II. BIOGRAPHIE
ADOIJMI1 (.KAMI II l)K CAS8AGHAC, quarante-cinq ans. Né dans le (iris, m. Granier de Caasagnac a tait ses ri m les au oollégeda Toulouse. Au sortir du collège, il se lia d'amitié avec deux jeunes gens, Louis de Maynard et IUirat de Curgy. Le premier a été tué dans un duel à la Martinique; le second esl mort d'uni' maladie de poitrine. Tous trois romantiques échevelés, ils coarpentèrent un drame qu'ils tirent représenter à Toulouse pour faire voir à Paris que la province avait aussi ses Titans littéraires. Ce drame tomba
sous les sifflets. M. Granier de Cassagnac, qui avait peut-être fait quelque rêve décentralisationesque au profit de Toulouse, lança ranathème contre ses habitants et vint tenter la fortune à Paris.
On était en 1832. M. Granier de Cassagnac n'avait que la cape et la plume; mais, il faut bien le dire, sa plume valait quelque chose. Il se présenta chez M. Victor Hugo, déposa son enthoutiasme à ses pieds et lui déclara qu'il allait se mettre en campagne et pourfendre les géants ennemis du grand homme ainsi que les vieux enchanteurs de l'école classique. Ravi de la bonne volonté du paladin gascon, M. Hugo ouvrit à M. Granier la porte des Débats. Celui-ci commença par saisir M. Alexandre Dumas, par le secouer, le serrer, et finalement par lui passer sa critique au travers du corps. Le grand crime de Dumas c'était d'être le rival de Hugo. Cependant la blessure de Dumas fit du bruit, et M. Bertin aîné, qui n'aimait pas ces sortes d'estocades littéraires, pria poliment M. Granier de Cassagnac d'aller dégainer plus loin. M. Granier s'en alla à la Revue de Paris, où il continua à défier à pied et à cheval, en prose et en vers, ceux qui prétendaient que M. Hugo n'était pas le plus grand génie de tous les temps. Cependant une revue hebdomadaire ne pouvait suffire à l'activité batailleuse de M. Granier, qui frappait vainement à toutes les
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portos pour trouver un journal quotidien où il pût rimer tout son soûl. Sur ces entrefaites, M. de Girardin fonda la Presse, et M. Hugo lui dit, comme il avait précédemment dit à M. Berlin : Prenez Granier.
Jusque-là, M. Granier de Cassagnac était bien parvenu, à force de ferrailler avec le premier venu, à se faire connaître pour un spadassin littéraire d'un certain mérite, mais il voulait arriver tout d'un coup à la célébrité, et il ne savait trop quel nouveau coup de pistolet il allait tirer dans la rue pour faire mettre les gens à la fenêtre. Un jour, il rencontra Henri Heine qui lui dit : « Vous voilà bien embarrassé; dans un pays où la liberté de la presse existe tout liomme de quelque valeur peut se rendre formidablement célèbre en quinze jours. Il ne s'agit que de savoir s'y prendre. Trouvez-moi une proposition bien absurde, bien impossible, qui fasse jeter les hauts cris au public, et soutenez-la carrément. Prouvez, par exemple, qu'il fait nuit à midi et qu'à minuit il fait jour. Emmaillotez votre thèse de termes techniques, entassez les paradoxes sur les paradoxes, jetez toutes les épices de votre esprit dans ce macaroni intellectuel, servez chaud, et le tour est fait. «
M. Granier de Cassagnac médita l'avis de Henri Heine, rentra chez lui, et écrivit coup sur coup une dizaine d'articles contre racine, qu'il n'appelait plus que Jean, pour montrer à ce faiseur de
tragédies le mépris qu'il professait pour son talent et sa personne. Quelques braves gens prirent la chose au sérieux, traitèrent M. Granier d'ieonoclasle, de barbare, de Welche, et, à chaque injure de ce genre qui lui était adressée, celui-ci s'empressait d'ôter son chapeau en disant : « Bien des remerciements, monsieur; n'oubliez pas, s'il vous plait, que je m'appelle Granier de Cassagnac. »
Voilà donc M. Granier célèbre ; il profile de cet avantage pour attaquer les hommes et les choses de l'opposition dans la Presse et pour défendre la sainteté de l'esclavage dans la Revue du dix-neuvicme siècle. Quand iM. Thiers arrive au pouvoir au 1er mars, il croit qu'en enlevant M. Granier à la Presse, il éteindra le teu des batteries du journal, et il enlève, en effet, M. Granier qui se laisse faire. Quelque temps après, M. Granier part, en compagnie de M. Capo de Feuillide, pour les Antilles, à cette fin de se faire nommer délégué des colonies. Il éprouve quelques désagréments à Haïti, les noirs furieux ne parlent de rien moins que de le mettre en pièces, et il ne doit son salut qu'à l'énergie du consul général, M. Levasseur, et à une prompte fuite. Cependant, M. Granier est ai rivé au but de son ambition, il est nommé délégué des colonies ; mais en mettant le pied sur le sol de France, il apprend que le conseil colonial a invalidé son élection.
On était au commencement du long ministère
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du 89 octobre. M. Granier entre au Globe etcommeoce cette polémique, qui n'avait fleuri jusque-là quij dans le parterre de laCourtille. à propos d'un . articles, M. Gracier b avec M. Lacrusse un duel, dans lequel il n'y a que l'honneur de satisfait. Quand il sent que son journal va rendre l'âme, le polémiste du Globe l'onde Ytipuque, et continue l'ouvre si bien commencée,
A la révolution, M. Granier t'en va à la campaijiir : c'est lui-même qui a pris soin de nous instruire de ce lait important dans un article du Pouvoir : «Toutes les l'ois, dil-il, qu'une révolution relatera, je n'hésiterai jamais*., à partir pour la campagne.» A la bonne heure, j'aime cette franchise; que M. Granier me permette de lui dire cependant que si le parti conservateur a été si bien vaincu en Février, c'est qu'il n'a pas hésité, lui non plus, à partir pour la campagne.
Après être resté deux ans à la campagne, M. Granier revient à Paris pour prendre la rédaction en chef du Pouvoir, et pour écrire dans le Constitutionnel.
M. Granier de Gassagnac est auteur de quelques ouvrages dont quelques-uns sont remarquablement écrits; de ce nombre : son Histoire des élusses nobles et des classes anoblies et un très joli roman intitulé la Reine des Prairies. M. Granier vient de publier dernièrement une Histoire de la Révolutùn française, mais il nous est impossible de porter un
jugement sur ce livre, nous ne l'avons pas lu.
AUGUSTE VITU, trente ans. Un des soldats les plus agressifs et les plus spirituels de la petite presse. Le Corsaire est le premier journal dans lequel ait écrit M. Vitu, qui fut l'un des rédacteurs les plus remarqués du Portefeuille , revue diplomatique ; le Portefeuille a été emporté par la révolution. Quelque temps après Février, M. Vitu alla rédiger un journal en province. De retour à Paris, il prit la rédaction en chef du journal hebdomadaire la Silhouette qu'il abandonna pour entrer comme rédacteur au journal le Pouvoir. M. Vitu a de l'esprit, une grande habitude de la polémique et un remarquable talent de style.
LOUIS L'HERMIMER, trente - cinq ans, créole de la Guadeloupe. M. Louis L'Herminier beaucoup moins connu que son homonyme, l'ancien professeur au collège de France, passe pour l'un des causeurs les plus spirituels et les plus amusants de la presse. Il a d'abord rédigé des journaux en province, à Aurillac, à Bourges, à Bar-le-Duc et à Arras. Sous le ministère du 12 mai, il fut chargé d'une mission en Espagne. S'il faut ajouter foi aux récits des coulisses diplomatiques, l'histoire de cette mission est tout un poëme. Au lieu de se rendre directement à Madrid, où il est envoyé, M, L'Herminier va droit au camp
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d'Bspartero en Navarre et y reste six mois, ne songeant pas plus à sa inission qu'aux neiges d'Anton. Enfin, la guerre terminée, il va à Madrid, et comme la question pour laquelle il était parti S'était résolue d'elle-même, il acquit aux affaires étrangères la réputation d'un diplomate babile. Revenu à Paris, il fonda et rédigea en chef le PortefèuttU diplomatique dont nous avons enregistré la fin tragique. On cite de M. L'Herminier un grand nombre de reparties heureuses. A l'époque où le cabinet des Tuileries n'était pas liés bien avec le cabinet de Londres, après la conclusion des mariages espagnols , M. Guizot voulait que ses amis et les personnes qui l'approchaient B'abstinseent de paraître dans les salons de l'ambassadeur britannique. M. L'Herminier n'avait tenu aucun compte de la recommandation et était allé danser à l'ambassade ennemie. If. Guizot lui dit à ce sujet : Il m'est revenu, monsieur, que vous aviez été vu chez lord Normanby. — C'est vrai, monsieur le ministre, répondit M. L'Herminier... c'est mon voyage à Gand.
HALLIXBOURG, directeur. Avant de mettre le pied dans le journalisme. If. Hallinbourg était homme d'affaires ; on assure qu'en devenant journalisle, il a un pied ici et l'autre là.
THÉODORE DE BANVILLE, talent vraiment
orignal. M. Théodore de Banville, qui est 1res jeune, débuta il y a quelque années dans la littérature par un volume de poésies intitulé les Stalactites et qui obtint un véritable succès parmi les gens de lettres. M. Jules Janin parla des poésies du jeune débutant avec le plus grand éloge dans son feuilleton du Journal des Débats. Théophile Gautier fit comme Janin. A partir de ce jour la place de M. de Banville fut marquée. M. deBanville fait la critique dramatique dans le Pouvoir. Sa prose a réussi comme ses vers.
JOSEPH FIOUPOU , trente-quatre ans. M.
Fioupou, qui occupe un emploi au ministère des finances, a débuté tout dernièrement. Jusque-là il n'avait fait que de la littérature discrète. Hàlonsnous d'ajouter que M. Fioupou a complètement réussi et que ses courriers de Paris hebdomadaires sont écrits d'une manière vraiment distinguée.
Le Pouvoir, comme la Patrie et le Moniteur du soir, a l'avantage de compter au nombre de ses plus actifs collaborateurs monsieur Communiqué.