GRAVIER
de Gourtaillou au oomté de Neufchastel , receut cooronDe de martyre en la ville de Bourg en Bresse , distante de Lyon dix lieues ou une journée de chemin. Il estoil du pays du Maine, d'un lieu nommé Viré , et dès sa première jeunesse adonné aux estudes des bonnes lettres , par la conduite desquelles le Seigneur l'amena à sa connoissance , et le fit venir à Genève pour estre plus amplement informé et instruit en icelle. De Genève il se retira au comté de Neufchastel , et se dédia totalement au service de l'église du Seigneur. Il fut ordonné maistre d'eschoie premièrement à Boudri, et puis à Gourtaillou , auquel lieu il fut esleu ministre par ceux de la Classe de Neufchastel ; mais avant qu'accepter la charge, il déclara qu'il avoit un voyage à faire en son pays , pour quelques affaires domestiques. Or le Seigneur , qui ne laisse les siens où qu'ils soyent , sans consolation et aide , fit servir le voyage de ce sien serviteur pour appeler des ténèbres d'idolâtrie quelques pauvres personnages, et les amener es lieux où son sainct Nom est invoqué en sincérité de doctrine. Le retour d'icelui fut par la ville de Mascon, pour visiter les parens de sa femme , desquels il fut gracieusement accueilli avec toute sa compagnie.
» Au départir du logis du père de sa femme , il fut pris à l'issue du pont de la dite ville avec toute sa compagnie , non-seulement celle qu'il conduisoit , mais aussi ceux qui par devoir d'amitié les accompagnoyent pour les conduire , et furent tous amenez prisonniers à Baugé.
tt Lui se doutant de l'infirmité des femmes qu'il amenoit, les admonesta premièrement se "bien garder de renoncer aucunement la vérité, et nonobstant n'entrer trop avant en matière, pour ce qu'elles n'estoyent encore assez résolues ni édifiées en la religion. « Je suis bien asseuré (disoit-il) qu'il me faut mourir, car je ne suis délibéré de fleschir ou renoncer la vérité. J'espère aussi que ma mort vous sera en exemple et édification*; mais pour autant que vous n'estes encore assez instruites , et que vous pourriez pis faire et tomber en plus grand inconvénient , je vous conseille de remettre toute la faute de vostre voyage sur moi , comme sur celui qui vous a sollicitées de venir. »
tt Par son conseil donc et avis, il demeura tellement chargé, que quelque diligence que seussent faire les seigneurs de Berne, de sou-