‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 154 sur 196 · L'ORCHESTRE INFERNAL · texte numérisé non relu

L'ORCHESTRE INFERNAL

En un instant, la branche est pliée de nouveau, et la corde enroulée autour de l'arbre ; mais, cette fois, les scélérats, avant de la mettre entre mes mains, ont le soin d'attacher l'autre courroie autour du cou de ma pauvre mère, après lui avoir lié les mains derrière le dos.

Alors ils me présentent la corde.

Je refuse de la saisir, et ils la laissent glisser tout doucement, avec un rire diabolique, jusqu'à ce qu'enfin, voyant la branche se relever et raidir la courroie qui retient ma mère, de désespoir je suis obligé de m'en emparer.

Supplice inspiré par tous les génies de l'enfer!

Abîme de férocité et de barbarie !

Les monstres savourent d'avance, avec ivresse, toutes les horreurs des tourments qu'ils viennent d'inventer.

Exténué de fatigue et de lassitude après de longs jours de souffrances inouïes, il est impossible que je puisse résister longtemps.

Les barbares l'ont bien prévu.

Ils savent que la nature sera bientôt vaincue, et le crime consommé.

Quelle nuit ! quelles heures! Lutte sans espoir contre toutes les défaillances de la nature !

Quelle gouffre d'atrocités ! Toutes les angoisses, tous les épouvantements, toutes les détresses de l'âme et du corps! Toutes les affres de la mort sa n s la perspective du dernier repos !

La bande infernale s'éloigne de quelques pas, et, avec des cris, des éclats de voix, des hurlements, des contorsions de démons, exécute, sur le sable du rivage, des danses insensées, préludes de la jonglerie.

Leurs membres nus, rougis par les sanglantes langues de feu que le vent de nuit fait jaillir de l'âtre, les feraient prendre pour une troupe de sorciers ou de nécromants échappés de l'enfer.

Leur ronde flamboyante tourbillonne comme un ouragan.

Au milieu de leurs vociférations, une voix,— toujoursja même, — glas funèbre qui tinte encore à mon oreille, — se distingue et règle leurs pas.

Les hiboux, les chouettes et les autres oiseaux de nuit, attirés par la flamme et par ces clameurs insolites qui troublent le silence de leur veille, voltigent d'arbre en arbre, mêlant leurs cris effrayants au bruissement de la forêt, au ressac de la mer sur les vertèbres des falaises, et au ricanement de l'orgie.

LA JONGLEUSE

i au dernier espoir !

est fini !

l'enfer !

iir de moi, un réseau de sang ; — l'abîme îs pieds ; — sur ma tête les mugissements mpête; — le deuil et les funérailles dans îe ; — partout, au dedans comme au devertige, les ténèbres, le désespoir, la

i! seule!.... une lueur, un rayon!. ..

e voix de ma mère ; les soupire de son travers lequel j'entrevois encore le ciel

e ciel ! si près de l'enfer ! L'ange à

é des dé mon s !

e voix vibrante et calme. . .calme comme

e qui n'appartient plus à la terre ;

ld! mon enfant, pourquoi pleurer^?....

tes sanglots ?

ît nous quitter 5 Dieu m'appelle à lui;

lux vont finir ! Sois heureux !. . . ,

t je prierai Dieu pour toi ... . Au ciel je

ai mieux que sur la terre !

an ! Maman ! . . . . Oh ! . non, vous ne

z pas ! ,

>n, mon enfant, on ne meurt pas quand u ciel ! * *

)ffert ma vie pour toi, Dieu l'a acceptée.

*as, mon fils ; mais quand je ne serai plus toi, souviens-toi toujours des leçons de »!....

quand tu sentiras ta foi près de défaillir, «en au bon Dieu et un peu à ta

ld! prions ensemble; prions pour nos s, prions pour la pécheresse !

iman ! que leur avons-nous donc fait. . . •

tous font tant souffrir !

:>n Dieu nous a-t-il donc abandonnés ?

i! non, mon enfant; c'est l'heure des

« ; regarde lé ciel et prie avec moi ! . . .

nalheureux ! ils ne savent ce qu'ils font.

leur, jetez un regard de pitié sur ces

s tribus assises à l'ombre de la mort.

erront-elles donc jamais luire sur elles la

3 de votre Saint Evangile ?

ing de nos apôtres martyrs crie vers vous.

itez les gémissements de ces victimes im-

, qui s'élèvent du pied de votre trône. . . .

ère des douleurs ! par le glaive qui trans-

on âme sur le Calvaire, abaisse un regard

> sur mon pauvre enfant cloué, comme le

îr la croix.

emple l'affliction et les angoisses d'une

t sauve mon enfant 1. . . .

>ld ! . . . . je te bénis !. . . . Adieu !. . . .

— A^moi ! à moi ! au secours ! Je sens déjà mon bras qui s'engourdit, et mes doigts se raidir ! ... . Maman ! ah .... je vais vous tuer !

Me pardonnerez-vous ? Je veux mourir, je

veux mourir ! . . . Pourrai-je vivre sans remords ?

Mon Dieu ! un nuage passe sur ma vue !

je ne vois plus .... jeVentends plus. . . .rien ! . • . Je meurs ! . . . .

Tout à coup au milieu de mon évanouissement, je crois sentir mes doigts engourdis s' entr' ouvrir ; la corde fatale glisse entre mes mains, elle grince autour de l'arbre et. . . m'échappe !

Un tressaillement suprême m'éveille de mon évanouissement; je m'élance et, par bonheur, je viens à bout de la ressaisir.

Mais c'est © n vain ; la nature est épuisée ; je lutte quelque temps encore ; mes forces m'abandonnent; ma tête retombe lourdement sur ma poitrine. Une nouvelle défaillance

Soudain d'épouvantables hurlements m'arrachent de ma léthargie; mes cheveux se dressent sur ma tête : — Mon Dieu ! j'ai tué ma mère !

Un râle d'horreur s'exhale de ma poitrine.

Entre la terre et la voûte des branches le cadavre est là qui se balance au gré du vent.

Le vertige, la stupeur glacent mon sang dans mes veines.

Tous les objets 'semblent tourner autour de moi.

Un crêpe funèbreV étend sur ma vue.

Je se n s l'ongle dejla mort me mordre au cœur.

Depuis cet instant, jusqu'au moment de perdre tout sentiment d'existence, toutes mes idées se troublent et deviennent confuses dans ma mémoire.

Quelques pâles souvenirs entrevus comme à travers un rêve: — le grincement de la corde sur la branche fatale ; — le vent qui pleure tristement sur ma tête et soupire le chant de la mort; — aux approches de l'aube, le croassement d'une corneille qui vient se poser sur la branche.

Elle s'approche, s'approche encore pour flairer le cadavre, l'effleure de son aile en voltigeant, puis tout à coup s'envole en criant.

A travers le voile du trépas qui couvre mes

yeux, je crois entrevoir, ô horreur ! une face

effroyable et deux prunelles vertes et étincelan-

tes, — sphinx teint de -sang, — qui passe et repasse

à deux doigts de mon visage avec un ricane-

| ment d'enfer 1 . . . .Le v 6çecfafe &\* SçwèkqmX . ,

LÉGENDES

Vient-elle savourer ea proie? insulter à sa

victime? . Oh I elle m'enfonce ses griffes dans

le cœur !!

Un tremblement convulsif un froid mortel

court dans tous mes membres, .... le sang reflue

vers la tête, des étincelles sautillent dans

mon cerveau, .un bourdonnement dans mes

oreilles, une dernière impression vague,

terne, sans horizon, une dernière crispation,

puis, tout s'éclipse et va se perdre dans le lac morne du néant.

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