Le P. de Charlevoix
Pour comble d'infortune, le R. P. Dom mond de Saint-Bernard, qui l'avait élevée c son enfance spirituelle, et dont l'habile dir< l'avait conduite si haut dans les voies perfection, lui fut enlevé. Elu supériei monastère des Feuillants, il fut remplacé la direction de notre sainte par un religieu: n'avait hérité d'aucune de ces précieuse* lités. Autant l'un était éclairé, prude profondément versé dans la conduite des autant l'autre était aveugle et inexpérin Avant d'avoir suffisamment approfondi l'é sa nouvelle pénitente, il lui déclara ouvert que jusqu'alors elle avait été mal dirigée, < ses premières dispositions n'avaient été q dangereuses illusions.
Cette révélation fut un coup de foudre p servante de Dieu, qui demeura terrassée »
poids de cette sentence inattendue.
Non contente d'avoir ainsi tout bouL dans sa conscience, il alla jusqu'à l'aband entièrement à elle-même, pendant des entiers. L'imprudence d'une telle conduit* extrême, et aurait pu être fatale, si la M< l'Incarnation n'eût possédé tous les cara de la femme forte; car dans cette agor toutes les puissances de l'âme, la tentatû désespoir est presque continuelle.
Pendant deux longues années, elle se vi jours suspendue sur le bord du précipice, pouvoir comprendre quelle main invisiî soutenait au-dessus de l'abîme béant soi pieds. Mais la direction intérieure de VI Saint, oui suppléait à l'insuffisance de soi fesseur, conduisit heureusement ses pas i vers tous les écueils.
Ce fut au plus fort de ces désolation!
rieures qu'elle entendit parler des célèbre sessions de Loudun 1 , qui faisaient grand à cette époque. Touchée de compassion ces victimes i infortuné es, elle offrait souv Dieu des prières pour leur délivrance, nuit qu'elle avait veillé auprès du lit de If tresse des novices, qui se trouvait alors m la pensée lui vint, en traversant, vers min dortoir de la communauté; de faire une il tion à la Sainte-Vierge en leur faveur.
A peine était-elle arrivée à son lit, spectre horrible, de forme ^humaine; se <
1. L'histoire des possédées de Loudun est trop < pour que nous en parlions ici. Mais la cause phénomènes étranges est encore aujourd'hui l'oî chaudes discussions. La science moderne, <n souvent s'est mise au service de l'impiété, s'est é\ à leur trouver une cause naturelle ; mais jusc jour, elle n'a réussi qu'à inventer des mots nouv la place de véritables raisons. Pour quiconque i
{»as à tout prix rejeter l'intervention du suri 'origine démoniaque de ces phénomènes est di évidence.
Nous renvoyons oeux qui voudraient approfondi question i l'excellent livre de M. de MirvUle fisPUTTS, Parie, 1864.
DEUXIEME ÈPOQtJE.
Gérant elle. Quoiqu'elle fût sans lumière, elle le Vit aussi distinctement qu'en plein jour. H wnSL dit-elle! un visage long, tout plombé et tfeu&tre, des yeux énormes, injectés, et lançant des flammes.
A la première vue de ce monstre, elle frémit d'horreur; mais ayant fait le signe de la croix, die le vit disparaître en poussant un hurlement " 'le.
ice des ténèbres, qui jadis avait deà Dieu de cribler les Apôtres, comftte cm crible h froment, 1 voulut aussi tenter d'anéantir la servante de Dieu pour se venger de sa Jxussante intercession.
Peu de temps après cette apparition, " je sentis, dit-elle, tout-à-coup par un frémissement de tout mon corps, que ce malin esprit s'était glifiaè dans les os, dans les moelles, et dans les nerfs, comme voulant me détruire et m'anéantir. Je me trouvai alors dans une angoisse mortelle, car je ne pouvais me remuer, ni appeler personne à mon secours. Enfin, après avoir bien souffert, je sentis en moi une force et une vigueur puissantes, comme d'un autre esprit qui combattait et luttait contre le premier. En moins de rien, H l'eut brisé et anéanti, et je demeurai libre et dégagée.»
a Sur ces entrefaites, la mère prieure des Ursu- Knea de Loudun, Madame De Belfîel, allant en pèlerinage au tombeau de Saint François de Baies, à Annecy, arrêta, en passant, au monastère de Tours. La Mère de l'Incarnation lui ayant communiqué les étranges visions qu'elle avait eues, la supérieure lui dit que le même phénomène s'était souvent reproduit parmi ses compagnes.
A tant de. persécutions de l'ennemi vint s'en' joindre encore une autre, qui acheva de briser •on cœur. 8on fils, qui d'abord avait donné la
Eu grande satisfaction à ses maîtres pendant premiers temps de son séjour au collège de Rennes, se laissa entraîner par les mauvais Wimples de quelques-uns de ses camarades, et finit par se livrer a une telle insubordination que le resteur du séminaire écrivit qu'il était sur le point de l'expulser. On fut donc obligé de le
K'.er à Tours. Cette funeste nouvelle plon- . mère dans des transes mortelles ; car elle ont voir recommencer les scènes qui lui avaient donné tant d'alarmes à son entrée au noviciat Blé y vit un nouveau piège de satan, pour pstliu des entraves à sa profession, dont le jour iljniocnait. Avec sa résignation ordinaire, elle Ffpiba la tête, sans murmure et sans plainte, ,*•!•• les coups de ce nouvel orage, et attendit J'attêt de la providence. C'était le sacrifice que ^Ken attendait pour la délivrer des inquiétudes " des angoisses que lui causait l'avenir de cet ; a l'instant même il lui donna, pour la fyis, l'assurance intime qu'il l'avait prit
[«nanti
i toc, ZSU, 31:
sous sa protection. Dès son arrivée à Tours, une de ses tantes le reçut chez elle; et une grande réforme se fit remarquer bientôt dans toute sa conduite.