‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 124 sur 196 · SILHOUETTE · texte numérisé non relu

SILHOUETTE

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pagne de u

parti, dit le jeune officier, il « i du pays des Abénaquis, att père, d'un soldat, etd uaSaai it de guide.

1 Nous étions chargés de dépêches ianttr pour le gouverneur de la colonie.

'Déjà, depuis plusiers jours, nouec__.

s occident, a travers la forêt, lorsqu' énués de fatigue, nous allumâmes u auprès d'un cimetière indien, pour y pi

e des Sauvages, chaque cadavre, enveloppé séparément dans nue XW* écorce d'arbre, était élevé au-dessua du soij v» tenu par quatre poteaux.

" ;s arcB, des tiédies, des tomahawks et qi épis de maïs, suspendusà ceatumbeaux, élançaient au gré du vent.

. îlquei pas devant m i vieux pin gisant, â moitié pourri, sur foi ■eSanvage jmraissait enseveli lundi- méditation.

" Le bûcher, allumé u ses pieds entre J grosses racines, dont la Hamme taod presqu' éteinte, l'illuminait de son j

LE TABLEAU

etrougeâtre répandait, sur toute 8a physionomie, je ne sais quel air effrayant et mystérieux.

•'C'était un homme d'une stature gigantesque.

" Ud Indien l'eût volontiers comparé à un de ces superbes érables de nos forêts, si, à une force herculéenne, il n'eût joint, en même temps, la souplesse du serpent et l'agilité de l'élan.

" Des plumes noires, rouges et blanches nouées avec ses cheveux, sur le sommet de sa tête, grandissaient encore sa taille*

41 Ses traits farouches, son œil noir et formidable comme une sombre nuit d'hiver, sou tomahawk et son long couteau, qu'enfermait une gaine de cuir, à demi-cachée sous un trophée de chevelures flottant à sa ceinture, tout contribuait À lui donner une apparence étrange et sanguinaire.

" Il faisait une nuit noire et froide.

41 La voûte basse et inégale formée par les branches entrelacées des arbres impénétrables aux rayons de la lune, et qu'éclairait, par intervalles, la lueur douteuse du bûcher, semblait un vaste et sombre caveau où les troncs antiques, à moitié rongés et ensevelis sous la neige et les lianes, jonchaient la terre comme des cadavres de géants épars ça et là ; où les bouleaux, couverts de leur écorce blanche, balancés par le souffle de la brise, avaient l'air de pâles fantômes errant au milieu de ces débris, et où le sourd murmure du torrent lointain, se brisant en sanglots et le frémissement plaintif et lugubre de la rafale, à travers les branches dépouillées, imitaient de funèbres gémissements. 41 Un homme un peu superstitieux eût cru entendre les plaintes des âmes des guerriers indiens ensevelis auprès de nous.

"Malgré moi, un frisson d'horreur courait dans mes veines.

" Cependant parmi ces décombres, où chaque arbre, chaque rocher, en un mot tous les objets mêlés, confondus dans l'ombre, paraissaient autant de spectres animés épiant tous ses mouvements, l'audacieux Sauvage semblait aussi tranquille que s'il eût été dans sa cabane. "Il était là, immobile et silencieux, fixant tour à tour sur le brasier et sur son tomahawk son regard farouche.

— " Oui, mais la neige est épaisse et ils au- " raient bien pu avoir la chance de le tuer sans " trop de fatigue et alors

— " Eh biftn !

— " Et alors, une fois leur faim apaisée

— " Achève donc.

— " Je dis qu'alors ils auraient bien pu se " donner le plaisir de faire la chasse aux Peaux " Blanches.

— " Mais les blancs sont en paix avec les "Iroquois.

— " L'Iroquois n'enterre jamais qu'à moitié " la hache de guerre, et d'ailleurs ils ont levé " le tomahawk contre les guerriers de ma tribu, " et s'ils avaient découvert la piste d'un AbéiX naquis parmi les vôtres

— " Tu crois donc qu'ils pourraient bien être "à notre poursuite? Mais alors il serait plus •' prudenj, d'éteindre notre feu.

— u Mon frère n'entend-il pas les hurlements "des loups? S'il aime mieux se faire dévorer il par eux que de recevoir une flèche de la main " d'un Iroquois. il peut l'éteindre.

— " Camarade, lui dis-je, penses-tu que nous u ayons encore à craindre les bandes iroquoises, " dont nous avons découvert les traces hier.

" Mon frère a-t-il déjà oublié que nous en " avons rencontré encore ce matin ?

— " Mais ils n'étaient que deux.

— " Oui, mais un Iroquois a bien vite fait un 41 signal pour avertir ses camarades.

— " Ceux là ne marchaient pas sur le sentier 41 de la guerre j ils étaient occupés à poursuivre 11 un orignal.

" Les paroles de notre guide étaient peu rassurantes, mais j'étais si exténué de fatigue que, malgré le danger évident auquel nous étions exposés, je m'endormis.

44 Mon sommeil fut agité de mille rêves fantastiques.

44 La grande ombre de mon Sauvage que j'avais vue, au moment de m'endormir, s'allon ger et ramper derrière lui, noire et menaçante, se dressait devant moi comme un spectre.

" La rafale passait dans mes cheveux comme un esprit de ténèbres.

44 Les morts du cimetière, secouant la neige de leurs linceuls d' écorce, descendaient de leurs tombeaux, et se penchaient vers moi ; je croyais ouïr leurs grincements de dents, en entendant les craquements des arbres agités par la bise de nuit.

" Je m'éveillai en sursaut.

44 Mon Sauvage, appuyé contre un des poteaux d'un tombeau indien, était toujours là devant moi.

" Au bruit-sourd et régulier de sa respiration, je m'aperçus qu'il dormait profondément.

" Je vis au dessus de lui, comme sortant de l' écorce du tombeau, prés duquel il était appuyé, une ombre et deux yeux fixes et flamboyants.

44 C'est une suite de mon rêve, me dis-je en moi-même, et j'essayai de me rendormir.

11 Longtemps je demeurai, les yeux à moitié fermés, dans cet état de somnolence, qui participe de la veille, à la fois, et du sommeil, et où les facultés engourdies ne laissent juger des objets qu'à demi.

11 Cependant l'ombre se balançait et se ^tv.*

LÉGENDES

ciiait toujours davantage au-dessus du Sauvage enseveli dans un profond sommeil.

li Un moment le bûcher jeta une clarté plus vive et je vis alors bien distinctement la figure d'un Indien qu'éclairait une lueur fauve.

11 II tenait entre ses dents un long couteau.

" Et, fixant ses yeux dilatés sur son ennemi, il s'approcha encore davantage et s'assura s'il était bien endormi.

" Alors un sourire d'ivresse infernale contracta ses lèvres, et saisissant son couteau, il le brandit un instant en le dirigeant au cœur de sa victime.

" Un éclair jaillit de la lame.

11 Au même moment, un cri terrible retentit €-t les deux Sauvages allèrent rouler dans la neige.

41 L'éclair de l'acier, en réveillant notre Sauvage, avait trahi son ennemi.

" Ainsi l'affreux cauchemar se terminait par une horrible réalité.

" Je saisis précipitamment mon fusil ; mais je n'osai tirer dans la crainte de blesser notre Sauvage.

"Une lutte à mort s'était engagée entre les deux Indieus.

u La neige, rougie de sang, jaillissait de toutes parts autour d'eux et les enveloppait d'un nuage. Le fer d'une hache brilla et un son mat retentit, suivi d'un craquement d'os. '

" La victoire était décidée.

li Un bruit sourd et guttural s'échappa de la poitrine du vaincu : c'était le râle d'agonie.

" Tenant d'une main une chevelure sanglante, ic» vainqueur, le sourire aux lèvres, se redressait fièrement lorsqu'une Utile vint l'atteindre en \ pleine poitrine, et notre Sauvage (car c'était , :ui) tombait raîde mort la l'ace dans le bûcher.

•• Diriger le canon de mon fusil et envoyer une balle dans la direction d'où le coup était parti et où je voyais encore une ombre se glisser a travers les arbres, fut pour moi l'affaire d'un j instant.

" L'Indien, poussant un cri de mort, bondit, et son corps, décrivant un arc, s'affaissa sur lui-même.

" Le drame était fini.

" Notre Sauvage était vengé, mais nous n'avions plus de guide.

" Je me rappelai alors notre conversation de îa veille -, comme on le voit, ses appréhensions, au sujet des Sauvages dont nous avions rencontré les traces le matin, n'étaient malheusement que trop fondées-

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