CABINET DU PREMIER MINISTRE
" Province de Québec.
"QuÉBpc, le 25 Octobre 1889.
Ui Eminence,
" Je demande respectueusement la permission de poser à votre Eminence les questions suivantes et de La prier d'y répondre officiellement : ,
" lo. Etait-il possible, dans l'opinion de Votre Eminence, de régler la question des biens des Jésuites sans laisser la distribution du montant accordé pour la compensation à la discrétioa exclusive et entière du Souverain Pontife ?
" 2o. Y a-t-il, dans quelque document, à votre connaissance^ quelque chose qui pourrait laisser croire que le Souverain Pontife aurait consenti à ce que le règlement eut lieu sans qu'il eut le contrôle absolu de cette distribution ?
" Veuillez accepter, Eminence, l'expression de mon plus profond respect et me croire,
" Votre tout dévoué,
"(Signé). Honoré Mercier
" A Son Eminence Cardinal Taschereau, Québec P. Q.,"
" Voici la réponse de Son Eminence :
" Archevêché de Québec, 28 octobre, 1889. " L'honorable H. Mercier,
" Premier Ministre de la Province de Québec.
" Monsieur,
" Dans votre lettre du 25 courant, vous me demandez de répondre officiellement aux deux questions suivantes :
" lo Etait-il possible, dans l'opinion de Votre Eminence, de régler la question des biens des Jésuites sans laisser la distribution du montant accordé pour la compensation, à la discrétion exclusive et entière du Souverain Pontife?"
" 2o Y a-t-il, dans quelque document, à votre connaissance,, quelque chose qui pourrait laisser croire que le Souverain Pontife aurait consenti à ce que le règlement eut lieu, sans qu'il eut. le contrôle absolu de cette distribution ?"
" A la première question je réponds :
" Non, à moins que le Pape y eut consenti.
" A la seconde question :
" Non ; à ma connaissance il n'y a aucun document ou quelquechose qui pourrait laisser croire que le Souverain Pontife aurait consenti à ce que le règlement eut lieu, sans qu'il eut le contrôle* absolu de cette distribution.
l'hon. m. mercier 583:
" Et quand même il y en aurait eu avant 1888, la lettre de Son Eminence le Cardinal Simeoni, 27 mars 1888, (Statuts de 1888, pages 62-63) est bien claire et formelle à ce sujet.
" Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'assurance démon dévouement
(Signé) " E. A. Card. Taschereau,
" Arch. de Québec.
Ce point est donc réglé à la confusion de nos ennemis, à la confusion de M. Chapleau.
Il prétend qu'il aurait réglé la question avec l'archevêque ;; c'est-à-dire que la distribution du montant accordé n'aurait pas été faite par le Pape.
L'archevêque, c'est Son Eminence le Cardinal Taschereau.
" Or, la lettre que je viens de lire dément formellement cette assertion, et affirme que cette question ne pouvait pas être réglée sans passer par le Pape, c'est-à-dire sans que le Pape fit la distribution du montant.
Pourquoi discuter davantage? Tout ce que j'ajouterais serait inutile ; ma thèse est prouvée et celle de M. Chapleau est condamnée.
Quant aux orangistes qui le supportent dans sa thèse, je n'ai rien à y voir. Les orangistes sont nos ennemis naturels, sont les ennemis des Canadiens-français, sont les ennemis des catholiques • et surtout sont les ennemis du Pape. Ils devaient me condamner au sujet de cette transaction, non-seulement quant à la forme, non-seulement quant au fait d'avoir mêlé le nom du Pape à la distribution de l'argent, mais aussi et surtout quant au mérite,, quant au fait du règlement lui-même.
En me condamnant, les orangistes sont logiques, ils restent d'accord avec leurs traditions, et j'aurais été peiné, j'allais dire insulté, s'ils ne m'eussent point honoré de leur condamnation à cet égard.