‹ Biographie d'Albert CohnChapitre 20 sur 54 · Univers, p. 469; Archives, p. 446 à · texte numérisé non relu

Univers, p. 469; Archives, p. 446 à

politique du gouvernement ottoman, on fut rassuré sur la situation qui serait faite aux israélites. On ne douta pas qu'ils ne fussent compris dans les mesures qui pourraient être prises en faveur des chrétiens de l'Orient, mais on se demanda si le rôle des israélites en Occident était maintenant terminé, et s'ils avaient rempli tous leurs devoirs envers leurs frères de l'Orient. Il ne suffisait pas que ceuxci eussent obtenu la liberté politique et civile, il fallait leur apprendre à en user et les mettre en mesure d'en tirer tous les avantages qu'elle leur offrait. De longues souffrances les avaient réduits à un état indescriptible de misère matérielle et intellectuelle. Ils étaient pauvres et ignorants, ils avaient besoin du concours de leurs coreligionnaires pour se relever de leur décadence et devenir aptes à profiter de la situation nouvelle qui leur serait créée. Assurés de la bienveillance du gouvernement ottoman, ils étaient sûrs de remplir un rôle important dans l'Etat, s'ils pouvaient s'en rendre dignes. C'est M. Philippson qui eut l'honneur de développer avec le plus de force et de chaleur ces considérations ^ dans une série d'articles de son

1. Âllgeme'me Zeitung.-^.YiD et siiiv.; le Mémorandum est reproduit p. 22^\ Univers, IX, 450.

journal et dans un Mémorandum spécial qu'il répandit dans le public. Il disait avec raison qu'il fallait avant tout donner l'instruction aux Israélites de la Turquie; mais il faisait remarquer qu'il serait impossible de le faire en fondant des écoles dans ce pays, d'abord parce qu'on ne réunirait pas les ressources considérables qu'il faudrait pour cette entreprise, ensuite parce que ces écoles auraient à lutter contre le préjugé d'une population privée depuis des siècles de toute instruction laïque et peu en mesure d'en apprécier les bienfaits i. Il proposait donc que des jeunes gens pris en Turquie fussent élevés, en Occident, aux frais des communautés ou de personnes charitables, pour être ensuite renvoyés dans leur pays, et il demandait que, pour accomplir cette œuvre, des Comités fussent organisés partout et placés sous la direction d'un Comité central, siégeant à Vienne ou à Paris.

Plus tard, il acquit la conviction que le Consistoire central des Israélites français était seul en mesure de prendre la direction de l'œuvre : les Juifs anglais, sans doute, étaient

1. Ce qui n'était pas possible alors, Test devenu depuis. V Alliance Israélite a pu fonder des écoles dans toutes les parties de TEmpire ottoman.

o2 BIOGRAPHIE D ALBERT COHN

trop loin; ceux d'Allemagne, d'Autriche ou d'Italie n'avaient pas assez de liberté, nulle part enfin ne se trouvait, comme en France, une administration toute prête et d'une autorité incontestée.

Tout plein de son idée et animé d'une grande ardeur, M. Philippson vint à Paris, au mois de mai 1854, après avoir recueilli pour ses idées l'approbation de la communauté Israélite de Vienne, et, lors de son passage à Bruxelles, celle du Consistoire Israélite de la Belgique i. M. le colonel Cerfberr, président du Consistoire central, lui témoigna « un véritable enthousiasme » pour les idées exprimées dans le mémorandum, et les autres membres du Consistoire lui firent également l'accueil le plus empressé. Ses projets furent examinés et discutés; mais le Consistoire central n'étant pas au complet, sa décision fut ajournée. M. Philippson quitta Paris plein d'espérances pour le succès de son projet.

Pendant ce temps, les rapports les plus affligeants sur la situation des juifs de Palestinej et principalement de ceux de Jérusalem, étaient venus en Europe. On sait que beaucoup d'Israélites de la Palestine vivent des aumônes

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