SONNET
S’il était moins chrétien, ce serait Mirabeau,
Ce patriote ardent met la foule en délire.
L'auditoire, venu parfois pour le maudire,
Se courbe sous sa voix et dit : ‘ Vive Thibaut ! ?””
Ses petits ennemis qu’il tue en faisant rire,
Répètent que ses pieds sont plus longs qu’il ne faut. Mais le public choisi, qui regarde plus haut,
No voit que son grand vol qu’il aime et qu’il admire.
Au lion du forum des ennemis sans nombre !
Eh ! bravo ! n'est-ce pas à la grandeur de l’ombre Qu’on mesure le mieux la hauteur d'unetour ?
Lo glaneur sérieux ferait uu beau volurae Des éclairs de sa bouche et des fleurs de sa plume : Ce livre, le pays voudrait lo voir un jour !
L'abbé GixGras.
4 juiliet 1884.
C'était, si je ne me trompe, en 1875 ;:
Montréal subissait alors une crise commerciale des plus aiguës. Les fabriques diverses venaient de fermer et les ouvriers, sans. travail, demandaient compte de leurs souffrances aux députés du peuple. Des réunions se faisaient à tous les coins de rue ; on discutait partout, on discoeurait partout et on essayait partout d’exploiter au profit du parti conservateur cette stagnation des affaires.
Quoique simple amateur dans la question, (je ne fis jamais de politique), je m'’avanturai, -un jour, au milieu d’une de ces bruyantes assemblées. Elle se tenait en arrière de l’église Saint-Pierre, au carefour formé par les rues Dorchester et Panet.
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Combien d'orateurs se succédèrent au balcon qui servait de tribune ?
ui furent-ils et surtout que direntils ? Je ne saurais me le rappeler.
Toutefois, il est un de ces orateurs que je n'ai jamais oublié. “ Vous avez porté la soutane, lui crièrent ses adversaires politiques, vous nous faites un sermon.”— ‘“ Eh ! oui, j'ai porté la soutane, répartit-il, voire même j'ai reçu le pouvoir de chasser le diable et je le chasserai de chez vous. ”
C'était M. Charles Thibault, un vrai tribun populaire, que tout le monde connaît, que quelques-uns n'aiment guère “®t pour cause, mais que je me suis toujours fait un devoir de respecter et un plaisir d'admirer, .
comme un patriote ardent et un catholique sincère.
Maintenant que le nom de M.
Thibault est acquis à l’histoire canadienne, il convient de faire connaître le caractère et les talents de cet ami des bonnes çauses : esquissons à grands traits sa carrière et son portrait intellectuel.
Charles Thibault naquit le 16 septembre 1840, dans cette partie de
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Saint-Athanase d’'Iberville qui forme aujourd'hui la paroisse de Saint- Alexandre. Son père, d’une des plus anciennes et des plus respectables familles de notre pays, était un homme au jugement droit, à la mémoire heureuse, au cœur chatid et patriotique, tel en un mot qu'était l'habitant chez nous, avant nos luttes regrettables, Comme maire de la paroisse, comme président de la cour des commissaires, comme délégué à la grande convention de Montréal pour l'abolition des droits seigneuriaux, ii sut faire sa marque et ouvrir à ses enfants une carrière honorable dans laquelle nous verrons Charles marcher droit et ferme.
Après quelque temps passé au comptoir, Charles Thibault alla rejoindre, au petit séminaire de Ste- Marie de Monnoir, son jeune frère, le Dr G. Thibault, homme d'un rare mérite, que la mort vient d’enlever si soudainement, à Saint-Albans, Vt.
à l'age de 40 ans. Sous la direction de feu messire Edouard Crevier, V.
G.., les deux frères firent de brillantes études et obtinrent des succès remarquables.
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La vie ecclésiastique sourit à notre futur orateur politique : il se livra à l'étude de la théologie et à l’enseignement, mais bientôt sa santé l’oblimea à quitter une vocation qu'il aimait et dans laquelle il eût, sans aucun doute, réussi, pour se livrer à une carrière beaucoup plus agitée.
Qui pourrait le suivre dans ses voyages ? En parcourant les jour naux, nous le voyons partout à la fois où le patriotisme le réclame :
à Boston, à Berlington, à Troy, à Nashua, à New-York, à Worcester, au milieu des Acadiens, dans les groupes canadiens disséminés dans les plaines du Kansas et sur les bords de la Rivièr:-Rouge ! On dirait un de ces chevaliers errants du Moyen- Age qui écrivaient fièrement sur leurs écussons : Omme solum forti patria est, et qui bataillaient pour toutes les nobles causes. Son idéal à lui fut toujours sa patrie, son cher Canada ; et pour elle, en présence de ses compatriotes émigrés et en face des Américains qui les entourent, il se battit toujours et en toutes circonstances, avec bravoure, loyauté, énergie et désintéressement.
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Cependant, M. Thibault ne négli-
geait point ses propres affaires. Admis au Barreau en février 1865 et protégé par M. Alexis Dubord, l’un de nos riches et généreux citoyens de Montréa}, il sut bientôt se créer uñe clientèle des plus honorables et des plus lucratives ; il a remporté de très brillants succès dans différentes catüses criminelles importantes. Mais la politique l’appelait : Quinze ans durant, il fut l’un des grands champions de la cause conservatrice et il prit une part active dans plus de 200 élections. Presque toujours victorieux dans les luttes entreprises pour autrui, il ne fut jamais heureux pour lui-même. Ses adversaires savent bien à quel prix ils purent triompher de lui et plus d’une fois ils eurent à payer cher leurs victoires. La ville de Montréal l’acclama comme échevin en 1877 et eut à le remercier pour nombre de réformes importantes.
De Maisonneuve, le fondateur de Montréal n'avait rien pour le rappeler à la mémoire des Canadiens.
M. Thibault fit, par son éloquence entraînante et son indomptable énergie, changer le nom de la rue
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