AUX OUVRIERS DE QUEBEC
" Concitoyens !
" Réveillons-nous ! Le moment est arrivé où il
" noue faut tracer les limites du sol que nous devons li occuper. La propriété foncière chez les canaiiens- (( français doit s'étendre jusqu'au dernier de nos descen- " dants.
" Il evt donc grandement temps pour nous, héritiers " du sol de nos ancêtres, de pousser bien loin la ligne de " démarcation qui doit séparer la grande famille Cana- " dienne-Française d'avec l'immigration étrangère, qui li bientôt viendra frapper à nos portes, pour nous disa puter le sol pouce par pouce.
" Emparons-nous donc sans délai de ces vastes terres " qui entourent, de toute part, notre belle et florissante u vallée du Saint-Laurent, pour ne former avec elle, " qu'une immence colonie française, où des milliers de "jeunes gens pourront y trouver l'air, l'espice et le i: bonheur !
M II faut ici que la voix puissante des ouvriers de " Québec pénètre jusqu'aux extrémités du pays, pour que " son exemple soit un salutaire enseignement à tous les
u Comtés, à toutes les Paroisses du Bas-Canada, afin de " les engager à suivre plus efficacement cette marche, 11 qui est la seule propre à assurer la stabilité de nos ins- 11 titutions, de notre langue et de nos lois."
Comme on devait s'y attendre, l'Association proposée fut fondée, et pins de 300 personnes, chefs de famille pour la plupart, s'inscrivirent, comme membres, sur la liste des associés.
M. George Batchelor, de New York, ci-devant typographe de Québec, M. Adolphe Tourangeau, aujourd'hui Maître de Poste, à Québec, M. le Juge Marc-Aurèle Plamondon, alors rédacteur du National, et Mr. Stanislas Drapeau, le promoteur de la nouvelle Société, adressèrent l'auditoire, en faisant valoir toutes les raisons qui devaient militer en faveur d'une telle fondation, et terminèrent par un appel patriotique à rendre efficace le plan de colonisation, tel que soumis.
1858. — -Deux ans plus tard, nous voyons notre infatigable apôtre de la colonisation lancer, dans toute la Province de Québec, une brochure de 32 pages, double colonne, intitulée : La Colonisation du Bas- Canada envisagée au point de vue national. C'était un appel fait aux Municipalités du Bas-Canada, et l'auteur avait joint à cet envoi gratuit de sa brochure, une lettre portant la date du 25 janvier 1858, ainsi conçue :
A MM. les Préfets, Maires et Conseillers Municipaux du Bas-Canada.
Messieurs,
11 Permettez-moi d'attirer votre attention sur les " quelques pages ci-jointes, concernant les intérêts de la u Colonisation, et surtout sur le Plan de Colonisation par 11 VEiat, que je propose pour l«i prompte occupation des u terres incultes de la Couronne.
" Me reposant entièrement sur votre patriotisme, j'esu père que ma démarche, dictée par le plus pur désir <« d'être utile à mon pays, comme à la cause du peuple " colonisateur, trouvera, en chacun de vous, un apôtre *l dévoué à cette belle œuvre, et que vous vous efforcerez " de faire connaître publiquement l'opinion de votre 4( Municipalité sur ce sujet, d'ici à l'ouverture des u Chambres.
" Le moment est arrivé où il nous faut reculer le plus '• possible les limites du sol que nous «levons habiter,
" afin de transmettre à nos descendants la propriété » intacte de ce sol conquis à la civilisation par nos u ancêtres
« 11 est donc grand temps pour nous, héritiers du patri- " moine de nos pères, de nous mettre à l'œuvre en pres- 11 sant le Gouvernement de faire coloniser, sans délai, ■" ces vastes terres qui bordent, de toutes parts, notre " belle et florissante vallée du Saint-Laurent, pour que " le surplus de nos populations des villes et des campa- " gnes, de toute origine, ainsi que ceux qui vivent à <l l'étranger, puissent venir s'établir d'une manière pro- 11 fitable et permanente, et concourir à la prospérité corn- (* mune du pays.
" Puisque c'est la campagne qui fait la nation, il faut " donc que la voix puissante des Municipalités se fasse " entendre et pénètre jusqu'au sein même de notre « Législature. Il faut que les membres de l'Assemblée 11 Législative, sachant la volonté des Comtés, s'efforcent u de faire triompher toute mesure qui tendra à doter le 11 pays d'un si bel avenir.
" Le Clergé Canadien, auquel est dû en très grande li partie les résultats actuels de la colonisation du pays, u ne manquera pas, j'en ai la ferme conviction, de raviver " davantage l'esprit public en faveur de cette belle u œuvre, en s'associant aux Municipalités pour cet objet.
M C'est donc par l'union et le concours de tous que 11 nous parviendrons à assurer au Canada sa véritable 11 valeur, qui est la seule propre à affirmer la stabilité de 11 nos institutions, de notre langue et de nos lois."
Cette chaleureuse Adresse fut reçue avec une bienveillance toute particulière, et on vit un grand nombre de Comtés, de Paroisses et de Villages ruraux s'occuper, dans des assemblées publiques convoquées à cet effet, du Plan de Colonisation de Mr. Drapeau, et adopter des résolutions destinées à faire prospérer l'œuvre du défrichement dans toutes les parties du Bas-Canada. Les Requêtes furent si nombreuses, que le gouvernement, qui gardait un silence absolu depuis une dizaine d'années, sur cette importante question, se vit obligé d'insérer un paragraphe dans le discours du Trône de 1858, concernant la Colonisation.
Mr. Drapeau ayant laissé le Journal de Québec r en 1856, comme nous l'avons dit précédemment, prenait l'administration du nouveau journal, le Courrier du Canada, qu'une société d'hommes politiques venait de fonder pour le triomphe
des idées conservatrices. Ses premiers rédacteurs furent MM. le Dr. J. C. Taché et L. H. Langevin, aujourd'hui Ministre des Travaux Publics du Canada. Cette nouvelle feuille politique parut, pour la première fois, le 2 février