I. HISTOIRE
La Patrie fut (ondi'e, en 1811, comme orçranc de la ^auclie. Le premier rédacteur en chef de ce
journal fut M. Pages (de l'Ariége), qui avait rédigé le Courrier français sous la reslauration, et le Temps, à l'époque où M. Jacques Coste en était le directeur. La Patrie vécut un an à peu prés comme journal du matin et de l'opposition constitutionnelle. Elle allait disparaître de la scène politique lorsqu'un banquier, M. Delamarre, l'acheta et en fit un journal du soir.
La Patrie passant dans les mains de M. Delamarre, les anciens rédacteurs, MM. Pages, déjà nommé, Huard (de l'île Bourbon), ancien journaliste de la restauration, Ferdinand Langlé, vaudevilliste, qui avait abandonné les grelots de la folie (vieux style) pour se livrer au culte de la tartine politique, se retirèrent. M. Auguste Lireux, l'un des fondateurs, alla au Courrier français.
Sous la monarchie de Juillet, la Patrie, journal du soir, faisait une petite opposition. Le lendemain de Février elle était républicaine et elle criait confiance pour le moins aussi haut que la Presse. Elle devint ensuite réactionnaire. Pour le quart d'heure elle est élyséenne.
IL BIOGRAPHIE
DELAMARRE, directeur, ancien garde du II corps, ancien chef de la maison de banque Martin ! Didier, Delamarre et compagnie, aujourd'hui journaliste comme le premier venu. M. Delamarre a j
mangé une grande partie de sa fortune pour l'entretiep de la Patrie. Il a, pour cette feuille crépusculaire, tous les égards et tous les petits soins d'un amant pour sa maitresse. Il lui a lait bâtir une maison spéciale, en un mot, il l'a mise dans ses meubles. Cela lui coule cher, mais il a un journal à lui, des rédacteurs à lui, une politique à lui. C'est sa passion, passion malheureuse peutôtre, mais cela ne nous regarde pas. M. Delamarre chiffre des premiers Paris de quatre colonnes comme s'il n'avait fait que cela toute sa vie. On dit... mais que ne dit-on pas? que c'est M. Linguet qui corrige ses épreuves. Pourquoi pas? M. Linguet a bien corrigé les épreuves de M. Caussidière. M. Delamarre a une cinquantaine d'années; c'est un homme de six pieds, qui s'est présenté dernièrement aux élections dans je ne sais plus quel département, et qui n'a pas été élu malgré sa taille de grenadier. M. Delamarre était aussi vice-président de feu l'union électorale.
AMÉDÉEGAYET DE CKSENA, marquis du chef de son oncle maternel le marquis Camille de Césena, qui a transmis son titre à son neveu avec l'obligation de porter son nom, rédacteur en chef, a remplacé MM. Forcade et Solar, qui voulaient bien faire de la politique conservatrice, mais non de la politique élyséenne.
M. Auiédée Gayet de CéseDa travailla d'abord
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dans une maison de banque où il s'occupait plus de rimes que de chiffres. II abandonna les comptes de fin de mois et voyagea. Revenu a Paris en 1840, il lut au Théâtre-Français une tragédie en cinq actes et en vers intitulée Agnès de Méranie. La pièce fut refusée par le comité, mais elle fut imprimée en 1842 et elle pourrait bien avoir servi à M. Ponsard pour la composition de son Agnès, car on a signalé des analogies frappantes entre certaines scènes de l'une el de l'autre tragédie. Découragé par le refus des sociétaires de la Comédie, M. de Césena se tourna vers la muse politique. Il écrivit dans la Revue Biographique les biographies de MM. Mole, Salvandy, deBarante, Taylor, de Cay- ]us et deNoailles. En 1844, il alla prendre la direction du Journal de Maine-et-Loire, direction qu'il conserva jusqu'en 1848.
De retour à Paris, il débuta au journal le Représentant du Peuple, rédigé par Proudhon, et soutint la banque d'échange. Après les journées de juin, il fut soudainement illuminé, et partit, non pour Damas, mais pour Amiens, où il concourut à la rédaction du Courrier de la Somme.
En février 1850, nous retrouvons M. de Césena à Orléans, où il venait de fonder une feuille hebdomadaire intitulée le Pouvoir, et rédigée dans un sens élyséen ,• mais il abandonna bientôt le Pouvoir d'Orléans pour le Dix-Décembre, qui devait être plus tard le Pouvoir de Paris. Du Dix-Décem-
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bni il passa an Moniteur <lu Soir-, enfin, après une Blation il'1 quelques mois dans cette lanterne ministérielle, M. de Césena pril en main lea
de la Patrie... de M. Delamarre. II. de Oésena
est élyséen, et partisan déclaré de la prorogation.
DB MOLENAHI. V,x\ jeune liomme fort instruit, et qui a surtout étudié l'économie politique. Il a débuté comme journaliste au Courrier français et a écrit à la Revue nouvelle; de là, il est passé au Commerce où il a publié quelques remarquables articles économiques. Il est l'auteur d'un livre intitulé les Soirées de la rue Saint-Lazare, qui a produit une certaine sensation dans le monde des économistes. On l'appelle le romantique du libre échange. Ses passions réactionnaires l'entraînent parfois beaucoup trop loin, et il a eu dernièrement le tort de contresigner, dans la Patrie, les misérables calomnies du pamphlet Tirel.
JOSEPH GARNIER , professeur d'économie politique quelque part, ancien rédacteur du Commerce et secrétaire de tous les congrès de la paix qui se sont tenus et se tiendront dans les deux mondes. J'ai eu l'avantage de voir M. Joseph Garnier au congrès de la paix de Francfort; il avait un habit noir, une cravate blanche et une parole, lacile. En somme, il représentait assez bien h>
patrie absente. M. Joseph Garaier a publié un grand nombre de brochures sur l'économie politique. Il s'est présenté aux élections, mais il n'a pas été aussi heureux que son collègue du libre échange M. Wolowski.
MAYER. C'est un compositeur d'imprimerie qui se livre aussi à la rédaction. On dit que comme M. de Césena, M. Mayer a figuré au grand quadrille des théories socialistes. Il partageait, à ce qu'il paraît, en des jours plus exaltés, les idées audacieuses de M. Barnabe Chauvelot qui depuis... mais alors il était enragé. M. Mayer lait surtout dans la Patrie la revue des journaux. On l'accuse aussi de s'adonner à la culture du canard ; ceci n'est qu'un détail.
MICHEL KREMPFT, Danois de naissance et Allemand de style. Journaliste depuis avant-hier, élyséen enthousiaste qui a fait partie de la société philanthropique du Dix-Décembre. Le nom de M. Krempft sonne si singulièrement à des oreilles françaises que tout d'abord on avait pensé que ce n'était qu'un pseudonyme imprononçable. Le Charivari avait même été jusqu'à affirmer que ce nom tudesque cachait la personnalité du célèbre major Casmajou. Vérification faite, il s'est trouvé que M. Krempft existe bien réellement ; c'est un grand jeune homme blond d'une tournure asscg élégante.
■IPPOLYn iiABor. rédacteur de la critique
littéraire, a travaillé au Corsaire, au Charivari, à la Bévue de Paris, au Courrier français et à la Revue nouvelle.
M. Babou vint à Paris malgré son père, qui, pour être bien sûr que monsieur si m fils ne se livrerait pas à la littérature, eut soin de le déposer dans une maison de commerce sur la place des Victoires, où le jeune homme eut le loisir de contempler pendant deux heures la statue équestre du grand roi. Au bout de ces deux heures, lorsqu'il entendit rouler la diligence qui emportait vers le midi de la France l'auteur de ses jours, M. Babou quitta son bureau , vint déclarer au maître de la maison qu'il ne se sentait pas fait pour marcher sur ses traces commerciales, et lui donna son congé. Celui-ci, en honnête homme, se bâta d'écrire au père du jeune transfuge d'envoyer immédiatement sa malédiction à son fils. M. Babou père n'envoya pas sa malédiction, mais il n'envoya pas d'argent non plus. Cependant, quelque temps après, ayant vu son fils imprimé tout vif dans la Revue de Paris, il consentit à se réconcilier et pardonna tout.
M. Hippolyte Babou a écrit sous le pseudonyme de Camille Lorrain trois nouvelles qui fuient très remarquées : la Vierge Reine, la Glorietle et Frédéric yistruc. C'était le plus jeune des écrivains de la Revue de Paris, où il faisait surtout d'excellentes critiques littéraires.
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Quand cette revue disparut, il alla à la Revue nouvelle fondée par un jeune écrivain de talent, M. Eugène Forcade, et au Courrier français où il prit le feuilleton dramatique. M. Babou a publié, à la Revue nouvelle, des éludes historiques, parmi lesquelles je citerai Guy-Patin, les Femmes vertueuses du dix-septième siècle, et l'Histoire amoureuse et littéraire de madame de Staal (Delaunay).
A la révolution de Février, il dut partir comme soldat; il faisait partie de la réserve, et son père, qui ne lui avait pas tout à fait pardonné, à ce qu'il paraît, ne se souciait pas de lui acheter un remplaçant, d'autant plus qu'à cette époque le remplaçant coûtait gros.
Il resta trois mois à son régiment, et il allait partir pour l'Afrique lorsqu'une fièvre intermittente le renvoya chez ses parents qui le firent enfin remplacer.
M. Babou a toujours soutenu, dans ses écrits, la dignité littéraire contre l'industrialisme; on lui reproche de mêler trop de poésie à sa prose; c'est un assez beau défaut dont il se corrigera toujours trop tôt. En résumé, c'est un très remarquable polémiste littéraire. M. Hippolyte Babou a vingt-six ans; il est né dans les environs deNarbonne.
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