ÉTAT DE LA COMMUNAUTÉ DE PARIS
1550, et qui furent renouvelées successivement par Henri III en 1574, Louis XIV en 1656, Louis XV en 1723, avoir le droit de demeurer à Paris ; mais ce privilège leur était souvent contesté par la police. En 1776, il s'offrit une occasion favorable à Jacob Rodrigues Pereire pour revendiquer ces droits, et il obtint en effet du roi des lettres-patentes, données à Versailles au mois de juin 1776, « confirmatives des privilèges dont les juifs portugais jouissent en France i. » Quoique le texte de ces lettres-patentes ne s'explique pas nettement sur le séjour des juifs portugais à Paris et dans l'intérieur de la France, elles furent considérées par l'administration comme valant une autorisation formelle de demeurer partout en France. Le lieutenant-général de police Lenoir, craignant que les juifs allemands ne profitassent de cette permission, adressa à Pereire, le 15 novembre 1777, un règlement en vertu duquel celui-ci devait tenir un registre des juifs qui obtenaient le droit de séjour à Paris, et veiller, sous sa responsabilité et celle de six autres notables, à ce que l'autorisation ne fût pas accordée à d'autres juifs que les juifs portugais.
1. Privilèges dont les juifs portugais jouissent en France depuis iSoO. Paris, imprimerie Stoupe, 1777.
Pereire était invité à faire connaître ce règlement aux communautés portugaises du dehors, et il écrivit à ce sujet à la communauté portugaise de Londres (et sans doute à celle d'Amsterdam) le 7 décembre 1777.
Cependant bon nombre de juifs allemands demeuraient déjà à Paris, et ils y étaient en 1777, d'après la lettre que nous venons de mentionner, bien plus nombreux que les Israélites portugais. Ils étaient sous la direction et protection de Liefman Calmer, Israélite allemand, qui avait demeuré quelque temps à Amsterdam, et avait obtenu des « lettres de naturalité française » pour services rendus. Liefman Calmer avait acquis la seigneurie de Picquigny, près d'Amiens, et portait le titre de baron. Son influence était grande à Paris, et elle entra quelquefois en lutte avec celle de Jacob Rodrigues Pereire.
Les juifs de Paris faisaient probablement le commerce. Ceux des rites portugais et avignonnais demeuraient principalement dans le quartier de l'abbaj'e de Saint-Germain, qui jouissait de franchises spéciales. Un arrêt du roi du 14 août 1774 interdit aux juifs de la capitale l'entrée dans les corps d'arts et métiers. Un autre arrêt, du 7 février 1777, révoquant une mesure