Archives ùrrélites, 18-18, p
trefois par M. Joseph Wertheimer, à Vienne i, une jolie fantaisie sur « la musique chez les juifs, » et une petite notice sur la communauté Israélite de Paris.
Ses écrits religieux ne sont pas plus nombreux. Outre le catéchisme dont nous avons parlé plus haut, nous ne connaissons de lui que deux lettres qu'il publia au fort des luttes qu'avaient suscitées, dans les années 1820 à 1840, les questions de réforme. On a peine à comprendre aujourd'hui l'ardeur de ces querelles, qui nous paraissent souvent puériles, mais les contemporains en ont gardé un souvenir très-vif. Elles avaient en France un caractère particulier. Le régime de la Restauration avait fait naître de graves luttes religieuses, et une longue campagne s'était ouverte contre le cléricalisme. Par un contresens difficile à expliquer, les juifs de France crurent devoir suivre ce mouvement et aller en guerre contre leurs rabbins et leur religion. Ils y furent amenés sans doute par l'agitation réformiste qui sévissait alors parmi les juifs d'Allemagne. Cette levée de boucliers était véritablement ridicule. Il n'y a jamais eu de
1. Jahrbuch fur îsraeliten, 5616 et 5618. Cp. Ujiivers israélite, XI, 344.
clergé plus tolérant, plus modeste, plus digne et plus humble à la fois que le clergé juif. Que lui Youlait-on? Il serait difficile de le dire. Le meneur de la bande des libéraux était 0. Terquem, connu sous le pseudonyme de Tsarpliaii{[Q français), mathématicien remarquable et longtemps attaché à la bibliothèque de l'Arsenal. Tous ceux qui ont connu 0. Terquem s'accordent à rendre hommage à son caractère et Albert Cohn, qui l'avait attaqué fort rudement, reconnut plus tard que c'était un « excellent homme. » Ses intentions pouvaient être bonnes, mais dès qu'il se mettait à écrire, une sorte de démon le possédait. Il lâchait la bride à sa plume, et elle trottait — car elle avait l'haleine un peu courte — avec une sorte de plaisir malicieux et malfaisant, frappant à droite et à gauche, à tort et à travers. Le brave homme alors devenait dangereux. Il mit le feu aux poudres en lançant dans la publicité ses Lettres tsarphatiques ou Lettres d'un israélite français à ses C07^eligionnaires. C'étaient de petits pamplets vifs et pleins de traits acérés. Ils s'attaquaient à tout, aux personnes, aux institutions, aux traditions religieuses, à ce que les Israélites étaient habitués à aimer et à respecter. L'émo-
tion produite par ces lettres fut grande, elles donnèrent naissance à toute une littérature. Le parti conservateur repoussa les attaques dont il était l'objet. Des Israélites parisiens et messins, Jacob Lazare aîné. Caïman, Godechaux Baruch Weil, Créhange, S. Cahen et même l'apostat Drach (sous le pseudonyme de Veil) rendirent coup pour coup à l'assaillant ; Mayer Dalmbert, au contraire, se rangea de son côté 1.
1. Nous croyons rendre service aux bibliographes en donnant les titres de ces différents écrits :
1" Lettre d'un israélite français à ses coreligionnaires sur l'urgente nécessité de célébrer l'office en français le jour de dimanche... Paris, 1" janvier 1821. — 2. Projet de règlement concernant la circoncision, suivi d'observations sur une lettre pastorale du grand-rabbin de Metz. . . par M. Tsarphati, Paris, s. d. — 3° Lettre d'un israélite, etc. Paiis, s. d. — 4' Lettre etc. sur les changements importants qu'a subis l'Almanach israélite de 5584... Paris, 6 septembre 1823. — 5° Lettre etc. sur l'article 21 concernant les fonctions rabbiniques du règlement de 1806... Paris, 1" mars 1824. — 6° Lettre etc. sur l'établissement d'une école de théologie à Paris.. . Paris, 1" septembre 1824.-7° Lettre etc. sur un ouvrage intitulé : Calcul des mois et des bénédictions pour l'année. . 5586. . . Paris, septembre 1825. — S' Lettre etc. sur la religion des riches auXIX'^ siècle. . Paris, septembre 18.36, — 9° Lettre [et dernière) sur la tolérance de l'-Église et la tolérance de la Synagogue. .. Paris, septembre 1837.— Ces lettres furent suivies d'une série d'articles publiés par Tsarphati et par d'autres Israélites (Gerson LéTy?) sous le couvert du même pseudonyme dans le Courrier de la Moselle, de Metz, de 1838 à 1840, et sur lesquelles on peut consulter VAllgemeine Zeitung d. J . de 1839, Litteratur Beiblatt, n° 1, puis p. 261, 374, 418, 545, 606, 621, 670; et les Israelit. Annalen de 1839, p. 369 et 397 ; 1840, p. 47, 54, 66
Albert Cohn, qui venait d'arriver en France, et qui était pénétré des sentiments religieux les plus profonds, se jeta innocemment dans la mêlée i. Ces luttes religieuses l'intéressèrent,
98. 157, 235, 311; 1841, p. 147, 292 etSlS. Une de ces lettres était accompagnée d'une gravure représentant un juif « harnaché s des Tefillin, ce qui excita au plus haut point l'indignation des israélites. — Réponse à un écrit intitulé : Première lettre d'un Israélite français etc., par Jacob Lazare aîné. Paris, 1821. — Héflexions d'un jeune israéUte français sur les deux brochures de M. Tsarphati. par Godechaux Baruch-Weill. Paris, 1821. — Sur les deux premières lettres tsarphatiques et sur la brochure publiée sous le nom de Gaudechaux BarucTi-Weill. Paris, s. d. — Au pseudonyme TscCrphati malgré lui , israéUte français malgré tout le monde. Paris, 1834. Signé : Caïman de Metz. — Sur les lettres tsarphatiques. par S. Cahen. Paris, 1837, — Coup d'œil sur les dernières lettres tsarphatiques, par S. Cahen. Paris, 1839. Nous n'avons pas pu trouver les titres des autres publications dont nous avons parlé. La polémique continua encore dans les Archives israélites, 1840, p. 39 et suiv. Voir aussi la Régénération, I, 127, 188, 247, 296, 313, 330 (Munk). — Nous devons à l'obligeance de M. Isaïe Bloch, président du Comité de l'Alliance israéUte à Metz, de pouvoir donner ici la liste des Lettres tsarphatiques publiées sous le titre de Correspondance israéUte dans le Courrier de la Moselle, 1838 : 10° lettre, numéro du 7 juillet ou du 9 octobre; IP, numéro du 22 décembre. — 1839 : 12Mettre, numéro du 7 mars (?) ; 13", 20 avril; U% 7 mai; 15% 1" juin (c'est la lettre contre Israël Hezir) ; 16% 23 juillet; 17% 17 août; 18% 17 septembre ; c'est la lettre qui contient la gravure dont nous avons parlé. Elle est adressée à M. Créraieux et signée A, T., dont un plaisant fit athée; 19% 30 novembre. — 1840: SOMettre, 23 janvier; 21% 22 février; 22% 4 avril; 23% 30 avril; 24% 14 juillet; 25% probablement pas publiée dans le Courrier, — 1841 ; 26°, 25 mars; 27° (et dernière?), 16 septembre.
1. Réflexions d'un israélite allemand sur la 8^ lettre d'un israélite français à ses coreligio?i?iaires, par Albert Cohn. Régénération, I (1836), p. 346.
il y plaça son mot. Inutile de dire qu'il le fit avec une convenance et une modération parfaites, et une dignité qui contrastait avec les singeries de Terquem. Il défendit contre celuici la tradition, les anciens usages, les principes religieux les plus essentiels du judaïsme. Plus tard, Albert Cohn intervint avec plus de vivaciié. Dans la 15* Lettre tsarphatique, insérée dans le Courrier de la Moselle, Terquem, en faisant l'éloge de son compatriote Ensheim, savant israélite et mathématicien distingué, s'égaya grossièrement aux dépens d'un pauvre maître d'école de Metz, R. Israël, surnommé Hezir, ce qui, d'après lui, était une allusion à la tenue négligée de ce savant. Moïse Biding, de Metz^ répondit à ces injures par un livre où il vengeait la mémoire du pieux rabbin i. Dans un article sur ce livre, Salomon Munk s'associa aux légitimes sentiments d'indignation exprimés par Biding ~. Il va sans dire que Terquem y répliqua avec son intempérance habituelle ^. Albert Cohn, voyant son ami Munk malmené, courut à son secours. Terquem, dont
1. La vengeance d'Israël..^ par Moïse-Israël Biding; traduit de l'iiébreu par L."*** (Wogue). Metz, 1840.