrie Moderne, Paris et Bruxelles, juillet 1891.
L'acier et la trempe de l'acier. Article dans VIndustrie, Paris et Bruxelles, décembre 1891.
Essai historique sur les origines de l'exploitation des mines métalliques et de la métallurgie dans les Alpes du Dauphiné. Grenoble, 1892.
GHAXX Jean-François-Marie.
Jean-François-Marie Ghaix est né le 16 mars 1760. Son père Barthélémy Ghaix, était avocat au baillage de Briançon. La famille Ghaix était au rang des familles du Briançonnais jouissant , de longue date , de la considération publique.
Par brevet daté du 1"' juillet 1696 et portant sa signature, le maréchal Gatinat avait nommé Jean Ghaix, bourgeois du Villard-St- Pancrace, lieutenant pour cette commuauté, des milices briançonnaises organisées pour la sécurité du pays et spécialement pour le défendre contre les Vaudois dont les irruptions avaient eu lieu un jour par Queyras et le col des Ayes débouchant sur le territoire de Villard-St- Pancrace. 50 ans après (12 juillet 1746), Barthélémy Ghaix fut nommé capitaine des dites milices briançonnaises^ par le général Gabriel d'Arnaud et d'ordre supérieur du général de Marcieu, général des corps d'armée en Dauphiné.
Jean-François-Marie Ghaix qui ajouta, on ne sait pourquoi, le prénom de son père, Barthélémy, aux siens, entra dans la carrière militaire indiquée à son choix par la réputation guerrière de son père et de son aïeul. Il devint officier au régiment de Saintonge. Il eut un duel avec un officier de son régiment qui avait parlé des Briançonnais, en termes injurieux. Ghaix blessa grièvement son adversaire. Retiré du service à la suite de blessures graves et pensionné, il fut nommé, en avril 1800, sous-préfet de l'arrondissement de Brian^on. Il exerça ces fonctions jusqu'en 1815, époque à laquelle il fut mis à la retraite.
En 1806, Ghaix reçut un témoignage flatteur de l'estime de ses concitoyens. Il fut présenté avec Bonnot, comme candidat au Gorps législatif par le collège électoral de Briançon.
Ghaix s'occupa avec zèle, avec activité et intelligence des intérêts de diverses natures de l'arrondissement. Il se distingua surtout lors de la création des rampes et de la réouverture de la route duMontGenèvre. Depuis longtemps cette œuvre d'utilité publique était réclamée par les orga-
nés de l'opinion publique. Le préfet Bonnaire, dans son mémoire au Ministre de l'intérieur sur la statistique du département des Hautes-Alpes (5 pluviôse anix), s'appuyant sur l'opinion très fortement exprimée par les généraux Vallier-Lapeyrouse et Lacombe-St-MicheL avait démontré avec une rare vigueur d'argumentation la nécessité de la réouverture de cette route, communication incomparablement la plus facile entre la France et l'Italie. Le successeur de Bonnaire, Ladoucette, résolut d'en finir avec les délais et les hésitations des services de la guerre et des Ponts et chaussées. A sa voix, et à celle du sous-préfet Ghaix, les habitants de 18 communes du Briançonnais se levèrent en 1802, pour ouvrir la route du Mont Genèvre, secondés par les soldats de la garnison de Briançon, et accomplirent en un mois ce travail qui paraissait de si difficile exécution. a Hommes, femmes, enfants, dit M. Farnaud, dans VAn- « nuaire de 1807, quittent leurs chaumières, apportent « des outils et des vivres pour une semaine. Le Préfet « avance de ses deniers 25.000 fr. Il est, avec le Sous-Préfet, « au milieu des ateliers; le travail dure un mois et au « l®*" vendémiaire an xi, on ofYre, si l'on peut s'exprimer « ainsi, le plus beau passage des Alpes pour bouquet au « chef de l'Etat. »
Ghaix ne s'épargna pas dans ce labeur accompli par ces
forces dues à l'enthousiasme populaire. Mis en goût par ce
succès qu'on pouvait dire inespéré, d'entreprises hardies et
grandioses, Ghaix, par un chaleureux appel, aux habitants
de la vallée du Queyras, les porta à rendre praticables les
passages des cols de Lacroix et d'Isoard. « En l'an xii, dit
Farnaud dans ce même Annuaire de 1807, les habitants du
bassin du Guil se portèrent en masse au col Lacroix, ayant
à leur tête le Sous-Préfet de Briançon. Ils exécutèrent en
peu de temps 12700 mètres de travaux, et construisirent un
hospice pour secourir les voyageurs. Ainsi, ils se procurèrent
une communication facile avec une partie du ci-devant
Piémont. Ils proposent en outre leurs bras pour ouvrir un
» , embranchement qui partant de la route d'Espagne en Ita-
. •* : flie, sous Mont-Lion, assurerait à travers le souterrain du
Mont-Viso une communication directe et importante avec Alexandrie. » Ce projet n^eut pas de suite et la bonne volonté des habitants du Queyras demeura à l'état de démonstration patriotique.
« Ces habitants, continue Farnaud, ne pouvaient, la moitié de Tannée, communiquer avec Hriançon, chef-lieu de leur arrondissement, par la difliculté de franchir le col d'Isoard. Ils ont vaincu les obstacles à la fin de Tan xiii et au commencement de l'an xiv, en faisant, avec la commune de Ger\ières et toujours le Sous-Préfet à leur tête, un chemin commode sur une longueur de plus de 4 kilomètres à travers ce col. En 180(), ils ont repris et achevé leurs travaux. »
Enfin en 1807, le Journal d Agriculture des Hautes-Alpes publiait au mois d'octobre 1807 sous la rubrique : Chemin de la Vallouise, la note suivante : « On apprend h 1 instant qu'en très peu de jours, aidé par les maires et tous les habitants de la Vallouise que M. le Préfet avait portés à l'enthousiasme dans sa dernière tournée, M. le Sous-Préfet de Briançon a ouvert, sur environ fi mètres de largeur, un chemin de 5400 mètres de long (jui va singulièrement faciliter Taccès et le commerce de cette vallée. »
Ghaix a laissé dans le Briançonnais une mémoire respectée. Nul de ses prédécesseurs de la subdélégation de l'intendance et de ses successeurs à la sous-préfecture n'a marqué son administration par autant de services rendus à la chose publique.
Il faut reconnaître que Chaix a vu faciliter sa tâche par Taction, parfois d'initiative, parfois d'elîicace collaboration, des deux éminents préfets qui ont administré à cette époque le département des Hautes-Alpes, MM. Bonnaire et Ladoucetle.
J'ai connu Ghaix dans ses dernières années. Il était nonagénaire à sa mort. La conversation de ce respectable vieillard respirait l'amour de la patrie Briançonnaise, le désir inassouvi d'une culture intellectuelle élevée et la foi ardente au progrès. Il croyait à une telle prolongation indéfinie de son existence qu'il espérait voir la réalisation de tous ses rêves sociaux et politiques. Sa robuste santé entretenait ces douces illusions de longévité indéfinie.
Du reste, point d'inaction, point de sénile paresse. Ghaix continuait, malgré les ans, à lire, à travailler, à rédiger son étude sur le Briançonnais, ne consacrant, chaque jour, que quelques instants à la causerie, au cercle dont il faisait partie, et où il venait après ses repas. En l'écoutant, il me revenait en mémoire ce que me disait un jour M. Aubry qui fut professeur de droit à Strasbourg et, plus tard, conseiller à la Cour de Cassation. lime racontait de Zachariœ, dont il avait traduit et commenté le magnifique traité sur le Gode Givil français, qu'étant allé le visiter à Heidelberg, il avait trouvé le savant jurisconsulte, alors âgé de 87 ans, écrivant les dernières pages de son beau livre, entre sa pipe et sa choppe de bière.
Ghaix était autant travailleur, mais plus tempérant que le professeur allemand. De temps immémorial, on ne lui connaissait que des habitudes laborieuses, jamais interrompues par aucuns écarts, une sévère sobriété, un grand amour de la retraite et de l'étude.
Que de choses dans ce cahos historique, statistique, géographique, etc., qui est son livre : les préoccupations, etc. G'estun écheveau embrouillé ; msiis ce sont des fils de soie qu'il faut dévider et remettre au point. On n'aura pas perdu son temps. Il y a là un fouillis d'indications utiles, d'aperçus ingénieux, de précieux documents utilisables pour une œuvre plus méthodique. 11 est plus facile, comme le faisait un jour Adolphe Joanne, ce qui amena entre lui et moi, une vive altercation, de railler l'œuvre du vénérable vieillard critiquable pour la forme, que de réunir les éléments d'une collection aussi riche, aussi largement documentée et, en certains points, de portée aussi suggestive.
Les Briançonnais ont donné à leur ancien Sous-Préfet une dernière marque d'estime en le nommant en 1843, malgré son grand âge, membre du Gonseil général.
Ghaix est décédé à Briançon, le 23 août 1852, dans sa 93« année.
Topographie, histoire naturelle, civile et militaire. Eco-
nomie politique et statistique de la sous-préfecture de Briançon, par J.-F.-M. Barthélémy Ghaix, ex-offîcier au régiment de Saintonge. Paris^ 1816, in-8*», 92 p.
Sommaire des plus caractéristiques particularités de la physionomie du pays, s. d., Gap, impr. Allier, in-8°, 16 p.
Préoccupations statistiques, géographiques, et synoptiques du département des Hautes-Alpes, par B. Ghaix, sous-préfet de l'an 1800 à 1815, membre du Gonseil général du département. Grenoble, 1845, in-8^ 979 p. et 3 p. d'errata.
GHAIX Barthélémy- Emile.
Fils aîné de Ghaix, sous -préfet, Gliaix (Barthélémy- Emile) est venu au au monde à Briançon, le 7 mars 1797.
Dans un excellent article nécrologique paru dans le journal la Durance du 8 janvier 1893, mon ami Victor Vincent a donné de cet estimable compatriote une biographie conçue en termes excellents. Je la reproduis ici in-extenso. C'est la vie d'un homme de bien, d'un homme de cœur, racontée par un homme de cœur, homme de bien :
a La destinée individuelle ou plutôt, pour plus précise exactitude, les conditions d'existence, faites aux montagnards des Alpes, ont éloigné beaucoup de Briançonnais du sol natal ; de ceux-là, presque tous conservent en leur âme l'amour du pays et ils s'imaginent même l'aimer mieux, avec plus d'intensité. (Peut-être, sont-ils bien dans la vérité). Parmi ces fervents, deux, les plus anciens, qui viennent de s'éteindre loin du pays, avaient au plus haut degré ce noble et pieux sentiment; leur souvenir doit demeurer au sein de leurs compatriotes, leur longue existence, si honorablement remplie, étant un précieux enseignement pour la jeune génération.
« M. Ghaix Barthélemj'-Emile, né à Briançon, le 7 mars 1797, est décédé à Montpellier le 22 décembre 1892, dans sa 96« année, selon le bel exemple de tous ses ancêtres connus : 1° son père, le sous-préfet de la période du premier Empire, si dévoué à son pays (sa bibliographie est en projet), Barthélémy Ghaix a vécu 95 ans; 2° l'aïeul, qui avait été nommé capitaine des Milices des Villards^ a
atteint 96 ans, et 3« le bisaïeul, Ghaix, nommé lieutenant des mêmes milices par l'illustre maréchal Gatinat dont la signature est au bas de son brevet, est parvenu à compléter ses 97 ans.
« M. Ghaix, dont nous regrettons la récente disparition, avait fait toutes ses études au lycée de Turin, alors cheflieu du département français du Pô ; il était sur le point d'entrer en carrière, les riantes espérances s'ouvraient devant lui, grâce à ses succès scolaires, aussi à la situation et aux influentes relations de son père, mais 1814, 1815, les renversèrent dans la chute de Napoléon et la révocation de son père. — En vain, il demanda, sollicita; toutes les portes de toutes les administrations lui furent closes. — Las d'attendre, impatient dans la conscience de sa valeur, il s'embarqua pour l'Amérique, laissant à son père le souci de l'avenir de ses trpis frères plus jeunes.
« Il serait long mais extrêmement intéressant le récit des dangers courus, des mille difficultés subies et surmontées par notre jeune Briançonnais ; ce fut une véritable odyssée dont on s'est plu à entendre la narration de sa bouche dans les termes émouvants par leur modeste simplicité même^ cachet de véracité. Son courage persévérant, son intelligence, sa loyauté qui inspirait l'entière confiance l'ont conduit au succès. 11 suffit d'un acte à mentionner, caractéris-
tique : avant qu'il se fixât sur les bords du Mississipi, dans la Louisiane, près du golfe du Mexique, il n'y avait que cahutes et baraques, malgré négoce déjà de quelque importance^ c'est Ghaix qui a fait construire, en vraie maçonnerie, la toute première maison, qui bientôt suivie de une, de deux, puis de groupes d'édifices, constitue la belle ville, la Nouvelle-Orléans, peuplée aujourd'hui de plus de cent mille âmes.
« Revenu en France, M. Ghaix a voulu fixer sa définitive habitation en son cher pays ; mais le climat n'en pouvait convenir à sa bien aimée compagne, ni à leurs filles nées dans les chaudes régions. Il a donc choisi la très agréable résidence de Montpellier, où il a passé encore de nombreu-
ses années, jouissant de l'estime et de la considération générale.
«i Assurément, ses connaissances, son expérience, son intelligence, même sa fortune, l'auraient appelé à 'prendre rang dans les divers conseils de la cité, mais son excessive modestie et son goût de la vie retirée, de famille, à laquelle il s'est entier consacré, l'ont tenu éloigné des affaires publiques auxquelles il prenait cependant le plus vif intérêt, animé qu'il était des idées les plus sagement libérales. Combien son intimité était bienveillante^ charmante ! Combien était saillant son bon sens, s'exprimant avec cette clarté laconique, spéciale aux esprits droits, fermes, en leur naturelle probité. Oui, il était bien de ceux aimant passionnément leur pays , leurs compatriotes ; il a visité Briançon et le Grand- Villard, berceau de sa famille tant que ses forces, ajoutons tant que ses enfants le lui ont permis, et soit directement, soit discrètement, sa généreuse sympathie s'est toujours révélée lors des malheureux incendies par trop fréquents. Que sa mémoire ne soit pas perdue. »
Il a légué à la ville de Briançon une somme de 12,000 fr.
GHAIX Gharles-Delphin.
Charles-Delphin Chaix, est né à Briançon, le 24 septembre 1802. Il était le fils de Barthélémy Chaix, sous-préfet. Il fit son droit à (irenoble. Il a été, pendant de longues années Juge de paix du canton de Ribiers (Hautes- Alpes).
Opuscule anti-socialiste, suivi de quelques observations relatives au travail agricole et industriel, par C. D. F. Chaix, Marseille, 1851, J. Clapier, in-8», 15 p.
GHAMPROUET (Grand de).
Raymond Grand de Champrouët est né à Briançon le 20 novembre 1740.
La famille Grand, originaire de la Savoie, s'était fixée à
Briançon dans la seconde moitié du xvp siècle. En 1624, Guillaume Grand contribua largement à la fondation du couvent des Jacobins à Sainte-Gatherine-sous-Briançon. Il donna, dit Brunet en son Mémoire historique mss., des terres et aussi des sommes sur des particuliers de la Savoie, ses débiteurs.
Les descendants de Guillaume Grand occupèrent à Briançon des positiçns en vue, soit comme assesseurs au baillage, soit comme magistrats municipaux de la cité.
Le 16 août 1656, Georges Grand acquit de Pierre Brunicard, notaire à Briançon, un tènement des biens situés au lieu de Ghamprouët, le tout relevant du roi. L'objet principal de cette acquisition était une maison dont honneste Georges Grand passa reconnaissance le 18 décembre 1656.
A partir de cette époque, les Grand s'intitulèrent Grand, seigneur de Ghamprouët, ou simplement Grand de Ghamprouët.
Raymond Grand de Ghamprouët reçut une éducation soignée. En 1761, il était licencié en droit et entrait au barreau de Briançon ; en 1764, il était pourvu de la charge d'assesseur au baillage. Homme de valeur intellectuelle, honnête homme, Grand de Ghamprouët occupa dès lors une position entourée de la considération publique. Sa réputation de capacité et de probité s'étendit dans tout le département des Hautes-Alpes.
En 1786, Grand de Ghamprouët était maire de Briançon. Etaient échevins : Salle et Blanc.
A ^Assemblée de Vizille le Briançonnais fut représenté par Grand de Ghamprouët, Ghapin, curé de St-Martin, Berthelot pour le Queyras et Martinon pour le Monétier de Briançon.
Le 6 janvier 1789, Grand de Ghamprouët fut nommé député suppléant aux états généraux pour la province du Dauphiné. Il fut admis à siéger en titre à TAssemblée nationale le 30 décembre de la même année, en remplacement de Mounier, démissionnaire. Le rôle du magistrat briançonnais fut plus modeste, plus effacé que celui de son illustre prédécesseur. Dans cette Assemblée qui réunissait
les plus vastes intelligences de la nation, il n'était pas prudent d'affronter les périls de la tribune. II appartenait aux hommes sages de remplir utilement leur mandat de législateur, sans ambitionner la gloire dangereuse, réservée aux élus, de l'éloquence politique. Grand de Ghamprouët eut cette sagesse et ce mérite.
Le 19 novembre 1792, Grand de Ghamprouët fut nommé par l'Assemblée générale du département des Hautes- Alpes, président du Tribunal civil et criminel des Hautes- Alpes, choix qui dénotait la considération dont jouissait l'élu parmi ses concitoyens. En 1793, malgré son civisme bien connu, il fut poursuivi comme suspect à Gap, en vertu d'un arrêté pris à Digne par les représentants Dherbès, Latour et Beauchamp. Il était suspect de modérantisme. Il fut remplacé au tribunal criminel par Lachau de Veynes, vice-président. Gette poursuite n'eût, que nous sachions, aucun résultat sérieusement compromettant pour Grand de Ghamprouët. Il fut du reste, quelques années plus tard, amplement dédommagé de cette épreuve passagère par le choix que firent de lui en Tan viii les électeurs des Ilautes-Alpes, comme juge et officier du Tribunal civil du département des Hautes-Alpes. Il fut élu le premier sur vingt magistrats composant ce tribunal, et par le rang de cette élection il fut le président de l'une des deux Ghambres.
G'est là le dernier acte de sa vie publique. On ignore la date précise de son décès.
Barthélémy Ghaix, en son livre Préoccupations statistiques, raconte une particularité de la vie de Grand de Ghamprouët. Le Gonseil municipal, en fonctions de jury, prononçait sur les infractions en matière forestière : « On se rappelle, dit Ghaix (p. 195), que M. Grand de Ghamprouët, la première notabilité du pays, fut mis à l'amende de 500 fr. pour infraction. »
GHANGEL, chimiste.
Jean-Joseph-Louis Ghancel, fils de Jean-Louis, maitre chirurgien, est né à Briançon, le 18 novembre 1779,
La famille Ghancel, venue du Puy-St-Pierre, était fixée à Briançon dès le commencement du xvii* siècle. liCS Ghancel étaient chirurgiens, pharmaciens, avocats, procureurs, notaires. On trouve leur nom dans la nomenclature des ofliciers municipaux de la cité. (Jean-Louis Ghancel fut maire de Briançon en 1803). Ils faisaient partie de cette bourgeoisie dans laquelle le libre jeu d'institutions municipales très larges et presque indépendantes du pouvoir central, avait développé l'instruction^ Tamour du sol natal et la fermeté des caractères. Elle occupait, cette combourgeoisie, par le talent, par la transmission héréditaire, toutes les fonctions civiles, administratives, judiciaires. Serrée autour du drapeau briançonnais^ elle montait la garde avec une vigilance passionnée à Tentour de ce faisceau d'institutions libres^ de franchises et de privilèges inscrite dans la grande charte du du xiv« siècle^ solennel accord entre lé dernier dauphin Humbert II et les communautés briançonnaises.
La royauté n'y manifestait son pouvoir que par l'organisation de l'élément militaire et la désignation des magistrats.
Dans ce temps, les ambitions, les préoccupations des intérêts, les inspirations du patriotisme, les objectifs de toute culture intellectuelle, étaient concentrés dans le pays briançonnais. On pensait^ on discutait, on délibérait, on s'instruisait, on instruisait, on écrivait sur place. Il y avait des historiens (Antoine Froment, le curé Albert, Brunet de l'Argentière), des statisticiens (Roux-Lacroix, Bonnot, B. Ghaix), des agronomes (L.-E. Faure, Raby), des lettrés (Hermil, André Latour, le dernier des présidents du Tribunal, nés à Briançon) des mathématiciens (les deux Bérard), des chimistes. Louis Ghancel est celui dont les connaissances et les travaux ont attaché à son nom une relative célébrité.
Louis Ghancel devait exercer la même profession que son grand-père paternel Jean Ghancel, apothicaire du roy ; mais il ne fut point un praticien ordinaire, se bornant à la manipulation des substances pharmaceutiques. Il voulut
être et il fut un chimiste, un savant. Il passa plusieurs années à Paris dans les premières de ce siècle. Il y suivit les cours de l'école de pharmacie et ceux de chimie de Tillustre Thénard, dont il devint l'un des préparateurs. En 1805, il inventa les allumettes oxygénées, découverte qui a amené celle des allumettes phosphoriques. Cette invention fut mentionnée dans le Journal du Commerce du 7 janvier 1806 et dans le Journal de VEmpire du 7 février 180G, et souvent signalée par Thénard dans ses cours. Cette invention, qui décelait dans le jeune pharmacien de remarquables aptitudes, a été en 1860 l'objet d'une vive discussion. La priorité de cette découverte de Chancel fut contestée par un pharmacien briançonnais ; mais les fils du chimiste Chancel, respectueux de la mémoire de leur père, défendirent avec chaleur et avec succès du reste, ses droits à cette ingénieuse conception. Ils prouvèrent, par la production de documents authentiques et irréfutables, la date et la paternité de l'invention.
Chancel s'établit comme pharmacien à Briançon. Il se maria avec M"« Brian (du Val des Prés), dont les frères avaient fondé une importante maison de commerce à Gènes. Son existence, qu'il passa dans sa ville natale, fut laborieusement consacrée à l'exercice de sa profession, à l'éducation de ses enfants ainsi qu'à son étude favorite, celle de la chimie. Il fut regardé sans conteste comme le premier chimiste du Briançonnais et de bien des lieues à la ronde.
Le préfet Ladoucette, qui avait été gravement blessé à la suite d'une chute de voiture, alla demander la guérisonaux eaux thermales du Monètier-de-Briançon dans le mois d'août 1804. Entre parenthèses, son espoir ne fut pas déçu. Il y reconquit les facultés de la locomotion et la santé. Durant son séjour, le préfet conçut le dessein d'appeler l'attention publique sur la vertu curative de ces eaux. « Il confia la mission de les analyser à M. Chancel, pharmacien à Briançon, élève de Thénard. Ce chimiste se livra à cette étude non seulement pour les eaux des deux sources de Font-Chaude et de la Rotonde, mais encore pour celles de
la Liche quisourdent sur le territoire du Lauzet à peu de dislance du Lautaret. M. Chancel dressa un long mémoire dans lequel il donna le détail de ses expériences et son opinion sur l'action thérapeutique des eaux. M. Farnaud^ médecin, sur l'invitation de M. Ladoucette, inséra dans le Journal d'Agriculture et des Arts, qui se publiait à Gap (n*» du 1«' messidor an xiiil, 805), une analyse étendue du mémoire de M. Chancel. » (Le Monêtier-de-Briançon et son établissement thermal, par Aristide Albert, 1884).
Dans un voyage qu'il fit en Italie, Chancel découvrit dans les lacs de Toscane la présence de l'acide borique. Il songea à la fabrication du borax, ce qui eût été pour lui la source d'une fortune énorme. Mais un compatriote peu loyaL profitant de sa découverte et de ses confidences, prit les devants et mit l'inventeur dans l'impuissance de profiter des bonnes intentions du gouvernement en le devançant dans la location de ces lacs. Cet habile réalisa dans cette industrie une fortune colossale. Il fut anobli par le grand duc de Toscane qui lui conféra le titre de marquis.
Louis Chancel est décédé à Briançon, le 18 février 1837.
Chancel a publié dans le Journal de la Pharmacie :
En 1817 : Lettre à M. le D' Virey sur un empoisonnement des bestiaux par le pain d'amende du prunier des Alpes et sur son contrepoison, tome m.
En 1818 : Huile amygdaline du prunier des Alpes;
Conserve de carline, tome iv.
Les frères OHANGEL.
MM. Chancel frères, nés à Briançon, Paul le 11 juin 1817, Evariste le 18 avril 1821, et Marius le 1" avril 1827, ont doté leur pays natal d'une industrie de capitale importance, sans terme de comparaison dans le passé du Briançonnais, dans sa spécialité sans rivale en France et ailleurs, dans le champ général de l'activité humaine, lors du premier fonctionnement.
Cette industrie, c'est le peignage des déchets de soie. La bourre qu'on détache du cocon par l'opération du décoconage, ou par le battage des cocons dans Teau, était, dans le passé, à peu près sans utilisation ; mais ces résidus de Topération du décoconage connus sous le nom de bourettes, frisons et de cocons doubles renfermaient de la soie indévidable, il est vrai, mais non sans valeur. Il n'y avait qu'à dégommer ces résidus^ à en peigner ou carder la soie. On obtenait ainsi des filaments plus longs, plus fins, plus faciles à tisser que la laine. Le produit de ces opérations conservait toujours sa nature première ; c'était toujours de la soie. De là l'industrie qui a réalisé Tutilisation des déchets de soie. La fabrique de Briançon, au milieu des opérations successives auxquelles est soumise cette matière avant d'arriver au consommateur, avait concentré son action dans le simple peignage des déchets de soie.
Cette industrie avait été importée dans les Alpes par un sieur Mathieu (de St-Véran), qui, après quelques travaux sans importance^ s'était transporté à Briançon et associé avec Adolphe Arduin, banquier.
Mais il fallait des fonds, des agents intelligents et instruits pour élargir cette industrie, pour donner de l'impulsion à des rouages compliqués, extraire en un mot Tidée féconde de l'état embryonnaire et réaliser ses promesses. Les frères Ghancel furent, en 1842, appelés à faire partie de l'association. Ils y apportèrent leurs fonds, leur jeune expérience commerciale et les ressources plus précieuses encore de leur intelligence et de leur activité.
Mon ami Victor Vincent, qui a été celui le plus intime de M. Evariste Chancela me traçait un jour en quelques lignes l'histoire de la fabrique de Ste-Catherine et de ses vrais créateurs, les frères Chancel. Je reproduis ici un extrait de cette notice écrite avec l'intime sincérité d'une correspondance privée (juin 1883) :
t Evariste Chancel a fait ses études classiques à Tournon dont le lycée, comme le collège de Sorrèze, avait jadis antique et belle renommée ; il ne les y acheva pas complètement, son père ayant pour lui préféré la carrière commer-
ciale et rayant casé dans la maison de MM. Brian, frères de M™* Chancel, à Gênes, où le jeune Evariste se signala par une réelle aptitude aux affaires. . . Son frère aîné, M. Paul Ghancel vint ensuite aussi chez ses oncles Brian. Alors surgit la création de la manufacture de Sainte-Gatherinesous-Briançon, entreprise par M. Adolphe Arduin, en société avec MM. Mathieu de St-Véran-Queyras, où déjà ceux-ci avaient, sur petit pied, commencé la carderie des déchets de soie. M. Arduin, au tempérament ardent, abordait vivement l'exécution de toutes œuvres nouvelles^ et cette fois, comme d'autres du reste, sa perspicacité comprit l'immense développement dont était susceptible l'établissement qu'il venait de fonder ; il y eût coïncidence dans son désir d'en faire partager les profits à sa famille^ et dans le besoin des capitaux considérables, nécessaires à cette entreprise, encore à son enfance ; donc M. Arduin qui avait déjà près de lui M. Marius Ghancel, fit appel aux deux frères aînés ; alors MM. Paul et Evariste Ghancel quittèrent Gênes, et fut formée la société Arduin, Ghancel frères et Mathieu, qui aurait pu exister longtemps si ces derniers, subissant des influences malveillantes et de funestes inspirations, n'en avaient pas provoqué et rendu inévitable la dissolution, par leur résistance aux améliorations et à Taccroissement de la manufacture ; eux, sans fortune, n'avaient aucun risque à courir, au contraire ils n'avaient qu'à bénéficier des chances heureuses. — L'association se reforma entre MM. Ghancel et M. Arduin, qui se retira à l'expiration du terme convenu pour la durée de cette société. MM. Ghancel demeurèrent donc seuls, associés tous les trois durant plusieurs années, au cours desquelles la prospérité de leur industrie a atteint son apogée ; leur fortune a dépassé toutes les prévisions, et par heureuse, inévitable conséquence, toute la région Briançonnaise en a largement profité. Gédant à l'entraînement du mouvement économique dans la sphère insdustrielle et finahcière, MM. Ghancel ont versé tout leur avoir social dans une vaste association, qui a englobé les manufactures les plus importantes, en cette spécialité de produits, et ont ainsi consolidé, en même temps,
leur riche situation et l'avenir de la magnifique fabrique de Sainte-Catherine ; cette association est aujourd'hui une Société anonyme industrielle pour la Schapp, dont le siège social à Bâle. reposant sur obligations et actions fort bien cotées en Bourse. »
Quelle fut la part de chacun des trois collaborateurs dans cette œuvre si intelligemment conçue et conduite, si heureusement terminée? Ce n'est pas chose facile à lixer et ce serait, à la légère, que nous émettrions là-dessus une opinion personnelle. Victor Vincent s'exprime ainsi sur Evariste Chancel : « Pour l'œil qui a pu pénétrer dans le jeu de cette commune action, il est clair et certain que large et considérable a été la part d'Plvariste. 11 tenait la correspondance dans laquelle il excellait ; il y savait, par son aménité, assouplir les résolutions les plus fermes aux formes les plus courtoises et entretenir, dans les plus favorables conditions, leurs rapports avec tous leurs nombreux tenants et aboutissants. Lorsque parfois, et ce fut pour MM. Chancel événement rare, surgirent ces conflits ailleurs si fréquents entre patrons et ouvriers, c'était Evariste qui était chargé de résoudre les différends, le tempérament trop roide de Paul et de Marins ne se prêtant guère aux mesures de conciliation. »
Le plus jeune des trois frères. Marins Chancel, révéla dans la direction tripartite de l'usine, surtout quant au mouvement commercial, des aptitudes vraiment remarquables. Il se réserva les voyages et les communications directes avec acheteurs et vendeurs et put ainsi, comme maître de la chose, donner accélération et caractère définitif aux transactions. D'une activité dévorante, d'une volonté de fer, d'une pénétration de jour en jour afîînée par le nombre et l'importance des affaires, par le rêve ardent des grands succès et la compétition de la richesse. Marins Chancel fut un industriel et un commerçant d'une grande puissance de travail et d'une rare habileté. Il contribua largement à la prospérité de l'usine.
On peut se faire une idée du caractère de Marins Chancel et de son labeur, par ce fragment d'une lettre publiée au
cours d'un procès entre MM. Ghancel et M. Benoît Berthelot beau-frère de MM. Evariste et Marins chancel, ancien employé de l'usine, dont les agissements donnèrent lieu à une action en dommages-intérêts de la part des frères Ghancel, action qui fut accueillie par des décisions judiciaires :
« Sais-tu quelle était notre position lorsque nous avions ton âge ? Sais-tu ce que nous gagnions, et que nous aurions été contents de gagner, et cela après avoir risqué notre fortune, l'avoir vu compromise maintes fois, avoir subi des épreuves de procès, <l'inondations, des crises commerciales, avoir créé, avoir travaillé jour et nuit, non comme un directeur actuel, mais comme contremaître, subissant toutes les fatigues physiques, toutes les tortures morales, dressant des cardeurs à bras dans la maison, à Névache, à Gervières, etc., etc.? Seuls pour le travail industriel, et devant tout sortir de nos réflexions ; tandis que toi, tu es appuyé, dirigé, enlevé en quelque sorte par mon soutien constant, mes idées, mon travail, mes lettres, mes volumes d'ordres? Avec ce que j'ai fourni de travail, de soins^ d'exemples, de patience et de bonté, j'aurais dressé dix jeunes gens, qui y auraient mis plus de bonne volonté, de sérieux, d'intelligence que tu n'en as mis pendant les
huit ou dix premières années
« On nous volera notre manière de faire, pourra-t-on penser ? Qu'importe ! notre valeur, nos établissements, nos relations, nos capitaux produiront toujours ce qu'ils méritent. Les violons ne sont rien sans maîtres. Et puis, après tout, périsse tout plutôt!!! Voilà ma manière de voir. » (!«'• février 18G9.)
M. Paul Ghancel, l'aîné des trois frères, chimiste et hygiéniste, eut constamment l'occasion de mettre au service de l'usine dans les questions d'aération, de salubrité des locaux, de désinfection des matières premières, ses connaissances spéciales. Homme froid, méthodique, appliqué, il donna à toutes les opérations sur place, un concours utile et soutenu.
En somme, il faut reconnaître qu'il ne s'agissait point ici
d'une industrie à organisation déjà maintes fois expérimentée, à errements connus, et dans laquelle il n'y aurait eu qu'à diriger les choses par les entournures ailleurs étudiées.
Ici tout était à créer, à inventer, à expérimenter, tout devait être initial ; les combinaisons mécaniques remaniables et transformables jusqu'à l'obtention d'un usage rationnel et pratique ; un personnel à dresser d'après les règles qu'on s'est formulées à soi-même ; faire acte, en un mot, à chaque pas, d'initiative habile, de prévoyance des obstacles, de sagacité et d'obstination pour en avoir raison. Tel est le bilan des forces d'intelligence et de volonté qui ont permis aux frères Chancel de mener à bien et à achèvement une entreprise vaste et hérissée de difficultés.
Il est de toute justice que le nom des frères Chancel occupe dans les annales du Briançonnais une place notable. Il faut rappeler aussi que ces grands industriels ont accompli les obligations morales que prescrit la possession d'une grande fortune. Soit dans le cours de l'exploitation industrielle, soit depuis, ils ont eu la préoccupation du devoir social ; ils ont été philanthropes et charitables, étendant largement autour d'eux, surtout dans le cercle de leurs humbles collaborateurs, le bénéfice d'une assistance vigilante et continue. Ils avaient fondé, dans les dépendances de leur usine, des écoles pour les enfants, des salles d'asile, et assuré des soins et des secours gratuits aux ouvriers malades ou infirmes (voir Usine de Ste-Gatherine. Le Dauphiné, t. 5, p. 295, 1869, par A. Albert). Les trois frères ont fait à l'hospice de Briançon le don d'une maison qui a pu devenir une annexe importante de cet établissement charitable.
Mmcs Elisa et Olympe Chancel, soit du vivant de MM. Evariste et Marius, leurs époux, ont partagé et continué ces belles traditions de bienfaisance. M^^^ Olympe Chancel a fait don à la ville de Briançon du domaine de la Tour, pour l'établissement d'un hospice de vieillards.
La large et intelligente libéralité des deux sœurs a englobé le Briançonnais tout entier dans la reconnaissance qui leur est due.
GHANGEL Evariste.
Aux élections législatives de mars 1876, Evariste Ghancel fut nommé député des Hautes-Alpes. Il avait pour concurrent Arnoul Meyer, avoué h Briançon.
Evariste Chancel était dépourvu de cette vulgaire ambition qui recherche les bruyantes exhibitions des titres et les acclamations banales des foules. Il avait, plus élevé, le respect de la dignité humaine et de la sienne propre. Il avait, en produisant sa candidature, cédé aux sollicitations de ses amis et de beaucoup de ses concitoyens attachés à lui par l'estime et les cordiales relations. Il cédait aussi à la louable pensée de concourir au bien public dans l'orientation des principes, qui étaient à ses yeux les plus justes et les plus sociaux. Ernest Cézanne, le regretté député des Hautes-Alpes, porté si haut dans l'opinion publique, avait écrit à Ghancel : « Votre candidature honore la grande « industrie française, mais surtout elle répond bien aux « idées de travail persévérant et de bonne administration « des affaires qui sont dans le caractère de nos populations « briançonnaises. Aucun nom ne peut mieux que le vôtre « personnifier cet arrondissement. »
La profession de foi d'Evariste Ghancel disait, en peu de mots, des intentions honnêtes et de la probité politique :
« Indépendant par caractère et par position, libre de toute attache politique, je n'ai pas d'autres intérêts que les vôtres. Si vous m'honorez de votre confiance, à l'exemple de M. Gezanne, mon honorable ami, je voterai toujours pour le maintien des grands principes conservateurs et libéraux... »
Le candidat ajoutait en dernier lieu : « Si vous me faites rhonneur de me choisir pour cette mission, j'aurai à cœur de mettre à votre service les avantages que me procurent de hautes et nombreuses relations. »
Si j'avais eu communication de cette rédaction, j'aurais conseillé à mon ami Evariste Ghancel la suppression de ce dernier paragraphe de sa profession de foi, ainsi que je l'ai fait un jour avec insistance et succès pour une déclara-
tion conçue à peu près dans les mêmes termes, d'un autre de mes amis qui a été député de l'Isère.
Le mandat de député doit être, ce me semble, circonscrit par le terrain politique et ne doit viser que les intérêts généraux. Il doit en être ainsi pour le bien général, pour la régularité des services publics et le souci de la responsabilité des fonctionnaires, pour la dignité du mandataire lui-même ; pour le respect du pacte fondamental qui trace une ligne de démarcation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
Il est malheureusement trop vrai que l'ingérance des représentants du pouvoir législatif dans les services publics et l'administration est un fait de tradition et d'accoutumance. Déviation regrettable de la loi constitutionnelle!!! Elle a eu pour effet, souvent, de soumettre des volontés réfléchies et compétentes aux caprices de proconsuls irresponsables et de fausser le suffrage universel par l'encombrement dans le personnel des administrations, des créatures d'un élu dépourvu d'élévation d'âme et d'honorables scrupules.
Ces réflexions ont un caractère général et ne peuvent avoir aucune application à la conduite politique d'Evariste Ghancel, dont l'esprit d'équité et Texquise bienveillance étaient une garantie certaine de son respect de tous les droits acquis, sans acception de parti.
La conduite parlementaire d'Evariste Chancel fut la loyale exécution de sa profession de foi. Il prit place à la gauche modérée et vota pour l'amnistie partielle, pour les projets de loi >iur la collation des grades, sur Vélection dex maires, pour l'ordre du jour Laussedot. Leblond et de Marcère, contre les menées ultramontaines et pour l'ordre du jour des gauches réunies, dit des 36.'^.
Après une courte législature, Evariste Chancel rentra avec bonheur dans la vie privée, dans la vie de famille qu'il n'avait quittée qu'à regret. Plusieurs des lettres qu'il m'a écrites pendant la session, témoignent de ses préférences pour la vie paisible du foyer si bien méritée par une longue carrière de travail et de soucis commerciaux. Ilélas! près-
que toujours sont illusoires ces projets pour rarrangement de notre vie! !
Evariste Ghancel eut peu d'années à consacrer aux douceurs de cette vie tranquille qui était si bien dans ses goûts. Le survivant des trois frères, il mourut à Briançon le 11 juillet 1882.
Dans un article nécrologique publié par le journal La Durance (6 août 1882), nous relevons sur le caractère et les habitudes de cet excellent homme, qui fut aussi un excellent citoyen, des appréciations élogieuses qui n'étaient qu'un hommage rendu à la vérité :
« La fortune lui avait largement mesuré ses faveurs ; il savait user noblement de ces richesses qu'il avait acquises par un long et pénible travail ; il donnait sans compter. Les malheureux ne l'ignoraient pas ; aussi connaissaient-ils le chemin de Ste-Gatherine; ils venaient, avec confiance, exposer leurs besoins à l'hôte du chalet; ils savaient, par expérience, que sa main s'ouvrait à toutes les infortunes, comme son cœur compatissait à toutes les douleurs.
« Admirablement secondé dans la distribution de ses aumônes, par la digne compagne qui le comprenait si bien, il parvenait, avec son aide, à découvrir ces misères ignorées auxquelles sa délicatesse voulait épargner jusqu'à l'humiliation de se révéler, et il était heureux de panser des plaies que nul n'avait soupçonnées jusque-là. »
Evariste Ghancel a laissé des fils, MM. Louis, Edmond, Alphonse, Gustave et Félix Ghancel, qui portent dignement le nom respecté de leur père. Leur amour filial a adouci, dans le cœur de M°»^ Elisa Ghancel, leur mère, la douleur de la perte d'un excellent époux.
GHAPUZET Louis-Guillaume-Joseph.
Louis-Guillaume-Joseph Ghapuzet est né à Briançon, le 10 février 1774. Il appartenait par son père, Joseph Ghapuzet, à une famille venue du Périgord à Briançon à la fin du xvii« siècle, et par sa mère, Marie Ghoquin, à celle de négociants venus de Pignerol et fixés à Briançon. La profession de pharmacien était généralement celle des membres de la famille Ghapuzet.
A l'âge de 18 ans, le 5 février 1792, Ghapuzet entra au service comme sergent de la garde nationale soldée à Briançon. Il lut incorporé en 1794 dans le l'^'' bataillon des chasseurs des Hautes- Alpes, devenue la 11™^ 1/2 brigade. Capitaine en 1810, il était en février 1813^ chef de bataillon, et était promu colonel le 15 décembre de la même année. GhevaUer de la Légion d'honneur dès 1812, il était officier du même ordre en 1814. Il avait fait les campagnes dltalie, sous Bonaparte, Brune, Schérer et Moreau ; celle de Dalmatie et Albanie, sous Marmont; celle de Catalogne, sous le duc de Tarente et Decaen ; la campagne de Russie, celle d'Allemagne et la campagne de France.
Gomme action de guerre à signaler, il avait, le 21 août 1813, efïectué le passage du Bober à gué, en présence de TEmpereur, à la tête du 3*"^ bataillon du 154™« de ligne. Il s'empara de la position du moulin et de toutes les hauteurs qui le dominaient et s'y maintint malgré les attaques réitérées de forces supérieures de l'ennemi, ce qui favorisa l'arrivée des deux autres bataillons du régiment et le passage de l'artillerie.
Il fut licencié le 15 septembre 1815. Rentré dans ses foyers, il commanda les gardes nationales de l'arrondissement de Briançon, jusqu'en 1818.
En 1816, le 31 juillet, le colonel Ghapuzet épousa M"« Caroline Gharbonnel-Salle, fille du juge d'instruction près le tribunal.
En 1830, le colonel Ghapuzet fut, aux acclamations enthousiastes de ses concitoyens, nommé commandant de la garde nationale de Briançon.
En 1831, il se retira à Grenoble pour rendre plus facile et plus étendue l'instruction de ses enfants. Il y est mort le 9 décembre 1841.
Le colonel Ghapuzet était d'un noble caractère, d'une bravoure à toute épreuve, modeste, d'une loyauté sans taches, d'un jugement sain, d'une bonté qui rayonnait sur ses beaux traits; il avait marché toute sa vie, sans déviation, dans la voie de l'honneur, observateur de tous les devoirs. Aussi était-il prophète dans son pays. Il y était
entouré du respect et de rattachement de tous. On s'honorait grandement de l'avoir pour ami.
GHAPUZET Jacques-François.
Jacques-François Ghapuzet, frère germain du précédent, est né à Briançon, le 10 avril 1775. Gomme son frère avec lequel il rivalisa de patriotisnie et de bravoure, il entra tout jeune au service militaire et il y eut un avancement rapide. Dans la campagne du Portugal, en 1809, sous les ordres du maréchal Soult, duc de Dalmatie, Ghapuzet se distingua par sa solide bravoure^ On trouve dans les vietoires et conquêtes, la mention d'un fait d'armes honorable de Ghapuzet pendant le blocus de la place de Tuy. « Le chef de bataillon Ghapuzet se distingua particulièrement pendant le blocus de cette place, en faisant une incursion jusque sous les murs de Vigo, dont malheureusement la garnison venait de se rendre aux Anglais et qui eut été délivrée, si elle eût prolongé sa résistance de quelques jours. »
Ghapuzet n'eut guère le loisir de revenir à Briançon durant les guerres de la République et de l'Empire. Sa vie se passa dans les camps.
Il devint colonel, et fut tué à la bataille de Waterloo.
GHARBONNEL-SALLE Joachim.
Jean-François-Balthazard-Joachim Gharbonnel-Salle est né à Briançon, le l^^ germinal an ix (22 mars 1801).
La famille Gharbonnel-Salle était originaire de la Salle. Joseph Gharbonnel-Salle, marchand à Briançon, avait obtenu le 24 janvier 1746, le droit de combourgeoisie qui lui avait été conféré à cette date par le Gonseil général de la ville. Gette famille acquit de Tinfluence dans la cité par l'intelligence et le dévouement de ses membres à ses intérêts.
Dans la contestation célèbre des bourgeois et marchands contre les gradués (avocats, procureurs et médecins) qui prétendaient, exclusivement à leurs compatriotes, à la première fonction et dignité municipale (maire ou l®^ consul), Gharbonnel-Salle, marchand et consul de la communauté.
fut au premier rang parmi les adversaires les plus résolus de la prétention des gradués. Un autre membre de la famille exerça les fonctions de procureur du roi auprès du baillage. Un Gharbonnel-Salle, le parent et l'ami de Sunderson-Berard, fut à ses côtés pour la défense des principes de la Révolution et aussi pour la préservation du Briançonnais contre tous les excès. Jean-François Gharbonnel- Salle, le père de Joachim, exerça de longues années à Briançon les fonctions de juge au Tribunal civil.
Joachim Charbonnel-Salle fit ses études universitaires à Briançon, son cours de droit h Grenoble et successivement à Dijon et obtint en l«*2l le diplôme de licencié. 11 fut avocat à Briançon, jusqu'en 18IÎ0, époque à laquelle il se fixa à Grenoble, et se fit inscrire au tableau de Tordre des avocats. Il a exercé en cette qualité jusqu'en 1855.
Gharbonnel-Salle occupait au barreau un rang honorable. Il était instruit, avait l'élocution facile. Il était sociable et bon. Ses confrères^ captivés par son aménité et son esprit, lui étaient attachés sans distinction d'opinion politique. Gharbonnel-Salle a été bâtonnier de l'ordre. 11 a publié de nombreux mémoires judiciaires, quelques-uns dans des litiges importants.
En 1855, Gharbonnel-Salle qui avait été membre du Gonseil municipal de Grenoble et adjoint au maire, entra dans la magistrature. Il fut nommé juge au Tribunal civil de Grenoble et admis à la retraite pour limite d'âge le 21 mars 1871. ,
A neuf reprises, de 1852 à 1874, Gharbonnel-Salle fut désigné par la municipalité de Grenoble, pour présider les distributions de prix à l'école professionnelle, ainsi qu'à l'école supérieure de Grenoble. Les discours qu'il a prononcés, dans ces circonstances, ont été publiés et révèlent en leur auteur, avec une instruction large et variée, la possession d'un style élégant et facile, encombré quelquefois, il est vrai, par la surabondance des qualificatifs. G'est là qu'il faut chercher le mérite littéraire de l'orateur. On l'y trouvera plus sûrement que dans ses productions poétiques, de valeur contestable.
Gharbonnel-Salle est mort à Grenoble, le 5 avril 1879.
Il a laissé deux fils, l'un chef de bataillon d'infanterie en retraite ; le second, savant distingué, professeur à la Faculté des sciences de Besançon.
Les neuf discours aux distributions de prix dont il a été parlé ci-dessus.
1815. Ode aux Grenoblois. S. d., in-8'» 4 p.
Le génie dos Alpes, légende (en vers). S. d., in-8« 30 p.
Article Briançon dans ï Album du Dauphiné. Signé : G. S.
Souscription pour la propagande anti-socialiste et pour lamélioration du sort des populations laborieuses. Grenoble, 31 août 1849. Imp. Baraiier.
CHENU ou FLEURY-GHENU, peintre.
Augustin-Pierre-Bienvenu Fleury-Ghenu est né à Briançon, le 12 mai 1833. Son père, Anthelme Fleury-Ghenu, était maitre-tailleur au 6'^*' régiment de ligne. Les témoins à l'acte de Tétat civil furent le petit père Simon Brunet, mercier dans la Grand'rue, la langue la mieux affilée de Briançon, et le bon Pancrace Fine du Villard-St-Pancrace.
Le jeune Fleury-Ghenu passa les premières années de son enfance à Briançon. Gette nature du Briançonnais grandiose dans l'aspect général de la contrée se dédouble en quelque sorte dans les impressions qu'en reçoivent ses habitants. Il y a l'hiver briançonnais avec sa sévérité, avec la rudesse d'un sol recouvert de neige, spectacle empreint cependant de majesté et parfois de douceur sous la clarté d'un ciel bleu inondé de lumière. 11 y a le Briançonnais de l'été avec la grâce pittoresque de ses frais vallons, de ses eaux vives, de ses forêts, de la découpure gracieuse de ses lignes de faite, et la merveilleuse pureté du ciel. Il semble que le charme attractif de l'été briançonnais eut dû captiver l'enfant et déposer en son âme les sédiments de poétiques souvenirs. Mais chose singulière <ît qui dénote la puissance des dispositions natives de l'esprit et les fatals errements de Timagination, ce fut le Briançonnais de l'hiver qui imprima
dans la vision et dans l'âme de l'enfant une forte et durable empreinte. Il fut dès lors et à son insu le futur peintre de la neige.
La famille Fleury-Chenu se fixa à Lyon en 184(). Le jeune Chenu entra à l'âge de 14 ans à l'école des Beaux- Arts ; il y reçut les leçons de dessin et de peinture d'un habile professeur, Louis Guy. Le père de Chenu, honorable industriel, était relativement riche. Mais bientôt des revers de fortune obligèrent le jeune artiste à demander à son talent naissant des ressources pour sa famille et pour lui-même. Ses débuts dans la carrière qui devait être brillante, furent difïîciles. Moyennant 3 francs par jour, il peignait le plafond du casino de Lyon. Mais son talent se développait, grandissait ; il produisit plusieurs toiles remarquables, entre autres plusieurs panneaux représentant des sujets de chasse. Par son beau paysage le départ du bateau à vapeur, Chenu avait à Lyon attiré sur son talent l'attention publique. Mais sa réputation jusque-là était lyonnaise et limitée.
Enfin à l'exposition de Paris de 1867, Fleury-Chenu obtint une médaille, avec son tableau Le cours des Chartreux à Lyon, effet de neige. Cette toile est souvent désignée sous cette dénomination : Le fiacre Jaune. Le jour même de l'ouverture de l'exposition, on s'aborde, artistes, amateurs, marchands : « Avez-vous vu la neige d'un nommé Chenu? » La révélation d'un talent original de premier ordre était faite. La France comptait un maître paysagiste de plus, un paysagiste hors Ugnes. L'inconnu de la veille était célèbre le lendemain. Le nom de peintre de la neige fut irrévocablement accolé à son nom patronymique.
La consécration de la renommée de P'ieury-Chenu fut assurée par une série de peintures d'un mérite égal au Cours des Chartreux ; ce furent le billet de logement, les traînards qui fut acquis par le ministre et qui est au musée du Luxembourg, le maréchal ferrant, la visite de noces, le coup de Vétrier, le quai delà Charité à Lyon, etc.
La réputation de Chenu allait croissant et bientôt il ne put plus sufïire aux commandes. Le prix de ses toiles avait atteint un chiffre élevé. Alexandre Dumas fils avait acheté
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le cours des Chartreux^ et Faure^ le baryton de l'Opéra, s'était rendu acquéreur de V Abreuvoir d'Hauteville.
Toutes ces compositions révélaient une fermeté et une justesse de dessin très remarquable, une science du coloris très rare, une richesse d'imagination inépuisable. Aussi se disputait-on ces œuvres si originales et d'un si puissant effet. La toile acquise pour le musée du Luxembourg, fut payée 8.000 francs. La visite de noces fut vendue au même prix. En 1872, son tableau Yeffet de neige à Brenod (Ain), fut acquis par le roi de Hollande au prix de 15.000 francs, et ainsi de ses autres toiles.
La visite de noces a inspiré à Jules Claretie (1) quelques observations; il critique les personnages du tableau, mais reconnaît les qualités du paysage , et termine ainsi : « M. Fleury-Ghenu n'en a pas moins rendu fort bien sa neige et son brouillard, seulement c'est un sorbet qui coûte cher. »
C'était sans connaissance de cause et partant avec inconsciente injustice que l'opinion publique avait cantonné le talent de Chenu dans la peinture de la neige. Il n'était point vrai qu'il dût être spécialisé ainsi. On doit à Chenu plusieurs toiles admirables d'où la neige est exclue, par exemple : La bataille des cimbres et Venfant mort.
Chenu est mort, le 9 mai 1875, à 40 ans, dans la plénitude de son talent, au moment où la gloire et la fortune étaient venues à lui. Le vaillant artiste était atteint depuis deux ans d'une maladie de cœur. Il a vécu par le cœur, disait, en suivant le convoi funèbre, un artiste lyonnais, il en est mort.
Chenu était en effet un grand cœur. Il était adoré de tous ceux qui étaient dans son intimité. Il était tellement doux et modeste que ses confrères ne le jalousaient point. Sa bourse était ouverte, avec les ménagements d'une infinie délicatesse envers ses obligés, aux jeunes artistes dont il devinait la srène. Il était mémoratif des jours difficiles de
(1) Peintres et sculpteurs contewporains, 1874.
sa jeunesse ! Son caractère et sa bonté étaient au niveau de son talent.
Chenu était arrivé à acquérir la qualité souveraine des grands maîtres, l'originalité. Son œuvre lui assigne un des premiers rangs parmi les peintres contemporains.
Tableaux de Fleury-Ghenu qui ont figuré dans les expositions :
Salon de 1807 : La neige sur le quai, Cours des Chartreux à Lyon.
Salon de 1868 : Le coup de l'étrier, La promenade le soir. Salon de 1869 : La garde.
Salon de 1870 : Les traînards.
Salon de 1872 : La visite de noces.
Salon de 1873 : La Saône (1).
GOLAUD Antoine -François^ aTocat-généraL
Les Colaud étaient très nombreux dans la commune de Briançon ; au Pont-de-Cervières, ils étaient une véritable tribu de propriétaires cultivateurs et d'artisans. Dans le clan de la ville, les Colaud étaient avocats, procureurs, médecins, notaires surtout.
Joseph Colaud, né le 8 mars 1698, était le fils d'Antoine Colaud, notaire, et de Marie AUois, d'une famille de Savoulx près d'Oulx, qui comptait parmi ses membres plusieurs conseillers à la Cour des Comptes. Il a occupé, au cours du xviii^ siècle, le premier rang parmi les Colaud de Briançon. Il était à la fois assesseur au baillage, et receveur général des bois et domaines du roi. Il fut investi aussi des fonctions déjuge de la seigneurie de Névaches, appartenant aux Desambrois, fonctions dans lesquelles il ne fut remplacé qu'en 1758 par l'avocat Turcon.
(1) Parmi les belles toiles de Chenu, il faut mentionner les divers paysages d'Hauleville. (Il possédait près de cette petite ville du Bugey (arrond. de Belley) une petite ferme qu'il aimait) ; ses vues de Crémieu et de ses environs, lieux pittoresques qui ont inspiré de grands paysagistes : Âchard, Daubigny» Blanc-Fontaine, et l'aquarelliste Ravier.
A la suite de la destitution du sieur Gardon-Perricaud, vi-bailly du Briançonnais, et de sa condamnation par arrêt du Parlement de Grenoble, du 1®** août 1738, pour cause de détournements, Joseph Colaud présida les audiences du baillage, non comme vi-bailly, mais comme le plus ancien assesseur. Il prit quelquefois dans les sentances ou ordonnances sur requêtes, la qualiQcation de juge mage. Disons en passant que le siège de vi-bailly demeura vacant depuis 1738, jusqu'à l'installation de Jean Alphand, en 1748.
La situation de fortune de Joseph Colaud était considérable. Il possédait un domaine de vaste étendue aux Toulousannes; il en avait deux autres dans la vallée de la Guisanne, l'un le Calvaire, au-dessus de Mas de Biais, l'autre aux abords de la ville qui porte encore son nom, et qui a passé par l'acquisition qu'en a faite au commencement de ce siècle, mon grand-père maternel, Jean-Jacques Bouchié, aux mains de ses arrière-petits-fils, MM. Sentis, qui en sont les possesseurs actuels.
Joseph Colaud, marié à Marie-Anne Desgeneys (de Bardonnêche), avait eu de cette union une nombreuse descendance. A noter parmi ses fils, Antoine-François et Jacques- Claude (dit Bernardin), ayant occupé l'un et l'autre des situations élevées dans les fonctions publiques, civiles ou politiques.
Antoine-François Colaud est né le 9 février 1727. Il fit ses premières études à Briançon. Devenu avocat, il exerça pendant quelques années devant le baillage de sa ville natale. Il prête, en 1749, devant cette juridiction le serment d'usage des avocats. Il avait 22 ans. On a dit qu'il avait été vi-bailly du Briançonnais depuis la dépossession de Gardon- Perricaud. C'est là une erreur qui a eu cours, et qui ne doit pas se reproduire. On n'est pas vi-bailly à 11 ans.-
Antoine-François Colaud acquit, en 1751, une charge de conseiller maître à la Cour des Comptes. Il fut nommé, le 25 octobre 1751, en remplacement de Joseph de Baratier. En 1754, Antoine Colaud fut nommé avocat-général, au Parlement de Grenoble, en remplacement de Joseph de Vaux de Crozo. Il devint ensuite premier avocat-général.
C^était un magistrat de mérite. Il n'était point au-dessous de ces hautes fonctions qu'il remplit jusqu'à sa mort, en 1786.
Dans les débats qui eurent lieu sur les poursuites contre rinstitut des Jésuites, si les avocats généraux de Montclar à Aix, et de La Ghalotais à Rennes, déployèrent dans leur réquisitoire une éloquence forte et passionnée, il n'en fut pas de même au Parlement de Grenoble. L'avocat-général Golaud de la Salcette, qui portait la parole, n eut qu'un rôle eiïacé (voulu peut-être). « On n'y entendit point de réquisitoire éloquent », dit M. Augustin Périer, dans son Histoire abrégée du Dauphiné,
L'attention publique se porta sur le rapport plein de faits, de logique et de raison des conseillers de Ghaléon et de Meyrieu, rapport qui fut la base des considérants de l'arrêt de condamnation.
L'avocat général Golaud de la Salcette était, paraît-il, d'un caractère quelque peu irascible. Il avait la tête près du bonnet. Il eut maille à partir avec plusieurs conseillers au Parlement et notamment, en 1776, avec le procureur général de Moidieu.
Dans les démêlés entre la Gour du Parlement et le barreau, en 1780-1781, il se montra hautain, cassant et ouvertement hostile contre les avocats, alors que le procureur général de Renaud, le président d'Ornacieux, et en dernier lieu, Tavocat-général de Savoye-Rollin, faisaient les plus louables efforts pour porter les esprits à la conciliation et faire cesser un regrettable conflit. Peut-être, mais ceci n'est qu'une conjecture, le premier avocat-général était-il désagréablement impressionné par les éloges enthousiastes donnés par le barreau au talent supérieur de ses deux éloquents collègues, les avocats-généraux Servan et de Savoye-Rollin.
L'avocat-général Golaud de la Salcette, marié en 1757 à dame Marie Bonnet de Lâchai, eut un certain nombre d'enfants : Marie-Magdeleine, mariée à François de Gressy, vi-bailly d'Embrun. Une de leurs filles a été la mère des éminents avocats du barreau de Grenoble, Mathieu et
Casimir de Ventavon ; l'autre fut mariée au général de Vaufrauland.
L'un des fils d'Antoine Colaud, Joseph-Glaude-Louis, a
été conseiller au Parlement, préfet de la Creuse, et succès-
sivement député de ce département. C'était un homme charmant, botaniste passionné.
Le second, Jean-Jacques-Bernardin, parvint au grade de général de division, se distingua par des actions d'éclat, fut gouverneur du Hanovre et baron de l'Empire. L'un de ses petit-fils, M. de Montluisant, est mort récemment général de division d'artillerie.
L'avocat-général Antoine Colaud ajouta à son nom celui de la Salcette. Son père, Joseph Colaud, avait été l'héritier de son oncle Louis Allois de la Sarcette (testament du 5 mai 1742, reçu M« Accarier, notaire à Grenoble). Ses fils se crurent autorisés à prendre ce titre trouvé dans la succession de leur grand-oncle; les Allois d'Herculais représentant la branche paternelle de la famille, continuèrent cependant à prendre le titre de seigneurs de La Salcette. Armieu, Quaix, Herculais.
Antoine-François Colaud de la Salcette est mort à Grenoble, le 28 août 1786.
COLAUD Jacques-Bernardin.
Fils, comme le précédent, de Joseph Colaud, pour lors premier consul de la ville de Briançon, ancien assesseur au baillage, Jacques Bernardin est né le 23 décembre 1733. Il entra dans les ordres et devint chanoine à Die. Très zélé pour le bien public et partisan résolu des réformes, il fut élu, le 5 janvier 1789, député du clergé aux états généraux pour la province du Dauphiné. Il fut l^un des premiers à demander la réunion de l'ordre du clergé à celui du Tiers-Etat. Il appuya dans l'Assemblée plusieurs propositions tendant à l'abolition des privilèges du clergé. Et voulant un jour qu'on ne le confondît pas avec les députés réactionnaires du Dauphiné, il s'écriait pendant l'une des séances : « Et moi aussi jai été chanoine et en même temps je suis citoyen et je ne m oppose pas à l'exécution des lois. »
(Ghampollion, chroniq., 1887, p. 305.) Il proposa de réduire à 3.000 livres le revenu des bénéficiers; il demanda la mise aux voix immédiate du projet sur la suppression des dîmes. Il vota le serment civique.
Le 9 septembre 1792, Bernardin Golaud fut élu membre de la Convention par le département de la Drôme. Lors du procès de Louis XVI, il formula ainsi son vote : « Je prononce la détention jusqu'à la paix, mais je vote pour la mort dans le cas où les ennemis envahiraient le territoire de la République. »
Approuve qui voudra une pareille opinion ! Elle me parait injustifiable. Faire dépendre la vie de l'accusé d'une circonstance indépendante de sa volonté, était inique! On comprend le vote tout politique de la détention jusqu'à la paix. La vie de l'accusé était une question réservée ; mais le vote de Golaud manquait ce semble de fermeté et de justice. D'ailleurs le rôle de Golaud à la Convention fut fort effacé. Il entra comme conventionnel au Conseil des Cinq-Cents le 23 vendémiaire an iv. Il mourut d'une attaque d'apoplexie pendant la session, en 1796.
Il avait, comme ses frères, ajouté à son nom patronymique, la dénomination de la Salcette.
GOLAUD de la Salcette (Claude).
Claude Golaud, frère du précédent et fils comme lui de Joseph Golaud, est né à Briançon, le 26 décembre 1742. Il entra dans les ordres très jeune. Par provisions du pape Clément XIII du 12 des calendes de janvier 1763, il fut nommé chanoine d'Embrun ; devenu vicaire général et syndic du diocèse, il fut envoyé à l'Assemblée générale du clergé de France, qui se réunit à Paris, le 26 août 1787.
En 1788, il est député aux états de Romans ; désigné comme membre de la commission intermédiaire, il en fut le membre le plus dévoué et le plus courageux. Il entretint une correspondance active avec les municipalités et les agents de l'autorité publique pour assurer l'ordre autant que faire se pouvait dans ces jours de trouble et d'anarchie. Il s'acquit ainsi des titres sérieux à la reconnaissance du pays ; mais le
souvenir des services rendus ne put le protéger pendant la Terreur, Il fut emprisonné, puis une fois relâché, il passa en Savoie et fut porté sur la liste des émigrés. Rentré en France, il se retira auprès de son neveu, Joseph-Louis-Glaude Colaud delaSalcette,àSt-Georges-de-Gommiers. Il fut maire de cette commune et nommé conseiller de préfecture de l'Isère, en 1810. Lors de son passage à Grenoble, Napoléon le nomma, le 8 août 1814, préfet par intérim de l'Isère en remplacement de Fourrier.
Claude Golaud est décédé à RemoUon (Hautes-Alpes), le 12 septembre 1817.
M. Mazimbert, avocat, arrière-petit-neveu de Glaude Golaud, m'a renseigné pour la rédaction de cette notice ; qu'il veuille bien agréer mes remerciements.
GOLAUD (général, comte).
Le général comte Golaud est Tune des gloires les plus pures du Briançonnais.
Patriotisme ardent, probité sévère, talents stratégiques de premier ordre, bravoure à toute épreuve unie à la prudence, modestie sincère, tels furent les traits distinctifs de cette nature d'élite, de ce guerrier de noble caractère qui fut admiré autant qu'aimé dans les grandes armées de la République.
Glaude-Silvestre Golaud est né à Briançon, le 12 décembre 1754. Son père Glaude Golaud, marchand de la ville, y était à la tète d'un commerce qu'il transporta à Bastia (Gorse). Ge fut là que Golaud passa une partie de son enfance, séjour qui fortement l'attacha à cette seconde patrie. Les parents de Golaud le placèrent au collège de la Giotat où il' fit de bonnes études. Un penchant irrésistible entraînait l'adolescent vers la carrière des armes. Aussi, trompant les espérances et les desseins de son père qui le destinait au commerce, s'engagea-t-il à 17 ans dans le régiment de Lorraine. Mais sur les instances de sa famille, le jeune soldat finit par consentir à la résiliation qu'elle avait obtenue de son engagement. Il rentra au foyer domestique et se soumit pendant 5 ou () ans à seconder son père dans
son commerce ; mais à l'âge de 22 ans, il en obtint de suivre la carrière de son choix, celle où il devait conquérir une réputation içlorieuse et sans taches. Il s'engagea cette fois, le 16 mars, dans le Royal-Dragons. Il mit deux ans pour ôtre brigadier et quatre pour devenir maréchal des logischef, lui qui, dix ans plus tard, devait en moins de deux ans, du grade de lieutenant atteindre celui de général de division.
Capitaine, le 27 juin 1792, Golaud s'acquit dans les régiments de chasseurs où il servait, une telle réputation de bravoure, d'intelligence et d'habileté guerrière, que désigné (c'est le général de Valence qui raconte ce fait), pour opérer une reconnaissance nocturne dangereuse dans les lignes mêmes du camp ennemi, il demanda le choix des hommes. Le général en chef Kellermann, sur le champ de bandière de deux régiments de chasseurs, demanda lui-même les soldats de bonne volonté. Vingt voix s'élevèrent : — Quel est l'olïicier qui commandera l'opération où nous risquerons si bien notre vie ? — Le capitaine Golaud, répondit le général. — Oh alors! tous. Ce ne fut qu'une seule acclamation. Ce jugement du soldat dut toucher le cœur de l'ofïicier et l'émouvoir plus que tous témoignages olïiciels d'estime et d'approbation.
La carrière militaire de Colaud, bien que se prolongeant sous l'Empire, compte surtout ses brillants services et ses actions d'éclat dans cette période à jamais mémorable de dix années où des combats gigantesques d'un peuple menacé dans son existence nationale, éloignèrent l'Europe coalisée de ses frontières et reportèrent la guerre sur les terres de l'ennemi. Colaud pendant ces dix années fut sur les champs de bataille, se distinguant au premier rang par son habileté, son sang-froid, sa bravoure et le coup d'œil décisif dans le combat.
La Galerie militaire publiée l'an xui, contient sur Colaud une notice historique qui relate assez fidèlement ses faits de guerre, jusqu'en 1805. Nous la reproduisons ici, nous réservant de compléter ou de rectifier certains détails, ensuite de documents mis au jour postérieurement à cette
publication. Ce récit s'arrête à la paix de Lunéville et à la nomination de Golaud comme membre du Sénat conservateur :
« Sous-lieutenant en 1784, il était, au commencement de la guerre, capitaine au premier régiment de chasseurs à cheval. Il fut fait lieutenant-colonel en 1792, colonel-commandant-légionnaire de la légion du centre le 26 décembre de la même année, général de brigade le 4 mai 1793, puis général de division le 20 septembre suivant.
« Il se trouva à la bataille de Valmy, qui eut lieu le 20 septembre 1792. Après la retraite des Prussiens, il passa à Tarmée des Ardennes, sous Valence, en qualité de lieutenan^colonel, et commandait les avant-postes de cette armée pendant le siège de Namur. Il eut plusieurs affaires avec les troupes ennemies commandées parBeaulieu et Clairfayt.
« Il servit, en qualité de général de brigade, à l'armée du Nord, commandée successivement par les généraux Dampierre, Lamarche et Leveneur. Il commandait à Hanon le corps des flanqueurs de gauche, composé de dix bataillons, lorsque le camp de Famars fut forcé le 23 mai 1793 à 9 heures du matin^ par les troupes de la coalition, composées de Prussiens, d'Autrichiens, Anglais, Saxons, Hanovriens, etc. Il couvrit la retraite de Tarmée et le pont de Denain, jusqu'à 11 heures du soir. Plusieurs fois dans cette journée difficile, enveloppé de toutes parts, il fut sommé de se rendre; mais résolu de se sacrifîer pour le salut de Tarmée, il sut arrêter l'ennemi, et à minuit il effectua sa retraite en bon ordre sur Bouchain, où il n'arriva qu'à 4 heures du matin. Le général Lamarche donna les plus grands éloges à l'habileté de ses manœuvres, et protesta que sa vigoureuse défense avait, en cette occasion, sauvé l'armée française.
« Pendant le siège de Valenciennes, le général Golaud commandait le même corps des flanqueurs de gauche, à Harleux. Après la prise de cette place, le camp de César ayant été forcé et l'armée obligée à la retraite, il fît face encore une fois au prince de Cobourg et au duc d'Yorck.
L'armée française se replia derrière sa division et alla occuper le camp de Gaverelles.
« Ce fut alors que l'armée anglaise marcha sur Dunkerque, et que se livra la bataille de Hondscoote, le 7 septembre 1793. Le général Golaud, qui y combattait sous les ordres de Jourdan, fut dangereusement blessé d'un biscayen à la cuisse. Le président de la Convention lui envoya une expédition du décret portant qu'il avait bien mérité de la patrie,
« Le général Golaud était à peine guéri de sa blessure, qu il rejoignit l'armée du Nord, où il eut le commandement de quatre divisions au camp retranché sous Maubeuge. Le général Pichegru, qui avait remplacé Jourdan, dans le commandement de l'armée, le lui déféra pendant son absence.
« Le général Golaud passe ensuite à l'armée de la Moselle, et commande une division de l'avant-garde. Il se trouve à la prise de Trêves, emporte d'assaut les redoutes de Trarbach, poursuit les Prussiens commandés par le général Kœhler, dans le Hundsruck, les force à repasser la Nahe à Bingen^ où il soutient plusieurs combats, et vient ensuite bloquer Mayence. Les Prussiens, à cette époque, repassèrent le Rhin et se retirèrent de la coalition.
« Deux mois après, Golaud fut envoyé à l'armée d'Italie, où il ne resta que peu de temps. Il fut chargé d'aller à Toulon, réprimer la révolte qui avait éclaté dans cette ville, où les ouvriers du port, les habitants et une partie des matelots de Tescadre avaient forcé les arsenaux et s'armaient de toutes parts. Pendant cette insurrection, qui était l'ouvrage d'une faction de l'intérieur soudoyée par l'Angleterre, et qui éclata le 30 floréal (le même jour que le mouvement du faubourg St-Antoine, à Paris), on signalait à Toulon l'escadre anglaise, qui entretenait des intelligences parmi les révoltés, et voulait empêcher l'escadre française de sortir du port.
« Gette révolte qui dura onze jours, pouvait avoir les résultats les plus funestes ; mais grâce aux sages dispositions du général Golaud, et à l'énergie qui le caractérise
particulièrement, l'ordre se rétablit, et Toulon fut une seconde fois conservé à la République.
« Ces troubles étant apaisés, le comité de salut public nomma Golaud, commandant en chef à Paris; mais ce général préféra de se rendre à l'armée de Sambre-et-Meuse, pour assister au premier passage du Rhin. Sur son refus, le général Menou. qui avait été créé commandant en second, fut nommé commandant en chef de la 17""'' division militaire.
« Dans la campagne de l'an iv, le général (iolaud commandait une division de l'aile gauche, sous les ordres de Kléber. A l'affaire de Siegberg, il passa au gué TAcher et la Sieg avec son corps, enfonça les troupes autrichiennes commandées par le duc de Wurtemberg, les coupa en deux, et en jeta une partie contre le Rhin.
« Le général Golaud reçut, à Toccasion de l'atîaire de Siegberg, la lettre suivante du directoire executif :
a C'est à vos dispositions sages et promplement exécutées, « citoyen général, qu'on est redevable en grande partie « du succès acquis h Taffaire de Siegberg.
« Le directoire en est instruit, et vous en témoigne sa « satisfaction particulière. »
« La division du général Golaud continua de se distinguer pendant toute cette campagne, j usque sur les frontières de la Bohême. Lorsque la retraite de Tarmée de Sambre-et- Meuse fut ordonnée, cette division fut chargée, le premier jour de la retraite, de Tarrière-garde, et eut une affaire sérieuse à Amberg, où elle fît la plus belle contenance.
« La campagne suivante, le général Golaud eut, sous les ordres du général Hoche, le commandement de quatre divisions, et fut chargé du blocus de Mayence et d'Ehrenbreitstein.
« Une insurrection sétant déclarée dans les neuf départements réunis (Hollande), vers le commencement de l'an vu, le général Golaud y fut envoyé, au mois de brumaire, en qualité de commandant en chef ; sa fermeté et l'activité de ses mesures triomphèrent de cette révolte, qui dura trois mois. Il envoya à Paris quatorze drapeaux pris sur les révol-
tés (1), lit rentrer au trésor public plus de trente millions de contributions arriérées, et rétablit Tordre et le calme dans le pays soumis à son commandement. Ainsi les Anglais, qui voulaient s'emparer de TËscaut, se virent trompés dans leur espérance de prolonger la guerre civile sur cette partie de la République, et d'empêcher Jourdan d'ouvrir avec succès une nouvelle campagne.
« Le ministre la guerre, en écrivant au général Colaud une lettre de satisfaction de la part du directoire exécutif, lui envoya l'ordre d'aller prendre le commandement de l'aile gauche de l'armée du Danube, au blocus de Philipsbourg.
« En l'an viii, le général (iolaud passa à l'armée du Rhin sous Moreau, et commanda le corps du Bas-Rhin jusqu'après la bataille de Hohenlinden. Il n'a quitté l'armée que lorsqu'elle est entrée en France après la paix de Lunéville.
« Le 18 nivôse an ix, le premier consul adressa au Sénat conservateur. le message suivant :
a Sénateurs, le premier consul, en vertu de l'articlelB de la constitution, vous présente comme candidat au Sénat conservateur le citoyen Colaud, général de division k l'armée du Rhin.
« Ce soldat a rendu des services essentiels dans toutes les campagnes de la guerre. C'est d'ailleurs l'occasion de donner un témoignage de considération à cette invincible armée du Rhin, qui des champs de Hohenlinden, est arrivée jusqu'aux portes de Vienne, dans le mois le plus rigoureux de l'année, en vainquant tous les obstacles. »
« Dans sa séance du 24 pluviôse, le Sénat conservateur ayant à nommer entre les trois candidats qui lui étaient présentés, d'après la constitution, par le premier consul, le
1) Aucune dos feuilles publiques n'a fait mention de l'envoi de ces quatorze drapeaux, qui ont été apportés au ministre de la guerre par le chef de brigade Bonardy. Vraisemblablement le gouvernement avait ses raisons pour ne pas donner de l'importance à celte guerre.
corps législatif et le tribunat, fixa son choix sur le général Golaud. et le nomma membre du Sénat conservateur.
« Dans ces fonctions éminentes, environné des suffrages de ses concitoyens, il peut avec orgueil reporter ses regards sur la carrière qu'il a parcourue, et n'y trouver que de ces actions qui commandent, dans tous les temps et chez tous les peuples, l'estime et la considération. »
Les auteurs de la Galerie militaire^ non munis encore de tous les documents qui ont éclairé dans les publications postérieures, la composition et les mouvements des armées, ont commis quelques erreurs dans le récit des faits militaires de Golaud. Ainsi à la bataille d'Hondscoote, !«*• septembre 1793, Golaud n'était point sous les ordres de Jourdan; le général Houchard commandait en chef et était à la tête du centre de l'armée. Golaud commandait l'aile droite. Jourdan l'aile gauche. Les détails sur cette action de capitale importance ont été donnés par le représentant du peuple Levasseur (de la Sarthe) en mission à l'armée du Nord avec son collègue Delbret. « L'un et l'autre ne quittèrent pas le champ de bataille où Delbret fut blessé et où Levasseur eut un cheval tué sous lui. » (Mémoires de Levasseur.)
Le récit de Levasseur attribue le succès de la journée à Golaud et à Jourdan, et constate l'incapacité d'Houchard. « La division du général Golaud fît des prodiges de valeur, dit Levasseur ; Tennemi avait opposé encore plus de résistance de son côté qu'au centre où je me trouvais... »
Golaud, comme on l'a vu, fut grièvement blessé ainsi que Jourdan. Ainsi encore, la Galerie mililaire passe sous silence la part glorieuse prise par Golaud, à la bataille de Hohenlinden où il commandait le corps du Bas-Rhin. Mais ces erreurs de détail sur lesquelles nous n'insisterons pas, ne peuvent déparer l'harmonieuse ordonnance de ces dix ans de consécration à la défense de la patrie, de toutes les facultés, y compris le sacrifice de la vie. de ce vaillant capitaine.
Golaud avait été l'aide-de-camp de Kellermann. Les relations de ces deux hommes de grand courage et d'inaltéra-
ble civisme fondèrent entre eux Tamitié la plus étroite dont la durée fut celle de leur existence. Ney fut Taide-de-camp de Golaud et plus tard placé sous ses ordres comme général de brigade. Ney avait conçu pour son ancien chef la plus vive estime. A l'élection de Golaud au Sénat conservateur, Ney lui écrivit en ces termes : « Burghausen, il ventôse an ix. Mon cher général, votre nomination au Sénat conservateur m'a fait infiniment plaisir, et j'aime à le répéter au milieu des militaires qui vous estiment aussi sincèrement que moi. Vos devoirs actuels, quoique importants deviennent agréables, lorsque l'on a comme vous, les sentiments d'attachement à la chose publique. Ney. (Vict, et Conq., t. 27.)
Golaud demeura quelques années sans prendre part aux opérations militaires ; mais en 1806, il quitta la toge sénatoriale pour exercer un commandement dans le Hanovre, et en 1807 il passa un moment en Hollande pour commander les troupes françaises, sous le roi Louis. Il fit ensuite la campagne de Vienne et partit de cette capitale^ le 11 août 1809, pour prendre le commandement d'Anvers. Ce fut le dernier acte de la carrière militaire de Golaud qui se consacra désormais en entier à ses fonctions sénatoriales. En 1814, le général Golaud vota la déchéance de l'empereur. l\ fut créé pair de France par Louis XVHL H demeura étranger à la politique pendant les Gent-Jours. Au retour des Bourbons, il reprit sa place à la Ghambre des pairs où il se signala par un acte glorieux, la défense du général Ney.
Hélas ! sa noble et chaleureuse éloquence ne put sauver le brave des braves, ni épargner à la pairie la tache indélébile d'un assassinat juridique, comme le dit. en pleine cour des pairs, le général Exulmans, après Godefroi Gavaignac. « Anathème, anathème éternel aux corps politiques, jugeant des délits politiques », leur dit aussi François Arago.
A propos de son attitude en 1814, et de son vote sur la déchéance de Napoléon, nous devons protester contre une appréciation de la conduite de Golaud, par Adolphe Rochas (Biographie du Dauphiné), appréciation qui nous paraît être une atteinte à la vérité historique, en même temps que
la méconnaissance de la dignité du citoyen. « En 1814, dit M. A. Rochas, le sénateur Colaud vota la déchéance de l'empereur à qui il devait son élévation. Sa défection lui valut d'ôtre créé pair de France par Louis XVIII. »
Colaud ne devait qu'à lui-même son élévation. Il la devait à son intrépidité, à son pur patriotisme qui lui avaient fait braver cent fois la mort sur les champs de bataille^ à ses talents stratégiques qui s'étaient manifestés avec tant d'éclat lorsqu'il sauva l'armée du Nord au pont de Denain et ùHondscoote. Devait-il à Bonaparte le décret de la Convention de septembre 1793, portant qu'il avait bien mérité de la patrie et le grade de général de division qui lui fut alors conféré? Bonaparte était alors un simple chef de bataillon encore inconnu.
Adolphe Rochas commet donc une lourde erreur. Quelle est d'ailleurs cette théorie, vestige condamné de ce que les opinions et les errements monarchiques avaient de plus répugnant, de plus servile, qui reconnaît en quelque sorte, au représentant des pouvoirs publics, une sorte de propriété sur les fonctions et les grades?
On est, on a toujours été, le général, le fonctionnaire, le serviteur de la France dont le chef du pouvoir n'est pour la collation d'un grade que le délégué dont le devoir est d'élire avec discernement et avec justice, ceux auxquels un service public doit être confié. L'élu ne doit rien quand il a payé sa promotion par l'accomplissement du devoir fonctionnel. C'est de l'exécution d'un contrat synallagmatique qu'il s'agit ici, non d'un accord de caractère unilatéral.
Ce ne fut pas non plus, quoiqu'en dise Hochas, une vile préoccupation d'intérêt personnel qui fut le mobile des actes du loyal soldat. « Depuis 1801), disent les auteurs de la Biographie des hommes vivants , Colaud appartenait, dans le Sénat, à la minorité qui blâmait les vues de plus en plus follement ambitieuses de Bonaparte. » Le judicieux général prévoyait les calamités que des guerres sans lin dues à des ambitions dynastiques déchaîneraient sur la France. Il avait en dégoût, du reste, comme tous les honné-
tes gens ce régime policier à outrance qui abaissait les raractères et semblait devoir éterniser Tempire de la force, le mépris du droit, le règne des voleurs de tout litre et de tout rang, des dilapidateurs de la fortune publique.
Ce fut donc avec un assentiment libre, raisonné, avec amour de son pays, que cet homme de bien accepta Tordre de choses que la force majeure des événements imposait à lîi France. L'acceptation de la dynastie des Bourbons fut pour Colaud comme pour beaucoup d'excellents citoyens, un mariage de raison. La loyauté voulait que la parole donnée fut gardée; Colaud remplit avec honneur son engagement, li demeura éloigné des affaires publiques pendant les Cent Jours. 11 démontra ainsi sa probité politique qui fit contraste, du reste, avec la versatilité de bien de ses illustres contemporains.
En 1817, Colaud fit un voyage en Corse. Il voulut revoir, avant de mourir, sa seconde patrie. Il y fut accueilli, fêté, . acclamé. Les fiers insulaires, si bons appréciateurs par ataviques sentiments, de la bravoure et des mâles vertus, prodiguèrent au vaillant guerrier les témoignages d'estime et d'admiration. Le général Raphaël Casabianca reçut, à bras ouverts, son compagnon de gloire. Colaud passa quelque temps aux eaux de Finmorbo, auxquelles il demanda vainement un allégement aux souffrances dues à la jjrravc blessure de llondscootte. A son retour, il fut accompagné, jusqu'au vaisseau en partance, par les ovations populaires.
Colaud est décédé à Paris le 4 décembre 1811).
Il était grand ollicier de la Légion d'honneur. Son nom est inscrit au côté sud de l'arc de triomphe de l'Étoile.
« Le général Colaud, disent les auteurs de la /iiof/rap/ite des liommes vivants (1817), est du nombre des militaires dont les mains sont pures. Il n'a point acquis, par des vexations, la modeste fortune dont il jouit; et si tous les généraux eussent fait observer, partout où les conduisait la victoire, une discipline aussi sévère, le nom français n'aurait pas été maudit de toute l'Europe. »
Le général de Valence, l'ami du comte Golaud, prononça son éloge devant la Chambre des pairs, le 20 juillet 1820. C'est une belle page d'histoire contemporaine ; le général de Valence sut faire revivre dans ce magistral panégyrique, la physionomie guerrière et le beau caractère de son ami. Il rappela ses nombreux et éclatants faits d'armes et son désintéressement, « son noble cœur toujours étranger « à la jalousie et qui ne connut d'autre rivalité que celle du « zèle et patriotisme.
« Aucun chef, dit encore le général de Valence, n'a porté plus loin le zèle et la sévérité pour le maintien de l'ordre et de la discipline.... son nom ne fut jamais un objet d'etîroi que pour les ennemis, les fripons et les malfaiteurs. »
Les dernières paroles de l'orateur sont à retenir. Elles sont un magnifique éloge de Golaud. « Il laisse à nos cœurs « de profonds regrets, à notre mémoire de grands souve- « nirs, à nos neveux de magnanimes exemples : ah! certes, « je puis dire, sans crainte d'être désapprouvé, que comme « homme privé et comme citoyen, aussi bien que comme a guerrier, il peut être comparé à tous ceux que l'histoire « de tous les pays et de tous les temps a offerts à l'estime « et à l'admiration de la postérité. »
{Moniteur du 31 juillet 1820.)
La tombe du général Colaud est au cimetière du Père- Lachaise à Paris.
La vue de ce monument funéraire a inspiré àViennet,de l'Académie française, les réflexions suivantes :
« Colaud (né à Briançon en 1754, mort en 1819) a vu fuir les Anglais et le duc d'York des champs de Hondscoote. Il a aussi partagé la gloire de l'armée de Sambre-et-Meuseoù les plus purs de nos guerriers avaient imprimé toute l'austérité de leur caractère et qui, dans un temps d'anarchie, a montré la discipline des Spartiates et la vertu des vieux Romains. Il a aussi siégé dans le Sénat, dans la chambre des pairs et là, comme sur le champ de bataille, il a encore défendu la liberté de son pays. »
(Promenade philosophique au cimetière du Père-Lachaise, par M. Viennet, de l'Académie française. Paris. 1855).
GOLOMBAN Jacques.
Jacques Golomban, né au Villard-St-Pancrace en 1772, entré dans les guides des Alpes à la formation de ce corps et de là dans la garde consulaire, s'éleva par sa bravoure et son mérite au grade de lieutenant-colonel. Il fut mis à la retraite en 1815, à Tâge de 43 ans. Il était officier de la Légion d'honneur et chevalier de St-Louis.
Marié le 8 janvier 1817, à Embrun, il a eu deux fils dont Tainé, Alfred, mon camarade de collège à Grenoble, a été receveur de Tenregistrement à Salon (Bouches-du-Rhône).
Le colonel Golomban est décédé à Embrun, le 24 décembre 1829.
GOT Jean-Pierre, boulanger.
Fils de Simon Got, boulanger dans la Grand'rue, Jean- Pierre Got est né à Briançon le 28 janvier 1810. Quel digne et brave garçon, doux comme un agneau et comme lui inoffensif!!
Il avait en adoration sa ville natale, Briançon; il aimait aussi la France, il aimait tout le monde. Il eût embrassé avec tendresse le premier caffre venu qui lui aurait baragouiné le mot de fraternité.
Mais par dessus tout, plus que Briançon et la France, Got aimait la musique et la poésie. Les lauriers de Reboul, son confrère boulanger, l'empêchaient de dormir. Amour malheureux et non payé de retour!! Quoiqu'il ait musicassé toute sa vie, il ne fut jamais qu'un grotesque en composition musicale. En poésie, ou plutôt en versification, il ne put s'élever plus haut. Je fais cependant une réserve pour ce passage de son petit poème : Les Cloches du Christianisme :
Maintes fois à minuit, au sein de ma chaumière, Les refrains de Thorloge ont ouvert ma paupière ; Alors le bon papa disait avec raison :
Commençons au pétrin notre longue oraison. »
Le brave homme savait par des conseils utiles Alléger nos travaux et les rendre faciles.
Satisfaits et jo jeux, nous sortions uu moment Pour jouir de l'air pur et voir le firmament. J'aime à me rappeler les leçons bienveillantes Qu'inspiraient à son cœur les étoiles brillantes, La majesté des nuits, le calme solennel, La lune se montrant sous le dôme éternel.
Et de l'aurore enfin le concert unanime, Célébraient du Seigneur la bonté magnanime, Et nous faisaient songer au lointain avenir!... Qu'il est doux à mon cœur ce touchant souvenir !..
Il y a là, ce me semble, de la vraie poésie, mais, hélas ! l'inspiration n'était pas de longue haleine.
Got rimaillait à propos de tout et les journaux de G«'îp avaient à se défendre contre ses demandes d'insertion .
Et dire que jamais tout espoir n'abandonne Celui qui peut de peu remplir tout son cerveau, Qui cherche des trésors dans le sol qu'il sillonne Et se sent satisfait s'il trouve un vermisseau.
Goethe.
Le vermisseau ici c'était un beau rêve de gloire et d'immortalité, et pour le doux illuminé, ce rêve était d'ores et déjà une splendide réalité.
Dans sa conviction intime, il avait comme poète escaladé les hauts sommets où chantait Lamartine ; sa musique sacrée avait enfoncé les grands oratorios de l'Italie.
Got, avons-nous dit, aimait d'amour extrême sa ville natale : Briançon, petite ville, grand renom, ainsi qu'il le disait en toute occasion. Lorsqu'il apprit que la gare du chemin de fer de Gap à Briançon devait être établie à 8te-Gatherine, son indignation fut extrême. Il partit pour Paris et demanda une audience au Président de la République. Il espérait obtenir du chef de l'Etat une intervention toute puissante auprès des ingénieurs coupables de
criante injustice envers la ville de Briançon, dont le champ de Mars devait être l'emplacement de la gare.
Cette audience, Cot l'obtint et elle fut de longue durée.
A son retour de Paris, il vint me voir à Grenoble. — Hé bien, que vous a dit le Président de la Républiqife? — Pas grand'chose, me répondit-il ; mais quel homme aimable et accueillant, ce M. Grévy !1 II m'a écouté en riant, et plus je m'échauffais, plus il riait. Je croyais ma cause, ma cause sainte gagnée. Mais quel amer désappointement! Quel homaie faible, quoique aimable, ce Président !! « Il m'a dit en dernier lieu qu'il n'y pouvait rien. »
Got déplorait la faiblesse du président Grévy, mais il ne mettait pas en doute la grande impression faite par ses paroles sur le chef du pouvoir exécutif !!
Textuelle la conversation que j'ai eue avec l'excellent boulanger naïf et simple au delà de toute expression!!
Je ne sais, si en méditant son poème des Cloches du christianisme, Got s'était enquis de l'oracle des Cloches de Varenes, dont le son, au dire de Jan des Entommeures, était plus fatidicque que des Chauldrons de Jupiter en Dodone : Marie-toy, marie-toy. Si tu te marie, marie, marie, bien Ven trouveras, veras, veras.
Mais Cot, s'il consulta Rabelais, s'en tint à l'interprétation de Panurge :
« Ma foy, frère Jan, mon meilleur sera point ne me ma- « rier. Escoute que me disent les cloches à cette heure que a sommes plus près. Marie point, marie point, point, point, « point, point. Si tu te marie, marie, marie, tu t'en repen- « tiras, tiras, tiras. »
Cot resta célibataire. Il mena l'existence la plus chaste et la plus pure. Si l'on ajoute a cela son ardent amour de l'humanité, son dévouement à toutes les saintes causes, on conviendra que Jean-Pierre Cot avait à la canonisation plus de droits que bien des saints couchés sur le calendrier.
Je possède un portrait de Cot (photographie). Cette figure empreinte d'exquise douceur, de placidité absolue rappelle à la pensée ces tètes nimbées de bienheureux qui
arrêtent si délicieusement le regard dans les beaux missels du moyen âge.
Jean-Pierre Got est mort dans le courant du mois d'août
A Tannbnce de ce décès, il ne fut plus question des vers ni de la musique du défunt. On ne parla que de ses vertus et de son inaltérable bonté. Il fut universellement et sincèrement regretté.
Les Cloches du christianisme, poème historique et sentimental, par Jean-Pierre Got, boulanger, in-12. Briançon,
Au Gonseil municipal de la ville de Briançon. Rapport sur le chemin de fer de Briançon et sur la nécessité de faire établir la gare militaire aux portes de la ville, par Jean-Pierre Got, membre correspondant de la Société littéraire, historique et archéologigue de Lyon, auteur de plusieurs ouvrages de poésie et de musique. Grenoble, imprimerie de F. Allier père et fils, Grande-Rue, 8, cour de Ghaulnes. 1876, in-12.
Inédits : V Amour de la Patrie, poème.
Le fils d'un vieux soldat et translation des cendres de l'empereur Napoléon. Stances à M. Bugnard.
Got a publié de nombreuses pièces de vers dans les journaux de Gap V Annonciateur, le Courrier des Alpes.
DAILLIÈRE Jullien.
On a cité comme étant né à Briançon (Hautes-Alpes) Jullien Daillière, poète lyrique et auteur dramatique, dont on signale comme pièces de théâtre de valeur, André Chénier, Nopoléon et Joséphine, V Aigle. G'est une erreur. Daillière est né en 1812, à Briançon (Maine-et-Loire).
DURAND David.
David Durand, né à Briançon, a été proposant et régent du collège de Die et successivement régent des écoles de
Nyons. Appartenant à la religion réformée, il abjura et passa au catholicisme en U\^b,
Déclaration de M. David Durand^ dauphinois, jadis proposant et dogmatisant en la religion calvinisque (sic) et régent du collège de Die et escoles de Nions, touchant sa conversion à la Iby catholique. (Grenoble, 1625, in-8«, 24 pages. (Bibliographie huguenote, par E. Arnaud, dans le Dauphiné du 28 mai 1795.)
FABRI Glande.
Tout ce qu'on sait sur Claude Fabri, se trouve dans ces trois lignes du Dictionnaire historique du Dauphiné, de Guy-Allard :
Fabri Claude, cordelier du Briançonnais, fut martyrisé par les huguenots en Languedoc, le f*'' de mars 1575.