‹ Biographie universelle ancienne et moderne (volume 3)Chapitre 92 sur 129 · C ALI · texte numérisé non relu

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et le général Andréossi , ambassadeur de France à Constaiilinople , acquit une influence dont il se servit bientôt contre Ali. Si l'on en croit le voyageur Thomas Smart Hughes, qui a donné une relation curieuse de son séjour à Janina , une corres|x>ndance régulière s'établit alors entre l'ambassadeur Andréossi , le duc de Bassano à Paris , le général Donzelot à Corfou , et le consul de France à Janina ; et cette correspondance n'eut pas d'autre objet que de susciter des embarras au pacha, de fomenter la rébellion dans son pachalik , et surtout de le représenter à la Porte comme un rebelle qu'elle devait soumettre. Ali eut connaissance de toutes ces menées , et il en conçut une profonde haine pour Napoléon ; mais les malheurs que ce dernier éprouva dans sa campagne de Russie en 1812 firent bientôt cesser tous les dangers et tous les ressentiments du |taclia. Il poursuivit paisiblement ses conquêtes; à l'exception de Parga qu'il ne cessait de convoiter, il fut maitrc absolu de l'Épire. Alors , affectant de déployer toute la grandeur d'un souverain , il lit ouvrir plusieurs routes , fonda quelques villages , bâtit des forteresses , et sur plusieurs points de l'Épire lit des constructions vraiment royales. Jl nourrissait dans son palais plus de I ,.500 personnes, parmi lesquelles se trouvaient des étranger» de presque toutes les parties du globe. Eu 1812 il avait reçu la visite d'un kan ou prince de Perse , qu'il logea somptueusement avec toute sa suite. A la lia d'une guerre où il avait rendu de si grands services aux Anglais, il se flattait d'en être récompense au moins par la cession de quelque établissement maritime; et dans cette vue, il accueillait tous leurs voyageurs de quelque importance. Dans un repas spleudidc qu'il donna au comte de Guilfbrd , tout le service se lit en vaisselle d'or et en vases de cristal. Le résident anglais Foresti jouissait de beaucoup de crédit à la cour du |wcha , et il obtint sur son esprit une influence dont il ne se servit, il faut le dire, comme l'avait lait le consul de France, que dans l'intérêt de l'humanité. Ce qui frappait le plus les Anglais à la cour du satrape de l'Épire, c'était de le voir tous les jours traverser la ville a cheval, suivi d'un seul garde, et admettant indistinctement tous ceux qui se présentaient. Son peuple le croyait sous la protection d'une influence céleste. A l'illustre Byron et à M. Hobhouse, membre du jwrlement, succédèrent à Janina, dans le courant de 1813, le colonel Church , M. Cockcrell, M. Robert Towley Parker et M. Thomas Smart Hughes. Tous furent reçus avec magnificence. Dans une audience qu'Ali donna le 12 février 4811 à MM. Parker et Huilier, il leur parla des revers de Donaparte, et leur apprit que Mural avait abandonné le pirti des Français. S'étant fait apporter une carte d'Europe, il invita les Anglais à lui montrer la situation des armées. La conversation roula principalement sur les grands événements militaires dont la France et l'Italie étaient le théâtre. Ali parut convaincu que la puissance de Bonaparte allait s'écrouler. Prévoyaut donc que bientôt les Français seraient éloignés pour longtemps du voisinage de l'Albanie, et que l'Angleterre resterait maîtresse de l'archipel ionien, il forma le projet de

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s'emparer de Parga , et mit ses troupes en mouvement contre ce roclicr solitaire ; mais il fut prévenu par les Anglais, qui s'emparèrent de ce point important qu'occupaient les Français. Revenu à Janina et voulant se débarrasser des peuplades de l'Épire dont la fidélité lui était suspecte, Ali prit le parti de les déporter. Maître absolu du territoire de Cardiki, il en réunit quarante villages au domaine de son viziriat pour former la dotation deSalik-Bey, son troisième fils. Les changements survenus en France en 1814 le mirent en position de demander le rappel du consul général Pouqueville, qui depuis longtemps lui était suspect et qu'il faisait surveiller. N'ayant plus rien à redouter de la France, ni des Russes qui étaient en paix avec la Porte, dont lui-même alors avait dissipé les ombrages, Ali, sans être roi ni souverain , régnait sur une plus grande étendue de pays que Pyrrhus, qu'Alexandre même avant qu'il eût conquis l'Asie. L'événement qui, au commencement de 1815, mit toute l'Europe en mouvement, l'évasion de Bonaparte, ne changea rien à la position d'Ali : il n'y vit qu'une crise passagère et qui n'aurait aucune influence sur l'empire ottoman. En janvier 1816 il reçut la visite d'un roi détrôné, Gustave- Adolphe, qui allait en Morée attendre les (irnians qui devaient lui servir de passe-port pour Jérusalem. Ce prince fut traité avec beaucoup d'égards par le pacha, et lui lit présent du sabre de Charles XII. Ali était, sans aucun doute, à l'époque la plus heureuse de sa vie. Sans guerre extérieure ni intérieure, et sans aucune opposition, il régnait sur les Albanais à l'ombre d'un pouvoir plus fortement organisé qu'aucune monarchie de l'Europe. Mais on ne pouvait guère croire qu'il consentit à rester ainsi longtemps dans l'inaction. Dévorant en secret l'affront qu'il avait essuyé devant Parp, il résolut d'obtenir par la corruption ce que la force n'avait pu lui donner. Il fit tant par ses intrigues que ce fut la Porte elle-même qui exigea cette place de l'Angleterre et consentit alors à l'occupation des sept lies. Va traité , qui resta d'abord secret , contint la clause de livrer au despotisme d'Ali le seul point de l'ancienue Grèce qui fût encore libre. Les Parganiotes, au désespoir, émigrérent , et le pacha, au bout de vingt ans, réussit par sa persévérance à s'emparer de Parga. Rien ne semblait plus manquer a l'ambitieux vizir. Ses fils et ses petits- fils étaient pourvus d'emplois éminents; lui-même était égal aux souverains. On venait d'imprimer i Vienne un poème eu son honneur ; un savant dans l'art héraldique lui avait fabriqué un blason , emblème de sa dynastie ; on lui avait dédié une grammaire française et grecqup, où les titres de grand, de puiuani, de Irèt-climenl lui étaient prodigués. Ne s'aveuglant pas néanmoins sur sa position, il refusait le diadème, et repoussait , comme César, ses imprudents amis qui depuis longtemps le saluaient du titre de roi. Il répétait qu'en voulant aussi être vizirs, ses enfants le perdraient : « Un vizir, leur disait-il. est « un homme couvert de pelisses, assis sur un baril « de poudre l... » Jusqu'ici la Porte avait tout souffert du plus dangereux de ses pachas; mais Ali

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vieillissait, et elle craignit de voir échapper ses immenses trésors ; elle craignit qu'ils ne fussent partagés ou dissipés par ses enfants. Sans avoir de plan arrêté sur ce |>oinl, le cabinet musulman se trouva bientôt placé, par un concours singulier de circonstances, sous l'influence de Pacho-Bey, l'ennemi le plus acharné d'Ali-Pacha, qui s'était emparé de ses biens. Lié par une haine commune avec Poléopulo, autre victime d'Ali, réfugié à Constantinople sous la protection de la légation de France, Paclio-Hey remit sous les yeux du divan le plan de destruction contre la famille d'Ali, proposé en 1812. La Porte semblait vouloir temporiser et attendre en paix la succession d'Ali ; mais Pacho-Bey, sans se décourager, devint l'appui et l'intermédiaire de tous ceux qui avaient des plaintes à former contre le vizir de Janina. Par de tels moyens il acquit de plus en plus la faveur du Millau et devint l'un de ses capidjisbachis. ou chambellans. IN 'osant pas encore néanmoins attaquer de front Ali, il essaya son crédit contre son fils Veli, en signalant l'extrême détresse de la Tliessalie. Le sultan punit Véli-Pacha en le reléguant au poste obscur de Lépantc. Ce fut alors qu'Ali, persuadé de tout ce qu'il avait à craindre d'un ennemi aussi dangereux, résolut de s'en débarrasser à tout prix. Deux de ses sicaires, expédiés à Constantinople avec ordre d'assassiner Pacho-Bey, décliargérent contre lui leurs pistolets, mais ne l'atteignirent que faiblement. L'un des assassins fut pris : appliqué à la torture , il déclara qu'il n'avait fait qu'exécuter l'ordre d'Ali-Pacha ; on l'attache aussitôt au gibet devant la porte du sérail, et le sultan , irrité, jure de faire tomber sur Ali tout le poids de son courroux ; il lance contre lui la sentence de fermanly, ou proscription impériale, qui est ratifiée |>ar un fetfa du mufti. Cette terrible sentence portait qu'Ali-Pacha, déclaré coupable de lèse-majesté au premier chef, ayant obtenu a diverses reprises le pardou de ses attentats et de sa félonie , était mis comme relaps au ban de l'empire, s'il ne se présentait pour se justifier au teuil doré de la port* de félicité dans le délai de quarante jours ; en même temps, ses courriers et tous ses agents furent mis aux fers. Tous les pachas ou les ctefs de la Boumélie et de la Macédoine reçurent Tordre de se tenir prêts, et Pacho-Bey lui-même, désigné pacha de Janina et de helvino . fut cliargé de commander l'expédition dirigée contre le rebelle. Comparaître au sérail et périr eut été pour Ali une même chose ; ainsi il ne lui restait plus qu'à se défendre avec courage. Ne pouvant déjà plus se fier aux mahométans, que leurs principes religieux attachaient à la cause du Grand Seigneur, et ne comptant pas davantage sur l'affection des Kpirolcs, il fait un appel aux tribus de la Grèce septentrionale, et a recours aux chrétiens Armatolis, en leur offrant l'appât du butin et d une solde considérable. Au moindre signe de sa volonté , les archevêques, les évêques, les papas, les cadis et les alans accourent auprès de lui. Tous, à l'annonce des dangers qui le menacent, semblent redoubler de dévouement pour sa personne. 11 organise ses troupes et tait ses dispositions de défense. D'un autre coté, le divan op-

pose tout ce qu'il peut exercer d'influence pour engager les Épirotes à tourner leurs armes contre le |iacha. Mais celui-ci n'oublie rien ]x>ur augmenter son parti : il laisse croire aux Grecs qu'il n'est pas éloigné de se faire chrétien, et promet aux Turcs pauvres le partage des biens confisqués aux agas ; puis convoquant au château du Lac, pour le 23 mai 1819, ce qu'il appelle un grand divan, il y mande les chefs des Turcs et des chrétiens, étonnés de se trouver ensemble. Là, prenant la parole et s'adres— sant aux primats grecs , il s'efforce de justifier son gouvernement, vante la protection qu'il accorde aux Grecs, déclarant qu'il veut les réunir sous ses drapeaux pour combattre les Turcs, leurs ennemis communs. Ayant ordonné ensuite de verser un tonneau rempli de sequins au milieu de l'assemblée : « Voilà, dit-il, une partie de cet or que j'ai conservé « avec tant de soin, et (pie j'ai particulièrement ar- « radié aux Turcs , nos ennemis; il est à vous.... » Aussitôt les aventuriers dont il était entouré firent retentir la salle des cris de : Vite Ali-Pacha ! Vive le restaurateur de la liberté '. \jt lendemain parurent la proclamation et la circulaire qu'il avait annoncées dans le grand divan. Ne se bornant point à organiser les Armatolis, Ali expédia des émissaires secrets aux Monténégrins ainsi qu'aux Se r viens, pour les engager à la révolte. Il s'efforça plus |«rticuliërement de rallier à sa cause les Grecs qu'il avait vexés pendant trente-cinq ans ; et, après avoir rendu à la plupart d'entre eux les propriétés qu'il leur avait enlevées, il invita les Souliotes et les Parganioles retirés à Corfou à rentrer dans l'Épire, n'é|>argnant pour les ramener ni excuses ni promesses, et faisant lire dans les églises grecques des circulaires où il invitait le peuple à s'armer |>our la défense de sa religion et de sa liberté. Enfin , entraîné aussi par les idées de l'é|>oque. cédant à l'impulsion des intrigants qui affluaient à sa cour, et qui dès lors remuaient la Grèce, il annonça qu'il était prêt à donner une charte aux Épirotes, et son agent Colovo fut chargé de passer à CoiTou, afin d'y recueillir les éléments d'un code politique pour l'Epire. — Cependant Pacho-Bey venait enfin «l'entrer en campagne, et Ali, réduit à la défensive du côté de la Tliessalie et de la Macédoine , se réservait pour lui - même la défense de Janina , point central de ses opérations. Tandis que l'armée ottomane traversait la Tliessalie sans obstacles, la flotte turque apparaissait sur les côtes de rAcrocéraune. I-à elle fit une descente et bloqua dans Prévesa Véli, fils d'Ali. Le vizir espérait conserver au moins ses limites naturelles, qui étaient les montagnes du Pinde ; avec des troupes aguerries, bien payées et bien armées, les chances de succès étaient |iour lui. Toutefois, après un combat d'avanl-|>oste à hrionero, la défection d'une grande partie de son armée le laissa sans autres défenseurs que ses propres adhérents. La soldatesque qui lui était dévouée se retira dans Janina. 11 restait aux généraux ottomans à réduire des châteaux hérissés de canons, et défendus par Ali en personne, décidé à combattre avec toutes les ressources de la rage et du désespoir. Là, une vaste forteresse était

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dominée par le château du Lac où commandait AU.

On l avait réduit, il est vrai, par la défection de son armée, a la défense de l'enceinte palissadée ; mais celte défense pouvait d'autant plus se prolonger, qu'il était resté maitre de la navigation du lac , au moyen d'une escadrille de clialmqies canonnières. En arrivant devant Janiua, les Turcs détruisirent une partie de la ville et en classèrent les habitants |>our s'y fortifier ; Ali, de son côté, se vit forcé, pour les en déloger, de détruire l'autre partie de la place, qui fut ainsi tout entière réduite en cendres et mise au pillage (août 1K20.I. Mais les foudres de l'année turque se trouvèrent impuissantes |>our réduire trois forteresses hérissées tic lxmclics à feu et servies par de bous artilleurs. La garnison d'Ali, forte de 8,00 9 hommes intimement liés à sa cause, était composée en grande partie de Francs ou Européens. I-es trois forteresses d'ailleurs conservaient entre elles une communication facile sous la protection de leurs batteries et de la flottille. Le château avait des vivres et des munitions pour une longue défense. A défaut de moyens militaires , Pacho-bVy jugea qu'il fallait employer des ntaiuruvre* politiques : ce fut ainsi qu'il noua des intrigues dans lu garnison , et qu'il entama des négociations pour amener les fils d'Ali à se soumettre. Ycli était retranché dans Prévcsa , et Moukhtar occupait la citadelle d'Argyro-Caslron. Les négociations eurent le plus prompt succès ; et le malheureux apprit bientôt la défection de ses trois lils. Au milieu de tant de revers, conservant un calme admirable , il se conU'iila de répondre : et Je a savais depuis longtemps que mes lils étaient india gnes de mon sang. » Cependant toutes les clianccs ne lui étaient pas contraires. L'armée ottomane se trouv.i dans une position que les approebes de l'hiver rendaient plus difficile. Les corvées , l'épuisement des m;igasins , la dévastation des villages , la perle des maisons, firent presque regretter aux chrétiens le gouvernement d'Ali ; et déjà ils redoutaient le succès d'un siège qui ne devait aboutir qu'à leur donner des chaînes encore plus pesantes. De son côté, Ali se montrait au dessus de toutes les infortunes. Dès le point du jour, donnant des audiences à rentrée de sa casemate, il s'entretenait familièrement avec ses soldats, plaisantant avec gaieté sur Panathème lancé contre lui. « Les lâches, disait-il, « me regretteront un jour ; ils apprendront, par les « maux qui viendront après moi , de quoi étaient « capables le viens lion et les braves attachés à sa « fortune. » En effet , on ne |>cut douter que cette guerre suscitée contre Ali n'ait allumé les feux qui ont embrasé la Grèce , et qui ont mis l'empire du croissant sur le penchant «le sa ruine. Le divan luimême avait soulevé contre le vieux lion toutes tes passions ca|>ables d'enflammer le m ur humain ; il avait appelé au partage de ses dépouilles les Albanais , les Souliotes , les Toxides , etc. Au milieu de f adversité , et profitant de ces mêmes passions , Ali sut ramener à lui tous ces peuples égarés. La situation de l'armée turque devint très-critique. Les détenions y furent si nombreuses, qu'à l'entrée de l'hiver, Paclto-Bev, après des tentatives inutiles sur

i les forts de Janina, te vit contraint de se retirer. Le

Grand Seigneur, indigné d'un tel résultat, nomma pour le remplacer khourschjil-Méhéined-f'acha , ancien grand vizir, et alors |*cha de la Morée. C'était un vieillard connu jwr sa rigueur inflexible ; il joignait à la fermeté militaire la ruse si nécessaire avec un tel ennemi. Il se rendit promplemcnt à son poste, ot y conduisit des renforts qui portèrent son armée à 30,000 liommes. De son coté, Ali ne négligeait rien pour assurer sa défense , et préparait de grandes diversions ; il fit soulever les Monténégrins, les Serv iens, etc. Les Arnautes écliappés au sac de Janina se réunirent aux Armatolis dans les mouuigues. Enfin, depuis les bouches du Caltaro jusqu'à celles du Danube, Ali suscita des ennemis aux Turcs ; et ce fut un spectacle assez bizarre que de voir un satrape , qui réunissait en lui les mœurs et tous les goûts voluptueux et féroces des tyrans de l'antiquité ou de l'Orient moderne, entrer dans une conspiration destinée à rendre la liberté aux Grecs. Ali était assiégé depuis dix -huit mois, lorsque Khourschid vint prendre le commandement de l'armée du siège. Ce nouveau chef, par l'ascendant de son caractère, domina bientôt toutes les rivalités; il (toussa les opérations avec laul d'intelligence et de vigueur, que, bien qu'obligé d'envoyer des détaclieiuent* sur divers points, cl de marcher lui-même contre les Albanais, il força le vieux lion à se réfugier dans une tour avec une centaine d'homme* les plus dévoués. Sous ce dernier asile Ali avait placé une grande quantité de poudre, et il annonça la résolution de faire sauter l'édifice plutôt que de capituler; mais le rusé khourschid ne fut point arrêté par cet avertissement. Il ordonna do redoubler le feu, réduisit son ennemi a la dernière exlrémiu'* ; et voulant surtout le prendre vivant avec ses richesses, il le força d'entrer en négocia lions, et le fit à la tin consentir, |>ar de vaines promesses, à se rendre dans une petite lie du lac pour y attendre les ordres du sultan. Ces ordres ne se firent pas attendre; et le 4" jour (5 février 182i), on vint lire au malheureux Ali une sentence de mort. Se voyant alors tombé dans un piège que lui-mime avait tant de fois tendu à ses ennemis , il saisit ses armes en s'écriaui : « Vous qui violez si lâchement vos serments, croyez- « vous prendre Ali comme une femme I n Du premier coup il blesse le sérasquier et tue un de ses officiers ; il s'engage alors entre les siens et les Turcs un combat où le paclia tombe percé de plusieurs halles. Ses gens accablés sont égorgés aux cris de : Fit* le tullan Malimoud et son vixir h'hourtchid- PacJia ! On jwrte aussitôt à celui-ci le cadavre sanglant et on le place sur tin pieu au milieu de la ville, et sous les yeux des Albanais et des Grecs, qui purent contempler à leur aise les tristes restes de celui qui les avait si longtemps épouvantés. Si l'on en croit la relation qui fut publiée à Constantinople, ce tragique dénoûmenl ne se serait pus passé tout a fait ainsi. Il résulterait de cette version que Méhémed-Paclia, eltargé de faire exécuter le iiriran de mort, après un court entrelien avec Ali, lui aurait plongé son poignard dans le sein, et que le combat

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entre les gens dn pacha et les troupes du Grand Seigneur s'en serait suivi immédiatement. Quoi qu'il en soit, le lendemain Klraurschid fit enterrer le corps d'Ali avec tous les honneurs dus au rang d'un vixir et d'un pacha à trois queues. La téte hit expédiée la nuit même |>our Constantinople. L'Impression que cette mort d'Ali-Padia et la saisie de ses trésors firent dans toutes les provinces turques est impossible à décrire ; on eût dit que l'empire était délivré de tous ses dangers et de tous ses ennemis. Le même enthousiasma de fanatisme et d'orgueil éclata dans la capitale, le 22 février, à l'arrivée «lu sanglant trophée de la victoire de Kbourschid. Le lendemain la téte d'Ali fut exposée aux portes du sérail au milieu d'un concours immense de jtettple et d'Une exaltation qui força tous les étrangers à se tenir éloignés de ce dangereux spectacle. Au-dessous de la téte livide du vieillard était cloué Vyafla contenant les motifs de la sentence. On y lisait : « Voici « latétedcTépéleoiiili AH-Pacha, traître à son mite « et à son souverain. Les sectateurs de l'islamisme « se trouvent donc enfin délivrés de son astuce et de « sa tyrannie. » Quant aux trésors d'Ali, qui furent évalués par des calculs sans doute exagérés à plus de 2(10 millions de francs, une partie avait été absorbée dans la longue durée du siège, au dedans à payer ses satellites, au deltors à pratiquer des intrigues et gagner des partisans. Ali avait même fait couler secrètement pendant la nuit , dans le lac, des coffres de fer remplis d'or, et lui seul aurait pu en désigner l'endroit, en sorte que les richesses trouvées da»s la tour furent de beaucoup inférieures à l'idée qu'on en avait (12 à 18 millions de piastres). Si l'on veut bien connaître le caractère «l'Ali et prononcer sur ses actions avec quelque exactitude, il faut avoir soin d'écarter les bruits populaires dont il a été l'objet (I);

(!) Ali-Pacha avait fait faire, i n «SiO, ton portrait, festin* S être offert en présent au roi d'Angleterre, et il y avait joint. MIT sa propre vie et sur son caractère, un petit mémoire avait romposo et dit* liii-nw iw S un de tes aperrttlre* grecs : il y régne ait singulier loti de paiciiua«e, mais le style en est \ if. ewrgwjiie et Coatis. F.n voici une traduction iittrntei

<r Je naquis dans une lerre de l'Albanie nommée Tepéleni. de «t parents nobles. Illsde pacha. Mon prre et mes aïeux ont rendu des ■ services a ces lieux et a leurs liabiiauit : ils les mit seroanis cfBa tacemcul. Mon père étant iikh i. je suis reste seul a l'Age de ms « ans. Alors, amis et ennemis, 'cl tous ceux qui reçurent des bien- « f.iiis de mon père, se tournèrent contre mol, connue des lions fa- « rieox, i»mr m>gi>rger. Mais le TnnM'aissani, qnl avait déjà déride a que je vivrais longuement et que je monterais au vins liant ixuiii « de la gloire, n'arracha de leurs dents et me préserva de lont niai. « Non-seulement il me prêta son In as puissant, nui» il me mit encore <t en état île pouvoir, parla guerre, mettre en fuite et détruire brau- « coup de nies ennemis, quoique je fosse dans le Ihuoiii de l»l< n des « choses. De celte manière, par la volonté de Dieu, je an* suis eleve « à tant de gloire, que j'ai reçu de mon roi delrés-grands honneurs. « avec beaucoup de rirhesses et do trosoix inépuisables. Après être « parvenu an faite «le l'bnnneur et de la richesse, j'ai combattu tous a mes ennemi*, Ici uns en les renversant, et en les poursuivant avec u le Ui et le feu, les autres, en les imnlssanl d'uuires mauleces. J'ai a subjugué toute l'Albanie, j'ai domine dans plusieurs autres pays. « J'ai détruit. J'ai evterminé les fréterais et les assassins; j'ai comble u d'honneurs les justes, j'il agrandi les petits, j'ai enrichi les panel vres et j'ai tenu bas les rirhes. Cependant, quoique je fume de- « venu immeusemeul riche et glorieux, je n'étais jamais content et « satisfait, je n'en avais jamais assez. Je suis venu, j'ai vu et j'ai « passé. J'ai fol et j'ai perdu la richesse et la gloire. J'ai reconnu a clairement que toute ihot* Ici r+i es* avtle et que tout, dans ce a monde, n'est que vanité, »

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et H faut remarquer surtout que, si les Français qui l'ont approché en parlent comme d'un tyran cruel et féroce, les voyageurs anglais ont fort adouci la sévérité de ce jugement ; ainsi les uns ont vraisemblablement exagéré et les autres affaibli les couleurs de ce tableau, parce qu'il s'est mêlé dans cette double manière de voir le souvenir d'intérêts politiques encore récents. Les Français, en général, le signalent comme ingrat et traître envers eux, et surtout envers Napoléon. Parmi ces derniers, il faut citer le militaire qui , après avoir pris le turban sous le nom d'Ibrahim-Maiinyur-Kffendi, a commandé l'arme du génie au service d'Ali-Pacha depuis 1816 jusqu'en 1819 (I). Les mémoires qu'il a laissés sur la Grèce et sur l'Albanie, fiendanl l'administration d'Ali, méritent d'être consultés. Ias pacha y est représenté comme un exécrable tyran , ignorant et superstitieux, croyant a la pierre philosophale et à l'astrologie judiciaire, espérant vivre jusqu'à l'âge de cent cinquante ans. L'auteur assure qu'il passait |>our un impie , un niccn-atil , cl même auprès de quelques personnes pour un athée ; qu'il avait double harem, l'un de femmes et l'autre de ganymèdes, où se trouvaient au delà de quatre cents jeunes gens destinés à ses infâmes plaisirs. Selon cet auteur, les deux traits les plus saillants du caractère d'Ali étaient une insatiable avidité et une ambition sans Itornes; du reste, il était très-sensible au chant ; une lielle voix lui causait la plus vive émotion : la mélodie seule attendrissait son Cirur farouclte. Il expliqua un jour à Ibrahim-Eftendi de tpielle manière un vizir avait, moyennant son ilrman du Grand Seigneur, le droit de faire tuer qui bon lui semblait, et jusqu'au nombre de sept personnes par jour, sans que sa conscience dut en être chargée , ajoutant que s'il commettait des crimes, s'il était tyran ( zalim ), c'était pour le bien de la religion et de l'empire ; que d'ailleurs, puisqu'il ne pouvait ]ms être aimé, il voulait être craint. Selon Ibrahim, il n'y avait que lui et les derviches qui osassent lui parler avec liberté, et il rapporte plusieurs exemples qui prouvent, dit-il « jusqu'à quel point Ali-Pacha, l'homme le plnsor- « gueillenx , le despote le plus cruel, portait le res- « pect et la |>eur pour les derviches. — Mon fils, « lui dit un jour Ali à ce sujet, j'ai bien des défauts, « je suis un tyran, il est vrai, mais j'ai une vertu « tpit compense tout cela, c'est la |>atience. — Je « lui demandai, ajoute Ibrahim, pourquoi, étant « doué de cette belle vertu , il faisait tuer tant de ■ monde. 11 me fit observer que cela était néres- « saire avec, des peuples tels que ceux qu'il gouveru nait. — Vous ne connaisse* pas les Albanais « ni les Grecs, dit-il; ils sont destinés à être gmi- « vernés par moi , et il n'y a que moi qui sois des- « tiné à les maintenir en crainte. » Voici, d'un autre cèté, comment le capitaine Smith, de la flotte anglaise stationnée à cette époque dans la Méditerranée, dépeignait Ali-Pacha : « L'imagination de « ceux qui ont entendu parler de lui se le repré-

(I) (X oflirier. Alsacien d'origine et dont le nom é.ail Cerfberr, a rais Un lui-même à ses jours, depuis la publient*.* de an aimoires, eu 1827.

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« sente sous les traits d'un despote terrible, et n'ex- « primant que la soif des vengeances et du sang. On « se trompe : les personnes qui voient ce pacha pour « la première fuis sont frappées d'étonnement en « voyant une petite ligure ramassée, d'une conte- « nance calme et paisible, avec des yeux bleus fort « tendres, une vénérable barbe blanche qui lui des- « cend jusqu'à la ceinture et une physionomie pleine « d'agrément, de douceur et d'affection. J'observai a surtout le jeu de ses traits avec une attention par-

• ticulière le jour où il était occupé à payer une « forte somme aux Parganiotes, pour les dédomma- « ger de leurs oliviers et de leurs jardins. Quel effort « pour un Turc!.... Eh bien, je vous assure que je « ne pus remarquer sur son front calme et serein le « moindre indice de ce qui devait se passer dans son « àmc. Je ne pus me défendre de penser que l'hy- « pocrile le plus profond et le plus consommé était « assis devant moi comme pour confondre tous les « physionomistes , quand je me rappelai que cet « homme d'un extérieur si engageant, avec des ma- « niéres si douces, si polies , si affectueuses, tout « plein d'attentions les plus recherchées et les plus « délicates envers ses convives, était l'exterminateur « de toute la population de Cardiki, le conquérant a cruel de l'Albanie, et le tyran le plus exécrable « que la terre eût jamais porté. » Cependant, de quelques crimes dont Ali se soit rouvert, comme tant de monstres de l'Orient, on peut dire qu'il ne s'y est jamais livré pour le seul plaisir de se baigner dans le sang. Sa férocité naturelle paraissait même suspendue lorsqu'il s'agissait de ses proches et de ses amis. Il a montré constamment le plus vif et le plus sincère attachement pour sa mére, pour sa sn-ur, pour ses fils et ses petits-fils, pour Esmineh, sa première femme, et pour Heine Vasilika, dernier objet de sa tendresse. Il traita de même avec les plus grands égards l'esclave circassienne qui le rendit père de son troisième fils. On ne l'a pas moins accusé de parricide, et du meurtre d'un de ses neveux. Ce n'était assurément ni un insensé ni un furieux ; il a conservé jusqu'au dernier moment cette jeunesse d'esprit, cette inquiétude turbulente qui donne à toute sa vie une couleur particulière d'agitation romanesque. Quant à la guerre ou à la révolte dans laquelle il a succombé, le récit abrégé que nous en avons présenté |>ctit servir d'introduction à l'histoire de l'insurrection de la Grèce. L'auteur de celte notice a publié une Vie d Ali- Pacha, vizir de Janina, surnommé Artlan ou le Lion. 2» édiliou, Paris, 1842, I vol. in-8°. T. Smart Hughes, dans ses Tratels Ihrough Sicily, Greeee and Albania (I), a donné sur Ali-Pacha des détails qui ont été traduits en français dans la Bibliothèque universelle de Genève, section de littéral., t. 15, p. 88- «8; le même recueil, t. 5, p. 264-286, avait déjà donné une Vie et caractère d'Ali-Pacha, extraite des mémoires inédits du général Vaudoncourt, d'après

(I) Cet wivrasp a été traduit en français soas ce titre : Voyage

* Jonim, en Albanie, par la Sicile et la Crtre, trait, de l'anglais de Thomas Smart Hughes, par l'auteur de Londres en 1819 (M. A.-J.-B. ncfaiiconprel), Paris, ISâl. 2 vol. io-»\ avet le |mrtraii d'Au-Paeba.

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la traduction anglaise de ces mémoires, publiée sous ce titre : Memoirs of the lonian Island. including the life and character of Ali-Pacha, by gen. de Vaudoncourt, translated from the original inediled nui., by W. Wallon, Londres, 1816, in-8°. Les voyages de Jobn-Cam. Uobhouse (Some account of a journey into Albania and other provinces of Turkey in 4808- 180»), Londres, 1812, in-4<\ 2* édition. 1813; les voyages de Henri Holland ( TraveU in the Ionian ùles, Albany, Thessaly, Macedmia, etc., during the years 1812 and 1813), Londres, 1815, in-4", renferment aussi des particularités sur le tyran de l'Epire. Maltebrun a inséré , dans le 6* volume de ses Aouvelles Annales des voyages, un tableau historique et politique de la vie d'. Mi-Pacha ; mais les ouvrages les plus riches en renseignements de tout genre sur la vie entière d'Ali-Pacha sont ceux de M. F.-C.-H.-L. Pouqueville, intitulés : Ie Voyages dans la Grèce , comprenant la description ancienne et moderne de l'Èpire, de l'IUyrie grecque, de la Macédoine eisaxienne, etc., Paris, 1820, 4 vol. in-8"; 2° Histoire de la régénération de la Grèce, contenant le précis des événements depuis 17411 jusqu'en 1824, Paris, 1824, 4 vol. in-8°; 3" Mémoires sur la vie et la puissance d' Ali-Pacha, vizir de Janina, Paris, 1820, in-8° de 30 pages; 4» Notices sur la fin tragique d'Ali-Pacha, Paris, 1822, brochure in-8°. — Ln autre Ali-Pacha, beglier-bey de Kouniélie, combattit victorieusement, en 1802, Osman, pacha rebelle. — Enfin, Ali-Aua, ayant méconnu, à la lin de 1804, l'autorité de la Porte en Syrie, et s'étant emparé du port de Lalakieh, fut lait prisonnier par le gouverneur de Giebal, et mis à mort. B— p.

ALIADEULET, fils de Zunlcadir, et prince d'Arménie, régnait l'an de l'hégire 920 (1314), sur le vaste pays qui s'étend depuis Amasie jusqu'aux confins de la Caramanie, et qui traverse le mont Taurus. Sélim I", en voulant combattre Schah- Ismaêl, sophi de Perse, rechercha l'alliance d'Aliadeulet ; et, sur la foi de ce prince, s'engagea avec son armée dans les déserts qui séparent la Perse de l'empire ottoman ; mais Aliadeulet craignait également ses deux redoutables voisins ; il désirait que leur querelle les affaiblit mutuellement, et que les succès se balançassent. Aussi, malgré sa parole, loin de fournir des vivres à Sélim, qui était le plus puissant des deux rivaux, il empêcha tous les convois d'arriver au camp ottoman. Aliadeulet ne recueillit pas le fruit de sa perfidie : Sélim, après la victoire de Schaldiran, revint sur ses pas punir le crime de son allié. Aliadeulet se défendit dans ses montagnes avec autant de courage que d'habileté : la difficulté du terrain ne permettait pas à Sélim de développer sa nombreuse armée; mais, malgré quelques succès et une longue résistance, le prince arménien fut vaincu, chassé de montagne en montagne, et abandonné de tous les siens. Réduit à se cacher au fond d'une caverne, avec tous ses enfants, il y fut découvert par suite d'une trahison; et, conduit devant Sélim, il fut envoyé à la mort, avec toute sa famille, après avoir essuyé les phis cruels reproclies de son ennemi. S — y.

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ALIAMET (Jacqdis), graveur, de l'Académie de peinture, né à AbbeviUe en 4728, mort à Paris en 4788, se fit connaître d'abord par de petits sujets gravés avec goût, et établit ensuite sa repu taduo par des ouvrages plus importants, et qui sont fort estimés, tels que ses estampes d'après Bergen, Wouwermans, Vernet, et deux des seize planches qui représentent les batailles des Chinois contre les Tatars. Il porta l'art de graver à la pointe sèche à une perfection beaucoup plus grande que son maître Lebas. Sachant parfaitement conserver l'harmonie des teintes, il blâmait les graveurs qui pouttent au noir, et il les comparait aux acteurs qui, au lieu de mériter les applaudissements des gens de goût par l'expression naïve des passions, font des grimaces qui ne peuvent plaire qu'à la populace. — Son frère (Françoit-Germain), aussi graveur, mais bien audessous de lui pour le talent, a gravé, à Londres, pour Boydell, d'après les anciens maîtres, et aussi d'après quelques peintres anglais. K.

ALIBAUD (Louis), l'un des nombreux régicides qui ont attenté à la vie du chef de la dynastie d'Orléans, était né à Nîmes le 2 mai 1810. Sa famille, peu aisée, avait pu cependant lui faire donner quelque instruction. Il ne manquait d'ailleurs point d'intelligence et montrait une certaine vivacité de caractère. Mais sa volonté suivait déjà les tendances vicieuses d'une mauvaise nature. Sa jeunesse trahit le malaise d'un esprit sans fixité et sans but. D'abord copiste à Nîmes, il entre comme novice dans la marine, quitte la mer après deux mois, et s'engage dans un régiment de ligne alors en garnison à Paris (1829). La révolution de 1830 arriva ; les opinions républicaines d'AIibaud lui firent embrasser la cause du peuple : il abandonna son régiment ; cependant il ne prit aucune part aux combats des trois journées; «car, a-t-il dit dans l'un de ses ■ interrogatoires, il avait le préjugé qu'il ne pou- « vait tirer contre ses anciens camarades. » Après l'établissement du nouvel ordre de choses, il rentra au service et devint moniteur de l'école régimentairc, puis fourrier dans un escadron de carabiniers en garnison à Strasbourg. Une altercation qu'il eut dans cette ville avec un particulier le fit transporter dans une compagnie du centre, sans toutefois qu'il perdit son grade. Il sortit de l'armée en janvier 1834. L'année suivante, on le retrouve à Perpignan, dans la même activité maladive et toujours sans carrière. Il avait alors les yeux tournés vers l'Espagne, espérant prendre part à l'expédition que méditaient certains réfugiés étrangers contre le gouvernement de la reine. Il partit même pour Barcelone, y resta quelques semaines, et , voyant que ce projet n'aurait point de suites, il revint en France. S'il faut l'en croire, de sombres pensées fermentaient dans son esprit, et ce fut avec le plan bien arrêté de son crime qu'il arriva à Paris. 11 a même déclaré, soit qu'il en fût ainsi, soit qu'il voulût, par ce moyen, donner plus de relief A son caractère, qu'il avait conçu ce projet dès 1832, lors de la sanglante affaire du cloître St-Merry. « Depuis que le « roi mit ParU en état de siège, et qu'il voulut gou-

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« verner au lieu de régner ; depuis que, le premier, « il a fait massacrer les citoyens dans les rues de a Lyon, au cloître St-Merry, son règne est un règne « de sang , j'ai voulu frapper le roi. » Au sortir de l'Espagne, il n'était point encore décidé ; mais, après avoir passé la frontière, il s'était décidé irrévocablement. Ce fut le départ du duc d'Orléans pour l'Afrique qui le détermina à venir à Paris. « En ef- ■ fet, le roi mort, et le duc d'Orléans ne se trou- « vant pas à Paris, la révolution eût été plus facile « qu'à toute autre époque. » C'était là sa pensée : amener un bouleversement général , et sur les ruines de la dynastie élever la république. A mesure que le temps marchait, Alibaud descendait d'un degré dans la misère ; ses dernières ressources étaient à peu près épuisées. Il se présenta en qualité de commis-voyageur chez un marchand de cannes à fusil, promit de lui procurer la vente des objets de sa fabrique, reçut, à cette condition, quelques armes, qu'il rendit bientôt, à l'exception d'une seule qu'il prétendit lui avoir été volée dans un café, et dont il s'engagea à restituer le prix quand ses moyens le lui permettraient. Il avait l'instrument de son crime, et n'attendait plus que l'occasion d'en faire usage; il l'attendait avec impatience, la cherchait chaque jour, sans cesse en faction pour voir sortir le roi des Tuileries et l'approcher. Il ne put rester chez un marchand de vin dans la maison duquel il était entré pour tenir les livres, parce que ses occupations dans cette maison absorbaient la plus grande partie de son temps et ne lui laissaient plus le loisir de suivre le roi. Alors Alibaud affronta la misère la plus complète, sans eliercher à s'y soustraire autrement que par le crime, au delà duquel son imagination égarée lui montrait l'aisance, la fortune peut-être, et une gloire qu'il pouvait envisager sans frémir. 11 vécut un mois sans travail, du crédit qu'on voulut bien lui accorder; il continuait à veiller avec assiduité autour des Tuileries. Dans la matinée du 25 juin 1830, il se trouva à l'entrée des Champs-Elysées, sur la route que parcourut le cortège royal en venant de Neuilly ; mais l'occasion ne lui sembla point favorable : il différa jusqu 'au soir. En effet, le roi, accompagné de la reine et de madame Adélaïde, reprenait la route de Neuilly ; la voiture entrait sous le guichet du pont Royal, lorsqu'un coup de feu partit d'un groupe de spectateurs ; mais le roi se trouvant, en ce moment même, incliné pour saluer le poste d'honneur, la balle passa au-dessus de sa tète et alla s'enfoncer dans le panneau de la voiture, un peu au-dessous de l'impériale. L'assassin fut immédiatement saisi et entraîné au poste de la garde nationale. On trouva sur lui un poignard dont il avait dessein de se frapper s'il en avait eu le temps. Il fut ensuite conduit à la Conciergerie, où le procureur général lui fit subir un premier interrogatoire. Il témoigna le regret de n'avoir point réussi dans sa tentative. « J'étais malheureux, dit-il; le gouvernement est la « cause de mon malheur ; le roi en est le chef : voilà « pourquoi j'ai voulu le tuer. » Le soir même, une ordonnance royale saisit la cour des pairs de l'alten-

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tat. L'instruction du procès fat conduite avec nne grande rapidité ; les individus qui avaient eu quelques rapports avec le coupable furent recherchés, interrogés, et ou ne lui trouvait point de complice*, l>ien qu un certain L.ort>ierps, son ami, connu par l'exaltation de ses idées, parût avoir eu connaissance de ses projets , mais sans les approuver. Dan* sa prison, Alibaud crut devoir rédiger une théorie île l'assassinat politique, prévoyant bien que la défense de son avocat se placerait sur un autre terrain. Il commença devant la cour la lecture de ce plaidoyer : il s'y posait fièrement en Romain, en Bmtus I La répulsion énergique, universelle, qu'il ne pouvait manquer de soulever en développant de pareils principes, l'empêcha de continuer; la parole lui fut retirée. Il voulait remettre le manuscrit à son défenseur ; le président exigea qu'il fût iléposé au greffe comme pièce tlu procès. Cependant après une réponse du procureur-général à la défense, Alibaud obtint l'autorisation de reprendre sa lecture, à la condition qu'il omettrait le passait consacré à l'apologie du régicide ; mais la suite de ce mémoire était tout entière inspirée par les mêmes doctrines, et la cour ne pouvait consentir à l'entendre. Elle entra immédiatement en délibération, et prononça la peine du parricide. L'attitude que le condamné avait prise dans les délits ne lui permettait j»s d'user du droit de recours en grave ; il repoussa les conseils qni lui furent adressés à ce sujet par les personnes qui rapprochèrent. Seulement, au nom de sa famille, son défenseur avait rédigé une demande en commutation de peine qui a\ait peu de chances de succès, et fut, en effet, rejetée. I-e 9 juillet an soir, l'aumônier de la chambre des pairs se présenta au condamné et fut accueilli assez froidement. Néanmoins, suivant la version des principaux organes de la presse, contestée par un seul journal, Alibaud consentit à se confesser. Le jour de rexécution, de grand matin, l'aumônier était à ses côtés. Pendant la toilette funèbre, le condamné ne perdit point la fermeté qu'il avait jusqu'alors montrée. Ayant demandé à boire, il craignait, disait-il, qu'on n'eût glissé dans son verre quelque drogue narcotique, pour hii ôter l'apparence du courage : son confesseur le rassura. Alors Alibaud, se jetant dans les bras du prêtre, lui recommanda, s'il passait dans le pays de ses parents, de leur déclarer qu'il mourait pour la liberté. « Oui, je meurs pour la république, ajon- « la-t-il : je répète que je n'avais point de complices ; « je démens tout ce que le procureur général a déi. bité sur ma \ic privée, mes habitudes et mes «• nxrurs; je suis aussi pur que Brutus et Sandt « comme eux, j'ai voulu la liberté de mon pays. » En présence de l'échafaud, pendant les préparatifs suprêmes, sa fermeté ne faiblit point. « Faul-il a donc, dit-il, tant de cérémonie; pour conduire un « homme à l'échafaud ? » Lorsqu'on lui ôta le voile noir, il répéta qu'il mourait pour la lilierté, pour le peuple et pour l'extinction de la monarchie, t'-c furent tes dernières paroles. Alibaud avait été poussé au crime par une nature pervertie et par de fausses

il îivjiil ensuite

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élevé sur la théorie de l'assassinat «rt piédestal d\>ù il espérait attirer les regards; mais il ne put exciter (m'Hue profonde horreur, et ne parvint pas même à se faire accepter comme fanatique. — On peut r»n«-

su n pi les jOiiinaM* un ipiop*, Ci t ^n^w ru— htmo/i— que wiivmrl pour tKW. H. 1* — e»

ÀLIItERT (Jeaiv-Lovîs), médecin célèbre, né a ViHefranche, dans l'Aveyron, le <2 mai ITW, fut élevé sous les yeux de son pire, conseiller dn roi an présidial dn Houergue. Apres avoir terminé ses humanités, il entra, avec, son compatriote et condisciple Laromiguièns che* le* père* de la doctrine c inviirinic. i/jcwpic la rt viMiioofi unniimi nue continuation , il demeura quelque temps incertain de la route qull devait prenthre; du reste, se tenant è l'écart du grand mouvement qui changeait la face des institutions de ta France, il continua «Térodîer les telles-lettres, qui n'avaient plus pour se faire entendre, que quelques Voix mourantes. La création de l'école normale sembla devoir décider de nouveau sa carrière. Il y fut envoyé, avec Son ami Laromiguière ; mais la chvmre préntartn'éè de cette brillante école dérangea encore ses projets. Tonte»fois, d s y était lté avec deux médecins, honneur de la philosophie et des lettres, Cabanis et Roussel, dont la fréquentation lui inspira un goût fres-vif pour l'art de guérir. Il suivit donc les cours *e l'école de santé, obtint le titre de docteur en 1799, et, de concert avec son ami Biehat, fonda la société roédicalê d'émulation, dont il devint presque aussitôt le secrétaire général. Divers articles insérés dans les Mé* moires de cette société, des étages historiques qui lui valurent l'estime et l'amitié de Bernardin de S*- Pierre , une traduction du traité italien de Pasta «ir b* perte* <f< MHo thet Ut femme* enfeiniet, une nouvelle édition du traité de Roussel tut h tyttènte physique et moral de ta femme , enfin quelques binette* littéraires, assefc faibles d'ainéms, et dont, plus tard, il n'aimait pas qu'on rappelât le souvenir, mi valurent une certaine réputation, qu'il accrut bientôt par des ouvrages d>ane phis haute portée. Sous le directoire et l'empire, il ne remplit d'autres fonctions publiques que celles de médecin à l'hôpital St-Louis ; mais, à lYpoqne des revers de la France, l'occasion «'étant présentée d'entrer à la cour, fi fa saisit avec empressement, et devint médecin ordinaire de Louis XVHI, après la mort duquel il conserva le même vitre auprès de son successeur. Ij faculté de médecine lui confia aussi une chaire de matière médicale. Les conséquences des journées de juillet, qui froissaient ses intérêts et surfout sa vanité, furent mal accueillies de lui ; cependant il paraissait avoir pris enfin son parti du renversement de sa plus chère espérance, celle de devenir premier médecin du chef de l'Etat, lorsqu'une mort inattendue l'enleva le fi novembre 1857. On prétend, mais le fait est resté enveloppé de mystère, qu'une violence qui l'aurait amené, sous peine de la vie, a signer des engagements pécuniaires assez considérables, violence venant de la part d'une femme qu'il avait aimée autrefois, aurait fait tant d'impres- I sion sur lui, qu'il n'y put survivre que quelque»

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joui*. Son portrait moral a. été peint, *v«o autant 4e Write que de bonheur, par M. Pariset, à qui nous empruntons le passage suivant : « Doux avec « les siens, inoffeusif et serviable envers tous, jamais « une parole de lutine, jamais un acte de vengeance, « même la plus juste, ne lui est écliappé. Pardonner, « oublier les injures est le comble de la modération, « et cette modération, il l'avait, même sans qu'il y « songeât. Quelle tendresse il témoignait à ses iuao lades S et a quel point il a porté la biettfaisauce I a Sa maison était le refuge des malheureux. On l'a a vu nourrir à la fois deux ou trois serviteurs sans « place, qui attendaient du travail. Une veuve sans « fortune a trouvé dans sa maison, pendant vingt « années, un asile et du pain. Découvrait-il un « artiste, (fuelque nomme de lettres dans le dcnùment , « il leur faisait remettre, par des mains inconnues « et sous des noms supposés, des sommes considé- « râbles ; ou, s'il les obligeait directement, si, pour « ménager leur fierté délicate, il consentait à rece- • voir des billets signés d'eux, ces billets étaient a sur-lfroliamp ou jetés au feu, ou déobirés, froissés, « mutilés, rendus nuls. » Ses ouvrages, nombreux, étendus et variés, sont ; 4 e Dissertation sur kt fièvres pernicieuse* ataviques intermittent**, Paris, 1770, in*a°. C'est le programme de la monographie qu'il a publiée plus tard sous le titre de ; Traité de* fièvre* intermittente* pernicieuses. Paria, tHOt, in-8", et qui a eu quatre éditions, dont la dernière en I si £». Cet ouvrage a servi et sert encore de guide aux praticiens dans une branebe de la pyrétologie qui est loin d'avoir fait des progrés comparables à ceux de quelques autres parties do la science des maladies aiguës. 3* Description des maladies d* la peau observée* à tMpilai Si- Louis, et exposition des

M< Mtt'urvx HMiniKfr* suivies ptiur it. Mi il tmrmi ni .

Paru, 1H06- tK-D), in-fol.. avec cinq cents plancbes gravées et coloriées au pinceau. Peu de livres ont joui d'une plus grande célébrité que celui-là ; aucun autre traité sur le même sujet ne peut être mis en parallèle avec lui pour la beauté des ligures, la fidélité des descriptions, le nombre et la vivacité d'un style plein d'image*. Cependant il a le défaut de tous les ouvrages de luxe, celui d'être à portée d'un très-petit nombre de personnes, et \mv cela même il a exercé peu d'influence. On a reproché avec raison aux planches de ne représenter qu'une des périodes des inflammations dont elles sont destinées à donner l'indication, d'où il suit qu'elles ne sauraient procurer une idée exacte de maladies qui, dans leur évolution, parcourent des formes parfois très- différentes les unes des autres. 8* Eléments de thérapeutique et de matière médicale, Paris, 1814, in-80. Une cinquième édition a paru eu 18*28, en S volumes. Lorsqu'Alibert publia ce travail, il s'agissait de donner une base fixe et rationnelle à une étude obscurcie par d'éternelles divagations, et devenue l'arène stérile de l'esprit de secte. Lo problème consistait à porter l'ordre et la lumière là où régnaient depuis des siècles l'arbitraire et la confusion. L'auteur en donna une solution fort heureuse pour l'époque. L'un des premiers il eut l'heureuse idée de porter le flambeau de

au m

la physiologie dans la thérapeutique; malheureuse-*

ment la saine physiologie ne faisait encore que de naître. Le traité de matière médicale a été beaucoup tu, parce que persoime ne possédait à un plus haut degré qu'Alibert le talent d'éviter les détail* arides et de rendre la science aimable ; mais il est peu connu aujourd'hui, car l'éclat d'un style élégant ne suflit pas pour sauver de l'oubli, dans une science comme

chaque nouveau venu trouvant incessamment à y récolter, parce que le fonds en est inépuisable. 4° Prient théorique et pratique sur (es maladies de la peau, Paris, 18»(M8I8; 8» édition, 182*, 8 vol. io-8°. SP Eloges de Spallamani. de Galvani et de Houssel, suivis d'un Discours sur les rapports de la médecine avec h* Hienoes physiques et morales, Paris, 1806, in-8°. Ces quatre qiuscules avaient déjà paru, le discours et les deux premiers éloges dans les Mémoires de la société nvédicale d'émulation ; l'éloge de Roussel, dans l'édition des enivres do ce médecin. Les éloges d'Alibcrl sont à la fois des mémoires précieux pour servir à l'histoire des sciences, et des modèles qu'il serait difficile de surpasser. 0" I*hysioltigie de* passions, ou nouvelle Doctrine des sentiment* moraux, Paris, 482S, 3 vol. in*1; 5» édition, 1857. Cet ouvrage est rcmarquattle, en ce que l'auteur s'est at larbé à peindre les passions non moins en physiologiste qu'en philosophe. Jadis Cureau de la Chambre, premier médecin de Louis XIII, avait tracé, mais d'un pinceau lourd et sans grâce, l'histoire des affections do Pâme , des sentiments moraux et des passions qui embellissent et tourmentent à la fois noire vie. Comme lui, Atibert vivait sur le vaste théâtre des sentiments les plus opposés, des passions les plus actives, des affections les plus variées ; mais U avait de ]dus que lui Unis les trésors d'une philosophie plus épurée, d'une physiologie établie sur de meilleurs fondements, et d'une plume aussi brillante que facile. Son livre u'épuisc pas le sujet, assurément ; mais on y trouve une étude de l'Itomiue moral feite sous un point de vue nouveau, et au moyen d'un ensemble de connaissances qui ne se rencontre guère Iwrs de la médecine. L'auteur semble avoir été inspire par cette pensée de Dosearte», nue, s'il y a un moyen de rendre les hommes meilleurs, c'est dans la médecine qn'il faut rechercher. Personne ne jugeai tl'liomme individuel avec autant de rapidité qu'Alibert; mais, toujours plus indulgent ot plus sage à mesure qu'il connaissait mieux l'humanité, s'il observait les faiblesses humaines, c'était |>our les raltaclier à des observalions générales, et jamais pour tracer des portraits qui pussent ressembler à quelqu'un. 7° Précis historique sur les eaux minérales le» plus usitées en médecine, suivi de quelques renseignement* sur les eaux minérales e rotiques, Paris, 1820, iu-8". L'étude des eaux minérales est plus embarrassante que celle d'aucune autre |aiissancc thérapeutique, à cause de la ilifllculté d'évaluer avec prévision l'influonee des divers agents physiques sur l'organisme humain, dans l'impuissance où Ton est de séparer chaque fait observé des causes qui lui sont étrangères. Tant de

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circonstances nouvelles ou imprévues interviennent dans leurs effets, et y occupent une si grande place, qu'il semble qu'un voyage aux eaux soit beaucoup moins un but qu'un prétexte. Cependant les malades qu'on y envoie ont, en général, par leur éducation et leur position sociale, plus d'esprit et de curiosité que le vulgaire des hommes; l'oisiveté les porte bientôt à s'enquérir des doctrines médicales, et dès lors ils ne consentent plus d'aussi bonne grâce à guérir sans savoir comment ils guérissent. Voilà pourquoi les médecins de profession, qui, pour conseiller l'usage des eaux, n'avaient pas attendu de comprendre ce qu'ils faisaient, ont été forcés de l'expliquer sans le comprendre. Alibert a tenté d'éclairer à la fois les médecins et les gens du monde sur l'action des eaux minérales. S'appuyant sur un ensemble de principes devant lesquels l'empirisme reculait et recule encore chaque jour, il ouvre des routes nouvelles aux praticiens qui ne se croient pas débarrassés de toute responsabilité envers les patients qu'ils envoient aux eaux. Quant aux gens du monde, il leur donne des conseils qui les prémunissent contre les exagérations de la cupidité , les préjugés de la routine, le goût des plaisirs tumultueux et des émotions vives, dans un séjour où l'on a plus besoin qu'ailleurs de calme et de silence, et où la simplicité des habitudes entre pour moitié au moins dans le soulagement des maux du corps. Nous n'avons point encore de meilleur guide pour les eaux minérales. 8° Nosologie naturelle, ou les maladies du corps humain disposées en familles, Paris, 1827, in-4°, avec planches coloriées. Le style est le seul mérite de cet ouvrage, malheureux essai d'une application à la médecine de la nomenclature binaire par laquelle Linné a tant serv i l'histoire naturelle. Le second volume n'a jamais paru, et personne ne l'a regretté. 9° Monographie des dermaloses, ou Précis théorique et pratique des maladies de la peau, Paris, 1835, 2 vol. in-8°. Alibert avait le faible d'aimer les mots nouveaux, et il en a créé un grand nombre, qui ne sont même point passés dans les lexiques spéciaux. Cependant on doit au moins lui rendre cette justice que son néologisme ne heurtait ni la grammaire ni l'oreille, comme celui de quelques-uns de nos contemporains, qui, affectant une prédilection toute particulière pour la langue grecque, dont ils ne connaissent pas même les éléments, sont parvenus à tirer du plus harmonieux des idiomes une foule de noms capables d'effrayer le plus robuste tympan. J— d— ».

ALIRRAI. Voyez Dambrai.

AL1RRAND0 (Fn a nçois), jurisconsulte sicilien, vivait au 17' siècle. 11 publia quelques ouvrages savants de sa profession. On lit aussi quelques-unes de ses poésies dans les recueils de l'académie délia Fucina, établie à Messine, et qui publia, pendant ce siècle, plusieurs volumes de prose et de vers. G— B.

ALIDOSIO H, d'Imola, fils ou neveu de Petro Alidosio, surnommé Pagano, était arrièrc-petit-(ils d'Alidosio 1", qui vivait en 1207, cl que l'on croit issu d'Uala, frère de St. Romuald, de la famille des Onesti. Pierre Pagano, l'un des nobles les plus

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puissants d'Imola, s'était emparé du gouvernement de cette ville en 1272 ; mais, n'ayant pu s'y maintenir qu'un an, elle était retournée sous la domination des Rolonais. Alidosio II fut plus heureux. Aidé par Haynard Pagano, il s'empara de nouveau d'Imola, en 1292, et y établit si bien son autorité, que ses descendants s'y maintinrent jusqu'en 1424. On ignore l'époque de sa mort. — Lippo et Gui Alidosio, ses deux lils, associés à l'autorité de leur père, continuèrent de gouverner conjointement, et reçurent ensemble, en 1351, du pape Clément VI, l'investiture d'Imola, à titre de vicaires de l'Eglise. Depuis celte époque, ils restèrent guelfes fidèles, et furent toujours protégés par les papes. Lippo laissa un fils unique, Robert, deuxième seigneur d'Imola, qui résista avec succès aux Visconti, seigneurs de Milan, et laissa deux (ils héritiers de sa valeur. — Azzo, troisième seigneur d'Imola, se distingua dans presque toutes les affaires de son temps, et mourut en 1373, ne laissant qu'une fille mariée à A mural h Torelli, seigneur de Ferrare, frère du célèbre Gui II, premier comte de Guastalla. — Bertrand, quatrième seigneur d'Imola, connu par la bataille qu'il avait gagnée, en 1330, sur les Mantouans, succéda à son frère Azzo, le 7 septembre 1573, et mourut en 1399. — Louis, son lils unique, cinquième seigneur d'Imola, régna quelque temps paisiblement, aimé de ses sujets et de ses trois enfants, Thiébaud, Jean et Lucrèce. 11 avait marié cette dernière à George Ordelaffl, seigneur de Forli, qui mourut en 1422, laissant son lils en bas âge, sous la tutelle de Philippe-Marie Visconti, duc de Milan. Lucrèce, s'apercevant des mauvais desseins du tuteur, envoya son lils à Louis Alidosio. Le duc, mécontent de cette conduite et de ce que Louis venait de faire une alliance avec les Florentins, euvoya un corps de troupes contre la ville d'Imola, où un transfuge les introduisit pendant la nuit. Le malheureux Louis Alidosio, surpris, fut conduit avec son lils ainé à Milan. Jean, son second (ils, seigneur de Castel de Rio, écliappa et continua la postérité des Alidosio. Le duc lit enfermer les deux prisonniers au château de Monza, et ne permit à Louis d'en sortir que pour se faire bénédictin. Ce prince malheureux linit saintement ses jours dans cet ordre, à Modène, et la seigneurie d'Imola sortit pour jamais de la famille des Alidosio. X.

ALIGH1ERI (Dante). Voyez Daxte.

ALIGNAN (Renoit), né à Alignan-du-Vent, village à six lieues de Pézenas, à la lin du 12* siècle, d'une famille noble, fut élevé dans un monastère de bénédictins, et prit l'habit de cet ordre; en 1224, il était abbé de la Grasse, dans le diocèse de Carcassonne. 11 rendit de grands services à Louis VIII dans la guerre des Albigeois, et contribua beaucoup à lui soumettre les villes de Réziers et de Carcassonne, qui prêtèrent serment de fidélité entre ses mains. En 1229, il fut fait évêque de Marseille; mais il n'oublia jamais ses vnmx monastiques, et se nomma toujours frère Benoit, éréque de Marseille. Dès l'année 1226, le pape Grégoire IX le chargea de la réforme des moines noirs (c'est ainsi qu'on appelait

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les bénédictins) de la province de Narbonne. Lorsqu'il arriva à Marseille en 1229, les habitants étaient divisés en deux partis, à l'occasion de droits seigneuriaux qu'ils avaient rachetés , et auxquels des moines prétendaient ; Align ai termina ces différends. Quelques années après, il voulut persuader à ces mêmes habitants de rétablir cette même seigneurie qu'ils avaient éteinte ; cette seule idée indigna les Marseillais , et les indisposa tellement contre leur évêque, qu'il se croisa et partit, en 4239, pour la terre sainte, avec Thibaut, roi de Navarre et comte de Champagne. Lorsque les croisés revinrent, Alignan resta en Syrie ; et, par ses éloquentes exhortations aux pèlerins, les décida à rétablir la forteresse de Saphet, pour couvrir le pays jusqu'à St-Jeand'Acre. 11 en posa la première pierre, après avoir dit la messe au lieu même. Lorsqu'il vit le fort dans un parfait état de défense, il songea à revenir dans son diocèse : il y était en 1242. Il assista, en 1215, au concile de Lyon. La paix était rétablie entre ses diocésains et lui. 11 s'occupa d'un traité de théologie qu'il avait commencé en Syrie, et qu'il dédia au pape Alexandre IV : Tractalut fidei contra diversos erroné super titulum de summa Trinitaie et fide calholica in decretalibui. Le manuscrit de la bibliothèque royale, outre ce traité, en contient YKpilome, une Exposition de t' Oraison dominicale et de la Salutation angilique, et un opuscule sur les dîmes. Baluze a publié, daas le tome 6 de ses Miscellanea, la préface de ce recueil et l'opuscule sur les dîmes. On trouve, dans un autre manuscrit de la bibliothèque royale, une lettre d'AUgnan au pape Innocent IV : de Rébus in terra saneta gestis, insérée au tome 7 du Spicilegium d'Achery. Alignan, occupé de la publication de ses ouvrages, et retenu d'ailleurs par la tenue du concile de Valence, ne put accompagner St. Louis, qui s'embarqua à Aigues-Mortes pour sa première croisade, en 1248. Ayant eu de nouvelles contestations avec les Marseillais en 1260, il (tarait que cette circonstance le décida à retourner en Palestine. Ce voyage n'eut rien de remarquable, et ne dura que deux ans. En 1264, Alexandre IV chargea Alignan de prêcher une nouvelle croisade. 11 ne restait aux croisés que le fort de Saphet, qui fut bientôt rendu, parla trahison et l'apostasie du commandant, nommé Léon. Alignan, après avoir prêché cette croisade qui préparait la seconde expédition de St. Louis, voulut expier ce que sa vie avait eu de trop mondain. Il mit devoir renchérir sur ses vœux monastiques, et, s'etant démis de son évéché en 1266, il entra chez les frères mineurs, dont la rêgleétait plusaustérequecelle des bénédictins, et mourut en 1268. A. B-t.

AL1GRE ( lvntvNE d' ), chancelier de France, originaire de Chartres, cuit, en 1587, président au présidial de cette ville, et devint ensuite conseiller au grand conseil, et intendant de la maison de Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui le nomma tuteur honoraire de son fils. La réputation qu'il devait a ses connaissances et à son intégrité l'avait fait désigner, par Henri IV, pour la présidence du parlement de Bretagne ; mais Louis XIII le fit entrer dans le conseil d'Etat. Le marquis de la Vieuville, qui

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protégeait Etienne d'Aligre, parvint à nuire, dans l'esprit du roi, au vieux chancelier de Sillery, a qui cependant il était redevable de sa fortune, et Ht donner les sceaux à son protégé, en 1624 ; le vieux chancelier étant mort cette même année, d'Aligre, qui lui avait enlevé les sceaux, fut encore revêtu de la dignité de chef de la magistrature ; mais il suivit luimême la fortune de la Vieuville, que Richelieu supplanta quelques mois après. D'Aligre, privé de son appui, ne resta guère chancelier de France que deux ans. Ce fut à l'occasion de l'emprisonnement du marcclial d'Ornano, gouverneur de Gaston, frère de Louis XIII, qu'il fut renvoyé et exilé. Le jeune prince, indigné de l'insulte faite àun homme qu'il aimait, ayant rencontré d'Aligre, lui demanda fièrement raison de l'emprisonnement de son gouverneur, o Je n'en sais « rien, monsieur, dit le chancelier interdit ; je n'étais « pas au conseil, et je n'ai pris aucune part à celte a affaire. » Ayant fait la même question à Richelieu, ce ministre allier répondit au frère de son maître : « Monsieur, je vous répoudrai autrement que M. le « chancelier ; lui et mot nous avons conseillé au roi « de faire arrêter M. le maréclial d'Ornano, parce a qu'il le méritait. » Le cardinal affecta de blâmer hautement la faiblesse du clwncelier, cl en prit prétexte pour éloigner un homme qui n'était pas sa créature et ne voulait pas dépendre de lui. D'Aligre fui éloigné de la cour, et relégué dans sa terre de la Bivière-du-Perchc, où il finit ses jours, le 1 1 décembre 1655, âgé de 76 ans, laissant la réputation d'un des plus honnêtes hommes de la robe ; mais l'application au travail, la probité et la douceur de caractère n'étaient pas les qualités nécessaires pour se maintenir à la cour où régnait Richelieu. — Etienne d'Aligre, son fils, successivement conseiller au grand conseil, intendant en Languedoc et en Normandie, ambassadeur à Venise, directeur des finances, doyen des conseillers d'Etat, garde des sceaux en 1672, et chancelier deux ans après, mourut estimé, le 25 octobre 1677, à 85 ans. S— T.

ALIGRE { Ehenne—Fha>çois d' ),né en 172..., était d'une famille noble et ancienne, qui s'était distinguée dans le service militaire, et qui, depuis, embrassa la carrière de la magistrature, dans laquelle plusieurs de ses membres ont été revêtus des premières dignités. ( Foy. l'article précédent. ) 11 était président à mortier en 1768, lorsque Laverdy le fit agréer au roi pour la place de premier président du parlement de Paris. On s'étonna de voir à la tête du premier corps de la magistrature un homme encore jeune et célibataire; Louis XV lui-même en fit la rétlexion. Cependant d'Aligre remplit cette place avec distinction ; il prononçait les arrêts d'une manière à la fois claire et précise. Dans le cours dea deux années qui précédèrent la révolution, il fit, à la tète de son corps, plusieurs remontrauces contre les impôts et contre les opérations du ministère, qui lui paraissaient saper les principes monarebiques qu'il défendit toujours avec courage. On cite de lui un trait de caractère remarquable. Au moment où le ministre Necker exerçait le plus d'influence sur le monarque et sur le peuple, et où il s'occupait de la

convocation des états généraux, le premier président supplia le roi tic lui accorder une audience particulière avec ce ministre ; le magistral, >l;w> cette audience, fil lecture d'un mémoire dans lequel il annonçait énergiquenient la uature des événements qui se préparaient, et les dangers qui menaçaient le monarque, l u silence absolu régna pendant et après celte lecture ; et le premier président ne reprit (a parole que pour remettre sa démission, qu'il avait apportée. D'Ormessou de Noyscau lui succéda, en 4788- D'AUgro fut un des premiers Français qui émigrèrent ; il se retira eu Angleterre, où il avait une fortune de 4 millions et demi, placée sur la nanquo de (.ondres. Il repassa sur le ronliueul au bout de quelques années, et mourut a Brunswick, en 1798. Sa première renime, dont il n'eut point d'eufanu, était la dernière descendante de la famille Talon. Il a laissé un fils et une lille de sa seconde femme, sœur de M. Raudry, maître des comptes. K.

ALIMENTES. Voyez CE.NUIS ÀUMtNTl S.

ALINARD ou HALYXAHD, arclicvéque de Lyon, fut dans le II" siècle un des plus illustres prélats de France. Il prit l'habit religieux au monastère des bénédictins de St-Bénigne, à Dijon. Ses parents, qui tenaient aux premières familles de la Bourgogne, le firent enlever de force et promener |>ar dérision avec son liahillemcnt religieux, afin de lui en inspirer du dégoût. Le contraire arriva ; Aliuard alla retrouver sa cellule et fut nouuné nbbé de SMMfkigQA. La sagesse de son administration et la sainteté de sa vie le firent connaître et estimer des rois Robert et Henri I", ainsi que des cm|wreurs d'Allemagne Conrad et Henri Ill.Le siège archiépiscopal de Lyon étant venu à vaquer, le clergé et le peuple de cette ville, qui, faisant partie du royaume de Bourgogne, appartenait à l'empereur Henri, vinrent demander Alinard pour leur archevêque. Le modeste. abl»é refusa jusqu'à ce que le pape Grégoire VI lui eut ordonné d'accepter. Quand il K présenta pour recevoir l'investiture, l'Empereur voulait qu'il prêtât serinent de fidélité; mais Alinard déclara que sa promesse devait suffire, et que s'il fallait jurer il aimait mieux rester abbé. Cette fermeté plut au monarque, qui voulut assister lui-même à la consécration d'Alinard ( 1046). L'Empereur étant allé à Home (1057) prit avec lui le nouvel archevêque, qui, par son affabilité et son éloquence, se fit aimer des Romains, dont il parlait la langue comme s'il fût né parmi eux. Après la mort île Clément H, ils le demandèrent pour pape, mais il se tint caché jusqu'à ce que Léon W eût été élevé sur le siège a|iostolique. A la prière du nouveau pontife, Aliii.tr J se rendit près de lui , il raccompagna en France, il Rome, au Mont- Cassin, et fut employé dans les négociations qui [(recédèrent la paix entre les Normands et les habitants de l'Italie Inférieure. Le pape, devant aller trouver l'Empereur, pria Alinard de rester à Route pour prendre, jusqu'à son retour, part à l'administration des affaires de l'Église, Hugues, qui, pour sa mauvaise conduite, avait été déposé de l'évèchéde Lan grès, était venu à la cour de Rome solliciter sui rétablissement. Comme 11 devait retourner en France, Ali-

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nard, à qui il était venu faire ses adieux., l'invita à diner avec ses couq)aguons de voyage, l u plat, où l'on jeta du poison, fut servi sur la table, et ceux qui en mangèrent nwunirt ul presque tous, sans que l'un connût les auteurs du aime. On ne dit pas que Hugues en ail seulement été malade. Alinard y suocuiulia, le 29 juillet IUC>2, et fut enterré avec de grands honneurs dans l'église île Sl-PauL G— y.

ALU'E. Voyez Au Plis.

ALIPRAN'Dl ( BtoNAUE.vTS ), de Mautoue, mais d'uue famille originaire de Muuza, écrivit, en lerza rima, l'histoire de sa patrie, jusqu'à l'an 1414- Elle n'est recomiuaudable ni par le style ni par la véracité ; cependant il y a plus d'exactitude ilaus le récit des événements dunt l'auteur fut contemporain ; et Muratori en a publié une partie dans le a volume de ses Antiquités italiennes. G — S.

AUSON ( AuuiiBAUi), doyen des ministres do la chapelle de St - l'uni , à Edimbourg, etc. 11 cal l'auteur d'un Entai sur la >uiti<rc et les principes du gadi, ouvrage qui a obtenu un succès constaté par plusieurs éditions. 11 a donne également d'autre* travaux moius connus, un mémoire, lwaucoun de sermons. Le révérend Archibald Alisan est mort en 183», dans la capitula de Y Ecosse, à l âge véuerulue de 82 ans. Y.

ALIX, 4< fille, do Thibaut IV, comte de Champagne, épouse de Louis Y II, roi de France, et invre de Pliilippc-Augusto, a laissé la réputation d'uue princesse accomplie. Elle faisait, par son esprit et ses grâces, l'ornement de la cour de son perc, quand Louis Y 11. devenu veuf, en M Ut, de Constance de Casiille. sa seconde femme, la demanda en mariage. La maisun des comtes de Cliampagnc était alors si puissante qu'elle |<oi tait ombrage au pouvoir royal ; Louis Yll donna eu mariage les deux hlles qu'il avait eues d' Eléonore d'Aquitaine, sa première fenune, aux deux frères de la reine Alix, cl rapprot lia doublement de la courunue des vassaux doul l'aulurité balançait la sienne. Ce monarque n'avait pas eu de fils de ses deux premiers mariages ; Alix fut quauc ans sans lui douuer d'héritier; mais, le 22 août 110a, elle accoudu» d'un fils qui reçut le surnom de Déeit- Donné, parce que les peuples crurent l'avoir obtenu du ciel par leurs prières : il régna glorieusement sous le nom de Philippe-Auguste. Lorsque Louis MI mourut, Alix réclama la régence ; mais son fils, quoiqu'il no fût que dans sa quinzième aimée, voulut gou venter par lui-même, et se montra digue de soutenir une résolution si extraordinaire uourson âge. 11 avait épousé Isabelle de Hainault, fille du comte de Flaudre, dont la puissance surpassait celle des comtes de Champagne; il se servit liabilemeul îles prétentions de son lieau père pour se soustraire à la tutelle dangereuse (pie voulait exercer sur lui la famille de sa mère. Alix se mit à la tète des mécontents; elle appela même à son secours Henri II, roi d'Angleterre; ce qui n'était pas criminel, à une é|H)(|ue ou les rois d'Angleterre, grands vassaux en France par les domaines qu'ils y possédaient, avaient, à ce titre, le droit d intervenir d.ins les affaires de l'État. Philippe ne se laissa point abattre ; par son murage, e» surtout

ALI

par son activité, i I di«*ipa tes mécontents, et Ira i t* avec sa mère, qui craignait autant que lui Je voir augmenter la puissance de» comtes de Flandre. C'est ainsi que Philippe se servit de la jalousie de deux maisons redoutai**, pour te soustraire à leur domination ;

un nriwr* de

et qui annonça tont ce qu'il devait être un jour. Lorsqu'il eut formé la résolution d'aller rtmtbaltre dans la Palestine, il assembla les grands de l'Ktat, et, de leur consentement, il nomma, m ll'.m. Alix tutrice de l'héritier dn troue, et régente du royaume. Klle gouverna avec douceur et sagesse, et die résista avec fermeté aux prétentions du pape. Elle mourut t ans, ic 4 juin nom, respectée «es granus, et sincèrement regrettée des peuples. On voyait son tombeau ilam l'abbaye de Pontigny, en Bourgogne, fondée par son père. — L'histoire fait mention de plusieurs autres princesses du nom "d'Alix : l'une, fille de Henri le jeune, comte de Champagne, devint reine de Chypre, ayant épousé Hugues de Lusignan, et ensuite Bohémond IV , prince d'Autriche ; elle mourut en i 246. — L ne autre époHsa Bertrand, mute de Ton km ne. — Lnc antre, femme de Jean de ChatiHon, comte de Blois, lit, avec son époux, le voyage de la terre sainte. — Une, héritière de Bretagne, fut mariée a Pierre de Dreux, dit Mavrterc. — Deux flHesde I/mis VII portèrent aussi ce même nom ; la première fnt mariée à Thibaut, comte de Blois, et la seconde, fiancée d'abord à Richard d'Angleterre, Ait la cause ou le prétexte de la guerre civile qui éclata entre ce prince et Henri 11, son père. { Voy. Heptri H et Richard. I De retour d'Angleterre, où elle avait été envoyée, Alix épousa Guillaume, comte de Ponthicu. F — E.

ALIX (Pieuke), né à Dole en IflOO, nommé abbé de St-Paul de Besançon en 1652, et ensuite chanoine de l'église St-Jean de la même ville, défendit avec courage, contre le pape Alexandre VII, les droits de son chapitre touchant l'élection des archevêques. Il publia à ce sujet plusieurs petits ouvrages : Procapituho imperiali Bisunlino, super jure eligcndisunsarchiepiscoposctdecanos, Commentarivs, Besançon, 1672, in-4°; Befutatio script i Borna nufer trantmitti contra jura capituli Bisuntini, in- 4°; Synopsis rerum gestarum circa decanatum majorent efclesia metrapolilanœ Bisunlino', ab anno 1661 ad arrnum 1667, in-4°; Dialogue entre Porte-Noire et le Pilori, in-4*. Ce dialogue satirique fut censuré par le P. Dominique Vemerey, inquisiteur à Besançon. L'abbé Alix lui répondit par une brochure intitulée : Eponge pour effarrt la censure du P. Dominique Yernerey, etc., in-4'. Ce petit ouvrage, cent avec beaucoup de force, est fort "rare, ainsi que tous ceux du même auteur. Le P. Lelong, dans sa Bibliothèque historique de la France, lui attribue une Ilittoire de f abbaye de St-Paul, manuscrite. Ses connaissances ne se bornaient pas A celles de son état; il avait étudié le» mathématiques avec succès, dans un temps où cette science ne menait ni à la considération ni à la fortune, et il avait composé plusieurs traités d'algèbre qui se sont perdus. H mourut le 6 juillet 1«76. — Hequet Aux, son frère, avocat au parie-

Aï!

ment de Pôle, a fait imprimer quelques funèbres, et le Panégyrique de J.-J. Jfcmvabrf, i vniier, président du comté de Bourgogne, Besançon, 1667. in-4°. W— s.

ALIX ou ALI.IX (Thierrï), seigneur de Véconcourt et de Force! tes. conseiller d'Ktat et président de la chambre «les comptes de lorraine sous te règne de Charles III, naquit en Lorraine en 1554. On ignore tes circonstances de sa vie politique : on sait seulement qu'il s'est acquitté avec honneur de missions importantes dans les principales cours de l'Eurojie, et qn'il a mis en ordre et classé le trésor des cl fartes ducales. Ses ouvrages, restés manuscrits, sont précieux en ce qu ils présentent d'une manière fort exacte l'état du nord -est de la France au 16e siècle. D. Lalmet les a très-souvent consultés. Voici leurs titres : I» Traité sur la Lorraine et le Barrait . 2" Jhtcourt tur le comté de Vaudrmonl. 5" Discourt sommaire sur la nature et qualité du comté de Bitcke. Alix cherche à établir dan- cette dissertation que la seigneurie de Bitdie est fief lige relevant do duché de Lorraine, auquel elle a été réunie en 1*75. 4° Discourt prr tenté de la part du duc Charles III au sujet de la tique, pour persuader aux état» at-

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JWTHOTf1» « / fIT I S 0 CilTX ptlWT lin WTI yrTTWCC «< M» WfUÏ-

sr>n de Lorraine. 5* Histoire des pays et duchés de Lorraine, avec dénombrement des villes, bourgs et châteaux, terres et seigneuries, bai titanes, prévôtés, chètellewies. collégiales, abbayes, prieurés, couvents*

qui y sont

et en dépendent, et des mines d'or et d'argent et autres ; des rivières, montagnes, verrerie*, raretés, singularité», qui te rencontrent audit pays. Cette curieuse statistique, rédigée en 1550, devait être enrichie d'une carte fort détaillée, conm>encée par te Célèbre Gérard Mercator et achevée par Alix; mais la mort de cet écrivain, survenue en 1S©7, à Nancy, lorsqu'il se disposait à publier te fruit de ses immenses recherches, nous priva d'un ouvrage ir cessant, dont les copies sont aujourd'hui fort — Cuny Aux, frère du précédent, chanoine et prand prévôt de St-Diez, a été le précepteur des entants de Chartes III. B— ».

ALIX (FemmmaM)), né en 1740 à Frasne, bailliage de Pontariier, rat élevé par un de ses oncles, curé de Bore y. Ayant achevé ses études an collège de Besancon , il sollicita son admission dans l'institut des jésuites. La faiblesse de sa «anté ne lui ayant pas permis de supporter les rigueurs du noviciat, il revint à Besançon se préparer par un cours de théologie à recevoir les ordres sacrés. Placé comme vicaire chez l'oncle qui avait été son premier instituteur, il lui succéda dans l'administration de la paroisse de Borey, en 4785. Son refus de prêter te serment exigé des ecclésiastiques en 1791 l'obligea de quitter sa cure ; mais il se tint dans te voisinage, pour être plus à portée de donner à ses paroissiens tes secours de son ministère. Il ne consentit à s'éloigner que lorsqu' on lui eut démontré qu'il exp osait inutilement sa vie. Dans l'asile qn'il avait trouvé sur les frontières de la Suisse, H composa plusieurs ouvrages destinés à prémunir ses

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paroissiens contre le schisme, et il parvint à les répandre dans tout le diocèse. Rentré dans sa famille, après trois ans d'exil, il y resta jusqu'au concordat de 4802. Nommé curé de Vercel, il y mourut le 4 février 1825, regretté pour sa charité, sa piété et sa tolérance, On a de lui : 1* Le Manuel de% catholiques, ou recueil de divers entretiens familiers sur la religion; 2° les Impies modernes; 5° le Dernier Prône d'un prêtre du Jura. Ces trois ouvrages ont été imprimés en Suisse de 1794 à 1796, in*0. Le premier fut réimprimé à Besançon, en 1802. W — s.

ALIX DE SAVOIE. Voyez Aoécaïoe.

ALKEMADE ( Cornélius van ) , savant antiquaire hollandais, né en 1654, publia un grand nombre d'ouvrages pleins de recherches, malgré les soins qu'exigeait son emploi de premier commis des convois et licences de Rotterdam. Il débuta, en 1 609, par une dissertation sur les tournois, dans laquelle il traite des cérémonies usitées à la cour de Hollande, sous les premiers comtes. La troisième édition de cet ouvrage, publiée en 1740 sous le titre de Verhandeling over't Kamprecht, par Pierre van der Schelling, gendre de l'auteur, a été augmentée d'une dissertation sur l'origine, les progrès et la cessations des tournois et combats singuliers. Alkemade fut ensuite l'éditeur de la chronique riraée de Melis Stoke, intitulée : Ilollandscke Jaarbaken of Rymh'ronyk ran M. Stoke, Leyde, 1699, in-fol., contenant l'histoire de la Hollande jusqu'en 1337, avec les portraits de tous ses comtes, gravés d'après les anciens tableaux des carmélites de Harlem. Un an après, ce laborieux savant publia Munstpiegel der Graven van Bolland, etc., Delft, 1700, in-fol. C'est un recueil chronologique des monnaies frappées sous le règne des comtes, depuis Floris III jusqu'à Philippe II. Dans sa préface, l'auteur traite des privilèges monétaires sous l'ancien gouvernement. L'ouvrage qu'Ai kcmade mit au jour ensuite concerne les coutumes pratiquées dans les inhumations : Inleiding lot het ceremonieel der Begraafnissen en der Wapenkunde, Delft, 1713, in-8*; ce n'est, selon l'auteur lui-même, qu'une esquisse destinée à engager les amateurs à des recherches plus profondes. Alkemade rendit encore un plus grand service à ses compatriotes, en publiant ses Nederlandsche Displechtigheden, 1732, 3 vol. in-8' ; ouvrage extrêmement curieux, tant à cause des reberches auxquelles l'auteur s'y livre sur les usages des anciens Hollandais dans la vie civile, que par le grand nombre de ligures dont il est orné : ce livre instructif, qu'Alkemade n'a pas eu le temps d'achever, a été complété et publié par son gendre. Il écrivit aussi : Jonker Fransen Oorlog ; c'est un récit curieux de tout ce qui s'est passé dans la guerre singulière entre le parti desHocksen et celui des Kabbeljamvsen, a Rotterdam, pendant les années 1488 et 1489. Il contribua aussi beaucoup aux deux éditions corrigées de Katxcijkse Oudheden de Pars. Alkemade termina sa carrière littéraire par une description de la ville de Rrill, Rotterdam, 1729, in-fol., et il mourut en 1737, à l'âge de 83 ans. Il est du petit nombre des antiquaires qui ont su présenter sous des

formes intéressantes les résultats de leurs travaux. D — c.

ALKENDI. Voyex Alcmndls.

Al. KM AH (Henri n') a passé pour l'auteur d'un poème en vieux langage allemand, très-fameux en Allemagne, et dont le litre est Reineke de Voss, ou Rainierle Renard. C'est une espèce d'apologie d'une contexture particulière, contenant une critique, souvent très-plaisante et pleine de sel, des divers états de la société, tels qu'ils étaient dans le moyen âge, pendant le régime féodal. Tout ce qu'on sait d'Alkmar, c'est qu'il vivait vers l'an 1470, et qu'il fut gouverneur d'un duc de Lorraine. En 4498, parut & Lubeck la première édition que l'on connaisse en vers rimes du Reineke : elle fut réimprimée fort souvent à Rostock, à Francfort, à Hambourg. C'est dans la préface de celte édition que se nomme H. d'Alkmar; et, comme elle a passé longtemps en Allemagne pour la plus ancienne, ce personnage a passé aussi pour l'auteur du poème. Cependant il se trouve, dans la bibliothèque de la ville de Lubeck, un exemplaire d'un ouvrage du même titre, et presque du même contenu, mais moins étendu et en prose, imprimé à Delft, en 1485; on a même découvert une édition plus ancienne, faite à Goudes ou Tergow, chez Gérard Leew, en 1479. Ces deux anciens Reineke sont entièrement semblables, et écrits en dialecte hollandais, ou flamand, qui diffère peu du dialecte frison, wcsphalien et bas-saxon. Il parait donc qu'Alkmar a simplement versifié et étendu les Actions de ces anciens Reineke. En effet, il dit luimême, dans la préface citée, « qu'il a traduit le pré- « sent livre du welche et du français. » On ne sait trop ce qu'il entend par la langue welche ; mais comme il désigne le français, son témoignage est d'accord avec les fait connus, et avec l'opinion exposée par Legrand d'Aussy, dans les Notices et Extraits des manuscrits de la bibliothèque du roi ( t. 5, p. 249), savoir : « que le poème du Renard est « d'origine française, 'et que le premier auteur de « cette facétie fut Pierre de St-Cloud, qui écrivit «au commencement du 13* siècle un Renard en « prose ; que le poëme rimé du même nom ( le « Nouveau Renard) , que publia Jaquemars Gélée « ou Giellée, à Lille, vers la lin du même siècle, « n'en est qu'une imitation. » On doit cependant observer qu'il se trouve plusieurs traits semblables a ceux du Reineke dans les poètes allemands du 12e etf du 13* siècle, d'où l'on pourrait inférer que le fonds primitif de l'apologue est d'origine allemande, et plus ancien que l'ouvrage de Pierre de St-Cloud. Cet apologue a toujours eu une grande vogue en Allemagne ; mais il n'a pas obtenu autant de succès en France, où il a cependant été traduit. Entre les nombreuses éditions allemandes, on distingue celle du grammairien Gotschcd, avec une introduction, une interprétation et des planches. Le célèbre Goethe n'a pas dédaigné de rajeunir le texte, et de le paraphraser en hexamètres. Le poème de Reineke a d'ailleurs été traduit dans la plupart des langues, en latin , en italien , en danois, en suédois , en anglais; on cite une édition en anglais, dés

ALL

l'an 1481, donnée par William Caxton, à Westminster. La traduction latine de Schopperus est Tort élégante, et a été réimprimée souvent. Dreyer, syndic de Lubeck, a fait un ouvrage curieux sous ce titre : de l'usage qu'on peut tirer de l'excellent poème Rainier le Renard, pour l'élude des antiquités du droit germanique, 1768, 1 vol. in-4*. V— s.

ALLACC1 (Léon), en latin Allatils, l'un des plus savants littérateurs italiens du 17" siècle, était né, en 1586, dans l'ile de Chio, de parents grecs schématiques; mais il fut transporté dès l'âge de neuf ans en Calabre, où il commença ses études : il se rendit à Rome en 1600, et, après les avoir Unies, il y obtint plusieurs emplois. Le pape Grégoire XV l'envoya en Allemagne, en 16*22, pour faire transporter à Rome la bibliothèque de Heidelberg, dont l'électeur de Bavière avait fait présent à ce pontife. Le cardinal Fr. Barberini le lit ensuite son bibliothécaire. Enlin, il fut nommé, en 1661, bibliothécaire du Vatican. 11 mourut au mois de janvier 1669, âgé de 85 ans, après avoir fondé plusieurs collèges dans l'Ile de Clùo, sa patrie. ■ C'était, dit le P. Ni- « ceron, un homme laborieux et infatigable, doué « d'une mémoire prodigieuse, et qui savait beaucoup « en tout genre d'érudition ; mais il manquait de

* justesse et de critique, et l'on remarque dans ses « ouvrages beaucoup plus de lecture et de savoir, a que d'esprit et de jugement. » 11 vécut dans le célibat, mais sans vouloir s'engager dans les ordres. Alexandre VII lui demandait un jour pourquoi il ne voulait pas les recevoir, a C'est, lui répondit Allacci, « pour pouvoir me marier quand je voudrai. — Mais, « reprit le pape, pourquoi donc ne vous mariez-vous

* pas? — C'est, répliqua-t-il, pour pouvoir prendre « les ordres quand la fantaisie m'en viendra. » L'n trait minutieux fait voir combien il était constant dans ses habitudes. On assure qu'il se servit, pendant quarante ans, de la même plume, et que, l'ayant perdue, il fut près d'en pleurer de chagrin. Il écrivait si vite, qu'il copia en une nuit le Diarium romanorum Pontificum, qu'un moine cistercien lui avait prêté. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages, la plupart de théologie ou de liturgie, et dont plusieurs ont pour objet la conversion des schismatiques grecs. Les principaux sont : 1° de Ecelesiœ occidentalis et orientais perpétua Consensione, Cologne, 1648, in-4°; c'est le plus considérable de ses ouvrages : il s'y propose, comme le titre l'annonce, de prouver que l'Église latine et l'Église grecque ont toujours été unies dans la même foi. 2° De utriusque Ecclesia, etc., tn dogmate de purgatorio, Consensione, Rome, 1655, in-8°. 5' De Libris eeclesiaslicis Grœeorum, Paris, 1645, in-8°. 4° De Templis Grœeorum recentioribus, Cologne, 1645, in-8*. 5* Gracia orthodoxa Scriptores, Rome, 1152 et 1657, 2 vol. in-4°. 6° Philo Byxanlinus de septem orbis Spectaculis, gr. et lot., cum notis, Rome, 1640, in-8°. 7° Eustathius archiepiscopus Antiœhenus in Exahemeron ; ejusdem de Engastrimylho in Origenem Dissertatio; Origenis de Engaslrimytho, in prima Regum homiiia, gr. et lal.; addidit in

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nea, et suum de Engaslrimytho syntagma, Lyon, 1629, in-4*. Il y a beaucoup d'érudition dans ses notes et dans sa dissertation sur VEngastrimythe. 11 y soutient, avec Eustatbe, que ce ne fut point l'Ame de Samuel qui apparut à Saûl, mais que cette apparition ne fut que l'effet des prestiges de la pythonisse et du diable. 8° Symmiha, tive opusculorum gracorum aclatinorum restusliorum ac recentiorum libriduo, Cologne, 1655 in-fol. ; 9° De Mensura lemporum anliquorum et pracipue gracorum, Cologne, 1645, in-8°. 10° Concordia nationum chritlianarum Asia, Africa et Europa, in fide catho— tira. 11° De octava Synodo Photii, etc., Rome, 1662. ( Voy. dans le P. Niceron, t. 8 et 10, la liste de ses autres ouvrages. ) 11 se délassait de ses travaux théologiques par des études littéraires : on a de lui dans ce genre : 12* de Patria Homeri. Lugduni, 1640, in-8°, réimprimé dans le t. 10 des Antiquités grecques de Gronovius. L'autcnr, zélé pour l'honneur de sa patrie, prétend qu'Homère était natif de Chio. Il y traite durement Jules Scaligcr, pour se venger du mépris que ce rameux critique faisait des Grecs, et principalement d'Homère, qu'il plaçait au-dessous de Virgile. A cet ouvrage est jointe une pièce de l'Allacci, en vers grecs, intitulée : Natales Homeriei, avec la traduction latine d'André Bajano. 15° Apes Urbana, etc., Rome, 1655, in 8°; titre emprunté des abeilles, qui étaient les armoiries d'Urbain VIII ; il y fait 1'éuumération de tous les savants qui fleurirent à Rome depuis 1650 jusqu'à la lin de 1 652, et y a joint le catalogue de leurs ouvrages ; ce livre a été réimprimé à Hambourg, en 1711, in-H par les soins de Fabricius. 1 4° En italien, la Dramaturgia, catalogue alphabétise de tous les ouvrages dramatiques italiens publiés jusqu'à son temps, réimprimé en 1755, à Venise, in-4", avec des additions considérables qui s'étendent jusqu'à cette même année. 15° Poili antichi raccolli da Codici manoscriti délia bibtiotheca Vaticana e Barberina, Naples, 1661. in-8°, rare. C'est un recueil précieux d'anciennes poésies italiennes, jusqu'alors inédites, dédié aux membres de l'académie de Messine appelée délia Fucina, dont nous avons parlé à l'article Aubra.ndo, et précédé d'un avis de l'Allacci aux lecteurs, où l'on trouve des détails instructifs sur tous ces poètes italiens des premiers temps. Le P. Niceron n'en a point parlé. G — É.

ALLAINVAL ( Léonor- Jea.n Cimisn se - Soi las d' ), abbé, naquit à Chartres, et mourut à Paris, à l'Hôtel-Dieu , le 2 mai 4755, dans la même misère où il avait vécu. On raconte qu'il n'avait souvent d'autre asile pour passer les nuits que ces chaises à porteurs qu'on voyait alors au coin des rues. En 1725, il commença à travailler pour le théâtre, et donna au Théâtre- Français : la Fausse Comtesse; l'École des Bourgeois; les Réjouissances publiques, ou le Gratis, et le Mari curieux; au Théâtre-Italien : ï Embarras des richesses, le Tour de carnaval et l'Hiver ; à l'Opéra-Comique : la Fée Marotte. L'Embarras des richesses et l'Ecole des Bourgeois sont ses deux meilleures pièces. Il y a un intérêt touchant dans la première, qui d'ailleurs est bien conduite et bien

dénouée; l'École des Bourgeois reparaît souvent sur U scène. « Celte pièce, dit Laharpe, a peu d intri-

« gue ; nuis il y a du dialogue et des muurs Le

« naturel et le ban couti(|ue y dominent ; on y re- « marque surtout une excellente scène, celle où « l'homme de cour se concilie un moment M. Mal- « thieu, «oh cArr oiwfe. » On a de d'Allainval plusieurs autres ouvrages : *** Ana, ou Bigarrures calotines, 1732-33, quatre parties, in-12, rare; Lettres à milord"*t au sujet de Baron et de la demoiselle Lccouvreur, 1730, in-12; Éloge de Car, 1731, in-12; Almanack astronomique, géographique, et, qui plus est, véritable; et Anecdotes de Bussie, sous Pterre I". 4743, 2 parties in-12. En 1743, il donna une édition corrigée et augmentée de l'ouvrage du P. Rtgord, jésuite, ayant pour titre ; Connamance de la Mythologie, par demandes et par réponses ; et, en 1743, une nouvelle édition des Lettres du cardinal Mazarin, 2 vol. in-12. A — G— H.

ALLAI RE (Jcue.\-Pierre), né à St-Brieux, le 20 janvier 1742, ml, après avoir fait ses études dans les mathématiques, la jurisprudence et l'administration, nommé à vingt-quatre ans receveur général des domaines et bois de la généralité de Limoges , et devint peu après régisseur, puis administrateur général jusqu'à l'époque delà révolution. Privé alors de son emploi, il se retira dans un domaine qu'il possédait dans le département do la Marne, et s'y occupa d'agriculture. Lors de l'organisation de l'administration forestière, le ministre des finances le nomma l'un des administrateurs généraux, et, dans celte place qu'il a conservée jusqu'à sa mort (26 janvier 1816), il a rendu de grands services à cette branche importante de l'administration. Il était chargé spécialement du contentieux et du repeuplement des bois. AUaire était mejnbre de la société d'agriculture du département de la Seiue, presque depuis l'urtgiue de celle compagnie. Nous ne connaissons de cet agronome aucuu ouvrage imprimé. Il avait fait en 1814, dans les forêts des rives du Rhin, un voyage dont il est à regretter que la relation n'ait pas été rendue publique, M. SUvcstre lui a consacré une notice insérée dans les Mémoires de ta tout i> d'agric. de la Seine, année 1810. F— LI- AI. LA US ( Dems Vaihas.sk o') existait vers la fin du 17* siècle. Selon les uns, U ne s'appelait Allais que parce qu'il était de la ville d* Allais, en Languedoc; selon les autres, il était d'une famille de cette province, et parent d'un baron d'Allais qui vivait peu de temps après lin, et fut commandant des armées du roi. Prosper Marrliand a, dans son Dictionnaire historique, consacre près de dix pages à Allais, tout en disant qu'on n'en connaît qu'imparfaitement l'Iùstoire. On a d'Allais; I" Gramuuiire méthodique, contenant les principes de cet art et les règles les plus nécessaires de la langue française, 4681, in-12, ouvrage vanté par l'abbé de la Roque (dans le Jour nui des Savants), mais où l ou trouve plus d'une locution vicieuse ;2" Courte et méthodique Introduction à la langue française (en anglais), 1683, in-12: c'est un abrégé, de sa grammaire; 3' Histoire des Stwambes, I" partie, 1677,2 vol. in-12;

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2» partie, 1678 et 1079, 3 vol. in-12 ; nouvelle édition, Bruxelles, 1682, 5 vol. in-12; Hollande, 1716, 2 vol. in-12; réimprimée dans la collection des Voyages imaginaires, in-8". Ce n'est que <^r\<f les deux premières éditions qu'on trouve la dédicace à Pierre-Paul Riquet. V Histoire- des Ssvarambet est un roman politique ; il a été traduit en plusieurs langues. A. B— t.

ALLAIS DE BEAUMËU. Voyez Beaiueu.

ALLALEONA. Voy. Alaleona.

ALLAM ( André), sous-principal du collège de St-Edmond, à Oxford, se fit d'abord counaitrepar des éditions de plusieurs ouvrages de ses compatriotes, qu'il orna de préfaces et de notes iuteressantes, surtout par celle du Théâtre historique et chronologique d'Elvicus, augmenté d'un supplément, Londres, 1687, in-fol. Allam publia en anglais la Vie d'Iphycrate . d'après le grec de Plutarquc : il aida le savant W'ood dans son grand ouvrage de Athenœ Oxonienses. Sa mort prématurée, en 1683, lorsqu'il n'avait encore que 30 ans, l'empêcha d'evécuter un ouvrage important, qu'il avait entrepris, sous ce titre : Notifia Ecclcsiœ unglicuna;. Il s'était aussi occupé de la controverse avec les catholiques et les presbytériens. U n'eut pas le temps de livrer au public ses traités sur ces matières. C'était un homme dont les vertus et la modestie égalaient le savoir. T— o.

ALLAMAND (Jeax-Nicoias-Séu.^xies), savant modeste et laborieux, naquit a Lausanne en 1713 et non en 1716, comme le dit Barbier daus Vt'jraaun critique des Dictionnaires. Ayant achevé son cours de tliéologic dans sa ville natale, il fut admis au ministère évangélique, et reçut une vocation pour Ley de (1), dont l'université jetait alors un grand éclat. La facilité qu'il trouvait a suivre les leçons de Uul d'habiles professeurs développa son goût pour les sciences , et il acquit bientôt des connaissances très-étendues dans la physique, la chimie, l'histoire naturelle et les matliématiques. Ses heureuses dispositions et la douceur de son caractère lui méritèrent l'amitié du célèbre S'Gravcsande, qm lui confia l'éducation de ses eufattls, à laquelle il ne pouvait veiller lui-même, et le chargea plus tard de l'exécution de «es dernières voloutés. Apres la mort de S'Graveaande , Allamand se présenta pour concourir à la clieire de philosophie de l'académie de Franeker, et l'obtint ; mais les curateurs de l'université de Leyde s'opposèrent à son départ, en lui proposant la même eliairc avec un traitement plus considérable. Il en prit possession le 30 mai 1740, par un discours dans lequel il fil un juste éloge de S'Gravcsande , son prédécesseur et sou mailre chéri. Quelques années après, il joignit à la chaire de philosophie celle d'histoire naturelle. Celte double tache ne l'ompéelta pus de continuer les travaux dont il était chargé. Le savant bibliographe Prosper Marchand lui avait, ainsi que S'Graveaande, légué le soin de publier les

(«) DarMcr, dans IVinrage 4rj» rUe, dit qu \il*fund cwrça Us fonctions de minUirc tUns sa pairie. Mais ce dut Mrr bien peu de irinn ptiHqn'il l>» W»gH*M ai» » d* st-n tW-

ouvrages qu'il laissait nflmnwTils. 11 s'acquitta dece devoir avec une Kdéliié. dont on aurait peine à filet un autre exemple. On peut voir à l'art. Marchand toute» les dttnvukés «m'AMamand eut à vaincre pour rassembler et mettre en ordre les matériaux du DietionnaiiY historique. Il consacra de même plHïâeurs années à préparer une nouvelle édition de Y Histoire de l'imprimerie ; mais la pobhoalion de l'ouvrage de Mercier de St- Léger {vog. ce nom) ayant rendu son tr.iv.iil inutile, il le supprima. La modestie d'AI- Utttand n'avait pas empèclic sa réputation de s'étendre au loin. Les marins holktndnis, menant de voyais de long eoors, se faisaient nn plaisir de h«i rapporter de» plantes, des animaux, des fossiles, dont il enrichissait le jardin botanique et le cabinet de I université, places sous sa surveillance. Ces deux étahnssementK lui durent une partie de leur htstre, et par «un testament il lenr laissa ses eolleeticms particulières, t^e savant mourut à Leyde, le 2 murs 4787. Il était memla-ecte la société royale de Londres et de l'académie des sciences de Harlem. Allamaud a lait plusieurs découvertes en électricité ; et le premier il a donné l'explication du phénomène de In bouteille de Leyde. CVst a lui rni'on est wdWliWe des meilleures éditions île l'fwfrodue/ton A ta philosophée et de* fJEwerr» philosfph iquesH mtithhnatiqnct de S'Gravesande. < Yog, ee nom.) Par la publication dn ihriitmnmiy de Prospet Marchand il a rendu «n service important 4 t"hb#uire littéraire. Il a eu part à la traduction française dn fArre de Jo» et îles Prod« •Salomon , faite wnr la version latine de ». (f'oy.«enom.)11 a tradrrit en outre:! "les Sermons de Jacques Forstern/r<Wtwr rttjrts, Leyde, 175*,*%-»% Wme t", le «cul munit paru; 2" les Êtémtmts de l himie de Bwibaave ( voy. ce nom ) ' 3° V Essai sur thistoire de* coratines d'ïfllis ( voy. ce nom); 4° i' Essai curie* rométes d'Andr. Oliver, 1777 , ; «• la Nouvctte éneriptitm dm Cap de Bonne~Espérance , par Henri Hopp, 1778, in-8°. Les nofrs du traducteur forment la partie la plus enrieuse de «et ouvrage. Ahamand a traduit en ><*in le Régne animal de Brisson, et il y a joint dea wott*.**, IvCyfic^ 1Tft2, ïâHflH il o donné ,

l'édition de Ruffon publiée a Amsterdam de à 17T»,in-4°, 58 vol., l'histoire du gnow, du prrron ei we i nippopoiame , ii vis quatn upetics (pn n'avaient point été décrits par notre grand naturn- Hate, On cite encore d' A Ma ma ml nn Mémoire tnr l'électricité, dans la BibHoth. briUmrnq.. t. 44; une wles boulaiUet de Bologne, dans les i philos ophiq. , n* 477, et quelques pièces dans les premiers volumes du recueil de l'académie de Harlem. Allamand a voulu garder l'anonyme dans

: un article dans le tome 5 de ses Mémoires litéd. in-fol. M— <w et \V — s.

ALLAMAM* , ministre protestant à Hex , dans le pays de Vand, dont Gibbon fait l'éloge dans ses Mémoires, a publié, sons le voile de l'anonyme, une Lettre sur les assemblérs des retigionnaires en Languedoc, écrite à «n gentilhomme protestant de celle province? par M.~D.-L.-F.-D.-M., imprimée en

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