COMME UN LUTH D'IVOIRE
Apres ce récit prononcé d'une voix émue par une sorte d'enthousiasme religieux, le Sauvage et le Canotier gardèrent un moment de silence.
— C'est bien là, au fond, ce que rapportent les Missionnaires, pensa Madame Houel avec quiétnde
Ciel ! si jamais mou cher Harold venait à
mon Dieu I protégea mon enfant !
— Ebbien I reprit l'Indien, le cœur de la Fleur des Neiges est-il aussi fort maintenant 7
— J'ajouterai foi à tous ces mystères quand j'en aurai été témoin, répondit Madame Houel d'une voix qu'elle cherchait en vaîn à rassurer.
Vous ne l'avez jatnaÏB vue, ci toi, ni le Canotier, n'est-ce pas?
— Madame, — repartît le chasseur canadien avec sa lenteur habituelle et un ton solennel qui dénotait une profonde conviction -, — un soir que je remontais le Saguenay, je rencont
Il s'arrêta tout à coup.
Un sourd rondement, pareil au souffle profond du marsouin lorsqu'il vient respirer A ta surface de l'eau, se fit entendre à l'avant du c t.
Un. homme, qui n'aurait pas été habitué à lit n'aurait prêté aucune attention à ce bruit.
Mais l'oreille < s'y méprendre.
C'était bien la v<>j< du lYliirnij.Jk' qui lui signaler quelque darigi
imitLiiL la respiration du marsouin.
Le chasseur prit» l'OMÎÏÛ u
entendre, Jan- le lointain, ui vague; d'abord à peine percep prochant, devenant plus distinct, et se pi
, molles ondulations, r.
s'éloigner, osciller encore et s'éva tant après.
Longtemps ces mystérieuses vibrations, r semblaient tantôt descendre des ou remonter du fond des cavernee «'échapper d'une conque ma travers le treillis de* bois, voltiger!
intermittentes parmi le silence solennel de I» nuit; ne parvenant à son oreille qu'à de lonjçt intervalles, et par frêles lambeaua.
Il crut d'abord être le jouet d' mais après quelques minutes de sïli mélodie biaarre; mais plus distinct et pin* prochée
— Eli bien! Madame, chuchota le
rriti'iidez-Toita 7 Croirez-vons n ■
liomme qui n'a pas appria ce
Et
il se fût parliâl»
. Ce soir la nouïi
— Bah 1 repartit Madame Houel, la p de quelque loup-marin sur les rochers. l
Le Canotier haussa les épaules, et ilte»
sans répondre.
— Vous aviez raison, — reprit enfin Mada Houel après quelque temps de silence, — j' teuds maintenant trèsclairemeut une voix; m
est-ce une voix humaine? Jamais j* i
rien entendu de si extraordinaire.
Je sais que les Sauvages sont renommés p la beauté de leur voix; mais ces magiques cents n'ont rien d'humain, tant ils c.'ip ,1 ' :J "" i un irrésistible aitrait.
En effet, c'était une sorte d'incantation fi (astique qui empruntait à la sombre majesté ces heures solennelles et à sou origine ineonu
LA JONGLEUSE
radier caractère de merveilleux et de sur- ;; — sorte de mélopée, tantôt plaintive et 3, noyée de mystère et de mélancolie, onsur la lame, flottant dans l'atmosphère srdant dans les plis de la brume, — soumis, — échos de voix d'anges, — rêves d'enu berceau, — chant des courlis; — ou bien, . légère, découpée en frileuses dentelles 8, montant et descendant en spirales les, — groupes de notes folâtres se tenant main ; — et puis tout à toup, triste et comme le vent d'automne qui brame as ramées, comme l'hymne funèbre sur ibes ; — ou, fanfare inouïe, vibrant comme rre.
distingue bien des paroles, dit tout bas ie Houel au Canotier, mais d'une langue îst inconnue.
les comprends, mais il m'est impossible a les traduire : le sens en est plus dans le lue dans les paroles.
x éclairs soudains, suivis d'une double tion, interrompirent tout à coup les maévocations de la sibylle inconnue ; et en temps deux balles, venant du côté opposé i d'où l'on entendait cette mystérieuse te, et dont une entama la pince du canot juea pouces du Canotier, sifflèrent aux des voyageurs.
ouffle de terreur sembla rouler dans l'at- >re avec l'écho de la double explosion
itée par les nuages et les deux rives du
ois tout rentra dans un silence si profond eût dit que le fleuve eût toujours été ment désert.